ÉTUDES
dans les
ÉCRITURES

“ Le sentier des justes est comme la lumière resplendissante,
qui augmente son éclat jusqu'à ce que le jour sait
en sa perfection.” — Pro. 4 : 18.

VOLUME II
LE TEMPS EST PROCHE

“ Des temps de rafraîchissement viendront de la part du Seigneur,
et il enverra... Jésus-Christ que le ciel doit
recevoir jusqu'aux

TEMPS DU RÉTABLISSEMENT DE TOUTES CHOSES
dont Dieu a parlé dès les siècles par la bouche de
tous ses saints prophètes.” — “ Vous frères
vous n'êtes pas dans les ténèbres, pour
que ce jour vous surprenne
comme un voleur ”
Actes 3 : 19-21
1 Thess. 5 : 4.
Edition 1953

CETTE ŒUVRE EST DÉDIÉE
Au Roi des Rois et Seigneurs des Seigneurs

DANS L’INTERET DE  SES "SAINTS" CONSACRES  QUI ATTENDENT L'ADOPTION  ET DE “ TOUS CEUX QUI, EN TOUS LIEUX,  INVOQUENT LE SEIGNEUR ” "A LA FAMILLE DE LA FOI" ET DE LA CRÉATION QUI SOUPIRE ET SOUFFRE LES DOULEURS DE L'ENFANTEMENT, EN ATTENDANT la REVELATION des FILS de DIEU

“ Pour qu'il apparaisse clairement à chacun, quelle est
la dispensation du mystère caché en Dieu dès le
commencement des siècles ”. “ Selon les richesses
de la grâce de Dieu qu'il a répandue avec abon-
dance sur nous par toute sorte de sagesse
et d'Intelligence, nous faisant connaître le
secret de sa volonté par un effet de sa
bienveillance, selon le bienveillant
dessein qu'il (Dieu) avait formé
en lui-même pour le mettre a
exécution dans la plénitude
des temps. II puisse en-
core se taire lui-même
la Tête de toutes
choses dans le
Christ ”.
(Eph. 3 : 4, 5, 9 ; 1 : 8-10)


PRÉFACE DE L'AUTEUR

 LA PREMIÈRE ÉDITION de ce volume a été donnée au public en 1889. Depuis lors, des éditions successives en ont paru en différentes langues, et, à l'heure actuelle, plus d'un million et demi d'exemplaires sont en circulation. Ces chiffres sont renversants si l'on considère combien peu de gens, aujourd'hui, ont foi dans la Bible, en tant que révélation divine, et combien peu de ceux même qui ont foi dans les Ecritures s'intéressent a la prophétie et à la chronologie, selon la Bible, et à l'histoire du monde, au sens biblique.

L'auteur et les éditeurs ont grandement sujet de se réjouir des preuves qui leur parviennent de toutes parts et qui ne cessent de témoigner que ce volume a été d’un grand secours au peuple de Dieu de tous pays, pour l'étude de la Bible, par son mode de présentation du message de la Parole de Dieu, suivant un classement et une méthode pratiques pour ceux qui étudient. Nous savons que beaucoup d'entre eux ont tiré une bénédiction spéciale de leur étude sur le second avènement du Seigneur et la manière dont il s'effectue, grâce aux preuves scripturales exposées dans ce volume, montrant que ce n’est pas comme homme que notre Seigneur doit Jamais revenir sur cette terre, puisque sa mission, comme être humain, fut entièrement accomplie quand, par la grâce de Dieu, il souffrit la mort pour tous les hommes au Calvaire. Les textes soumis à l'attention du lecteur, prouvent que notre Seigneur est maintenant souverainement glorifié à la droite du Père, et doit bientôt devenir le Roi du monde ; ils ont été d'un grand secours pour beaucoup, ainsi qu’en font foi les lettres reçues.

Ce volume ne prétend nullement à l'infaillibilité ; il ne prétend pas être inspiré directement de Dieu pour l’interprétation de sa Parole. Au contraire, il proclame que la révélation divine, c'est la Bible. Il s'est efforce de réunir les preuves bibliques et d'émettre un avis sur leur signification.

 Comme il s'agissait de sujets difficiles, qui n'ont été traités que rarement par d'autres, il ne faut pas trouver étrange si certaines idées émises dans ce volume ne se

[[VI]]

trouvent pas accomplies à la lettre, avec une exactitude absolue. Ni l'auteur, ni les éditeurs, ni les milliers de lecteurs de ce volume n'ont eu à rougir de son contenu, et ils persistent à le présenter à tous ceux qui s'intéressent à l'étude de la Bible, comme un livre du plus grand intérêt et des plus profitables pour l'intelligence de la Parole de Dieu.

 La chronologie biblique présentée dans ce volume montre que les six grands jours de mille ans, qui ont commencé avec Adam, sont terminés, et que le septième grand jour, les mille ans du règne de Christ, a  commencé en 1874. Ce qui s'est passé pendant les 42 années, qui, d'après ce volume, sont le début du Millénium, ne fait que pleinement corroborer, à notre avis, les prophéties de la Bible telles qu'elles sont exposées dans ce volume. C'est pendant ces 42 années, que presque toutes les inventions de notre époque ont été réalisées. La machine à coudre, une des premières, a commencé à atteindre la perfection il y a 42 ans. Depuis lors, nous avons vu surgir toutes sortes de machines et outils agricoles, et des appareils commodes pour la fabrication, la manutention, le factage, et le ménage, le tout à profusion et à bas prix, et produit de l'invention humaine. Ces inventions, en réduisant les heures de travail, n'arrivent-elles pas à faire disparaître cette “ sueur... du visage ” qui, d'après la Bible, était le signe de la malédiction !

 On peut dire en toute certitude que, dans ces 42 années, les richesses du monde ont augmenté de mille fois. Et quand on pense que derrière ces 42 années il y a en tout six mille ans d'efforts humains, il semble presque miraculeux que le monde ait pu accomplir mille fois plus dans ces 42 années que dans les six mille ans qui les ont précédées. Sûrement cela vient bien à l'appui de ce que proclame ce volume, à savoir : que nous sommes entrés dans le septième grand jour, et que ce que nous expérimentons déjà, en tant que race humaine, n'est que les premiers symptômes de plus grandes bénédictions encore à venir, quand “ se lèvera 'Se Soleil de Justice qui porte la santé — la guérison (D - Cr.) — dans ses rayons ”, et qu'il dissipera l'ignorance et la superstition, qui maintiennent les ténèbres dans le monde.

Ce volume fait ressortir, comme l'auteur l'a prêché pendant quarante ans, que les “ temps des Gentils, — des Nations ” — sont révolus, chronologiquement, à la fin de l'année 1914. L'expression “les temps des Gentils”, en langage biblique, signifie le nombre d'années, ou l'espace de [[VII]] temps, pendant lesquels il devait être concédé aux Gentils, aux nations, — d'exercer leur pouvoir dans le monde, après que le royaume type eût été retiré à l'Israël naturel,c'est-à-dire durant l'interrègne entre cet événement et l'établissement du royaume de Dieu par les soins du Messie, — “de celui qui y a droit” (Ez. 21 : 32 — Z. K.).

On ne pouvait pas savoir, bien entendu, en 1889, si la date 1914, si clairement marquée dans la Bible comme fin du pouvoir des Nations (ou terme de la concession qui leur avait été accordée de gouverner le monde) signifiait qu'elles auraient, à cette date complètement perdu tout pouvoir ou si, la durée de leur concession venant à expirer, leur éviction ne ferait que commencer.

 Nous comprenons à présent que c'est cette dernière alternative qui était dans .le programme de Dieu ; en effet, dès Août 1914, les royaumes des Gentils, dont parle la prophétie, ont commencé la grande guerre actuelle (1914), dont l'aboutissement final, selon la Bible, sera le renversement complet de tout gouvernement humain, de façon à ouvrir la voie à l'instauration définitive du Royaume du cher Fils de Dieu.

 Nous sommes incapables de voir derrière le voile ; incapables de connaître l'état d'avancement des choses sous la direction de notre glorieux Seigneur et des membres de son Eglise, déjà glorifiés. Notre pensée est que, de façon ou d'autre, le Seigneur a la main, dans les affaires du monde actuellement, comme jamais il ne l'avait eue dans le temps passé. Nous savons que le temps de la grande détresse, qui a commencé, concorde très exactement avec ce que Dieu a déclaré touchant le temps et les circonstances dans lesquels sera établi le Royaume du Messie. Le Seigneur lui-même nous informe qu'au temps où il prendra sa grande puissance et entrera dans son règne, les nations seront irritées et la colère divine s'exercera. Un peu plus tard le temps viendra où les morts seront jugés, et où les serviteurs de Dieu, petits et grands, recevront leur récompense, ce qui amènera finalement la destruction des incorrigibles exerçant une influence corruptrice sur la terre (Apoc. 21 : 8).

 Dans le monde entier, on connaissait les espérances des étudiants de la Bible relativement à l'année 1914 ; et quand la guerre fut déchaînée — une guerre aussi prodigieuse que la guerre actuelle, — quand les vents de violence se mirent à souffler avec une telle furie et une telle puissance de destruction, des milliers de personnes se [[VIII]] rappelèrent ce qu'ils avaient lu et entendu touchant la fin des temps des Gentils. Ils sont légion, aujourd'hui, ceux qui sont parvenus à se faire une idée exacte des temps dans lesquels nous vivons. L'influence produite est d'un grand secours et a un effet inspirateur. Le fait de comprendre que nous sommes dans le jour du Seigneur et que bientôt tous ses saints seront recueillis auprès de Lui, étant changés par la résurrection, a sur ceux qui étudient la Bible une influence stimulante et encourageante qui les sépare du monde, de ses craintes et de ses ambitions, et qui les incite à fixer les yeux sur la couronne de vie que le Seigneur a en réserve pour ceux qui l'aiment le plus.

 Parmi les pensées émises dans ce livre, il est dit, il est vrai, — que les saints du Seigneur pouvaient s'attendre à être avec Lui, dans la gloire, au terme des temps des Gentils. C'est une erreur que l'auteur reconnaît, et dans laquelle il était naturel de tomber, mais le Seigneur l'a fait servir à la bénédiction de son peuple. La pensée que l'Eglise serait rassemblée toute entière dans la gloire avant Octobre 1914, a eu certainement pour effet de stimuler des milliers de personnes à se sanctifier, et toutes peuvent, par conséquent, louer Dieu, même pour cette erreur.

Ils sont nombreux en effet, ceux qui peuvent exprimer leur gratitude envers le Seigneur, de ce que la réalisation  des espérances de l'Eglise n'ait pas eu lieu au moment où nous l'attendions ; et de ce que nous ayons, comme peuple du Seigneur, de nouvelles opportunités de nous perfectionner dans la sainteté, et d'avoir encore part avec le Maître à la présentation de Son message à Son peuple.

 Un point sur lequel nous n'avons certes pas fait erreur, c'est celui de la fin des Temps des Gentils; nous en avions, toutefois, tiré une conclusion erronée, non autorisée par la Parole du Seigneur. Nous avions vu dans la Bible certains parallèles entre l'Age juif et l'Age de l'Evangile. Nous aurions dû remarquer que ces parallèles s'appliquent aux systèmes nominaux qu'ils suivent, dans les deux cas, jusqu'à leur destruction, et qu'ils n'indiquent pas le temps où la Nouvelle Création sera glorifiée. Cette explication aidera le lecteur dans l'étude de “ Le temps est proche ”. Nous ne doutons pas que les grandes bénédictions dont ont bénéficié plusieurs d'entre nous dans le passé ne continuent à s'étendre, grâce à ce volume, à des milliers d'autres. C'est dans ce sens que  l'accompagnent les prières de l'auteur,

Ch. T RUSSELL.
Brooklyn, N. Y., 1er Octobre 1916.


ETUDE 1

LES TEMPS ET SAISONS DIVINEMENT ETABLIS

Les temps et les saisons sont divinement établis. — Pourquoi ne sont-ils pas plus clairement indiqués ? —Ils sont révélés au temps convenable. — Un ardent désir de connaître les temps et les saisons recommandable. — Erreurs des adventistes. — Le but réel des prophéties concernant les temps. — Notre position actuelle. — Le but des chapitres suivants.

DE LA MEME MANIERE que nous nous sommes efforcés de démontrer dans le Plan des Ages les contours saillants du divin arrangement pour le salut de l'homme, sous un jour purement scriptural, de même nous voulons montrer dans ce volume, par la même autorité (la Bible) que les temps et saisons des différents traits de ce plan sont établis d'une manière définitive ; que depuis son commencement, chacun des points successifs de ce plan s'est accompli exactement en son temps ; et que le moment de son apogée, moment où toutes les familles de la terre seront bénies, est maintenant tout proche. — Genèse 28 : 14 ; Galates 3 : 16.

Pendant les longs siècles de l'âge de l'Evangile, l'Eglise, ainsi qu'elle avait été enseignée par son Seigneur, a prié disant : “ Que ton règne vienne ; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. ” Mais, semblables à des enfants qui, trouvant le temps long, se sont assoupis, beaucoup ont presque complètement oublié l'importance de ces mots qui semblent maintenant mourir sur leurs lèvres. A tous ceux-là, dont les cœurs sont cependant loyaux envers le Seigneur, nous rappelons la parole de l'apôtre Paul : “ C'est l'heure [[2]] de vous réveiller enfin du sommeil, car maintenant le salut est plus près de nous que lorsque nous avons cru. La nuit est fort avancée et le jour (millénaire) s'est approché” (Romains 13 : 11,12). Oui, il est même imminent. Le royaume des cieux est maintenant venu; non pas simplement dans son état embryonnaire ou naissant, comme au premier avènement de notre Seigneur (Matthieu 3 : 2), mais tel que l'Ecriture déclare qu'il doit encore venir, “ en puissance et grande gloire.” — Jean 18 : 36,37.

 Toutefois, ceux-là seuls qui auront fait une étude attentive du Plan des Ages seront préparés à apprécier l'enseignement de ce volume concernant les temps et les saisons divinement établis pour le développement des diverses phases de ce plan jusqu'à sa consommation finale. Il faut espérer, par conséquent, que personne n'entreprendra cette étude avant d'avoir parfaitement compris les enseignements du volume précédent. Autrement cela ne sera pas pour eux de la nourriture au temps convenable. La Vérité n'est de la nourriture au temps convenable que lorsque nous sommes préparés à la recevoir. Un enfant n'est pas capable de résoudre un problème de mathématique avant d'avoir été instruit sur l'emploi des chiffres et de la langue. Il en est de même de la vérité divine. Elle est graduelle, édifiée degré par degré et, pour arriver à la comprendre, il faut que nous l'étudions très soigneusement au moyen des degrés qui nous sont fournis, en prouvant toujours par les Ecritures chaque pas en avant que nous faisons, mais sans crainte d'avancer quand nous trouvons que le terrain est sûr. Il n'y a que ceux qui ont une foi entière en Dieu, pour lesquels les mots “ Ainsi a dit l'Eternel ” mettent fin à tout doute et toute controverse, qui pourront être dirigés par l'Esprit de Dieu dans la Vérité présente, au fur et à mesure qu'elle est révélée.

Ceux-là seuls pourront être conduits dans les choses [[3]] nouvelles aussi bien qu'affermis dans les anciennes, prouvées véritables par la même autorité.  Ce sont eux seuls que Dieu veut ainsi diriger. A la fin de cet âge, qui est le temps de la moisson, une grande partie de la Vérité est destinée à être découverte ; vérité que Dieu n'a pas fait connaître dans les temps passés, même à ses enfants les plus fidèles et les plus dévoués. Le prophète Habakuk (2 : 3) déclara qu'au temps de la fin la vision, concernant la glorieuse consommation du plan de Dieu, parlerait et ne mentirait pas, qu'elle parlerait si clairement à certains enfants de Dieu qu'ils seraient capables de l'écrire sur des tablettes pour que d'autres puissent la lire couramment. Daniel, lui aussi (12 : 4, 9, 10), déclara qu'alors la connaissance serait augmentée, et que les intelligents comprendraient la vision (par la foi).

Notre but en écrivant ces lignes n'est pas de prophétiser au gré d'une fertile imagination humaine, ni en aucun sens d'être sages au delà de ce qui est écrit dans les saintes Ecritures. C'est pourquoi nous nous tenons près de la source de la vérité divine, en écartant toute invention humaine, nous efforçant d'étudier la prophétie à la lumière de la prophétie et de son accomplissement manifeste. Nous cherchons également à rendre clairement sur des tablettes (papier) les choses que Dieu avait scellées et qui, de ce fait, ne pouvaient être comprises avant ce temps de la fin, mais desquelles il nous donna l'assurance qu'alors elles seraient comprises.

 Dans ce volume nous présentons toute une chaîne de témoignages sur le sujet des temps et des saisons établis par Dieu, de laquelle chaque chaînon est scripturalement solide, et dont l'ensemble, toutes parties harmonieusement reliées, offre la preuve d'un plan si grand et si étendu, d'un dessein si profond et d'une harmonie si parfaite, que cela démontre clairement au chercheur [[4]] studieux et respectueux que le dit plan dépasse la largeur et la profondeur de la pensée humaine et, par conséquent, ne peut être d'origine humaine.

Nous trouvons que la fin de l'âge évangélique, semblable à la fin de l'âge judaïque, est appelée une moisson (Matthieu 9 : 37 ; 13 : 24,30,39) ; que, comme cette dernière, elle est une période de quarante ans. Nous trouvons en outre que les rayons des témoignages prophétiques sont spécialement concentrés sur les moissons des âges et particulièrement sur la moisson de cet âge-ci où, à cause de son caractère typique, toute la lumière judaïque converge en un glorieux foyer. A cette lumière, nous pouvons maintenant voir distinctement la marche de notre Dieu, non seulement dans la longue perspective des âges écoulés, mais aussi dans l'exécution actuelle de ce plan. Mieux encore, selon sa promesse de nous montrer les choses à venir (Jean 16 : 13), nous voyons avec une  merveilleuse clarté de discernement son arrangement si sage pour la bénédiction de tous dans l'âge millénaire imminent, et même jusqu'à sa glorieuse consommation qui aboutira au rétablissement de toutes choses. Nous trouvons que beaucoup de grands et merveilleux événements se concentrent dans cette moisson ; c'est en elle que se produit le grand temps de détresse, le jour de Jéhovah ; la ruine finale et complète de l'Antichrist et la chute de Babylone la Grande ; le commencement du retour de la faveur divine aux Juifs ; la seconde venue de nôtre Seigneur et l'établissement de son royaume ; la résurrection et la récompense des saints.

Nous trouvons que la prophétie indique clairement le commencement et la fin de cette période de moisson et les événements qui doivent s'y passer. Le but de ce volume est, en substance, d'attirer l'attention sur ces événements et de poursuivre les différentes lignes des temps prophétiques qui s'y rapportent. Pour [[5]] recevoir son témoignage, le lecteur a besoin d'avoir des “ oreilles pour entendre ” (Apocalypse 2 : 7 ; Matthieu 11 : 15) ; il doit s'attendre, dans une humble attitude, à se débarrasser de maintes opinions préconçues, au fur et à mesure qu'il s'apercevra que celles-ci ne sont pas en harmonie avec la Parole de Dieu. Nous ne doutons pas que ce volume sera en grande bénédiction à ceux qui seront ainsi disposés et qui en poursuivront l'étude avec patience, avec soin, et dans l'ordre de son arrangement. Si ses enseignements sont reçus dans des  cœurs honnêtes et bons, ils seront une puissance pour les séparer du monde et pour les mûrir comme froment pour le grenier. Vivifier, mûrir et séparer les saints, dans ce temps de moisson, comme le blé est séparé d'avec l'ivraie, tel est, nous le comprenons, le but pour lequel notre Seigneur donna ces prophéties qui sont révélées maintenant.

 Ceux à qui Dieu permit d'examiner et de comprendre la carte des âges qui trace si clairement l'arrangement méthodique, le profond dessein et le but merveilleux du plan divin, tel qu'il a été donné dans le volume précédent, devraient être soucieux de découvrir tout ce que Dieu a bien voulu révéler, concernant les temps et les saisons de ce plan. Leur intérêt pour ces choses devrait être infiniment plus grand que celui de tous les chercheurs des âges passés qui ne voyaient pas les grandes bénédictions tenues en réserve pour tous les fidèles enfants de Dieu désireront vivement connaître le moment où le Roi de gloire viendra et où le prince des ténèbres sera lié ; le moment où les enfants de lumière luiront comme le soleil et où les ténèbres  seront dissipées ; le moment où les saints seront reçus dans la pleine filiation divine et où la création gémissante sera délivrée de la servitude de la corruption ; le moment où le caractère glorieux de notre Père céleste sera pleinement révélé au monde étonné, inclinant les [[6]] cœurs de tous ceux qui aiment la justice, à l'adoration, à l'amour et à l'obéissance.

 Etre dépourvu d'un tel désir indiquerait un manque d'intérêt et d'appréciation pour les desseins de Dieu. Les apôtres, les prophètes et les anges ont tous désiré “et cherché instamment à connaître quel temps l'esprit de Dieu indiquait par les prophètes. Un tel intérêt de la part de ses enfants est toujours agréable à Dieu. Bien que jusqu'ici, il n'ait jamais exaucé dans une large mesure un tel désir, parce que le temps marqué n'était pas encore venu, il n'a jamais non plus censuré un tel intérêt. Au contraire, il appela l'investigateur Daniel “ le bien-aimé ”, et répondit à son investigation autant que cela était compatible avec son plan.

 Une telle recherche ne doit pas être regardée non plus comme une intrusion dans les secrets de Dieu. Le Créateur désire que nous manifestions pour ses desseins un intérêt qui nous conduira à “ sonder les Ecritures ” et à “ prêter attention à la parole prophétique ”, afin que nous soyons dans cette attitude d'expectative convenable qui discernera promptement la vérité aussitôt qu'elle arrive à échéance. Les choses cachées appartiennent à Dieu, mais les choses révélées sont à nous et à nos enfants à toujours (Deutéronome 29 : 29). C'est pourquoi, si nous nous en tenons à la Parole de Dieu et fuyons toute vaine spéculation, nous sommes sur un terrain solide. Si le plan de Dieu, ses temps et ses saisons ne sont pas rapportés dans les Ecritures, personne ne pourra les y trouver ; d'autre part, Dieu n'a certainement rien fait dire par ses apôtres et par ses prophètes qu'il désire garder secret pour toujours. Au temps voulu et dans l'ordre désigné, chacun des traits du plan divin, de ses temps et de ses saisons, rapportés dans les Ecritures, est dévoilé à ceux qui veillent ; mais l'esquisse entière du plan, en même temps que les détails de ses temps, ne pouvait être vue et comprise [[7]] avant la période désignée, avant “ le temps de la fin ” (Daniel 12 : 9,10). N'oublions pas que jusqu'au moment où Dieu se propose de révéler ses secrets, aucune science ni piété ne peut les découvrir. Bien que les prophéties aient été placées pendant des siècles devant les yeux de tous, elles ne pouvaient pas être descellées et leurs secrets ne pouvaient être révélés avant que le temps marqué fût venu.

Lorsque quelques-uns des disciples vinrent à notre Seigneur et s'enquirent concernant le temps où le Royaume de Dieu serait établi, avant que ce soit le moment pour qu'il soit révélé, il leur répondit : “ Ce n'est pas à vous de connaître les temps ou les saisons que le Père a fixés de sa propre autorité ” (Actes 1:7). Dans une autre occasion, il dit, concernant le même sujet : “ Pour ce qui est du jour ou de l'heure, personne ne le sait, ni les anges dans le ciel, ni le Fils, mais le Père seul. Prenez garde, veillez et priez, car vous ne savez quand ce temps viendra... Ce que je vous dis, je le dis à tous : Veillez ”. Marc 13 : 32,33,37.

 Nous ne devons pas comprendre que par ces paroles notre Seigneur ait voulu dire que personne, si ce n'est le Père, ne connaîtrait jamais les temps et les saisons ; elles ne prouvent nullement, non plus, que nous ne puissions connaître ces temps et saisons maintenant, et que notre Seigneur lui-même ne puisse les connaître. Le fait même que toute l'esquisse du plan de notre Père, de même que ses temps et saisons se discernent clairement à l'heure actuelle, est une preuve évidente que nous vivons dans le temps de la fin de la présente domination du mal et à l'aurore du Jour millénaire, où la connaissance doit augmenter et où les sages doivent comprendre (Daniel 12 : 4,10). Si la prophétie ne devait jamais être comprise, il n'eût pas été raisonnable de la donner.

Ces expressions du Maître indiquent que Dieu n'exécute pas [[8]] les différentes parties de son plan par pur hasard, mais qu'il a fixé et défini des temps et des saisons pour chaque trait de son œuvre grandiose. Sa puissance et sa sagesse infinies nous sont d'ailleurs une garantie qu'il ne peut y avoir là ni insuccès ni délai.

 Ces paroles marquent aussi l'idée qu'avant ce moment-là le Père n'avait révélé à personne, pas même à notre Seigneur Jésus, les temps et les saisons en rapport avec son plan. Ainsi, loin d'appuyer la supposition générale que notre Seigneur ait voulu blâmer la recherche et l'intérêt concernant les temps et les saisons et que par ses paroles il défendît un semblable examen, nous voyons que c'est juste le contraire qui a lieu. Les paroles de Jésus montrent clairement que s'il ne leur était pas encore donné de connaître les temps et les saisons, il viendrait un temps où ceux-ci seraient très importants et qu'ils seraient alors révélés à ceux qui veilleraient. En raison du fait qu'ils seraient descellés un Jour et qu'alors ils seraient très importants, il exhorta ses disciples à “ prendre garde ”, à ne pas se laisser surprendre par l'indifférence, mais à “ veiller ”- continuellement, afin qu'ils puissent savoir quand le temps marqué serait là.

Si ceux qui veillèrent durant tout l'âge de l'Evangile ne virent pas tout ce qu'ils attendaient, ils en furent néanmoins grandement bénis et tenus séparés du monde ; ainsi ceux qui vivront au “ temps marqué ”, et qui “ veilleront ” avec soumission, sauront, verront, “ comprendront ”, et ne seront pas dans l'ignorance au milieu des événements grandioses de la “ moisson ” de cet âge. En tout temps, ceux qui négligent de veiller perdent une bénédiction à laquelle le Maître attachait une grande importance. Ils prouvent par cela même qu'ils sont aveuglés par les préjugés du dieu de ce monde, ou surchargés par les affaires de cette vie et par leurs intérêts présents, en sorte qu'ils oublient leur [[9]] vœu d'entière consécration au Seigneur qui est de chercher premièrement le Royaume et la vie à venir. Les apôtres Pierre et Paul attirent l'attention sur ce sujet des “ temps et saisons ”. Pierre déclare (2 Pierre 1 : 16) que nous ne suivons pas des fables habilement conçues ; qu'il vit en figure la gloire du royaume futur de Christ sur la montagne de la transfiguration, lorsqu'il contempla la glorieuse " vision ” de Moïse, d'Elie et de Jésus en vêtements éclatants. Moïse symbolisait les Anciens Dignes (Hébreux 11 : 38-40) qui seront les représentants terrestres du Royaume céleste ; Elie représentait les “ vainqueurs ” de cet âge de l'Evangile, et la scène dans son ensemble représentait “ la gloire qui doit suivre ”, après que les souffrances pour la cause de la justice auront achevé l'élection qui est faite selon la faveur divine. Tout en nous relatant cette vision, Pierre nous renvoie cependant au témoignage prophétique, en disant : “ Nous avons la parole prophétique plus ferme, à laquelle vous faites bien d'être attentifs comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu'à ce que le jour ait commencé à luire ” (2 Pierre 1 : 19 D.). Il savait bien que toutes les prophéties ne pouvaient être pleinement comprises alors par personne ; c'est pourquoi il exhorta les saints à être dans une attitude vigilante, non pas à observer le ciel, mais à attendre en veillant l'accomplissement de tout ce que Dieu a annoncé par les saints prophètes concernant le rétablissement et les “ temps de rétablissement ” qui forment une si grande et si importante partie de leur témoignage. Il nous assure que les prophéties nous apporteront de nouvelles et importantes vérités tout le long du chemin, jusqu'à l'aurore du Jour.

L'apôtre Paul déclare : “ Au sujet des temps et des saisons, frères, vous n'avez pas besoin qu'on vous en écrive. Car vous savez très bien vous-mêmes que le Jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit.

[[10]]

Il viendra silencieusement, à la dérobée, et une fois venu, beaucoup ne sauront pas, pendant un • certain temps, qu'ils sont déjà dans ce jour]. Car lorsqu'ils diront : Paix et sûreté ! alors une ruine subite viendra sur eux [soudaine et rapide en comparaison du lent acheminement des six mille ans écoulés, de même que notre temps est appelé l'époque rapide de la vapeur et de l'électricité ; non pas soudainement comme l'éclair, mais soudaine], comme les douleurs de l'enfantement sur celle qui est enceinte. Mais vous, frères, vous n'êtes pas dans les ténèbres, pour que ce jour vous surprenne comme un voleur ” — 1 Thessaloniciens 5 : 1-4. — Version de Lausanne.

Les frères ont tous la lampe, la ferme parole prophétique mentionnée par Pierre, comme une lumière dans un lieu obscur. Pendant qu'ils seront dans l'attitude convenable et humble de “ frères ”, étant des étudiants de la Parole fidèles, humbles, se laissant enseigner, ils ne seront jamais dans les ténèbres ; la vérité leur sera toujours donnée comme nourriture au temps convenable. Jamais ceux qui ont ainsi vécu en harmonie avec Dieu n'ont été dans l'ignorance des vérités nécessaires, au point d'être obligés de marcher à tâtons dans les ténèbres avec le monde. Abraham et Lot connurent d'avance la destruction de Sodome, Dieu ayant dit : “ Cacherai-je à Abraham ce que ]e vais faire ? ” (Genèse 18 : 17). Noë sut que le déluge devait venir assez à temps pour construire l'arche et il fut informé du jour même où il devait y entrer. Au premier avènement également, Siméon, Anne et les sages de l'Orient surent attendre le Messie ; de fait, l'attente était alors générale (Luc 2 : 25-38 ; Matthieu 2 : 2 ; Luc 3 : 15). Si Dieu agit ainsi avec la maison des serviteurs, fera-t-il moins pour la maison des fils ? Notre Seigneur et Chef a dit : “ Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait [[11]] son maître ; mais je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j'ai appris de mon Père ”. Notre Seigneur devra certainement connaître les temps et les saisons en leur propre temps, puisqu'il doit exécuter le plan ; et, à moins qu'il n'ait changé, il fera connaître ses desseins à ceux qui sont près de lui et associés à son œuvre, — ses amis, ses saints.

La raison nous enseigne alors, qu'aussi vrai qu'il est écrit : “ Le Seigneur, l'Eternel, ne fera rien, sans qu'il ne révèle son secret à ses serviteurs les prophètes” (Amos 3 : 7), et que la plus grande partie de ce qu'il leur révélait n'était pas pour eux-mêmes, mais pour nous, l'Eglise de l'Evangile (1 Pierre 1 : 12), aussi sûrement les fidèles ne seront pas laissés dans les ténèbres, incapables de discerner quand le jour du Seigneur sera venu. Il ne viendra pas sur eux comme un voleur et un filet, à l'improviste, parce qu'ils veilleront et qu'ils auront la lumière promise, lumière appropriée sur le sujet.

L'apôtre donne la raison pour laquelle il déclare positivement que les frères ne seront pas dans les ténèbres et connaîtront exactement les temps et les saisons quand le moment sera venu, lorsqu'il dit (vers. 5) : “ Vous êtes tous fils de la lumière et fils du jour ”. Ceux-là sont engendrés par la vérité qui les développe de plus en plus jusqu'à ce que le jour auquel ils appartiennent soit dans sa perfection. — Jacques 1 : 18 ; Jean 17 : 17,19.

Remarquons avec quel soin dans ces passages-ci de l'Ecriture et dans d'autres, les pronoms vous, ils et eux font la distinction entre les saints et le monde, suivant la classe à laquelle il est fait allusion. La connaissance  que les saints posséderont dans le jour du Seigneur sur la signification et la tendance des événements qui sont en cours, est mise en contraste avec l'ignorance du monde. “ Vous n'avez pas besoin qu'on vous en écrive ”. [[12]] — “ Car lorsque diront : Paix et sûreté ! alors une ruine subite viendra sur eux... et ils n'échapperont point. Mais vous, frères vous n'êtes pas dans les ténèbres pour que ce jour vous surprenne comme un voleur, vous êtes tous fils de la lumière ”. “ Prenez garde à vous-mêmes ”, dit notre Seigneur, “ de peur que vos cœurs ne s'appesantissent par les excès du manger et du boire et par les soucis de la vie, et que ce Jour ne vienne sur vous a. l'improviste ; car il viendra comme un filet sur tous ceux qui habitent sur la face de toute la terre. Veillez donc [veillez sur vous-mêmes et aussi sur la parole prophétique], et priez en tout temps, afin que vous soyez estimés dignes d'échapper à toutes ces choses qui arriveront et de vous tenir devant le Fils de l'homme ”. — Luc 21 : 34-36.

Il s'ensuit donc que si un enfant de Dieu, vivant dans le jour du Seigneur, demeure dans les ténèbres et dans l'ignorance au sujet de ce fait, c'est qu'il est, ou bien excédé par les choses de cette vie et intoxiqué  par l'esprit du monde, ou bien surchargé par les soucis de cette vie et que dans l'un et l'autre cas il est indifférent et néglige de veiller, en ayant sa lampe en bon état, allumée et avec de l'huile dans son vase, c'est-à-dire avec la Parole de Dieu dans le cœur et dans l'esprit et avec l'Esprit de vérité en lui-même.

Quoiqu'une grande partie de ce qui concerne les temps et les saisons, ainsi que les détails du plan, ait été prédite par les prophètes, ils confessèrent l'ignorance dans laquelle ils se trouvaient concernant l'importance des prophéties qu'ils prononcèrent (Voyez Daniel 12 : 8 ; Ezéchiel 20 : 49 ; Matthieu 13 : 17 ; 1 Pierre 1 : 10-12). Ces prophéties étaient formulées en langage obscur et symbolique et, reliées avec des événements encore futurs à ce moment-là, il leur était impossible de les comprendre. Ainsi, bien qu'ayant été données autrefois comme un témoignage de la prescience et de l'arrangement divins, [[13]] elles étaient cependant pour l'instruction de ceux qui vivraient au temps marqué pour leur accomplissement et non pour ceux qui les avaient énoncées (Romains 15 : 4). Les prophètes attendaient l'accomplissement de différents traits, unis entre eux, du plan divin et de l'histoire humaine qui, selon l'arrangement de Dieu décèleraient ces prophéties et enrichiraient l'enfant de Dieu, patient et chercheur de “ nourriture au temps convenable ”, pour l'heure de l'épreuve et du besoin dans le “ mauvais jour ” ; le jour de détresse par lequel cet "âge se termine, au cours duquel aussi se lève la nouvelle dispensation.

Un dispositif moderne qui peut servir à illustrer l'arrangement divin des prophéties de temps est ce qu'on appelle “ la serrure à combinaisons par mouvement d'horlogerie de temps ” et qui est employée par quelques grandes banques. La clef ou la poignée reste constamment sur la serrure, comme c'est le cas pour d'autres serrures à combinaisons ; il faut, pour l'ouvrir, certain mouvement connu seulement de ceux qui sont initiés au secret, tandis que le plus léger mouvement contraire occasionne des complications. La serrure à combinaisons par mouvement d'horlogerie — de temps a encore ceci de particulier : c'est que grâce à un système d'horlogerie établi à l'intérieur des caves de la banque, les portes fermées pour la nuit le sont si bien qu'elles ne peuvent être ouvertes par personne jusqu'à une certaine heure fixée pour le matin suivant ; alors seulement elles peuvent l'être en se servant de la même combinaison sur laquelle la serrure a été fermée.

De même, notre Père céleste a caché et scellé de nombreux traits de son plan durant la nuit avec sa grande serrure du temps, posée de façon à empêcher qu'ils ne soient ouverts avant le “ temps fixé ”, au matin du grand jour du rétablissement. Alors l'Oint de Jéhovah, “ celui qui a la clef ” et qui connaît la combinaison [[14]] sur laquelle elle repose, “ ouvre et personne ne ferme ” (Apocalypse 3 : 7). Il ouvre en nous donnant les indications nécessaires pour que ceux qui désirent trouver les trésors de sagesse infinie, sachent se servir de la clef de la prophétie. Nous pouvons ouvrir les trésors de la sagesse divine maintenant, parce que le matin est venu, bien qu'il soit encore de bonne heure et qu'il ne fasse pas encore clair pour le monde. Toutefois ils ne s'ouvriront à nous que si nous écoutons soigneusement les instructions et si nous appliquons la clef à la combinaison établie par le grand Inventeur.

En vérité, cette illustration s'adapte au plan de Dieu tout entier et dans toutes ses parties. Chaque trait de la vérité et chaque prophétie n'est qu'une partie de l'unique grande combinaison qui peut être ouverte maintenant, parce que c'est le matin et que les verrous de la grande serrure du temps sont retirés. Cette grande combinaison, une fois ouverte, met complètement à jour de façon merveilleuse les trésors infinis de la sagesse, de la justice, de l'amour et de la puissance de notre Dieu. Celui qui ouvre connaîtra vraiment Dieu comme jamais il ne l'avait connu auparavant.

Examinons donc les Ecritures avec un esprit respectueux, afin que nous puissions apprendre ce qu'il plaît à Dieu de nous montrer en ce qui concerne ses temps et ses saisons. Puisque tout récemment, II nous a fait voir si clairement la grande esquisse de son plan, nous pouvons raisonnablement nous attendre à ce que son temps est venu pour nous conduire dans la connaissance des détails de ce temps. Les temps et les saisons furent sagement cachés dans le passé ; et les saints furent ainsi sauvés du découragement parce que le temps de l'accomplissement était éloigné. Maintenant que le plan approche de sa glorieuse consommation, les saints ont le privilège de le connaître, afin qu'ils puissent lever la tête et se réjouir, sachant que leur délivrance approche [[15]] (Luc 21 : 28). La révélation des temps dans le “ temps de la fin ” sera aussi profitable et stimulante pour les saints qu'une révélation prématurée leur eût été sans profit et une cause de découragement.

Evidemment notre Dieu est un Dieu d'ordre. Tout ce qu'il fait est en parfaite harmonie avec un plan définitivement arrangé d'avance. Les temps et les saisons qu'il a fixés ne sont donc pas une partie insignifiante ou sans importance de son plan. Remarquons que Jésus naquit au temps voulu. “ Lorsque les temps ont été accomplis. Dieu a envoyé son Fils unique ” (Galates 4 : 4) ; non avant, ni après, mais exactement lorsque le temps fut accompli. La première prédication de notre Seigneur se rapportait au temps : “ II vint, prêchant et disant : Le temps est accompli... Repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle ” (Marc 1 : 15). “ Christ, au temps marqué, est mort ” (Romains 5 : 6). “ II ressuscita le troisième jour [au temps fixé] selon les Ecritures ” (1 Corinthiens 15 : 4). Au cours de son ministère, ses ennemis cherchèrent souvent à se saisir de lui, mais il nous est dit qu'ils ne le purent pas, “ parce que son heure n'était pas encore venue ”. — Jean 7 : 30.

Les prophéties de temps ne furent pas données pour satisfaire une simple curiosité, mais pour que ceux qui étudient la Parole de Dieu puissent reconnaître les événements prédits lorsque le moment serait là. Par exemple : Bien que les prophéties marquassent le temps du premier avènement et la manière dont il devait s'accomplir, elles ne furent pas comprises avant la venue de Christ ; et alors elles aidèrent ceux qui étudiaient soigneusement les Ecritures à reconnaître l'homme Jésus  comme le Christ envoyé de Dieu, selon ce qui avait été fixé et prophétisé. De même aussi les prophéties qui indiquent le temps du second avènement et la manière dont il se fera, peuvent être comprises vers le temps où cet événement doit se produire, afin que nous puissions [[16]] reconnaître son jour lorsqu'il sera venu, ainsi que le cours des événements et nos devoirs du moment. Personne ne peut lire l'Ancien Testament avec réflexion sans remarquer la prééminence donnée aux dates et la grande précision avec laquelle quelques-unes sont indiquées, même à un jour près, bien que fréquemment elles soient rattachées à ce qui semble être des événements insignifiants. Mais l'étudiant assidu trouvera que ces différentes dates et références chronologiques sont les anneaux d'une merveilleuse chaîne de preuves qui indiquent d'une manière bien nette deux événements des plus notables et des plus significatifs de l'histoire du monde : le premier et le second avènements du Rédempteur et Seigneur du monde et les choses importantes qui leur sont associées.

Le fait que la majorité des chrétiens est indifférente à ces choses, n'est pas une raison pour que ceux qui aiment son avènement et qui désirent être approuvés par lui, tombent dans une semblable condition de tiédeur.

Nous devons nous souvenir qu'Israël charnel, à l'exception des “ amis ” de Dieu, avait trébuché et n'avait pas connu le temps de sa Visitation (Luc 19 : 44), et que le prophète a prédit que les deux maisons d'Israël, la maison nominale juive et la maison nominale chrétienne, trébucheraient (Esaïe 8 : 14). Dans la moisson, ou fin, de chaque dispensation, “ un reste ” seul est préparé à recevoir et à apprécier les vérités qui doivent être comprises alors, et à entrer ainsi dans les privilèges et bénédictions spéciaux de la nouvelle dispensation qui commence. Il incombe à chaque chrétien individuellement, dans la période de la fin de cet âge-ci, de faire en sorte qu'il soit au nombre de ce “ reste ” et non de la masse des tièdes, des indifférents et des insouciants de l'Eglise chrétienne nominale, qui sûrement trébuchera, comme cela a été prédit par le prophète, par le Seigneur et par les apôtres et comme cela [[17]] a aussi été figuré d'avance par l'attitude d'Israël selon la chair, qui est une figure ou un type d'Israël selon l'esprit.

Mais si les prophéties de temps sont d'un grand avantage en leur propre temps en ce qu'elles montrent les divers traits du plan de Dieu concernant la moisson, etc., il n'est pas moins vrai qu'une connaissance de la manière de la venue et de l'apparition de notre Seigneur est nécessaire ; aussi une attention soigneuse est requise en temps et lieu. La sainteté et l'humilité doivent se trouver à la base de toute cette connaissance; elles doivent préparer le chemin pour la recevoir en rendant les enfants de Dieu capables d'éloigner les préjugés de leur cœur et de chercher diligemment à reconnaître ce qui a été révélé. Il en fut ainsi au premier avènement : seuls les consacrés humbles et sincères discernèrent le temps et la manière de cet avènement. Les mondains, ceux qui sont surchargés ou rassasiés, ne discerneront ni les prophéties, ni les signes des temps qui les accompliront, jusqu'à ce que la moisson soit passée et que l'été de faveur spéciale soit terminé.

A la fin de la “ moisson ” de l'âge judaïque, les “ vrais Israélites ” qui étaient véritablement humbles et zélés, se trouvaient dans une condition d'attente qui différait grandement de celle des orgueilleux, des mondains et de ceux qui se croyaient justes. En conséquence, ils étaient non seulement disposés à accepter le plan de Dieu tel qu'il l'a arrangé, mais ils étaient mieux préparés à écouter et à examiner la vérité lorsqu'ils se trouvèrent en contact avec elle. Tandis qu'il renvoyait avec" des réponses obscures ou évasives les pharisiens critiques et satisfaits d'eux-mêmes, notre Seigneur prenait le temps et la peine d'expliquer clairement et ouvertement la vérité aux chercheurs humbles et sérieux (Matthieu 13 : 10-17 ; 16 : 1-4 ; Marc 7 : 1-23 ; Luc 18 : 18-30 ; Jean 1 : 45-51 ; Luc 24 : 13-32 et 33-49 ; Jean 20 : 24-28 ; 21 : 1-12).

[[18]]

Les orgueilleux, les rassasiés et tous ceux qui les suivaient, trébuchaient (Matthieu 15 : 14), tandis que les humbles, les affamés de vérité, s'enquéraient avec empressement de celle-ci (Matthieu 13 : 36 ; Marc 4 : 10). A ces derniers le Seigneur expliqua les paraboles en disant : “ C'est à vous qu'il a été donné de connaître le mystère du royaume de Dieu ; mais pour ceux du dehors [qui  ne sont pas de “ véritables Israélites ”] tout se fait en paraboles, afin qu'en voyant, ils voient et n'aperçoivent point, et qu'en entendant ils entendent et ne comprennent point ”.

Il en est de même à la fin de cet âge. Ici comme là, la vérité sépare ceux qui sont humbles et sincères et les fait progresser dans la connaissance qui leur convient maintenant, qui les fortifie et les éclaire, afin qu'ils ne bronchent pas avec la masse des chrétiens nominaux. Les tièdes et ceux qui sont satisfaits d'eux-mêmes rejettent les vérités propres à être entendues actuellement, parce qu'ils sont aveuglés par l'état mauvais de leur propre cœur ; par conséquent, ils seront rejetés par le Seigneur comme indignes de devenir son épouse. — Ephésiens 4 : 1; 1 Corinthiens 9 : 27.

Une erreur sérieuse, dans laquelle beaucoup tombent, consiste à croire que la connaissance des agissements et des plans de Dieu est de peu d'importance ; que les grâces du caractère chrétien sont tout ce que Dieu demande et que celles-ci se conservent mieux par l'ignorance. Combien les Ecritures présentent la chose d'une manière différente ! Elles nous conseillent, non seulement de cultiver les grâces du caractère chrétien, mais de garder constamment la condition du cœur qui nous rend capables de discerner la vérité, surtout cette vérité de la présence du Seigneur quand elle est du temps marqué et quand les changements de dispensations se produisent. La connaissance de la vérité est tout aussi importante à la fin de cet âge qu'elle le fut à la fin de l'âge judaïque. Ceux qui, à ce moment-là, ne discernèrent pas la vérité, ne reçurent pas les faveurs qui en découlaient. Il en est exactement de même à la fin de cet âge : Ceux qui, étant aveuglés par l'incrédulité et la mondanité, ne peuvent pas discerner la vérité présente, ne peuvent pas non plus recevoir les faveurs spéciales qui doivent être accordées présentement. Ils ne sont pas des vainqueurs et sont par conséquent impropres à devenir l'épouse de Christ et à entrer dans le glorieux héritage des saints,' comme ses cohéritiers. La vérité, au milieu des circonstances contraires à sa réception durant cet âge, devient une épreuve de notre fidélité à Dieu ; par conséquent, elle remplit les fonctions de faucille, pour séparer ceux qui sont aptes de ceux qui ne le sont pas, — le froment d'avec l'ivraie.

On attache une sorte de blâme à l'étude des prophéties de temps, à cause des mauvaises applications qui en ont été faites précédemment par les “ seconds adventistes ” et d'autres et parce que, comme conséquence de ces applications erronées, les événements qu'on attendait en des temps déterminés ne se sont pas produit. Nous voyons toutefois que cela même fait partie du plan de Dieu, pour obscurcir le sujet aux yeux de tous, excepté de ceux à qui il était destiné. Dieu permit que le mépris et le ridicule s'attachassent ainsi à l'étude des prophéties de temps pour empêcher les sages et les intelligents selon le monde de les comprendre (Matthieu 11 : 25). Nous ne doutons pas que cela fit autant partie du plan divin que l'envoi de Jésus à Nazareth, une place méprisée, “ afin qu'il fût appelé Nazaréen ” (Matthieu 2 : 23), quoiqu'on réalité il naquît dans l'honorable ville de Bethléhem. De même que les sages et les intelligents du temps de Jésus disaient : “ Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ? ” ainsi aujourd'hui lorsqu'on parle des temps prophétiques [[20]] ou de quelque chose se rapportant au second avènement du Seigneur, beaucoup crient : “ Adventistes ! ” comme pour dire : “ Peut-il venir quelque chose de bon de l'adventisme ? Et pourtant ils admettent que plusieurs prophéties parlant des temps ne sont pas encore accomplies et que la seconde venue du Seigneur est le sujet le plus important des Ecritures.

Nous avons une grande sympathie pour les Premiers dventistes les Juifs, ainsi que pour les Seconds, quoiqu'un petit nombre seulement d'entre eux aient admis les vérités qu'ils étaient presque sur le point de comprendre, mais qu'ils ne purent saisir parce que les uns et les autres étaient aveugles par de fausses espérances.

Nos amis adventistes n'ont pas compris la manière et le but du retour du Seigneur, tels qu'ils sont enseignés dans les Ecritures ; en conséquence, ils ont attendu Jésus tel qu'il était et non pas “ tel qu'il est ”. Ils considèrent l'objet de sa venue comme quelque chose qui remplira tous les cœurs, excepté ceux des saints, d'épouvanté et de terreur ; que son but est de rassembler les élus, de détruire tout le reste de l'humanité et de brûler le monde. Avec de telles idées, ils se sont servis des prophéties de temps comme d'un fouet pour fouetter le monde et le conduire à Dieu. Mais le monde les regarda froidement en les traitant d'enthousiastes dénués de raison et en disant que s'il y a un Dieu, il est certainement plus raisonnable et plus juste que cela.

Comme les adventistes prédirent à différentes reprises la destruction de la matière et l'anéantissement du monde, mais que leurs prédictions réitérées ne se réalisèrent jamais, le dédain du monde s'accrut au point qu'aujourd'hui la seule mention des temps prophétiques est reçue généralement avec un sourire incrédule ou avec un mépris ouvert, même par les chrétiens qui savent très bien que la prophétie et la chronologie constituent une grande partie de la révélation de Dieu.

[[21]]

Mais béni est celui
“ Qui fait front, impassible, au dur regard du monde
Et ne s'arrête pas au rire contempteur ;
Qui ne chavire pas sur la “ mer ” furibonde,
Ni ne craint de Satan l'art (1) le plus séducteur ”.
(1) mis pour artifice.

Cependant Dieu n'a pas donné les prophéties de temps dans un tel but, et il n'a pas non plus essayé de convertir le monde d'une telle manière, car il cherche pour l'adorer ceux qui “ l'adorent en esprit et en vérité ” (Jean 4 : 23). S'il avait voulu amener les hommes à l'obéissance par la terreur, il aurait pu concevoir une méthode plus efficace que la proclamation du temps — comme nos amis adventistes l'ont prouvé. Les temps prophétiques furent donnés, non pour alarmer le monde — ni en aucun sens pour le monde — mais pour éclairer, fortifier, réconforter, encourager et guider l'Eglise dans les temps troublés de la fin de l'Age. C'est pourquoi il est écrit qu'aucun des méchants ne comprendra, mais que seuls les sages comprendront (Daniel 12 : 10). Pour ceux-ci ces temps prophétiques deviennent une nourriture au temps convenable laquelle, avec d'autres aliments, fortifie ceux qui en usent, en sorte qu'ils ne pourront résister dans le mauvais jour ”, le jour de détresse par lequel se termine cet âge. Ces prophéties leur permettent de comprendre les événements qui se passent autour d'eux ; ainsi ils ne peuvent être ni consumés par la crainte et l'épouvante, ni engloutis par les idées et les fausses théories d'une science faussement ainsi nommée qui abondent en ces jours-ci. De plus, dans le feu dévorant [la détresse], ils peuvent être des témoins pour Dieu et pour son plan et instruire le peuple en montrant le glorieux résultat du plan de Jéhovah, et en élevant un étendard pour le peuple. — Esaïe 62 : 10.

Tel est le but des prophéties de temps. Combien elles sont importantes et indispensables pour que l'homme de [[22]] Dieu soit accompli et parfaitement instruit dans ce temps-ci. Sans les preuves que nous donnent ces temps prophétiques, nous pourrions voir les événements de ce jour du Seigneur sans les connaître et sans connaître nos devoirs et nos privilèges. Qu'aucun des vrais consacrés se garde de sous-estimer ces preuves qui nous sont données par les temps prophétiques. Celles-ci ont été données dans le but de guider nos paroles et nos actions dans l'aube matinale du Jour millénaire, avant le lever du soleil, pendant que le monde et l'église nominale sont endormis, ignorants et insouciants du changement de dispensation qui a lieu maintenant. Ces preuves données par les temps prophétiques, furent le grand moyen dont Dieu se servit pour attirer l'attention de l'auteur d'une façon plus complète et soigneuse sur d'autres traits du plan divin. Le chercheur qui y prêtera attention en retirera un profit durable, non seulement en ce qu'il sera informé de la “ vérité présente ”, mais encore que les prophéties de temps donneront aussi de la force et une réalité vitale à toutes les vérités scripturales, en prouvant que tous les plans de Dieu concourent, dans leur temps aussi bien que dans leur nature, au développement de ses glorieux desseins.

L'insuccès des Adventistes qui, dans leurs prédictions, avaient essayé de fixer un temps pour la destruction du monde par le feu, etc., se rapporte davantage au caractère des événements attendus qu'au temps. A l'exemple des Juifs, ils se trompèrent en attendant des choses fausses au bon moment. Ceci ne fut cependant que la cause secondaire pour laquelle ils ne purent saisir clairement la vérité. La cause première fut le fait que le temps n'était pas encore arrivé pour avoir une plus claire révélation. Pourtant le temps était venu de pousser les saints à attendre l'apparition du Seigneur, pour que ceux-ci aillent à la rencontre de l'Epoux et éprouvent un désappointement avant sa venue réelle.

[[23]]

Tout cela avait été indiqué par notre Seigneur dans sa parabole des dix vierges dont nous expliquerons les détails dans la suite. Comme cela a été montré dans le volume précédent, le feu qui doit dévorer la terre au  Jour du Seigneur est symbolique et non littéral. Dans les chapitres suivants nous montrerons que les applications de quelques prophéties de temps, qui ont été écartées par les Adventistes comme manquées, ne  l'étaient pas, mais étaient correctes et marquaient clairement le feu symbolique de ce temps, qui déjà fait son œuvre.

Les Adventistes qui avaient à lutter contre la difficulté provenant du fait qu'ils s'attendaient à ce que la terre soit consumée littéralement, essayèrent de forcer toutes les périodes prophétiques, de manière à les faire aboutir à un seul jour, un jour de vingt-quatre heures.

Ils firent ainsi violence à quelques prophéties pour les faire concorder avec d'autres et se terminer à la même date. Une vue plus claire du plan divin révèle maintenant la parfaite harmonie des différentes prophéties de temps et il n'est pas nécessaire d'en tordre aucune ni d'y faire violence pour les faire s'accorder avec les autres. Si dans les chapitres suivants nous examinons les principales prophéties, nous ne formerons cependant pas une théorie pour nous efforcer ensuite d'y plier toutes les périodes prophétiques, mais nous suivrons soigneusement chaque période jusqu'à sa fin, puis nous tresserons ensemble la théorie ou le plan indiqué ainsi par le grand Révélateur des secrets. On trouvera que l'ordre et l'harmonie du plan de Dieu sont tout aussi manifestes dans ses temps et ses saisons que dans les glorieux trait de ce plan que nous avons tracé, dans le volume précédent, et dessiné sur la Carte des Ages. Lorsque la grande horloge des âges sonne les heures indiquées sur le cadran prophétique, les événements prédits suivent aussi sûrement que Dieu les a prédits.


ÉTUDE II

CHRONOLOGIE DE LA BIBLE

De la nécessité de la chronologie pour comprendre les prophéties. — Données indispensables fournies par la Bible. — De la création d'Adam jusqu'à 1873 après J.-C.. il y a 6.000 ans. — Un tableau de la chronologie de la Bible en grandes périodes. — Son examen en détail. —  Depuis la création jusqu'au jour où les eaux du déluge furent desséchées. — Jusqu'à l'Alliance abrahamique. — Jusqu'à la promulgation de la Loi. — Jusqu'à la division de Canaan entre les tribus. — La période des Juges.  La période des Rois. — La période de la désolation. —  De celle-ci à 1873 apr. J.-C. — En quoi cette chronologie diffère de celle de l' “ évêque Usher ”, indiquée dans les Bibles anglaises et françaises. — La date exacte de la naissance de notre Seigneur.

DANS ce chapitre, nous présentons la preuve biblique indiquant que 6000 ans se sont écoulés depuis la création d'Adam jusqu'en l'an 1872 de l'ère chrétienne, et que par conséquent, depuis 1872, nous sommes chronologiquement entrés dans le septième millénaire, ou le Millénium, — au commencement duquel le “ Jour du Seigneur ”, le “ Jour de la détresse ”, sera témoin de la mise en pièces des royaumes de ce monde et de l'établissement du Royaume de Dieu sous tous les cieux.

La chronologie est nécessaire aussi pour servir de base à l'examen des périodes prophétiques. Il nous faut avant tout bien déterminer où nous en sommes dans le cours des temps. Pour cela, il nous faut des dates dignes de confiance pour en faire le calcul ; nous commençons donc par une étude de la chronologie. Une chronologie complète de l'histoire humaine doit nécessairement commencer avec la création de l'homme.

[[25]]

Chronologie de la Bible

La durée du temps qui s'est écoulé depuis la création de l'homme est estimée de diverses manières. Parmi ceux qui acceptent le récit biblique tel qu'il est, il ne peut y avoir qu'une petite différence d'opinion ; mais parmi ceux qui le rejettent les différences sont énormes, variant pour cette période depuis des dizaines jusqu'à des centaines de milliers d'années. Ces suppositions sont appuyées sur des faits n'offrant qu'une base bien faible pour des conclusions aussi extravagantes et téméraires. Par exemple, la présence de pointes de flèches en silex à une profondeur considérable au-dessous de la surface des marais de tourbe de la Suisse et de l'Irlande est considérée comme une preuve que le niveau où on les trouve en était autrefois la surface, que la tourbe à crû graduellement autour et au-dessus d'eux, et le temps nécessaire pour une telle augmentation est calculé d'après le taux de leur accroissement actuel, qui est très faible. Si ce qu'ils avancent était vrai, cela prouverait naturellement que l'homme vivait il y a des centaines de milliers d'années ; mais d'autres géologues démontrent, avec de bonnes raisons, que ces marais tourbeux étaient autrefois tellement mous qu'une pointe de flèche en silex pouvait aisément s'y enfoncer graduellement à une grande profondeur en peu de siècles.

Citons un autre exemple : En sondant dans la terre vaseuse de la vallée du Nil, deux briques cuites y furent découvertes, l'une à une profondeur de vingt et l'autre de vingt-quatre yards (*) ; si nous estimons que l'épaisseur du dépôt formé par le fleuve atteint huit pouces (**) en un siècle, nous devons conclure que la première de ces briques a 12.000 ans et la seconde 14.000. Par le moyen de calculs analogues, Burmeiser (géologue célèbre) suppose que 72.000 ans se sont écoulés depuis la première apparition de l'homme sur le sol


(*)  1 yard = 0,914 m.
(**) 1 pouce = 2,5 cm. environ.

[[26]]

de l'Egypte, et Draper (géologue également renommé), attribue à l'Européen qui fut témoin de la dernière époque glaciaire une antiquité de plus de 250.000 ans !*

Il est clair que “ si nous calculons ” de la même manière que ces grands hommes, nous arriverons à ces mêmes grandes conclusions. Mais quelques-uns parmi nous sont assez peu scientifiques pour se demander s'il n'est pas plus probable que les dépôts formés par le limon du Nil ont été très irréguliers, comme c'est le cas pour d'autres fleuves qui changent quelquefois leur lit en emportant leurs bords d'une manière frappante, par un simple courant. Nous nous rappelons aussi le déluge du jour de Noé, événement qui non seulement est mentionné d'une façon spéciale dans la Bible, mais dont les plus vieilles traditions païennes ont aussi conservé le souvenir, et nous nous demandons combien de limon et de débris furent ainsi déposés en sus et au-dessus des huit pouces par siècle. Nous nous demandons aussi, comment il ne s'est pas présenté à ces grands esprits, comme cela se présente naturellement à l'esprit de quelques-uns qui ne sont pas trop grands, qu'il est naturel que deux briques jetées dans ce “ sol vaseux ” au moment où il était de consistance très molle et recouvert d'eau, aient pu s'y enfoncer à une grande profondeur par leur propre poids, étant beaucoup plus pesante que le sol vaseux. Quant à la différence de profondeur entre les deux briques, il apparaît beaucoup plus raisonnable à un esprit peu scientifique d'admettre que l'une d'elles a dû tomber sur le côté ou sur un coin, et que l'autre étant tombée à plat, a dû s'enfoncer par ce fait même plus lentement, que de supposer que des hommes vivants à deux mille ans d'intervalle aient fait deux briques exactement semblables.


(*) Prof. N. Joly dans son ouvrage “ L'Homme avant les Métaux ”, ouvrage en anglais, p. 183.  Chronologie de la Bible 27

II y a quelques années, le squelette d'un homme fut trouvé dans un ancien lit du Mississippi. Quelques géologues se mirent à calculer combien de milliers d'années pouvaient être indiqués par le nombre de pieds de boue, vase, etc. qui recouvraient le squelette ; ils s'imaginèrent avoir trouvé un spécimen de l'homme préhistorique ayant une grande valeur. Plus tard on trouva à quelques pieds au-dessous du squelette une partie d'un bateau plat ”, semblable aux bateaux qui étaient en usage sur le Mississippi il y a cinquante ans à peine ; cette découverte renversa complètement les calculs et délivra le genre humain d'une autre preuve que le monde est plus vieux de centaines de milliers d'années que la Bible ne l'enseigne.

Laissant de côté les conjectures discordantes et tout à fait indignes de confiance de quelques géologues sur ce sujet de la chronologie, et ayant recours aux renseignements que peut nous donner l'histoire humaine, que trouvons-nous ? L'histoire des plus anciennes nations païennes ne peut être retracée clairement et distinctement que jusqu'à 3000 ans en arrière. Plus en arrière, ce ne sont que des traditions indignes de confiance ; tout y est obscur, incertain, mythique et fabuleux. L'histoire des Romains ne remonte pas aussi loin puisqu'il n'y a que 27 siècles que Rome a été fondée ; ses premiers siècles sont de plus enveloppés dans d'incertaines traditions. Au delà de 3000 ans en arrière dans l'histoire des Babyloniens, des Syriens et des Egyptiens, nous arrivons à une période où cette histoire est fragmentaire et enveloppée d'une grande obscurité. Dans l'histoire de la Chine, nous sommes amenés, avec cette même période en arrière, à la dynastie des Tchou, depuis laquelle les événements de l'histoire chinoise commencent à être plus dignes de confiance. Chez les Grecs, remarqués par leur érudition dans les 3.000 ans passés et chez qui nous pourrions espérer [[28]] trouver l'histoire plus exacte que chez toutes les autres nations, que trouvons-nous ? Nous trouvons ses dates précises pendant les derniers 2600 ans, mais pas au delà. Nous arrivons alors dans ce qu'on a appelé “ l'âge fabuleux, mythique ou préhistorique de la Grèce ". Le seul exposé raisonnable connu des 3000 premières années de l'homme sur la terre se trouve dans la Bible. Ce fait est en parfaite harmonie avec ses prétentions d'origine, de direction et de préservation divines.

Il en est des dates comme de l'histoire : le monde n'a aucun moyen, en dehors de la Bible, pour suivre les traces de sa chronologie au delà de l'année 776 av. J.-C. A ce sujet, nous citons le professeur Fisher du Yale Collège qui dit : “ On arriva lentement à une méthode exacte pour l'établissement des dates ; l'invention d'époques, ou ères, fut indispensable pour arriver à ce but. Le temps défini le plus éloigné pour dater les événements fut arrêté à Babylone. C'est l'ère de Nabonassar, 747 av. J.-C. Les Grecs (à partir d'environ 300 ans avant Jésus-Christ), ont daté les événements à partir de la première victoire remportée dans les jeux olympiques en 776 av. J.-C. Ces jeux avaient lieu tous les quatre ans. Chaque olympiade avait donc une durée de quatre années. Ce n'est que quelques siècles après la fondation de Rome que les Romains commencèrent à dater (leur histoire — trad.) et à partir de cet événement c.-à-d. à partir de 753 av. J.-C.”

L'article suivant, tiré de “ L'Encyclopédie Américaine ”, sous le titre Chronologie, nous offre une preuve de plus que les nombreuses prétendues histoires des temps reculés abondent en traditions bizarres et mythiques qui les rendent sans valeur et entièrement indignes de confiance : “ L'histoire des nations anciennes, excepté celle des Hébreux, remonte à des périodes mythiques de milliers ou de millions d'années ; même après que les récits Chronologie de la Bible [[29]] commencent à prendre un aspect historique, les différences sont très grandes... Les inscriptions assyriennes, babyloniennes et égyptiennes sont en langues mortes et en caractères hors d'usage depuis longtemps. Les dates grecques et romaines sont généralement authentiques jusqu'à la première olympiade en 776 av. J.-C. et à l'établissement du Consulat en 510 av. J.-C. Antérieurement à ces dates elles sont... légendaires. Hérodote n'a de valeur que pour les événements qui regardent son époque — environ 450 av. J.-C., et pour ceux d'un ou des deux siècles qui l'avaient précédée ”.

Clinton dans son ouvrage sur la Chronologie de la Grèce (page 283) dit : “ L'histoire contenue dans les Ecritures hébraïques présente... un contraste avec les récits primitifs des Grecs. Dans ces derniers, nous  avons beaucoup de peine à suivre quelques faits obscurs qui nous ont été conservés par les poètes, qui nous ont transmis avec tous les embellissements de la poésie et de la fable ce qu'ils avaient reçu par tradition orale.

Dans les annales de la nation hébraïque nous avons des narrations authentiques, écrites par des contemporains guidés par l'inspiration. Ce qu'ils nous ont transmis nous arrive par conséquent avec une double sanction. Ils étaient aidés par l'inspiration divine dans ce qu'ils rapportaient comme simples témoins humains, ces choses étant déjà dignes de foi ”. La Bible, qui est l'histoire fournie par Dieu des trois premiers mille ans, est la seule œuvre dans le monde qui fournisse une histoire claire et continue jusqu'à la période où l'authenticité de l'histoire séculaire est bien prouvée. Elle commence par Adam, le premier homme  mentionné dans l'histoire, les monuments ou les inscriptions. Son nom, l'époque de sa création et sa mort nous y sont rapportés ; nous pouvons y suivre sa descendance avec le nom et l'âge de chacun pendant une période de près de 4000 ans.

[[30]]

Comme nous le  verrons, les indications de la Bible vont jusqu'à la première année de Cyrus, 536 av. J.-C., date qui est bien établie et généralement acceptée. C'est là que cesse le fil de la chronologie biblique, à une date à partir de laquelle l'histoire profane est digne de confiance. Dieu a ainsi procuré à ses enfants une claire indication chronologique qui s'étend jusqu'à nos jours. Par ses prophéties, la Bible complète même l'histoire jusqu'à la consommation du “rétablissement de toutes choses ”, à la fin du septième millénaire, lorsque se lèvera l'ère nouvelle d'éternelle félicité. La Bible est par conséquent le seul récit existant dans le monde, qui nous fournisse une vue d'ensemble de toute l'histoire humaine. Elle nous transporte du paradis perdu de la Genèse au paradis restauré de l'Apocalypse, poursuivant ainsi le sentier de l'humanité jusque dans l'éternité. Prises dans leur ensemble, l'histoire et la prophétie de la Bible offrent une vue panoramique de tout le cours des événements, depuis la création et la chute de l'homme, jusqu'à sa réconciliation et son rétablissement. La Bible est donc la charte de toute l'histoire. Comme on l'a très bien dit, sans elle l'histoire serait “semblable à  des rivières coulant de sources inconnues vers des mers inconnues ”, mais sous sa direction nous pouvons tracer le cours de ces rivières jusqu'à leurs sources, bien plus, les suivre jusqu'à leur glorieux épanchement dans l'océan de l'éternité.

C'est donc dans la Bible seule que nous pouvons espérer trouver un récit qui coordonnera les irrégularités de la chronologie et le désaccord des périodes qui semblent exister à première vue dans les annales de l'histoire humaine pour les harmoniser entre elles et avec celles de la nature.

En commençant par poser la question : combien de temps s'est-il écoulé depuis la création de l'homme ? nous devons être convaincus, — et nous le sommes, [[31]] que Celui qui a donné les prophéties, en disant qu'elles seraient comprises dans le temps de la fin, a aussi pourvu dans sa Parole aux données nécessaires, afin que nous soyons capables de localiser exactement ces prophéties. Toutefois, tous ceux qui s'attendent à trouver ces choses assez clairement écrites pour pouvoir convaincre le lecteur superficiel ou le sceptique peu sincère, seront désappointés. Les temps et saisons de Dieu sont donnés de telle manière qu'ils ne sont convaincants, dans ces temps-ci, que pour ceux qui, par la connaissance de Dieu, sont capables de reconnaître ses méthodes caractéristiques. La preuve est donnée que “ l'homme de Dieu peut être parfaitement accompli ” (2 Timothée 3 : 17). Ces hommes de Dieu savent bien que dans tous les sentiers par lesquels leur Père les conduit, ils doivent marcher par la foi et non par la vue. A tous ceux qui sont préparés à marcher de cette manière, nous espérons pouvoir montrer à chaque pas de solides déclarations de la Parole de Dieu, un sûr fondement d'une foi raisonnable.

Nous ne voulons pas discuter ici le mérite de la version des Septante et des versions hébraïques des Ecritures de l'Ancien Testament, leurs différences quant aux données chronologiques, etc., mais nous voulons nous contenter, et le lecteur aussi, nous l'espérons, de remarquer que la traduction des Septante a été faite par des Egyptiens, tandis que la version hébraïque est le récit original hébreu. Ces faits, mis en connexion avec la vénération presque superstitieuse avec laquelle les Hébreux gardaient chaque point et chaque iota de ces écritures sacrées, sont une forte preuve en faveur de la grande confiance qu'on peut avoir dans cette version. Son acceptation par les savants érudits est tout à fait générale et dans ce volume nous acceptons ses dates, etc.

[[32]]

Nous fournissons ici la preuve qu'il s'est écoulé six mille ans depuis la création d'Adam jusqu'à 1873 ap. J.-C. Bien que la Bible ne contienne aucune déclaration directe que le septième millénaire sera l'époque du règne de Christ, le grand jour sabbatique de rétablissement pour le monde, toutefois la vénérable tradition n'est pas non plus sans fondement raisonnable. La loi donnée à Israël, le peuple-type, prescrivant que six jours de travail et de fatigue devaient être suivis par un jour de repos de leurs œuvres, semble très bien illustrer les six  mille ans pendant lesquels la création tout entière est en travail et gémit sous la servitude du péché et de la mort (Romains 8 : 22), cherchant en vain à s'en libérer elle-même, et le Grand Jour Millénaire pendant lequel les fatigués et les chargés pourront venir à Jésus-Christ, le berger et l'évêque de leurs âmes et par lui, trouver repos, rafraîchissement et rétablissement — le jour dans lequel, grâce au mérite de son précieux sang, ils pourront trouver repentance et rémission des péchés. Au septième jour type, Jésus ayant demandé à l'homme impotent : “ Veux-tu être guéri ? ” celui-ci, en réponse à sa foi et a son obéissance, reçut la force de prendre son lit et de marcher (voy. Jean 5 : 6-9 ; également Matthieu 12 : 10,13 ; Jean 7 : 23 ; Luc 13 : 11-16 ; 14 : 15); Ainsi de même, durant le sabbat antitype, le Millénium, il sera déclaré à tout le monde que “ quiconque veut ”, peut avoir la vie et la santé éternelles s'il veut marcher dans la foi et dans l'obéissance.

Ne perdons pas de vue le fait déjà indiqué (vol. I, chap. 8), que le terme jour est indéfini et signifie simplement une période de temps, qu'elle soit de longue ou de courte durée. L'apôtre Pierre donna à entendre que la période du septième millénaire de l'histoire du monde serait le septième jour selon l'évaluation de Dieu, en disant : “Mais il est une chose, bien-aimés, que vous ne devez pas ignorer, c'est que, devant le Seigneur, un [[33]] jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour... Le jour du Seigneur viendra ”, etc. — 2 Pierre 3: 8,10.

Dès lors, si la période du septième millénaire de l'histoire de la terre est une époque spécialement indiquée comme étant la période du règne de Christ, nous prouvons que nous y sommes déjà en démontrant qu'elle commença en 1873 apr. J.-C. Ceci nous rappelle ce que nous avons déjà indiqué dans le volume précédent, que les Ecritures enseignent que l'aurore du Millénium, ou Jour du Seigneur, sera un temps sombre, orageux, plein de détresse pour le monde et l'Eglise nominale, bien que son aube, sa toute première lumière, soit un sujet de réjouissance et de réconfort pour les saints qui tirent leur consolation et leur paix de l'espérance qui est placée devant eux dans l'Evangile. Cette espérance pénètre comme une ancre au delà du temps de détresse et s'attache aux précieuses promesses du soleil levant et de la gloire millénaires ; ils voient, au delà du temps de détresse, le règne glorieux et les bénédictions promises.

La condition générale du monde de nos jours et le développement rapide depuis 1873 du socialisme, du nihilisme et du communisme qui ont pour but notoire le renversement des autorités qui existent et une nouvelle répartition de la richesse du monde, ne sont certainement pas en désaccord avec ce que nous attendons, même si à certains égards ces choses peuvent être blâmées par ceux qui aiment la loi, l'ordre et la paix. Ceux-là seulement qui voient dans l'avènement de l'anarchie et de la détresse les moyens dont Dieu se sert pour faciliter l'établissement d'une loi et d'un ordre plus complets, et d'une paix plus durable, peuvent être délivrés des craintes qui pourraient les assaillir lorsqu'ils passeront à travers ces événements.

[[34]]

Cette indication de la septième époque, ou Millénium, n'est pas la seule chose qui donne de la valeur à la chronologie ; car tandis que nous présenterons plusieurs lignes de prophétie entièrement indépendantes de  la chronologie, elle est néanmoins la mesure par laquelle plusieurs chaînes prophétiques sont établies. L'accord parfait entre ces deux catégories d'enseignements prophétiques, l'une dépendant de la chronologie, tandis que l'autre en est complètement indépendante, est une très forte preuve, non seulement de la justesse de ces applications, mais aussi de l'exactitude de la chronologie qui montre cette harmonie, en partant de ce principe qu'une clef qui ouvre une cassette difficile à ouvrir est évidemment la bonne clef. La chronologie qui suit harmonise les différentes déclarations prophétiques concernant le Royaume de Christ, en mettant en lumière ce qui est relatif au temps et à l'ordre de son établissement. La chronologie est la tige ou poignée par laquelle tous les preuves de temps prophétiques, comme les ergots du panneton de la clef, épousent les gorges des diaphragmes de la serrure et agissent sur le pêne.

EXPOSÉ CONDENSÉ DE LA CHRONOLOGIE JUSQU'EN L'AN 6000 DU MONDE

L'exposé condensé suivant des périodes chronologiques peut, à juste titre, être appelé chronologie de la Bible, parce que seul le récit biblique y est suivi jusqu'à la première année de Cyrus en 536 av. J.-C., date authentique et généralement acceptée par les savants. Ici le fil de la chronologie de la Bible cesse, quelque peu au delà de la période où l'histoire séculaire commence à être digne de confiance. Ce fait est en lui-même une marque évidente d'une direction et d'une surveillance divines. Dieu ne nous vient en aide que lorsque nous sommes impuissants à nous aider nous-mêmes.

[[35]]

DE LA CRÉATION D'ADAM

Jusqu'à la fin du déluge...1656 ans
Depuis ce temps jusqu'à l'alliance avec Abraham...427 ans
Depuis ce temps jusqu'à l'Exode et à la promulgation de la Loi...430 ans
Depuis ce temps jusqu'au partage de Canaan...46 ans
Période des Juges...450 ans
Période des Rois...513 ans
Période de la désolation du pays...70 ans
Depuis ce temps jusqu'à l'an i de notre ère...536 ans
Depuis ce temps jusqu'en 1873...1872 ans
Total...6000 ans

Lorsque nous considérons chacune de ces périodes en particulier, nous aimerions que le lecteur calcule par lui-même, afin qu'il voie quel ferme fondement pour notre foi est déposé dans la Parole de Dieu. Nous  remarquons deux Interruptions dans l'histoire de l'Ancien Testament ; mais lorsque nous trouvons, dans le Nouveau, que Dieu a fourni des ponts pour relier ces deux lacunes, ceci devrait augmenter la confiance que  nous avons que Dieu a arrangé tout le compte-rendu de l'histoire biblique de telle manière que ses temps et ses saisons restent cachés jusqu'à ce que le temps marqué pour les révéler soit arrivé — ainsi qu'il l'a fait pour d'autres vérités déjà indiquées.

Nous examinerons maintenant séparément les périodes ci-dessus et dans l'ordre mentionné jusqu'au règne de Cyrus. Que chaque lecteur prenne sa Bible et vérifie toutes les citations, afin qu'il puisse recevoir ceci, non comme une parole d'homme, mais comme la Parole de Dieu.

[[36]]

CHRONOLOGIE DE LA PÉRIODE COMPRISE ENTRE LA CRÉATION D'ADAM ET LE JOUR OU LA TERRE FUT DE NOUVEAU SÈCHE

“ Adam vécut 130 ans et engendra un fils et appela son nom Seth ”. Gen. 5 : 3...130 ans
“ Seth vécut 105 ans et engendra Enosh” Gen. 5 : 6...105 ans
“ Enosh vécut 90 ans et engendra Kénan Gen. 5 : 9...90 ans
“ Kénan vécut 70 ans et engendra Mahalaleël ”. Gen. 5:12...70 ans
“ Mahalaleël vécut 65 ans et engendra Jéred ”. Gen. 5 : 15...65 ans
“ Jéred vécut 65 ans et engendra Hénoc ”. Gen. 5 : 18...162 ans
“ Hénoc vécut 65 ans et engendra Méthushélah ”. Gen. 5:21...65 ans
“ Méthushélah vécut 187 ans et engendra Lémec ”. Gen. 5:25...187 ans
“ Lémec vécut 182 ans et engendra Noé ” Gen. 5 : 28...182 ans
“ Noé avait 600 ans lorsque le déluge vint sur ma terre. Gen. 7 : 6...600 ans
Total depuis la création d'Adam jusqu'au jour où les eaux furent séchées de dessus la terre. Gen. 8 : 13...1636 ans.

On ne peut rien demander de plus simple et de plus exact que cela. Examinons maintenant la période suivante.

DU DÉLUGE, JUSQU'A L'ALLIANCE AVEC ABRAHAM, A LA MORT DE TERACH SON PÈRE

“ Sem engendra Arpacshad, 2 ans après le déluge ”. Gen. 11 : 10...2 ans
“ Arpacshad vécut 35 ans et engendra Shélakh ”. Gen. 11 : 12...35 ans
“ Shélakh vécut 30 ans et engendra Héber”. Gen. 11 : 14...30 ans
“ Héber vécut 34 ans et engendra Péleg”. Gen. 11 : 16...34 ans
“ Péleg vécut 30 ans et engendra Rehu  Gen. 11 : 18...30 ans
“ Rehu vécut 32 ans et engendra Serug  Gen. 11 : 20...32 ans
“ Serug vécut 30 ans et engendra Nachor” Gen. 11 : 22...30 ans
“ Nakhor vécut 29 ans et engendra Térakh Gen. 11 : 24...29 ans
“ Les jours de Térakh furent de 205 ans ; et Térach mourut à Charan ”. Gen. 11 : 32...205 ans
Total...427 ans

Ceci aussi est très simple et exact. Mais la période suivante n'est pas si aisée à retracer, parce que la ligne directe de la chronologie est interrompu jusqu'après la sortie du peuple d'Israël hors d'Egypte. Par conséquent, il nous serait tout à fait impossible de continuer, si Paul et Etienne, comme porte-parole de l'Esprit, ne nous avaient fourni le chaînon qui nous manquait.

LA PÉRIODE DEPUIS L'ALLIANCE AVEC ABRAHAM, JUSQU'A LA PROMULGATION DE LA LOI

Paul déclare que la durée de cette période fut de 430 ans (Galates 3 : 17). L'alliance comprenait la promesse de la possession éternelle du pays de Canaan. Bien qu'elle fût souvent confirmée à Abraham, Isaac et Jacob, c'était toujours la même alliance (voy. Genèse 12:7,8 ; 13 : 14-18 ; 26 : 3,4 ; 35 : 9-12 ; 46 : 2-4 ; 50 : 24). Comme cela nous est montré en comparant [[38]] Genèse 12 : 1-5,7 et Actes 7 : 2-5, l'alliance fut faite (selon la promesse antérieure) aussitôt qu'Abraham eut pleinement accompli les conditions à la suite desquelles il devait la recevoir ; cela eut lieu aussitôt qu'il entra en Canaan, immédiatement après la mort de son père qui mourut à Charan, sur le chemin de Canaan. La date de l'alliance, — juste après la mort de Térach, — étant ainsi établie par la déclaration d'Etienne, et possédant la déclaration de Paul que la loi fut donnée 430 ans après l'alliance, l'interruption de la chronologie de l'Ancien Testament est ainsi raccordée par le Nouveau Testament. Lisons-en le compte-rendu avec soin et notons les particularités avec lesquelles le pont a été construit :

“ Et l'Eternel avait dit à Abraham [avant qu'il quittât la Mésopotamie ou Ur des Chaldéens] : Va-t'en de ton pays et de ta parenté et de la maison de ton père [de tes frères etc.], dans le pays que je te montrerai ; et [si tu fais ainsi] je te ferai devenir une grande nation ” (Genèse 12 : 1,2, D. ; comp. Actes 7 : 2). Ceci  indique que Dieu avait proposé l'alliance à Abraham avant la mort de Térach, son père, et avant qu'il aille  demeurer à Charan. Mais il y avait une stipulation qui exigeait d'Abraham un acte de foi et d'obéissance avant que l'alliance fût réellement faite. Cette stipulation était qu'il lui fallait manifester la foi en la promesse qu'une telle alliance serait traitée avec lui, en quittant le pays de sa naissance et sa parenté, pour aller au pays où il était envoyé. C'est ce qu'Abraham fit, et comme sa femme, son neveu Lot et son père âgé partageaient sa foi et désiraient partager sa bonne fortune avec lui, cela leur fut permis, et ils partirent tous les quatre pour la terre promise. Son père Térach étant mort en chemin à Charan, Abraham entra alors en Canaan afin d'y assurer l'alliance et de l'affermir, comme Etienne le déclara aux Juifs : “ Après la mort de son père, Dieu le fit passer dans ce pays où vous habitez maintenant ”.

[[39]]

Ainsi Abraham s'en alla [de Charan], comme l'Eternel le lui avait dit ” (Actes 7 : 4 ; Genèse 12 : 4). L'alliance fut faite aussitôt qu'il fut entré dans le pays (voy. Genèse 12 : 5-7). Ainsi, la date de l'alliance et le commencement des 430 ans sont fixés comme faisant Immédiatement suite à la mort de Térach, et la chaîne de la chronologie est complète jusqu'à la promulgation de la Loi. Le premier trait de la Loi fut la Pâque qui fut instituée le jour même où Israël sortit d'Egypte. —  Exode 12 : 41-43,47,50,51.

En harmonie avec cela nous lisons : “ Et l'habitation des fils d'Israël qui avaient habité en Egypte, fut de 430 ans. Et il arriva, au bout de 430 ans, il arriva, en ce même jour que toutes les armées de l'Eternel sortirent du pays d'Egypte ”. — Exode 12 : 40-42,51, D.

On pourrait croire que les déclarations de Moïse et de Paul (Exode 12 : 40-42et Galates 3 : 17) ne concordent pas, le premier affirmant que le séjour d'Israël fut de 430 ans, l'autre que de l'alliance avec Abraham à la promulgation de la Loi, il y avait 430 ans, en se disant que s'il ne s'était écoulé que 430 ans depuis la venue d'Abraham en Canaan jusqu'à la promulgation de la Loi, la durée du séjour des enfants d'Israël en  Egypte devait avoir été beaucoup plus courte. Mais il faut remarquer que l'Ecriture ne dit pas qu'Israël séjourna en Egypte 430 ans, mais que la durée complète du séjour de ce peuple qui vécut un certain temps en Egypte fut de 430 ans. “ Et l'habitation des fils d'Israël qui avaient habité en Egypte, fut de 430 ans ”. Le séjour dont il est question ici avait commencé à partir du moment où Abraham vint à Canaan (Hébreux  11:8,9). Israël habitait en Abraham, en Isaac et en Jacob, de même que Lévi paya la dîme à Melchisédek quand il était encore dans les reins de son père. — Hébreux 7 : 9,10 ; voy. la trad. Stapfer.

[[40]]

L'alliance avec Abraham entra en vigueur au moment où, parti de Charan, il mit le pied en Canaan, la terre promise. A partir de ce moment, lui et tout Israël en lui, bien qu'il ne fût pas encore né, devinrent héritiers des choses promises et étrangers ( sojoumers — étrangers de passage — trad.) ou pèlerins, attendant de Dieu l'accomplissement de la promesse. Ce séjour avait duré exactement 430 ans lorsqu'Israël quitta l'Egypte et qu'il reçut le premier trait de la Loi, l'institution de la Pâque. Par conséquent, les déclarations de Moïse et de Paul parlent précisément de la même période et donnent ainsi la preuve la plus positive que le temps qui s'était écoulé entre l'alliance avec Abraham et la promulgation de la Loi avait été de 430 ans. Paul appuie spécialement sur le fait que la Pâque devait être regardée comme le commencement de la Loi (ce que Moïse montre aussi en Exode 12 : 42,43,47,50), et Moïse spécifia à un jour près la durée de la période.

Notre troisième période est donc ainsi établie. Lorsque nous remarquons avec quels soins minutieux, à un jour près, le Seigneur nous fournit ce maillon de la chaîne de la chronologie, cela nous donne une entière confiance, surtout lorsque nous considérons qu'une telle particularité n'était probablement pas d'un intérêt spécial pour l'Eglise dans le passé, et ne fut donnée que pour notre temps et notre usage.

PÉRIODE ALLANT DE L'EXODE AU PARTAGE: DE CANAAN ENTRE LES TRIBUS

“ Le jour de la tentation ” d'Israël dans le désert fut de quarante ans (Deutéronome 8 : 2 ; Psaume 95 : 8-10 ; Hébreux 3 : 8,9) ; cette période fut Suivie par 6 ans de guerre en Canaan, pendant lesquels le pays fut partagé entre les tribus. Un an, un mois et cinq jours s'écoulèrent entre le moment de leur sortie d'Egypte et celui de leur départ du Sinaï pour Para” [[41]] (Nombres 33 : 3 ; 10 : 11-13). Ce fut alors de Kadès-Baméa, dans le désert de Paran que les espions furent envoyés (Nombres 13 : 3-26 ; 32:8-13). L'un de ceux-ci, Caleb, lorsqu'il demanda sa portion à la division du  pays (Josué 11: 23 ; 10 : 42), dit : “ J'étais âgé de quarante ans lorsque Moïse, serviteur de l'Eternel, m'envoya de Kadès-Barnéa pour explorer le pays et je lui fis un rapport... Maintenant voici, l'Eternel m'a fait vivre, comme il l'a dit, ces quarante-cinq ans depuis que l'Eternel a dit cette parole à Moïse, lorsqu'Israël errait dans le désert ; et maintenant voici, je suis aujourd'hui âgé de quatre-vingt-cinq ans ” (Josué 14 : 7,10). On peut voir ainsi que quarante-cinq ans s'écoulèrent entre l'espionnage du pays et son partage entre les tribus, selon que Josué l'affirme, et un peu plus d'un an entre l'exode et l'envoi des espions, ce qui fait quarante-six ans entiers, plus une fraction * entre l'exode et le partage du pays. Comme les premiers quarante ans de cette période se sont passés dans le désert, ainsi que nous le montrent de nombreux passages de l'Ecriture, notamment Actes 7 : 36 et Hébreux 3 : 9, les six qui restent jusqu'à la division du pays se sont passés en Canaan, pour la conquête et la prise de possession de la terre promise.

* Nous ne comptons que les années complètes, un calcul plus exact étant impossible. Quelquefois, comme ci-dessus les années sont d'une fraction plus longue et quelquefois plus courte, comme dans le cas du règne de Sédécias. Il est dit que Sédécias a régné onze ans (2 Chroniques 36 : 11 ; Jérémie 52 : 1) ; cependant par les versets 4 à 7 de Jérémie 52, il est clair que la durée de son règne ne fut que de dix ans, 4 mois et 9 jours. — Nous croyons que ces fractions se compensent les unes les autres et nous avons confiance que le Seigneur a ainsi dirigé et arrangé les choses. Cette confiance est basée sur les résultats qu'on peut en déduire et par l'exactitude à un jour près, que nous avons déjà remarquée, même lorsqu'il s'agit de longues périodes. Pour illustrer le soin de Dieu quant aux particularités de cette nature, voyez Genèse 7 : 11 ; 7 : 13 ; Exode 12 : 40,41.

[[43]]

LA PÉRIODE DES JUGES

Nous arrivons maintenant à la partie la plus difficile de la chronologie, la période qui va du partage du pays à l'onction de Saûl comme roi. Bien que les juges n'aient pas rempli leur charge d'une manière continue, elle est cependant connue ordinairement sous le nom de période des Juges. Dans le livre des Juges et dans 1 Samuel nous trouvons mentionnées dix-neuf périodes, formant approximativement un total de quatre cent cinquante ans ; mais ces périodes sont interrompues, discontinues; elles se chevauchent et s'entremêlent de telle sorte que nous ne pourrions en tirer aucune conclusion définitive, et nous serions obligés de dire, comme d'autres l'ont fait, que nous ne pouvons rien connaître de positif sur ce sujet, si le Nouveau Testament n'avait suppléé à cette difficulté. Paul dit qu'après que Dieu eut partagé le pays entre eux par le sort : a Après cela, [durant]* environ 450 ans, il leur donna des Juges jusqu'à Samuel le prophète ; ensuite, ils demandèrent un roi, et Dieu leur donna Saül, fils de Kis ”. — Actes 13 : 19-21.

Le mot grec hos rendu par environ dans presque toutes les traductions françaises de la Bible, a la signification de durant ou pendant. Voyez Luc 34 : 32 ; Actes 1 : 10 ; 10 : 17, où le même auteur emploie ce mot dans ce sens. Ce passage serait mieux traduit comme suit : “ II leur donna des Juges durant l'espace de quatre cent cinquante ans.” La version syriaque le rend ainsi : “ Et pendant quatre cent cinquante ans, il leur donna des Juges jusqu'à Samuel le prophète”, le dernier des “ Juges ”.

[[43]]

Nous acceptons comme une solution spécialement  voulue de ce problème cette déclaration de l'apôtre sur la durée de la période des Juges. Dans deux cas seulement, savoir les 430 ans entre l'alliance et la Loi, et cette période des Juges, il y a une notable incertitude dans la chronologie de l'Ancien Testament, mais l'un et l'autre sont clairement stipulés dans le Nouveau Testament. Pouvons-nous supposer que les choses soient simplement arrivés ainsi par hasard ? Il est plus raisonnable de supposer que Dieu cacha d'abord la chose en laissant incomplets les récits de l'Ancien Testament et que plus tard, il compléta ce qui manquait dans le Nouveau, afin qu'au temps convenable, lorsque l'attention y serait attirée, ceux qui auraient suffisamment intérêt à comparer les récits puissent trouver les chaînons qui manquent, ceux-ci ayant été fournis de manière à enseigner la dépendance où nous sommes à l'égard de Celui qui règle le temps.

LA PÉRIODE DES ROIS

Le règne de Saûl eut lieu pendant l'espace de quarante ans, à partir du dernier Juge jusqu'au moment où David fut oint roi, comme cela est montré ci-dessus; après lui, les périodes des rois de la lignée de David  sont facilement retracées dans les Chroniques, savoir : ...

Le “ pendant ” de Saül (Actes 13 : 21) ... 40 ans
Règne de David (1 Chron. 29:27) ... 40 ans
Règne de Salomon (2 Chron. 9:30) ... 40 ans
Règne de Roboam (2 Chron. 12:13) ... 17 ans
Règne de Abija (2 Chron. 13:2) ... 3 ans
Règne de Asa (2 Chron. 16:13) ... 41 ans
Règne de Josaphat (2 Chron. 20:31) ... 25 ans
Règne de Joram (2 Chron. 21:20) ... 8 ans
Règne de Achazia (2 Chron. 22:2) ... 1 ans
Règne de Athalie (2 Chron. 22:12) ... (1) ... 6 ans
Règne de Joas (2 Chron. 24:1) ... 40 ans
Règne de Amatsia (2 Chron. 25:1) ... 29 ans
Règne de Osias (2 Chron. 26:3) ... 52 ans
Règne de Jotham (2 Chron. 27:1) ... 16 ans
Règne de Achaz (2 Chron. 28:1) ... 16 ans
Règne de Ezéchias (2 Chron 29:1) ... 29 ans
Règne de Manassé ans (2 Chron. 33:1) ... 55 ans
Règne de Amon (2 Chron. 33:21) ... 2 ans
Règne de Josias (2 Chron. 34:1) ... 31 ans
Règne de Jojakim (2 Chron. 36:5) ... 11 ans
Règne de Sédécias (2 Chron. 36:11) ... (2) ... 11 ans
TOTAL ... 513 ans


(1) [7 ans selon 2 Chron. 22:12 ; 23:1 ; 24:1 voir P' 40, pp. 182, 183 — en anglais].
(2) [10 ans ½ selon 2 Chron. 36 et Jér. 52 : 4-9,30].

LES 70 ANNEES DE DESOLATION

Ceci nous conduit à la période de désolation du pays, qui dura 70 ans et se termina lorsque le peuple revint de Babylone dans la première année de Cyrus, 536 av. J.-C. (voy. 2 Chroniques 36 : 20,23). Cette date est bien établie dans l'histoire profane et la chronologie de la Bible ne se prolonge pas au delà.

PERIODE ALLANT DU RETOUR DES JUIFS JUSQU'A 1873 AP. J.-C.

La période depuis le retour des Juifs de la captivité de Babylone, dans la première année de Cyrus, à la fin des 70 années de désolation de leur pays, jusqu'à la date connue comme l'an 1 ap. J.-C. n'est pas indiquée dans l'histoire de la Bible; mais, comme nous l'avons dit précédemment, elle est bien établie par l'histoire profane, comme ayant duré 536 ans. Ptolémée, un savant gréco-égyptien, géomètre et astronome, a bien fixé ces chiffres. Ils sont généralement acceptés par les érudits et connus sous le nom de canon de Ptolémée.

Nous avons donc ainsi établi une ligne de chronologie claire et continue allant de la création à l'ère chrétienne, [[45]] formant en tout une période de quatre mille cent vingt-huit (4128) ans. En ajoutant ceux-ci aux 1872 ans de l'ère chrétienne, nous obtenons une période de 6000 ans, allant de la création à l'an 1873 ap. J.-C.

COMPARAISON ENTRE CETTE CHRONOLOGIE ET CELLE D'USHER

II est intéressant pour le lecteur de connaître en quoi cette chronologie diffère de celle qui est inscrite en marge de la version commune de la Bible anglaise (1) et connue sous le nom de chronologie d'Usher. Cette différence va jusqu'à la période des 70 ans de désolation et elle est de 124 ans; c'est la somme de quatre périodes de 18, 4, 2 et 100 années, échelonnées de la façon suivante:

Usher fait commencer les 70 ans de désolation dix-huit ans plus tôt que nous ne l'indiquons ci-dessus, c'est-à-dire dix-huit ans avant le détrônement de Sédécias, le dernier roi de Juda, parce que le roi de Babylone emmena beaucoup d'Israélites captifs à ce moment là. (2 Chroniques 36 : 9,10,17,21; 2 Rois 24 : 8-16). Il commet évidemment l'erreur assez générale de regarder ces 70 ans comme la période de captivité, tandis que l'Eternel déclare expressément qu'ils sont 70 ans de désolation du pays, — que le pays serait désole et sans habitant. Tel ne fut pas le cas avant le détrônement de Sédécias (2 Rois 24 : 14). Mais la désolation qui suivit le renversement de Sédécias fut complète; car bien que quelques pauvres du pays aient été laissés comme cultivateurs et vignerons (2 Rois 25 : 12), bientôt ceux-ci même, “tout le peuple depuis le plus petit jusqu'au plus grand” (v. 26), fuirent en Egypte par peur des Chaldéens.


(1) Vers. frse Segond, éd. 1901 ; Darby — trad. — Notez cependant que cette captivité partielle se produisit onze ans et non dix-huit avant le détrônement du Roi Sédécias.

[[46]]

Il ne peut y avoir de doute sur cela; par conséquent en calculant le temps jusqu'à la désolation du pays, toutes les périodes jusqu'à la fin du règne de Sédécias devraient y être comprises, comme nous l'avons fait.

La différence de quatre ans se trouve dans le règne de Joram. Usher dit que ce règne a été de 4 ans, tandis que la Bible dit qu'il fut de 8 ans. — 2 Chroniques 21 : 5; 2 Rois 8 : 17.

Quant à la différence de deux ans, une de ces années se trouve à la fin du règne d'Achaz, auquel Usher assigne une durée de 15 et la Bible une de 16 ans (2 Chroniques 28 : 1; 2 Rois 16 : 2); l'autre dans la durée  du règne de Joas, pour lequel Usher compte 39 ans, tandis que la Bible en compte 40. — 2 Rois 12 : 1; 2 Chroniques 24 : 1.

Nous ne pouvons expliquer ces différences qu'en supposant qu'Usher a suivi, ou essayé de suivre l'historien Josèphe dont les dates chronologiques sont, d'une manière générale, reconnues maintenant téméraires et erronées. Pour nous, nous nous reposons uniquement sur la Bible, croyant que Dieu est son propre interprète.

En plus de ces 24 ans de différence dans la période des Rois, il y en a une autre de cent ans, entre la chronologie précédente de la Bible et celle d'Usher. Cette différence se trouve dans la période des Juges. Ici, Usher est égaré par l'erreur évidente de 1 Rois 6 : 1 où il est dit que la quatrième année du règne de Salomon fut la quatre cent quatre-vingtième de la sortie d'Egypte. Il est fort possible qu'il y ait là une erreur de transcription et il faudrait évidemment lire la cinq cent quatre-vingtième année. En effet, si aux 4 ans de Salomon nous ajoutons les 40 ans de David, l'espace de 40 ans de Saül et les 46 ans qui s'écoulèrent de la sortie d'Egypte au partage du pays, nous avons 130 ans, lesquels, déduits de 480 ans ne donneraient que 350 ans.

[[47]]

pour la période des Juges, au lieu de quatre cent cinquante ans mentionnés dans le Livre des Juges, et par Paul, comme nous l'avons déjà indiqué. Le caractère hébreu “ daleth ” (4) ressemble beaucoup au caractère “ hay ” (5), et l'on suppose que c'est ainsi que l'erreur s'est produite, par la faute d'un copiste. Nous devons donc lire cinq cent quatre-vingts en 1 Rois 6 : 1, et ainsi tout est en parfaite harmonie avec les autres déclarations.

C'est ainsi que la Parole de Dieu corrige elle-même les quelques petites erreurs qui s'y sont glissées d'une manière ou d'une autre*. Rappelons-nous que ces lacunes se trouvent dans la période efficacement reliée par le témoignage inspiré du Nouveau Testament.


* On remarquera un écart similaire en comparant 2 Chroniques 36 : 9 avec 2 Rois 24 : 8, l'un donnant dix-huit ans et l'autre, évidemment faux, huit ans seulement pour l'âge de Jehoïakin qui régna trois mois, fit ce qui est mal aux yeux de l'Eternel et fut puni par la captivité, etc. Une telle erreur pouvait facilement se produire, mais Dieu a si bien gardé sa Parole que la moindre erreur élémentaire faite par des copistes se manifeste très clairement, et la pleine harmonie de sa Parole donne un sûr fondement pour la foi.

Donc, lorsque Usher donne l'année 1 de l'ère chrétienne comme étant l'année 4005 depuis la création d'Adam, c'était en réalité, comme nous l'avons montré, l'année 4129 selon la Bible. Cela montre ainsi que l'année 1872 est l'an 6000 du monde, et 1873 le commencement de la période du septième millier d'années, le septième millénium, ou jour de mille ans, de l'histoire de la terre.

Ainsi la chronologie prise dans la Bible seule, depuis la création Jusqu'à l'histoire séculaire bien authentique, est claire et ferme; elle porte en outre l'évidence des méthodes particulières de la providence divine dans son récit, dans son secret et dans son dévoilement graduel au temps marqué. L'ensemble de tout ceci, avec les [[48]] dates bien prouvées de l'ère chrétienne et des quelques siècles qui l'ont précédée nous permet de fixer exactement où nous en sommes dans le cours du temps. C'est pleins d'espoir que nous commençons à lever la tête et à nous réjouir en nous rendant compte que nous entrons rapidement dans l'âge glorieux du septième millénaire, quoique nous reconnaissions que son début doit être sombre et plein de troubles, tel qu'il a été prédit par les prophètes, et que les nuages orageux s'amoncellent et deviennent toujours plus menaçants.

LA DATE DE LA NAISSANCE DE NOTRE SEIGNEUR

Au VIème  siècle, l'Eglise commença à calculer le temps à partir de la connaissance de notre Seigneur et fixa la date A.D.* comme elle l'est encore maintenant, c'est-à-dire 536 ans après la première année de Cyrus, roi de Perse**. Que cette date ainsi placée soit exacte ou non, cela n'influe en rien sur la chronologie qui montre que les 6000 ans depuis la création d'Adam prirent fin en 1872, parce que jusqu'à 1873 ap. J.-C., il s'est écoulé 1872 ans depuis l'année A.D. et que la première année de Cyrus commença 536 ans avant cette année (A.D.), qu'elle soit l'année de la naissance du Seigneur ou non.


* A. D. veut dire “ Anno Domini ”, l'année du Seigneur.
 ** L'année de notre Seigneur fut fixée ainsi dès le VIème siècle par Dionysius Exiguus et d'autres savants de cette époque, mais elle ne devint d'un usage général que deux siècles plus tard.

Nous ne pourrions peut-être mieux expliquer ceci que par la figure ci-dessous, c'est-à-dire une ligne sur laquelle se trouve un astérisque.

av. J.-C. __________*___________ ap. J.-C.

[[49]]

Supposons que cette ligne représente les 6000 ans de l'histoire de la terre depuis la création d'Adam jusqu'à 1873, et l'astérisque l'année de la naissance de Jésus, le Sauveur. En déplaçant cet astérisque pour l'éloigner de l'une ou de l'autre extrémité, nous ne changeons rien à la longueur de la période entière, nous changeons seulement le nom des années. Si nous déplaçons le point d'une année en arrière, la période avant Jésus-Christ sera d'une année plus courte et l'autre période d'une année plus longue, mais la somme d'années de la ligne entière sera toujours la même, car le nombre enlevé à l'une est toujours ajouté à l'autre. Examinons néanmoins brièvement la date de la naissance de notre Seigneur, puisque cette date nous sera utile dans nos études subséquentes.

Il est devenu d'usage parmi les savants de concéder que la date de la naissance de Jésus, ordinairement acceptée, n'est pas correcte, qu'il y a une erreur de 4 ans, notre Seigneur étant né, selon eux, 4 ans avant l'an 1 de l'ère chrétienne. Cette théorie a été suivie par les éditeurs de la version commune de la Bible anglaise, de même que de l'ancienne Bible Segond et de la version de Darby. Nous ne pouvons admettre que la vraie date de la naissance de notre Seigneur soit l'an 4 av. J.-C.

Nous trouvons au contraire qu'il naquit un an et trois mois seulement avant notre ère commune, savoir en octobre de l'an 2 av. J.-C.

La principale raison de la plupart de ceux qui prétendent que l'an 1 de notre ère aurait dû être placé 4 années plus en arrière pour indiquer la vraie date de la naissance du Sauveur, est le désir d'harmoniser cette  date avec certains exposés de l'historien juif Josèphe, relatifs à la longueur du règne d'Hérode le Grand. Suivant l'un de ses exposés, il paraîtrait qu'Hérode mourut trois ans avant l'an 1 de l'ère chrétienne. S'il en était ainsi, nous aurions là une preuve certaine que notre [[50]] Seigneur naquit en l'an 4 av. J.-C., car ce fut Hérode qui promulgua le décret du massacre des enfants de Bethléhem duquel l'enfant Jésus fut délivré (Matthieu 2 : 14-16). Mais cet exposé de Josèphe est-il digne de confiance ? Est-il vrai qu'Hérode mourut 4 ans avant l'an 1 de notre ère ? Nous répondons : Non. Josèphe n'est pas à lui seul une autorité suffisante pour une telle décision, d'autant moins que son inexactitude dans son exposé des dates est connue et admise.

Cependant cette idée a prévalu: la date de l'an 4 av.J.-C. a été généralement acceptée et les dates et les événements historiques ont été quelque peu forcés afin de s'adapter à cette théorie et de la soutenir. Entre autres preuves supposées qui ont servi à appuyer cette théorie que 4 ans av. J.-C. était la vraie date, nous trouvons celle d'une éclipse de lune, indiquée par Josèphe, comme ayant eu lieu peu avant la mort d'Hérode. Ce qui est connu de cette éclipse se réduit à ceci: Hérode avait placé un grand aigle d'or au-dessus de la porte du temple. Deux Juifs notables, nommés Matthias et Judas, persuadèrent quelques jeunes gens de le jeter par terre, ce qu'ils firent; pour ce fait, ils furent arrêtés et exécutés. Pour que la chose soit plus claire, Josèphe relate qu'il existait dans ce temps-là un autre Matthias, grand prêtre qui ne fut pas compris dans la sédition. Il ajoute ensuite: “Hérode dépouilla ce Matthias de sa grande prêtrise et brûla vif avec ses compagnons l'autre Matthias qui avait soulevé la sédition; la même nuit il y eut une éclipse de lune.” Ce fait est rapporté comme étant l'un des derniers actes remarquables d'Hérode. Josèphe lui donne une date qui correspondrait assez avec l'an 4 av. J.-C. et il la marque par l'éclipse mentionnée. 

[[51]]

Mais comme il arrive parfois que jusqu'à quatre éclipses de lune ont lieu dans la même année, il est évident qu'à moins de circonstances très particulières, le récit d'un tel événement ne prouve absolument rien.

Un tel récit, par contre, a une grande valeur pour la fixation de dates, lorsque l'heure de la nuit, l'époque de l'année et la durée de l'éclipse sont toutes mentionnées, comme cela a été fait dans quelques autres cas; mais dans celui qui nous occupe, il n'y a rien de tout cela, et, partant, ce récit ne prouve rien en ce qui concerne la chronologie. Josèphe mentionne aussi un jeûne qui aurait été observé avant l'événement, mais il ne dit pas quel fut ce jeûne, ou combien de temps avant il eut lieu.

Il arriva qu'il n'y eut qu'une éclipse de lune en l'an 4 av. J.-C., tandis qu'il y en eut trois en l'an 1 av. J.-C. Celle de l'an 4 av. J.-C. ne fut que partielle (six  “ doigts ” (*) soit les 6/12 du diamètre de la lune, ou la moitié seulement de la lune étant obscurcie), tandis que dans l'an 1, toutes les trois furent des éclipses totales; la lune toute entière fut obscurcie, naturellement pendant un plus long espace de temps, de sorte qu'elles furent beaucoup plus remarquées. Si donc la théorie de l'éclipse avait quelque importance, ce ne serait certainement pas en faveur de l'an 4 av. J.-C.

La date de la mort d'Hérode n'est malheureusement pas donnée par un historien digne de confiance. Josèphe cite quelques périodes importantes de son histoire et les dates de quelques événements qui s'y passèrent, mais ces dates ne sont pas dignes de confiance; quelques-unes tendraient à montrer qu'Hérode mourut en l'an 4 av. J.-C., mais d'autres ne s'accorderaient pas avec cette date. Il est dit, par exemple, qu'il mourut à l'âge de 70 ans. Il avait été nommé gouverneur de la Galilée en l'an 47 av. J.-C. et Josèphe dit qu'à ce moment-là il avait 25 ans (Ant. 149 : 2). Cela porterait sa naissance à l'an 72 av. J.-C. (47 plus 25), et sa mort à 70 ans aurait alors eu lieu l'an 2 au lieu de l'an 4 av. J.-.


(*) doigt : mesure astronomique représentant 1/12" du diamètre du soleil ou de la lune. — Trad.

[[52]]

En rapport avec cela, il est bon de remarquer le conflit d'opinions qui existe entre les savants relativement à la date exacte de la mort d'Hérode; par cela, tous pourront comprendre qu'il n'y a aucune raison bien fondée pour accepter l'an 4 comme la seule date en harmonie avec Matthieu 2 : 14-16. La Bible Encyclopédique de Faussett dit qu'Hérode était âgé de 20 ans lorsqu'il fut nommé gouverneur, ce qui porterait sa mort, à l'âge de 70 ans, en l'an 2 ap. J.-C. L'Encyclopédie de Chambers et le Dictionnaire de la Bible de Smith, disent qu'il avait 15 ans, ce qui placerait sa mort  à l'an 7 ap. J.-C. L'Encyclopédie d'Appleton, à l'article “chronologie”, dit : “ Josèphe donne aussi des dates, mais il est vraiment trop négligent pour être pris en  considération. ”

Nous montrerons maintenant quelle est la preuve scripturale sur ce sujet, preuve qui "se rapproche davantage de l'ère habituelle et qui indique que la naissance de notre Seigneur eut lieu un an et trois mois seulement avant janvier 1 de l'ère chrétienne. La voici : Le ministère de notre Seigneur dura trois ans et demi. Les 69 semaines symboliques d'années (Daniel 9 : 24-27) allèrent jusqu'au moment de son baptême et de son onction comme Messie; c'est alors que commença la dernière ou 70 ème semaine (sept ans) de faveur envers Israël. C'est au milieu de cette 70ème semaine, — trois ans et demi après le commencement de son ministère — qu'il fut retranché (dans la mort). Or nous savons qu'il fut crucifié au moment de la Pâque, vers le 1er avril, quelle qu'en soit l'année. Ces trois ans et demi de son ministère qui se termina en avril, devraient par conséquent avoir commencé vers octobre, quelle qu'en soit l'année. Donc octobre d'une année quelconque doit avoir été le véritable mois de sa naissance, puisqu'il ne tarda pas à commencer son ministère sitôt qu'il eut 30 ans et qu'il ne pouvait pas le commencer avant, pour se conformer à la Loi (sous laquelle il était né et à laquelle il obéissait). [[53]] C'est pourquoi nous lisons: “Et Jésus lui-même commençait d'avoir environ trente ans. ” (Luc 3 : 23 — D.)

Jean-Baptiste avait six mois de plus que notre Seigneur (Luc 1 : 26,36); il était donc majeur (trente ans selon la loi; Nombres 4 : 3; Luc 3 : 23, etc.) et commença à prêcher six mois avant que notre Seigneur ne fût majeur et commençât son ministère. La date du commencement du ministère de Jean est clairement établie. Ce fut “ la 15° année du règne de Tibère César ”, le troisième empereur de Rome (Luc 3 : 1). Il y a là une date clairement fixée, sur laquelle il ne saurait y avoir un doute raisonnable. Tibère devint empereur à la mort de César Auguste, en l'an 767 de Rome, qui était l'année 14 ap. J.-C.

Ceux qui sont égarés par les déclarations inexactes de Josèphe concernant Hérode et qui placent la naissance de Jésus en l'an 4 av. J.-C., se heurtent à une nouvelle difficulté en voulant s'accorder avec lui. Pour harmoniser la déclaration si claire de Luc avec leur an 4 av. J.-C., ils prétendent que Tibère commença à exercer l'autorité trois ou quatre ans avant la mort d'Auguste, avant d'être pleinement empereur ; ils prétendent qu'il est possible que son autorité ait été reconnue dès ce moment-là.

Une telle supposition est sans fondement pour quiconque voudrait sonder la chose dans les pages de l'histoire. Il est vrai que Tibère fut élevé à une très importante position par Auguste, mais ce ne fut pas quatre ans avant que celui-ci mourût, comme leur théorie l'exigerait, mais dix ans avant, en l'an 4 ap. J.-C. Le pouvoir qui lui fut alors conféré fut seulement semblable à celui que d'autres possédèrent avant lui. Ce n'était en aucun sens du mot un pouvoir impérial, et on ne peut nullement dire que son “ règne ” commença à ce moment-là ; il n'était que l'héritier présomptif du trône. Même en se servant de la manière de parler la plus exagérée, [[54]] il ne pourrait être dit que son “règne” commença vivant la mort d'Auguste et avant sa propre investiture au pouvoir par le Sénat de Rome en l'an 14 ap. J.-C.

L'histoire dit : “ L'empereur vieillissant et son âge nécessitant qu'il prît un associé, il adopta alors Tibère en l'an 4 ap. J.-C., en lui renouvelant son mandat de tribun ” — Rees Cyclopœdia, art. TIBÈRE.

“ II [Auguste] se détermina en conséquence à lui conférer [à Tibère] une part du gouvernement... Cette "investiture formelle le plaça dans la même position que celle qui fut occupée par le vétéran Agrippa pendant  ses dernières années; il n'est pas douteux que cela ait été universellement regardé comme une introduction à la première place de l'empire... Le programme de la succession était ainsi clairement tracé: Tibère avait un mandat qui lui permettait de prendre sa place comme chef du Sénat, du peuple et de l'armée...”* L'adoption, qui eut lieu en même temps, est datée du 27 juin de l'année 4 ap. J.-C., ou en l'an 757 de Rome.*


*"Histoire des Romains, par Mérivale, vol. 4, p. 220, 221

Ainsi, nous avons là une preuve concluante que la première année du règne de Tibère César ne fut pas trois ou quatre ans avant la mort d'Auguste ; les honneurs qui sont rapportés comme lui ayant été conférés  pendant le règne d'Auguste, l'avaient été dix ans et non quatre ans avant la mort de celui-ci; en outre, ce n'était en aucun sens des honneurs impériaux.

Nous pouvons donc considérer la date de Luc 3 : 1, non seulement comme la seule date fournie par le Nouveau Testament, mais comme la seule pour laquelle il n'y ait pas d'équivoque. Il ne peut y avoir aucun doute à cet égard dans l'esprit de quiconque a approfondi ces choses. Tibère commença à régner en l'an 14 ap. J.-C. ; la 15' année de son règne a donc été l'année [[55]] 29 ap. J.-C., année dans laquelle, comme Luc (3 : 1-3) le rapporte, Jean commença son ministère. Puisque Jésus avait 30 ans en octobre, quand il commença son ministère, et que Jean commença à prêcher au printemps, vers avril, aussitôt qu'il eut atteint la majorité — car les plans de Dieu s'exécutent toujours exactement au moment fixé — Jean, par conséquent, était âgé de 30 ans vers le 1er avril de l'an 29 ap. J.-C., et naquit Vers le 1 avril de l'an 2 av. J.-C. La naissance de Jésus, six mois plus tard, dut avoir lieu vers le 1er octobre de l'an 2 av. J..-C.*

De plus, la preuve est claire et évidente que Jésus fut crucifié le vendredi 3 avril de l'an 33 ap. J.-C. Le fait que sa crucifixion eut lieu à la fin du 14' jour du mois de Nisan, date qui tombe rarement un vendredi, mais qui eut lieu ainsi l'année 33 ap. J.-C., établit si parfaitement cette date que même Usher, qui adopta l'an 4 av. J.-C. comme la date de la naissance de Jésus, fut forcé d'admettre que sa crucifixion eut lieu en l'an 33 ap. J.-C. Comparez les dates qu'Usher indique en marge de la Bible anglaise, version commune, dans Luc 2 : 21 et Matthieu 2 : 1, avec Matthieu 27 et Luc 23. La date de la crucifixion étant l'an 33 ap. J.-C. , il s'ensuit que si Jésus était né en l'an 4 av. J.-C. il eût été âgé de 36 ans à sa mort, et son ministère aurait ainsi duré six ans. Mais il est clair que le ministère de notre Seigneur ne fut que de trois ans et demi. Ce fait généralement accepté est prouvé par la prophétie de Daniel concernant le retranchement du Messie au milieu de la 70° semaine de la faveur d'Israël.


*Pour aider le lecteur qui ne serait pas bien habitué à calculer les dates, nous attirons son attention sur le fait qu'au commencement de l'an 29, seulement 28 années complètes étaient écoulées ; la 29e était seulement commencée.

[[56]]

Ainsi, il est de nouveau prouvé que la naissance de Jésus eut lieu environ un an et trois mois avant l'an 1 de notre ère commune, car son ministère se termina lorsqu'il fut âgé de 33 ans et demi, le 3 avril de l'an 33 ap. J.-C. Le jour de sa naissance peut être promptement trouvé en recherchant la date qui est de 33 ans et demi antérieure au 3 avril de l'an 33 ap. J.-C. Trente-deux ans et trois mois avant avril 33 nous conduiraient au 3 janvier de l'an 1 de notre ère, et un an et trois mois plus en arrière nous amèneraient au 3 octobre de l'an 2 av. J.-C., comme étant la date de la naissance de notre Seigneur à Bethléhem. La différence entre le temps lunaire employé chez les Juifs et le temps solaire que nous employons maintenant est de quelques jours, de sorte que nous ne pouvons pas être sûrs que le jour exact n'ait pas été vers le 27 septembre; mais le 1 octobre de l'an 2 av. J.-C. est à peu près exact.

Neuf mois en arrière de cette date nous amènerait vers Noël de l'an 3 av. J.-C. comme étant la date à laquelle le Seigneur déposa la gloire qu'il avait auprès du Père avant que le monde fût [créé] et où le changement à la nature humaine commença. Il est fort probable que la célébration du jour de Noël, le 25 décembre, vient de là. Certains écrivains de l'histoire de l'Eglise prétendent même que le jour de Noël fut célébré à l'origine comme la date de l’Annonciation par Gabriel à la vierge Marie (Luc 1 : 26). Il est certain qu'une telle date, au cœur de l'hiver, ne s'accorde guère avec la déclaration de l'Ecriture qu'au temps de la naissance du Seigneur les bergers étaient dans les champs avec leurs troupeaux.


ÉTUDE III

L'ACCOMPLISSEMENT DE LA PROPHETIE DE TEMPS LORS DU PREMIER AVENEMENT DE CHRIST

Daniel 9 : 23-27

Les soixante-dix semaines de la prophétie de Daniel. — Evénements prédits qui devaient arriver pendant ce temps. — Indication du temps de l'avènement du Messie et établissement d'un principe par la méthode  selon laquelle cet événement est indiqué. — Une clef pour d'autres prophéties de temps. — Le temps de la crucifixion du Messie indiqué. — La faveur spéciale retranchée justement à Israël comme nation, mais continuée individuellement. — L'onction du Saint des saints. — Troubles répandus sur la désolée.

COMPRENDS donc la parole, et sois intelligent dans la vision. Soixante-dix semaines ont été déterminées sur ton peuple et sur ta sainte ville, pour clore la transgression et pour en finir avec les péchés, et pour faire propitiation pour l'iniquité, et pour introduire la justice des siècles, et pour sceller la vision et le prophète, et pour oindre le Saint des saints. Et sache et comprends: Depuis la sortie de la parole pour rétablir et rebâtir Jérusalem, jusqu'au Messie, le Prince, il y a sept semaines et soixante-deux semaines [7+60+2=69] : les rues et la muraille seront rebâties, mais en des temps fâcheux.

“Et après les soixante-deux semaines le Messie sera retranché, mais non pour lui-même. (Le peuple du prince qui viendra [le prince romain, l'armée de Titus] détruira la ville et le lieu saint et la fin en sera avec débordement, et jusqu'à la fin il y aura guerre, un décret [[58]] de désolation). Et il [le Messie] confirmera l'alliance avec la multitude pour une semaine [la soixante-dixième ou dernière semaine de l'alliance de faveur]. Au milieu de la semaine il fera cesser le sacrifice et l'offrande, et, à cause de la protection des abominations, il y aura un désolateur [le Messie], et jusqu'à ce que la consomption, [ou l'achèvement] et ce qui est décrété [dans le plan de Dieu] soient versés sur la désolée [la population, représentée par Jérusalem]” — Daniel 9 : 23-27, D.

Si cette prophétie marque le commencement de la “moisson” de l'âge judaïque et la présence de notre Seigneur comme Chef moissonneur, il y a plusieurs autres prophéties qui marquent beaucoup plus clairement le commencement de la “moisson” de l'Age Evangélique, dans laquelle notre Seigneur est aussi présent, à son second avènement, pour être le moissonneur en chef. L'accomplissement de cette prophétie illustre les accomplissements prophétiques en général et établit en même temps un point indiqué dans une autre prophétie que nous montrerons.

Tandis que beaucoup de prophéties se combinent pour établir et confirmer la date de la seconde venue de Christ, celle-ci seule indiquait la date du premier avènement. Si nous établissons clairement son accomplissement, ceci nous aidera à calculer et à juger celles qui se rapportent au second avènement. C'est pour cela que nous nous occupons ici de cette prophétie qui est accomplie et parce qu'il sera nécessaire de comprendre quelques-unes des dates qui y sont établies, pour étudier les prophéties se rapportant au second avènement et que nous considérerons tout au long plus loin.

Daniel avait eu maintes visions, comme cela nous est rapporté dans les chapitres 2, 4, 7 et 8 de son livre prophétique. Toutes démontraient la grande prospérité [[59]] et la puissance des royaumes païens ou gentils mais il s'intéressait spécialement à Israël et il n'avait pas été informé au sujet de son avenir. Il savait cependant, grâce à la prophétie de Jérémie (Jérémie 29 : 10; 2 Chroniques 36 : 20-23), que la désolation de la Judée devait durer soixante-dix ans; et comme il savait que cette période était à peu près achevée (Daniel 9 : 2), il pria avec instance pour qu'Israël puisse rentrer dans la faveur de Dieu (vs. 17-19) ; Dieu lui répondit en lui transmettant par un ange la prophétie ci-dessus mentionnée.

La période fixée (mise à part ou déterminée) de l'histoire d'Israël montrée ici est de “ soixante-dix semaines ” ; elle a un point de départ bien établi qui est “l'émission de la parole pour rétablir et rebâtir Jérusalem (Notez ! pas le temple) ”. Durant cette période, de grandes choses devaient s'accomplir : la ville devait être rebâtie au milieu de circonstances défavorables (Néhémie 4) dans des temps de trouble ; il serait mis fin au péché par une réconciliation qui serait faite pour l'iniquité ; la justice (la justification) serait établie; justification tout autre que celle qui était accomplie d'année en année par le sang des taureaux et des boucs: la véritable et éternelle justification apportée par le sacrifice de Christ. Daniel fut aussi informé que celui qui introduirait le meilleur sacrifice amènerait par ce fait même la cessation des sacrifices et des: oblations types de la Loi.

Durant cette période, le Messie, le Sauveur d'Israël, attendu depuis longtemps, viendrait; sept semaines et soixante-deux semaines, ou soixante-neuf semaines, étaient annoncées, comme la mesure du temps qui s'écoulerait jusqu'à la présence du Messie. Après cela, il serait retranché, mais non pas pour lui-même. Il resterait donc encore une semaine, après là venue du Messie, la dernière, la soixante-dixième de [[60]] cette faveur promise. Il fut prédit qu'au milieu de cette semaine il ferait cesser les sacrifices-types en livrant “ son âme en sacrifice pour le péché ”. — Esaïe 53 : 10-12.

Ces soixante-dix semaines, ou quatre cent quatre-vingt-dix (490) jours, représentaient quatre cent quatre-vingt-dix ans, chaque jour symbolique représentant une année. Accomplie ici de cette manière, la  seule prophétie de temps qui se rapporte directement au premier avènement nous fournit une clef pour d'autres prophéties qui, comme nous le verrons plus loin, avaient été cachées sous des nombres symboliques — un jour pour une année — jusqu'à ce que le temps fixé pour leur solution soit arrivé. Cette prophétie fut conçue en de tels termes que Daniel et d'autres Juifs pouvaient, s'ils le voulaient, ne pas y ajouter foi et l'oublier avec le temps ; ou bien ceux qui attendaient la consolation d'Israël pourraient se la rappeler et déduire que le temps était symbolique; ce fut le cas pour Ezéchiel (chap. 4 : 6). Il est certain que les fidèles savaient qu'ils devaient attendre la venue du Messie; il est même écrit que tout le peuple l'attendait (Luc 3 : 15), quoiqu'ils ne fussent pas tous prêts à le recevoir de la manière dont il vint.

Il convient de remarquer que soixante-neuf semaines symboliques, ou quatre cent quatre-vingt-trois (483) ans, vont jusqu'au Messie le prince, et non pas jusqu'à la naissance de Jésus à Bethléhem. Le mot hébreu Messie, correspondant au mot grec Christ, signifie L'Oint; c'est un titre plutôt qu'un nom. Jésus ne fut pas l'Oint, le Messie, le Christ, avant son baptême (comp. Actes 10 : 37,38 et Matthieu 3 : 16). Il fut oint du saint Esprit comme il sortait de l'eau. Il avait atteint l'âge viril, c'est-à-dire 30 ans, suivant la Loi sous laquelle il était né et à laquelle il fut astreint comme tout autre Juif, jusqu'au jour où il mit fin à sa [[61]] domination en remplissant ses conditions, la clouant à sa croix. Les soixante-neuf semaines de cette prophétie se terminent donc au moment de son baptême et de son onction. C'est depuis ce moment-là, et pas avant, qu'il fut le Messie, le Christ, L'Oint. Par conséquent, les soixante-neuf semaines, ou quatre cent quatre-vingt-trois ans finirent donc à l'automne de l'an 29 ap. J.-C. A ce moment-là fut accomplie cette portion de la prophétie qui dit : “ Depuis la sortie de la parole pour rétablir et rebâtir Jérusalem (Daniel 9 : 25) jusqu'au Messie [L'Oint], le Prince, il y a sept semaines et soixante-deux semaines (soit soixante-neuf semaines)”. Nous trouvons que la soixante-dixième semaine, qui commença à ce moment-là, s'accomplit comme le reste, à raison d'une année pour un jour.

La plupart de ceux qui ont écrit sur ce sujet ont fait commencer cette période à la septième année d'Artaxerxès, qui donna à Esdras une mission (Esdras 7 : 7-14) qu'on suppose être l'exécution du décret de Cyrus (Esdras 1 : 3 ; 5 : 13 ; 6 : 12). On doit remarquer que l'ordre de Cyrus était de rebâtir la maison de l'Eternel le Temple et les murailles du parvis. Mais il y eut  un autre décret, dans la vingtième année d'Artaxerxès, qui accorda à Néhémie l'autorisation de rebâtir les murailles de Jérusalem, lesquelles, à ce moment-là, étaient encore renversées (Néhémie 2 : 3-8; 6 : 157 : 1). C'est de ce décret pour rétablir et rebâtir Jérusalem que doit être datée la prophétie de Daniel Tout le récit s'harmonise avec cela. Il y a un seul semblant d'objection dans une prophétie d'Esaïe où il est dit de Cyrus, non seulement il “libérera mes captifs”, mais encore “ il rebâtira ma ville ” (Esaïe 45 : 13). A cette  apparente objection, nous répondons ceci : le mot qui est ici traduit par ville, est ir; il signifie une place entourée de murs. Nous estimons qu'il s'agit ici des murs du parvis du Temple; les faits cités plus haut [[62]] s'accordent avec cela. Le même mot ir est rendu par cour dans 2 Rois 20 : 4; S.

La date de la mission donnée à Néhémie est ordinairement admise comme étant l'an 445 av. J.-C. ;, mais le Dr Haie, dans son ouvrage sur la chronologie (pp. 449 et 531), ainsi que le Dr Priestley dans son traité sur l'“ harmonie des Evangélistes ” (p. 24-38) démontrent que cette manière de voir est en retard de neuf ans, et donnent 454 av. J.-C. comme l'exacte date de la mission de Néhémie; cette date s'accorde avec celle de la prédiction de Daniel 9 : 25, concernant le décret de rétablir et rebâtir Jérusalem.

Comme soixante-neuf semaines (7 et 62), ou quatre cent quatre-vingt-trois (483) ans, nous amènent au Messie (L'Oint), le Prince, en déduisant de cette période de soixante-neuf semaines symboliques, ou quatre cent quatre-vingt-trois ans (483) les quatre cent cinquante-quatre (454) ans av. J.-C., date exacte où ce décret est sorti pour rétablir et rebâtir Jérusalem, le reste, l'an 29, ap. J.-C., devrait être l'année dans laquelle L'Oint (le Messie) serait manifesté. Cela est en parfait accord avec ce que nous avons déjà démontré que Jésus fut baptisé par Jean et reçut l'onction de l'Esprit en l'an 29, vers le 3 octobre. Il était alors âgé de 30 ans, selon la date exacte de sa naissance, comme nous l'avons démontré dans le chapitre précédent.

Le ministère de notre Seigneur dura trois ans et demi et se termina par sa crucifixion, au temps de la Pâque, au printemps de l'an 33 ap. J.-C. En cela il accomplit exactement la prophétie concernant le reste ou la dernière semaine (sept ans) de la faveur promise: “Après (7 plus 62) soixante-neuf semaines, le Messie sera retranché [“ mis à mort ”, traduction de Douai ], mais non pas pour soi (*"Version Martin) — an milieu de la semaine [qui [[63]] reste, la Soixante-dixième], il fera cesser le sacrifice et l'offrande.”

Les sacrifices qui étaient offerts selon la Loi cessèrent alors; ce n'est pas que depuis lors les sacrificateurs n'offrirent plus des animaux, de l'encens, etc., car les sacrifices continuèrent à être offerts comme par le passé, mais ils ne furent plus acceptés par Jéhovah, et ne furent plus en aucun sens des sacrifices pour le péché. Le vrai sacrifice ayant été offert, notre Seigneur Jésus ayant “aboli le péché par le sacrifice de lui-même ” (Hébreux 9 : 26), Jéhovah ne pouvait plus reconnaître d'autres offrandes comme sacrifices et ceux-ci n'avaient plus leur raison d'être.

Là, à la croix, le Messie, qui s'était sacrifié lui-même durant trois ans et demi, acheva l'œuvre (Jean 19 : 30) et ainsi mit fin au péché, fit une pleine et entière propitiation auprès de Dieu pour l'iniquité de l'homme, apportant ainsi à tout le genre humain la justification éternelle du (“from”) péché, au lieu de la justification annuelle-type, accomplie par les types pour le peuple type, Israël. La mort du Messie fut aussi le sceau, la garantie de l'accomplissement de toutes les visions et prophéties concernant les bénédictions à venir et “les temps de rétablissement de toutes choses, dont Dieu a parlé anciennement par la bouche de tous ses saints prophètes” (Actes 3 : 21). Ces promesses, l'Alliance faite avec Abraham, ainsi que la Nouvelle Alliance, furent scellées ou confirmées par “son précieux sang” (Luc 22 : 20; 1 Corinthiens 11 : 25), qui parle mieux en notre faveur que le sang des taureaux et des boucs, en apportant l'éternelle justification et la purification du péché à tous ceux qui le reçoivent. C'est pendant le reste, ou seconde moitié de cette soixante-dixième et dernière semaine, de la faveur judaïque, les trois ans et demi qui commencèrent à la Pentecôte, que ses disciples, — le saint des saints — de cette nation, [[64]] furent oints de l'Esprit de Dieu, comme Jésus l'avait été à la fin de la soixante-neuvième semaine.

Ainsi furent accomplies les paroles du verset 24 de cette prophétie: Soixante-dix semaines ont été déterminées [mises à part] sur ton peuple et sur ta sainte ville; (a) pour clore la trangression, et pour en finir avec les péchés, pour faire propitiation pour l'iniquité, et amener la justice éternelle; (b) pour sceller la vision et la prophétie; (c) pour oindre le saint des saints. La prophétie ne faisait pas voir que cette œuvre entière serait différée jusqu'à la dernière semaine, lorsque le Messie serait présent; les Israélites comprirent, sans doute, qu'elle impliquait de leur part une grande réforme morale, qui les préparerait pour le Messie et pour que leur nation soit ointe sous lui comme le très saint peuple pour bénir le monde en général. Des siècles d'expérience ne leur avaient pas appris qu'ils étaient impuissants pour ôter le péché et pour faire propitiation pour l'iniquité; qu'il fallait un sacrifice parfait pour accomplir cette grande œuvre qui consistait à effacer le péché et à justifier les condamnés.

D'autre part, tout en montrant que le Messie serait retranché [mourrait] au milieu de la dernière semaine, la prophétie de Daniel ne montrait pas que la plus grande partie de son peuple Serait impie et serait pour cela rejetée, comme les Juifs le furent en effet au milieu de cette semaine (Matthieu 23 : 38). Un autre prophète avait dit : “II achèvera et abrégera l'affaire dans la justice [justement]; et ainsi tout fut terminé dans la demi-semaine (trois ans et demi) du ministère de Jésus, l'onction du saint des saints exceptée.

Qu'en est-il maintenant du solde de la soixante-dixième semaine, des trois ans et demi de celle-ci, qui s'étendent au delà de la croix? Jéhovah avait-Il promis de mettre à part soixante-dix semaines de faveur pour les Israélites, et ne leur en donna-t-Il en réalité que [[65]] "Soixante-neuf et demi? A première vue, il semble que cela soit ainsi, surtout lorsque nous nous rappelons que ce fut juste cinq jours avant sa mort, au milieu de la semaine, que Jésus pleura sur leur ville et prononça  leur fin en disant : “ Votre demeure vous est laissée déserte ”. Il n'en est rien : Jéhovah connaissait la fin dès le commencement, et lorsqu'il promit soixante-dix semaines, c'était bien de soixante-dix semaines qu'il voulait parler. Par conséquent nous devons nous attendre à ce que la faveur de Dieu ait été encore sur ce peuple pendant trois ans et demi après la crucifixion, bien qu'il fût alors abandonné comme nation.

En rejetant le Messie, comme Dieu l'avait prévu et prédit, les Israélites démontrèrent qu'ils n'étaient pas en état, comme nation, de recevoir la faveur principale ou spirituelle (pas même la faveur terrestre).

L'extension de leur épreuve nationale au delà du milieu de la soixante-dixième semaine n'eût été pour eux d'aucun profit; aussi Dieu y coupa-t-il court en laissant cette nation déserte, répétée de sa faveur. Durant le reste de cette semaine (trois ans et demi), la faveur lui fut augmentée, quoique limitée au reste, au saint des saints, à ceux qui étaient les plus purs et les mieux préparés, auxquels seuls elle pouvait être utile (Esaïe 10, : 22,23; comp. Romains 9 : 28). L'accroissement de faveur consista dans le fait qu'il donnait à ce reste trois ans et demi de ministère et d'exclusive attention, avec les avantages plus grands de la dispensation de l'esprit qui, commençant par les disciples à la Pentecôte, atteignit probablement tout le blé mûr de cette nation pendant cette période de faveur spéciale. Voyez Actes 2 : 41 et 4 : 4, pour les résultats des quelques premiers jours.

C'est pour cette raison que Jésus enseigna à ses disciples à commencer par Jérusalem bien qu'il eût goûté la mort pour tous et que l'Evangile dût être annonce à tous. [[66]] Ils ne devaient pas davantage abandonner cette œuvre spéciale, ni offrir cette faveur de la nouvelle dispensation à d'autres, jusqu'à ce que les trois ans et demi de faveur promise à Israël fussent accomplis et que Dieu les eût spécialement envoyés chez les Gentils aussi bien que chez les Juifs. — Actes 10.

Les chronologistes ne peuvent que se livrer à des conjectures sur la date exacte de la conversion de Corneille; on l'estime diversement comme ayant eu lieu de l'an 37 à l'an 40. Mais en nous autorisant de la prophétie que nous considérons actuellement, nous ne doutons pas qu'elle n'ait eu lieu à l'automne de l'an 36, au moment où finirent les soixante-dix (70) semaines ou les quatre cent quatre-vingt-dix (490) ans de la faveur d'Israël. Puisque le temps de leur faveur spéciale finit là, on peut sûrement indiquer cette date comme étant celle où l'Evangile a été annoncé aux Gentils. Les Israélites n'en furent pas privés après cela, mais ils furent traités sur le même pied que les Gentils, quoique leurs préjugés les plaçassent sans doute dans une position moins favorable. Le “très-saint” en étant déjà choisi, l'Evangile ne leur fut plus uniquement réservé, mais fut ouvert à toute créature ayant des oreilles pour entendre.

Après les soixante-dix semaines vinrent la détresse et le trouble prédits par les dernières clauses des versets 26 et 27. Le prince romain vint et fit détruire la ville et le Temple, et, pareil à une inondation, il ne laissa derrière lui qu'une dévastation et une destruction terribles. Le Messie qu'ils avaient rejeté a permis que différents malheurs frappent ce peuple et continuera à le permettre jusqu'à la consommation, jusqu'à ce qu'ils en aient eu assez, jusqu'au moment ou lui-même dira: “Parlez au cœur de Jérusalem, et criez-lui que son temps marqué est accompli, que son iniquité est acquittée” (Esaïe 40 : 2).

[[67]]

En attendant, ce qui est déterminé sera versé sur la désolée (ou le peuple rejeté) Jusqu'à ce que sa coupe d'affliction soit pleine — jusqu'à ce jour-là où ils diront “Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!” L'aurore de la délivrance des Israélites est maintenant arrivée, grâces soient rendues à Dieu; et si leur désolation et leur détresse ne sont pas encore finies, néanmoins chaque heure hâte le temps où leur esprit, aveuglé par le voile de leurs préjuges, verra au grand jour celui qu'ils ont percé et où ils pleureront sur lui comme on pleure sur un fils unique. — Zacharie 12 : 10.

Comme un grand nombre, en lisant le passage qui vient d'être examiné, sont tombés dans une grande confusion et dans l'erreur en comprenant mal l'arrangement des paroles du prophète, en confondant le Messie, le Prince, avec le prince romain, etc., nous suggérons une étude soigneuse du passage tel qu'il est arrangé au commencement de ce chapitre, en remarquant bien les parenthèses et les notes explicatives entre crochets.


 ÉTUDE IV

LES TEMPS DES NATIONS (*)

Quels sont les temps des nations ? Leur commencement, leur longueur, leur fin, 1914 ap. J.-C. — Evénements qui les accompagnent. — Evénements qui les suivent. — Temps au sens littéral et au sens symbolique. — Un type remarquable. — Indications présentes. — Le Royaume de Dieu doit renverser le gouvernement des nations. — II faut donc qu'il soit organisé avant sa fin: avant 1914. — Pourquoi les royaumes des nations y font opposition. — Comment et pourquoi tous l'accep- teront finalement avec joie. — “Le désir de toutes les nations viendra. ”

[Puisque le sujet considéré dans ce chapitre est en rapport étroit avec celui du chapitre XIII du volume I, le lecteur sera grandement aidé en le revoyant avant de commencer l'étude de celui-ci.]

“Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations, jusqu'à ce que les temps des nations soient accomplis.” Luc 21 : 24.

LE TERME “ les Temps des Nations ” fut appliqué par notre Seigneur à cet intervalle de l'histoire du monde compris entre le renversement du royaume d'Israël qui était le royaume type de Dieu (Ezéchiel 21 : 30-32), et l'introduction et l'établissement de son antitype, le vrai Royaume de Dieu, lorsque Christ viendra pour être glorifié dans ses saints et admiré dans tous ceux qui croient en ce jour-là.**


(*) ou Temps des Gentils.
(**) [Strictement parlant, les Temps des Nations sont.]

[[70]]

Durant cet intervalle, la domination de la terre devait être exercée par les gouvernements des nations; et Israël selon la chair aussi bien qu'Israël selon l'esprit ont été et doivent être soumis à ces pouvoirs, jusqu'à ce que leur temps soit expiré. Si Dieu n'approuve ni ne recommande en aucune façon ces gouvernements, il reconnaît cependant leur domination. En d'autres termes il a, dans un sage but, permis leur domination pour un temps déterminé.

La domination de la terre fut à l'origine donnée à Adam pour la soumettre, la posséder et la gouverner selon la justice (Genèse 1 : 28). Mais Adam manqua à son devoir et la domination perdue par le péché lui fut enlevée. Il fut ensuite permis aux anges d'exercer l'autorité; cependant au lieu de relever la race déchue, quelques-uns d'entre eux ne gardèrent pas leur origine, mais tombèrent dans la transgression. Après le déluge, Dieu déclara à Abraham qu'il se proposait d'apporter, par le moyen de sa postérité, le remède nécessaire à la race pécheresse et mourante, en suscitant du milieu d'eux un grand libérateur, gouverneur et maître. Il lui dit à cet effet : Toutes les familles de la terre seront bénies en ta semence.

C'était la première suggestion d'une domination nationale et universelle sur la terre. Cette déclaration, venant de Dieu, impliquait que ce chef aurait une capacité spéciale et une supériorité particulière au-dessus de tous les autres et qu'il serait avantageux pour tout le genre humain d'être assujetti à un tel gouverneur. Il n'y a pas de doute que cette promesse faite à Abraham avait rempli les cœurs et les esprits de sa  postérité, Israël, et que les Edomites et les Moabites la connaissaient également à cause de leur parenté. Il est probable aussi qu'un tel espoir national devait venir à la connaissance des autres nations ; cela étant, nous ne doutons pas que l'orgueil n'ait produit en chacune [[71]] d'elles le désir d'être la nation maîtresse et d'avoir la domination universelle, comme étant aussi apte et aussi capable que l'un quelconque des membres de la postérité d'Abraham à gouverner, enseigner et ainsi bénir les nations.

L'espoir qu'avait Israël d'atteindre à la domination universelle, non parce que les nations le désiraient ainsi, mais par le choix de Dieu et sa puissance manifestée en leur faveur, semble s'être étendu aussi à d'autres nations. Quoi qu'il en soit, nous trouvons que ces rois et ces peuples des nations considérèrent leur domination comme des faveurs des dieux qu'ils adoraient. Le même sentiment existe encore aujourd'hui chez tous les petits gouverneurs et princes, aussi bien que chez les plus puissants rois et empereurs. Peu importe leur faiblesse mentale ou physique, peu importe leurs vices, leur incapacité de se gouverner eux-mêmes ou de gouverner les autres; ils ont tous, à un degré qui touche à la folie, l'idée que Dieu les a spécialement choisis, eux et leurs familles, pour gouverner et bénir (?) toute la terre. Cette théorie, acceptée par la masse du peuple, est hautement proclamée sur les médailles, les monnaies et les papiers de l'Etat par la mention: “Roi... par la grâce de Dieu”.

Ainsi, pendant que les Israélites attendaient et espéraient la domination de la terre, selon la promesse qui leur avait été faite, espérance qu'ils crurent souvent sur le point de se réaliser, particulièrement sous les rois David et Salomon, ce désir d'un empire universel devint général parmi d'autres nations. Lorsque Dieu fut sur le point d'enlever la couronne à Israël, jusqu'à ce que la vraie semence promise soit venue pour prendre la domination, il détermina de permettre aux royaumes des nations de prendre l'autorité et de leur laisser expérimenter leur mode de gouverner le monde, afin que celui-ci, à son tour, puisse faire l'expérience [[72]] de la futilité de ses propres efforts à se gouverner lui-même, aussi longtemps qu'il serait dans le péché. De même qu'il avait donné aux anges la domination perdue par Adam, afin de démontrer leur inhabileté à gouverner et bénir le monde, il a maintenant abandonné cette domination aux nations pour qu'elles puissent essayer leurs diverses méthodes sans son aide. Dieu permet ces diverses expériences, comme autant de leçons valables et nécessaires qui remplissent le temps intermédiaire jusqu'à ce que l'Oint de l'Eternel, à qui appartient le droit soit venu, qu'il ait pris la domination et accompli tous ses desseins.

Puisqu'Israël selon la chair typifiait Israël selon l'esprit, l'Eglise de l'Evangile, qui est aussi nommée dans un sens plus élevé “une sacrificature royale, une nation sainte ” (1 Pierre 2 : 9) et qui doit, au temps marqué, gouverner et bénir toutes les nations, ainsi sous certains rapports, leur royaume était un type du Royaume de Christ. Par conséquent, lorsque le temps fut venu pour Dieu de transmettre la domination du monde au gouvernement des nations, il fallut avant tout que la couronne-type fût enlevée à Israël et que ce royaume-type ne fût plus reconnu. Lorsque Dieu fit cela, il déclara que les Israélites avaient prouvé eux-mêmes qu'ils étaient incapables d'être élevés à la domination universelle, étant devenus corrompus, vains et idolâtres en proportion de leur élévation nationale. Le décret divin de ce transfert de la couronne qui eut lieu sous le règne de Sédécias fut exprimé par ces paroles du prophète: “Ainsi dit le Seigneur, l'Eternel: Ote la tiare, et enlève la couronne; ce qui est ne sera plus. Elève ce qui est bas, et abaisse ce qui est élevé. J'en ferai une ruine, une ruine, une ruine ! Ceci aussi ne sera plus, jusqu'à ce que vienne celui auquel appartient le droit et je le lui donnerai”Ezéchiel 21 : 30,32, D.

[[73]]

Ce renversement de la couronne, ou de la domination, s'est accompli ; la couronne fut premièrement transférée à Babylone, puis aux Médo-Perses, ensuite à la Grèce et enfin à Rome. Nous avons trouvé le caractère de ces empires, tel qu'il est rapporté dans les pages de l'histoire, en parfait accord avec les descriptions prophétiques de la grande statue de Nébucadnetsar et avec la vision des quatre bêtes de Daniel. L'état de renversement du royaume d'Israël devait durer jusqu'à ce que Christ, l'héritier légitime du trône d'Israël et de toute la terre qu'il acheta par son précieux sang, vienne et prenne l'autorité. Son empire, comme nous l'avons vu, sera le cinquième empire universel de la terre, le Royaume de Dieu sous tous les cieux. Mais à l'inverse des quatre dominations précédentes qui avaient été permises et, partant, reconnues pour un temps déterminé, sans cependant avoir été approuvées, celle-ci sera approuvée et établie par Dieu, comme son représentant sur la terre. Ce sera le Royaume de Dieu, le Royaume de l'Oint de Jéhovah. Il sera graduellement établi, dans un temps de grande détresse par lequel se terminera l'Age de l'Evangile et pendant lequel les dominations présentes seront entièrement consumées, passeront et se dissoudront au milieu d'une grande confusion.

Dans ce chapitre nous présentons la preuve biblique démontrant que la fin complète des temps des nations, c'est-à-dire la fin de leur bail de domination expirera en 1914; que cette date verra la dissolution des gouvernements d'hommes imparfaits. Par conséquent, si nous démontrons que ce fait est fermement appuyé par les Ecritures, cela prouvera :

1°) Que le Royaume de Dieu, pour lequel le Seigneur nous enseigna à prier en disant : “ Que ion règne vienne”, commencera à cette date à assumer l'autorité universelle et qu'il sera alors en peu de temps [[74]] fermement établi sur la terre, sur les ruines des institutions actuelles.

2°) Que celui à qui appartient le droit de prendre les rênes du gouvernement sera alors présent comme nouveau gouverneur de la terre; de plus, qu'il sera présent assez longtemps avant cette date, parce que c'est lui qui sera la cause directe du renversement de ces gouvernements des nations, en les brisant comme le vase d'un potier (Psaume 2 : 9; Apocalypse 2 : 27) et en établissant à leur place son propre gouvernement.

3°) Que quelque temps avant la fin du renversement, le dernier membre de l'Eglise divinement reconnue comme l'Eglise de Christ, “la sacrificature royale”, “le corps de Christ”, sera glorifié avec le Chef, parce que tous les membres régneront avec Christ, seront les cohéritiers de son royaume qui ne peut être réellement “établi” sans la présence de tous ses membres.

4°) Que Jérusalem, à partir de ce temps-là, cessera d'être foulée aux pieds par les nations, mais s'élèvera de la poussière de la disgrâce divine jusqu'à l'honneur, parce que les Temps des Nations seront accomplis.

5°) Que l'aveuglement d'Israël commencera à disparaître à cette date et même avant, parce que leur “aveuglement partiel” ne devait se continuer que “jusqu'à ce que la plénitude des nations soit entrée” (Romains 11 : 25), ou en d'autres termes, jusqu'à ce que le nombre total de ceux, pris parmi les nations, qui doivent composer le corps ou l'épouse de Christ, soit entièrement choisi.

6°) Que le grand “temps de détresse, tel qu'il n'y en a point eu depuis qu'il existe une nation ”, atteindra son point culminant dans un règne universel d'anarchie; et qu'alors les hommes apprendront à se tenir [[75]] tranquilles et à reconnaître que Jéhovah est Dieu et qu'il veut être exalté sur la terre (Psaume 46 : 10, D.). L'état de choses décrit en langage symbolique comme étant les vagues d'une mer en furie, la terre se fondant, les montagnes chancelant et les cieux en feu, passera alors et “ les nouveaux cieux et la nouvelle terre” avec leurs bénédictions pacifiques commenceront à être reconnus de l'humanité abattue par la détresse. Mais l'Oint du Seigneur et sa juste et légitime autorité seront reconnus, tout d'abord par une classe d'enfants de Dieu, tandis qu'ils traverseront la grande tribulation ; c'est la classe représentée par m et t sur la Carte des Ages du Volume 1 ; ensuite, tout à sa fin par Israël selon la chair, et enfin par l'humanité en général.

7°) Qu'avant cette date, le Royaume de Dieu, organisé en puissance, "sera sur la terre pour frapper et écraser la statue des nations (Daniel 2 : 34) et consumer entièrement le pouvoir de ces rois. Son propre pouvoir et sa domination seront établis au fur et à mesure que par ses instruments et par ses influences diverses, il écrasera et dispersera les autorités qui existent, civiles et ecclésiastiques, le fer et l'argile.

LE COMMENCEMENT DES TEMPS DES NATIONS EN 606 AV. J.-C.

Les paroles de notre Seigneur “Jusqu'à ce que les temps * des nations soient accomplis ”, impliquent l'idée que ces temps-là devaient avoir une limite définitivement arrêtée, [[76]] parce qu'on n'aurait pas pu dire d'une période illimitée et indéfinie qu'elle est accomplie. Ainsi donc, les gouvernements des nations ont eu un commencement, ils dureront un temps déterminé et ils prendront fin au temps fixé.


 * Le mot grec, rendu ici par “ temps ”, est kairos, qui signifie un temps fixé. C'est le même mot qui est rendu par “ temps ” dans ' les passages suivants : Marc 1 : 15 ; 1 Timothée 6 : 15 ; Apocalypse 12 : 14 ; Actes 3 : 19 ; 17 : 26. Le même mot grec est traduit par “ saisons ” en Actes 1 : 7.

Le commencement de ces temps des nations est clairement établi par les Ecritures. Si elles nous fournissent aussi la longueur de cette période déterminée, ou de ce bail de domination des nations, nous pourrons donc connaître exactement quand elle se terminera, La Bible nous donne cette période déterminée qui doit s'accomplir, mais elle la donne de telle sorte qu'elle n'a pu être comprise lorsqu'elle fut écrite, ni avant que le cours des temps et des événements de l'histoire eussent répandu leur clarté sur elle; et même à ce moment-là elle ne pouvait l'être que par ceux qui veillaient et n'étaient pas surchargés par les soucis de ce monde.

Nous avons dans la Bible une preuve claire et puissante que les “ Temps des Nations ” forment une période de 2520 années, allant de l'an 606 av. J.-C. jusqu'à l'an 1914 ap. J.-C. inclusivement. Ce bail de domination universelle, accordé aux gouvernements des nations, a commencé, comme nous venons de le voir, par Nébucadnetsar non au commencement de son règne, mais lorsque le royaume-type de Dieu eut cessé et que la domination du monde entier eut été abandonnée entre les mains des nations. La date du commencement de ces “ Temps des Nations ” est donc indiquée de façon définitive par le moment où la couronne du royaume-type de Dieu fut enlevée à Sédécias, le dernier roi de Juda.

Selon les paroles du prophète (Ezéchiel 21 : 30-32), la couronne fut enlevée à Sédécias, et Jérusalem fut assiégée par l'armée de Nébucadnetsar et mise en ruine, elle resta dans cet état pendant soixante-dix ans, jusqu'à sa restauration, dans la première année de [[77]] Cyrus (2 Chroniques 36 : 21-23). Bien que Jérusalem fût alors rebâtie et que les captifs fussent revenus, il n'y eut plus aucun roi sur Israël jusqu'à nos jours. Rétablis dans leur pays et dans leurs libertés personnelles par Cyrus, les Israélites, en tant que nation, furent successivement assujettis aux Perses, aux Grecs et aux Romains; ils étaient sous le joug de ces derniers lors du premier avènement de notre Seigneur, Pilate et Hérode étant alors les délégués de César;

D'après ces faits, nous trouvons de suite la date où doivent commencer les Temps des Nations, car la première année de Cyrus est une date très clairement établie : l'histoire séculaire et l'histoire religieuse s'accordent unanimement avec le canon dé Ptolémée qui la place en l'an 536 av. J.-C. Si l'année 536 av. J.-C. fut celle où finirent les soixante-dix ans de la désolation de Jérusalem et où commença la restauration des Juifs, il s'ensuit que le renversement de leur royaume avait eu lieu soixante-dix ans avant 536, c'est-à-dire (536+70) en l'an 606 av. J.-C., qui est la date exacte du commencement des Temps des Nations.

Reconnaissant le bail de pouvoir des nations que Dieu accorda à ces gouvernements du monde ou des nations, nous savons que non seulement ils doivent tomber, être renversés et remplacés par le  Royaume de Christ, lorsque leur temps sera accompli, mais aussi que Dieu ne leur retirera pas la domination pour la donner à son Oint avant que ce bail soit expiré, avant que “ les Temps des Nations soient accomplis ”. Nous sommes donc préservés par cela même de cette fausse idée dans laquelle la papauté a tenu le monde : que le Royaume de Dieu fut établi à la Pentecôte, et qu'il l'avait été plus complètement encore lorsque, comme on le prétend, l'Empire Romain fut converti au christianisme (au papisme) et qu'il atteignit le pouvoir civil [[78]] et spirituel dans le monde. Nous voyons, grâce à cette prophétie des “ Temps des Nations ”, que cette prétention, émise par l'église de Rome, et plus ou moins endossée par les protestants, est fausse. Ces nations, que le protestantisme, aussi bien que la papauté, appellent nations chrétiennes et dont ils appellent les états du nom de chrétienté (qui veut dire le Royaume de Christ) ne le sont pas. Elles sont les royaumes de ce monde, et le Royaume de Christ ne peut prendre l'autorité avant que leurs “ temps” soient accomplis, bien qu'il s'y préparera et s'organisera dans les quelques années, qui termineront les Temps des Nations, pendant que ces royaumes chancelleront, se dissoudront et tomberont dans l'anarchie.

Pendant l'âge de l'Evangile, le Royaume de Christ n'a existé qu'à l'état naissant, dans l'humiliation, sans puissance ou privilège de règne, sans la couronne, possédant seulement le sceptre de la promesse, méconnu par le monde et assujetti aux autorités qui existent : les royaumes des Nations. Les héritiers du royaume céleste doivent continuer ainsi jusqu'au temps qui a été fixé pour régner avec Christ. Pendant le temps de détresse terminant cet âge, ils seront élevés au pouvoir, mais leur règne de justice sur le monde ne pourrait précéder 1914, lorsque les Temps des Nations seront accomplis. Il est donc du devoir de l'Eglise d'attendre patiemment le temps fixé pour son triomphe et son glorieux règne, de se tenir séparée des royaumes de ce monde, comme étrangers et pèlerins, héritiers du Royaume à venir et d'y concentrer toutes leurs ambitions et leurs espérances. Les chrétiens devraient reconnaître la vraie nature de ces royaumes et s'en tenir séparés, tout en leur rendant le respect et l'obéissance qui leur sont dûs, parce que Dieu leur a permis de gouverner. Comme l'enseigne l'apôtre Paul: “ Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures, [[79]] car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu.” — Romains 13 : 1.

Israël selon la chair ne peut pas non plus rentrer dans son héritage, depuis si longtemps promis, avant ce temps-là, bien que des mesures préparatoires soient prises auparavant; Dieu n'établira pas pleinement le domaine terrestre, ni le domaine spirituel de son Royaume avant que le bail des nations soit expiré.

La couronne (domination) fut enlevée au peuple de Dieu (tant la semence spirituelle que la Semence charnelle), jusqu'au jour où les Temps des Nations seront arrivés à leur terme, à la présence glorieuse du Messie, qui ne sera pas seulement le “ Roi des Juifs”, mais “ Roi sur toute la terre en ce jour-là”. Quelques-uns penseront peut-être que cet enlèvement de la couronne à Israël fut une violation de la promesse : “ Le sceptre ne s'éloignera point de Juda, ni le législateur d'entre les pieds, jusqu'à ce que le Schiloh vienne” (Genèse 49 : 10, Laus). Remarquez cependant la distinction qui existe entre la couronne et le sceptre; car, si la couronne fut enlevée dans les jours de Sédécias, le sceptre ne le fut que 639 ans plus tard — lorsque notre Seigneur Jésus, de la tribu de Juda et de la race de David selon la chair fut approuvé de Dieu comme le seul et légitime héritier du sceptre de la terre, depuis si longtemps promis.

La promesse de Dieu à Abraham, renouvelée à Isaac et à Jacob, était que de leur postérité devait venir le grand libérateur qui, non seulement, devait bénir et exalter leur famille dans le monde, mais qui devait bénir toutes les familles de la terre. Au temps de Moïse, le grand législateur, on aurait pu croire un moment qu'il était le libérateur promis, mais il déclara prophétiquement au peuple : “Le Seigneur votre Dieu vous suscitera d'entre vos frères un prophète comme moi”, indiquant ainsi qu'il n'était qu'un type de celui [[80]] qui devait venir; et Moïse mourut. Ensuite, cette promesse: “Le sceptre ne s'éloignera point de Juda”, limita l'attente à cette tribu; et toutes les autres tribus se rattachèrent dans une certaine mesure à Juda en proportion de leur foi aux promesses de Dieu, attendant une bénédiction de concert avec Juda, au temps marqué.

Lorsque le Roi David, de la tribu qui avait la promesse, fut proclamé roi, ses victoires conduisirent à de grandes espérances en vue d'un vaste royaume dont l'influence s'étendrait Jusqu'à embrasser le monde et jusqu'à assujettir toutes les nations à la Loi. Puis, lorsque la sagesse et la grandeur de Salomon, universellement renommées, atteignirent leur apogée, tout portait à croire que la domination universelle était presque à leur portée. La promesse de Dieu à David, que du fruit de ses reins il susciterait un rejeton qui serait assis sur son trône à toujours, avait limité à une seule famille la promesse que possédait la tribu de Juda, et déjà cette famille était sur le trône d'Israël. Lorsque le grand Temple de Salomon eut été bâti et que des centaines de chantres et de prêtres y formèrent un imposant spectacle, que la renommée de Salomon s'étendit au loin dans le monde, que les rois lui envoyèrent des présents et désirèrent ses faveurs, que la reine de Séba vint avec des dons voir le roi le plus célèbre et le plus merveilleux que le monde ait jamais connu, il ne faut pas s'étonner alors si le cœur des Juifs fut enflé d'espoir et de fierté, puisque le moment de l'exaltation de la semence d'Abraham et la bénédiction de toutes les nations qu'ils attendaient depuis si longtemps semblait tout proche.

Amer fut leur désappointement, lorsqu'après la mort de Salomon le royaume fut déchiré et finalement complètement renversé, et que le peuple, qui avait espéré gouverner et bénir les nations en tant que sainte [[81]] nation de Dieu, fut emmené captif à Babylone. “Auprès des fleuves de Babylone nous étions assis, et là nous pleurions en nous souvenant de Sion.” — Psaume 137 : 1.

Mais quoique la couronne, c'est-à-dire le pouvoir de se gouverner eux-mêmes, fût enlevée, le droit de gouverner (le sceptre) inclus à l'origine dans la promesse de Dieu, ne le fut pas. Quoique la domination universelle eût été donnée à Nébucadnetsar et à ses successeurs, suivant l'illustration de la grande statue et des quatre grandes bêtes, ce ne fut cependant que pour une période limitée. La promesse faite originairement à Israël doit s'accomplir — la couronne fut bien enlevée, mais le sceptre demeura jusqu'à la venue de Schiloh. Cela fut même exprimé dans le décret touchant Sédécias: “Enlève la couronne, — j'en ferai une ruine, jusqu'à ce que vienne celui à qui appartient le droit et à qui je le remettrai.”

Tandis que l'alliance faite avec Abraham promettait le gouvernement et la bénédiction du monde par sa semence, l'alliance de la Loi faite avec Israël, les enfants d'Abraham, limita et restreignit cette alliance abrahamique, en sorte qu'il n'y eut que ceux qui obéiraient pleinement et parfaitement à la loi qui pourraient prétendre participer au règne et à la bénédiction promis dans l'alliance abrahamique, ou qui auraient le droit de l'espérer. C'est la connaissance de ce fait qui conduisit a la formation de la secte des pharisiens qui prétendaient accomplir sans reproches toutes les exigences de la loi, se persuadant qu'ils étaient justes et ne faisant aucun cas des autres, les appelant publicains et pécheurs, tandis qu'ils s'appelaient eux-mêmes les enfants d'Abraham, héritiers de la domination promise qui devait bénir le monde.

L'enseignement clair et puissant de notre Seigneur Jésus fut en partie dirigé contre les erreurs des pharisiens [[82]] qui pensaient que leur soigneuse exécution de quelques-unes des cérémonies extérieures de la Loi était une pleine soumission à sa lettre et à son esprit. Notre Seigneur enseigna ce que tous les chrétiens connaissent aujourd'hui: que la Loi, vue dans sa plénitude, est d'une perfection si majestueuse et que l'homme est tellement déchu et imparfait, assiégé de tentations du dehors et rempli de faiblesses au dedans de lui, qu'il est impossible à aucun d'eux d'accomplir cette Loi parfaitement et de prétendre à la bénédiction abrahamique. Les reproches que notre Seigneur adressa au pharisaïsme ne doivent donc pas être comprises comme des objections contre les efforts des pharisiens pour accomplir la Loi. Il ne les blâmait pas non plus parce qu'ils n'accomplissaient pas la Loi, ce qu'aucun homme imparfait ne peut faire. Il les blâmait à cause de leur hypocrisie, en ce qu'ils se séduisaient eux-mêmes et séduisaient les autres par leur prétention à la perfection et à la sainteté, alors qu'ils pouvaient voir eux-mêmes, aussi bien que les autres, que leur purification n'était qu'extérieure, leurs cœurs restant impurs et non consacrés. Il les censurait parce qu'ils n'avaient que la forme de la piété et le service des lèvres, tandis que leurs cœurs étaient loin de Dieu. Comme notre Seigneur et Paul le déclarent (Jean 7 : 19 ; Romains 3 : 20), pas un seul d'entre eux n'avait accompli ou ne pouvait accomplir parfaitement la Loi ; ils auraient pu cependant s'approcher beaucoup plus d'une observation parfaite de la Loi et de ses exigences qu'ils ne le faisaient.

Non Seulement notre Seigneur déclara par ses paroles que l'importance de la Loi résidait en ceci: “Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ta pensée, de toute ton âme et de toute ta force, et ton prochain comme toi même”, mais il illustra cela personnellement en s'abandonnant complètement à la [[83]] volonté et au plan de Dieu, en laissant de côté tout plan et toute ambition qui lui auraient été propres, aussi bien que toute recherche d'intérêt personnel, en accomplissant pleinement la volonté de Dieu de tout son cœur, de toute sa pensée, de toute son âme et de toute sa force, et en aimant son prochain comme lui-même, tout cela même jusqu'à la mort.

Ainsi, en obéissant d'une manière parfaite à la Loi et en accomplissant ses conditions, comme aucun membre de la famille humaine imparfaite ne pouvait le faire, notre Seigneur Jésus devint héritier de toutes les bénédictions promises dans l'alliance de la Loi, faite avec Israël au mont Sinaï, trouvant également qu'il était LA SEMENCE D'ABRAHAM, à laquelle s'appliquait maintenant la promesse abrahamique tout entière. Notre Seigneur s'assura ainsi le sceptre, (le droit promis, ou l'autorité de dominer sur la terre). Pendant des siècles il avait été promis que ce sceptre serait mérité par un membre de la tribu de Juda, de la famille de David, et lui serait donné. Le grand prix qu'Israël avait espéré, pour lequel il avait travaillé et qu'il avait désiré pendant des siècles, avait enfin été remporté par le Lion (le Fort) de la tribu de Juda; Schiloh, le grand pacificateur était venu, celui qui non seulement fit la paix entre Dieu et les hommes par le sang de sa croix, lorsqu'il racheta le genre humain de la condamnation à mort qui pesait justement sur tous, mais qui aussi, lorsqu'il prendra son règne et son grand pouvoir comme Roi des rois et Seigneur des seigneurs, renversera toute injustice, tout mal et tout péché, et établira la paix sur une base de sainteté. Il est le Prince de la paix.

Lorsque le sceptre (le droit), en vertu de l'alliance, passa à notre Seigneur Jésus, cette Alliance de la Loi finit; car comment Dieu aurait-il pu continuer à offrir à d'autres, à quelque condition que ce fût le prix qui venait d'être remporté par Schiloh? Par conséquent, [[84]] comme le déclare l'apôtre, “Christ mit fin à [l'alliance de] la Loi en la clouant à la croix ” — Colossiens 2:14.

Par cela, le “Prince de paix” assura à ses sujets le pardon des péchés et le rétablissement, et il établit un royaume éternel sur la base de la justice, tel qu'il n'aurait pu être exécuté d'aucune autre façon. C'est ainsi que s'accomplit la prédiction : Le sceptre ne s'éloignera point de Juda, ni le législateur d'entre ses pieds [reins] jusqu'à ce que Schiloh vienne. Mais une fois que Schiloh fut venu, le sceptre s'éloigna de Juda pour être donné au “Lion” [au fort, à la créature spirituelle souverainement élevée, au Seigneur de gloire] de la tribu de Juda, qui tient maintenant ce sceptre [ou titre d'autorité] comme Roi des rois et Seigneur des seigneurs.

Même après les soixante-dix années de captivité à Babylone, ceux qui retournèrent pour rebâtir le Temple et les murs de la ville furent ceux qui avaient à cœur la promesse de Dieu et qui “attendaient la consolation d'Israël”. Ils se groupèrent autour de la tribu de Juda, se souvenant des promesses de Dieu, que le Législateur, le Sauveur, le grand Schiloh, ou celui qui procure la paix, devait venir dans cette tribu. Mais hélas !  lorsque vint le Pacifique, celui qui fit la paix et la réconciliation pour l'iniquité au moyen du sang de sa croix, ils le méprisèrent et le rejetèrent, parce qu'ils n'attendaient pas un grand Souverain Sacrificateur, mais un grand général.

Schiloh ayant reçu à sa résurrection le sceptre et “tout pouvoir”, à cause de son obéissance jusqu'à la mort, doit en effet bénir d'abord Israël, mais non Israël selon la chair; car ce ne sont pas tous de vrais Israélites, ceux qui les ont selon la chair (Romains 9 : 6). Schiloh, l'héritier, cherche et trouve des enfants d'Abraham selon l'esprit, ceux qui partagent la foi et l'obéissance d'Abraham parmi sa postérité naturelle et parmi les nations, pour en faire un peuple qui portât son nom. [[85]] (Actes. 15 : 14). “Après cela” [après que le rassemblement de son Eglise élue sera accompli -— dans la moisson ou fin de l'Age de l'Evangile, à la clôture des Temps des Nations], sa faveur retournera à Israël, il rebâtira ses ruines et finalement celles de toutes les familles de la terre, sur une meilleure base, telle que le cœur de l'homme n'a jamais pu se l'imaginer. Celui qui tient maintenant le sceptre — à qui appartient le droit de régner — recevra aussi la couronne à l'expiration des “ Temps des Nations” c'est “à lui qu'appartient le rassemblement des peuples” (Genèse 49 : 10). Le sceptre, ou titre à “ tout pouvoir dans le ciel et sur la terre ”, lui fut donné à la résurrection, mais il attend le temps fixé par le Père, la limite des Temps des Nations, avant de prendre possession de son grand pouvoir et de commencer son glorieux règne. — Apocalypse 11 : 17,18.

Il est nécessaire de bien retenir la date déjà fournie pour le commencement de ces Temps des Nations, savoir l'an 606 av. J.-C., pendant que nous procéderons à l'examen des témoignages qui prouvent que leur durée est de 2520 ans, finissant en 1914 ap. J.-C.

Nous ne devons pas espérer trouver ces indications rapportées en termes précis. Si cette indication nous avait été donnée ainsi, elle aurait été connue avant le temps convenable. Elle fut donnée de manière à demeurer cachée jusqu'au temps de la fin. — Daniel 12 : 4,10.

Les paroles de notre Seigneur, que Jérusalem serait foulée aux pieds par les nations, jusqu'à ce que les Temps des Nations soient accomplis, ne suggèrent pas seulement l'idée d'une période limitée et déterminée de la domination des nations, mais elles suggèrent aussi la pensée que ces temps sont liés et mesurés d'une manière ou d'une autre avec la cité terrestre, Jérusalem, et la maison charnelle d'Israël, quoique Israël selon l'esprit aussi bien qu'Israël selon la chair aient été assujettis [[86]] à ces pouvoirs des nations. Alors cette pensée se présente à notre esprit : Se pourrait-il que Dieu ait prédit quelque chose concernant l'histoire d'Israël qui puisse nous donner la mesure exacte de ces temps dont notre Seigneur a parlé ? Oui, il en est ainsi.

Ouvrons le Lévitique; nous y trouvons rapportées des bénédictions et des malédictions d'un caractère temporel. Si Israël obéissait fidèlement à Dieu, il serait béni au-dessus des autres nations; sinon, certains malheurs lui arriveraient. La conclusion est exprimée en ces termes: “Je marcherai au milieu de vous, je serai votre Dieu et vous serez mon peuple... Mais si vous ne m'écoutez point, et ne mettez point en pratique tous ces commandements,... je tournerai ma face contre vous et vous serez battus devant vos ennemis; ceux qui vous haïssent domineront sur vous ”. “ Et vous sèmerez en vain vos semences; vos ennemis les dévoreront”. “Si, malgré cela vous ne m'écoutez point, je VOUS CHATIERAI SEPT FOIS plus pour vos péchés.” — Lévitique 26 : 12,14,16,17,18,29.

Cette menace de sept fois est mentionnée trois fois. Les divers châtiments spécifiés avant les “ sept fois ” indiquent les différentes captivités chez les Assyriens, les Moabites, les Madianites, les Philistins, etc., etc., durant lesquelles Dieu continua à prendre soin d'eux.

Ses procédés à leur égard furent bien “règle sur règle, précepte sur précepte, un peu ici, un peu là”, cependant il ne les abandonna point, et lorsqu'ils se repentaient et criaient à lui, il leur répondait et les délivrait de leurs ennemis (Juges 3 : 9,15). Mais ces châtiments n'ayant pas eu d'effet, il appliqua les sept fois dont il les avait menacés: la couronne fut éloignée d'une manière permanente et Israël, aussi bien que le monde entier, fut assujetti aux puissances bestiales pendant sept temps. Ainsi, il leur arriva selon les avertissements de Dieu : “ Si, après cela encore [après ces châtiments précédents], [[87]] vous ne m'écoutez pas, je vous châtierai encore sept fois plus”.

Le rapport dans lequel se trouve cette menace de sept fois” (plus, additionnelles) montre qu'elles impliquent un châtiment final et décisif sur ce peuple après que les autres châtiments n'avaient pu, à différentes reprises, le réformer d'une manière durable. Le châtiment de ces sept temps atteindra le but proposé qui est d'humilier entièrement les Israélites devant l'Eternel et de les préparer ainsi à recevoir ses bénédictions. Ces sept temps indiquent par conséquent la longueur du temps durant lequel les nations devaient les gouverner; et notre Seigneur faisait certainement allusion à cette période des sept temps lorsqu'il parla “ des Temps des Nations”.

Comme nous l'avons déjà montré, ces temps-là commencèrent lorsque les petites captivités et punitions firent place à ce grand et final châtiment national de “sept temps”, lorsque leur dernier roi Sédécias fut détrôné; depuis lors il y eut une longue période de châtiments, les “sept temps” prédits ou 2520 ans.

Dans la Bible, un “temps” est employé dans le sens d'une année, peu importe que cette année soit littérale ou symbolique; mais au moment de l'émission de n'importe quelle prophétie il était impossible de savoir si le temps mentionné serait littéral ou symbolique. Les prophètes recherchèrent diligemment, mais en vain, à connaître “quel temps ou quelle sorte de temps” (littéral ou symbolique) l'Esprit indiquait (1 Pierre 1 : 11, D). Une année symbolique, au sens prophétique, est calculée sur la base d'une année lunaire, 12 mois de 30 jours chacun, ou 360 Jours, chaque jour représentant une année.

Par conséquent, “un temps”, ou une année, s'il est symbolique, signifie trois cent soixante (360) jours symboliques, et “sept temps” équivalent à 2520 jours symboliques (7x360=2520), ce qui fait 2520 ans au sens littéral.

[[88]]

La question qui se présente ici d'elle-même, c'est de savoir si ces temps étaient des temps au sens littéral ou symbolique. Ont-ils trait à sept ans ou à deux mille cinq cent vingt ans (2520)? Nous répondrons: Ce furent des temps symboliques, soit 2520 ans. Ils ne peuvent être compris comme sept années littérales, car Israël eut beaucoup de captivités de plus longue durée; par exemple, ils furent asservis au roi de Mésopotamie huit ans (Juges 3 : 8), au roi de Moab dix-huit ans (Juges 3 : 14), au roi Jabin vingt ans (Juges 4 : 2,3), aux Philistins une période de quarante ans et une autre de dix-huit (Juges 10 : 7,8 ; 13 : 1²), en plus de leurs soixante-dix années à Babylone. Toutes ces périodes étant beaucoup plus longues que sept temps, ou sept années littérales, et ces sept temps étant mentionnés comme le châtiment définitif, le dernier et le plus grand, cela prouve qu'il s'agit de temps au sens symbolique et non littéral, bien que le mot hébreu, traduit sept temps en Lévitique 26 : 18,21,24,28, soit le même que celui traduit dans Daniel 4 : 16,23,25,32, à cette expression près que dans Daniel le mot iddan y est ajouté, tandis que dans Lévitique il le faut sous-entendre. Il y a encore ceci de particulier, c'est que cette expression est répétée quatre fois dans chaque cas. Dans le cas de Nébucadnetsar cependant, ces sept temps étaient des années littérales; mais comme nous allons le voir, Nébucadnetsar et ses sept temps étaient typiques.

Les sept temps de la dégradation de Nébucadnetsar (Daniel 4 : 16,23-26) furent sept années littérales et la preuve, c'est qu'elles s'accomplirent réellement et” sept années ; de même que nous avons aujourd'hui la preuve que les sept temps symboliques de l'humiliation, et de la soumission d'Israël et du monde sous les “autorités qui existent ” étaient bien des temps symboliques” [[89]] ou 2520 ans. Il ne manque plus actuellement à cette période que 26 ans (*) pour qu'elle soit accomplie. De toutes parts tout est en œuvre aujourd'hui pour terminer la domination des nations et apporter la justice éternelle et toutes les bénédictions de la Nouvelle Alliance à Israël et à toute la création gémissante.


(*) Ce vol. fut publié en anglais, en 1889 — Trad.

LA FIN DES SEPT TEMPS D'ISRAËL

Cette longue période (sept temps, ou 2520 ans) de châtiment d'Israël est celle de la domination des nations — les “ Temps des Nations ”. Puisque les Temps des Nations ont commencé, comme nous l'avons déjà montré, en 606 av. J.-C. et qu'ils doivent durer 2520 ans, ils finiront en l'an 1914 (2520—606= 1914). Alors les bénédictions rapportées dans la dernière partie du même chapitre (Lévitique 26 : 44,45), seront  accomplies. Dieu se souviendra des Israélites pour accomplir envers eux l'alliance faite avec leurs pères (Romains 11 : 25-27):, ce qui peut être montré plus clairement de la manière suivante:

Les sept temps de châtiment sur Israël ... 2520 ans
Ces temps commencèrent lorsque le                    
pouvoir fut donné aux nations, ce qui                   
eut lieu, comme nous l'avons démontré,               
en l'an 606 av. J.-C.: par conséquent                 
en l'an 1 ... 606 ans
_________
de leur période s'étaient écoulés et le                 
reste indique la date ap. J.-C. de ... 1914      

Comme preuve qu'il est d'usage dans la Bible, pour les prophéties symboliques, de compter un jour pour un an, nous citons les exemples suivants qui se sont accomplis dans ce sens :

(a) Les espions parcoururent Canaan quarante jours, ce qui fut un type des quarante ans pendant lesquels Israël voyagea dans le désert. (Nombres 14 : 33,34).

[[90]]

(b) Lors que Dieu voulut annoncer par Ezéchiel une période d'adversité à Israël, il la fit symboliser par le prophète en disant: “Je t'impose un jour pour chaque année.” — Ezéchiel 4 : 1-8.

(c) Dans cette remarquable prophétie déjà accomplie de Daniel 9 : 24-27, que nous avons examinée dans le chapitre précédent et dans laquelle la période jusqu'à l'onction de notre Seigneur est indiquée, ainsi que les sept temps de la faveur d'Israël qui la suivaient et au milieu desquels le Messie fut retranché, c'est le temps symbolique qui est employé. Chaque jour de ces soixante-dix semaines symboliques représentait une année et s'est accompli ainsi,

(d) II en est de même de Daniel 7 : 25 et 12 : 7, où la période du triomphe de la Papauté est donnée comme étant de trois temps et demi; nous savons (et nous démontrerons dans ce volume) que cette prophétie s'est accomplie dans l'espace de 1260 ans (360 x 3½ = 1260). La même période est mentionnée dans le livre de l'Apocalypse, chapitre 12 : 14; elle y est appelée trois temps et demi (360 x 3½ = 1260). Dans le chapitre 13 : 5, elle est appelée quarante-deux mois (30 x 42 = 1260 jours). Et dans le chapitre 12 : 6 elle est indiquée comme étant 1260 jours. L'accomplissement de ces prophéties devant être examiné plus particulièrement ci-après, il suffit pour le moment de remarquer que l'emploi, par l'Esprit, du mot temps en d'autres passages, est en accord avec l'usage que nous faisons de ce terme, que dans les prophéties symboliques un temps est une année symbolique de 360 ans. Le fait que trois temps et demi, appliqués comme la mesure du triomphe de l'église apostate se sont accomplis en 1260 ans, établit le principe par lequel les sept temps de domination des nations doivent se calculer (360x7=2520) et prouve que leur fin sera en l'an 1914; car si trois temps et demi donnent 1260 jours (années), sept temps seront une période d'une longueur double, soit 2520 ans.

[[91]]

Si les sept temps des Israélites s'étaient accomplis en un temps littéral (sept ans), les bénédictions qui leur étaient garanties par l'alliance sans conditions que Dieu fit avec leurs pères, auraient dû suivre (Lévitique 26 : 45 et Romains 11 : 28), mais il n'en a pas été ainsi. Ils n'ont jamais joui de ces bénédictions promises. Paul déclare (Rom. 11 : 25,26) que cette alliance ne sera pas accomplie avant que l'Eglise élue de l'Evangile, le corps de Christ, n'ait été achevée comme leur libérateur, par qui l'alliance sera mise en opération. “Voici l'alliance que je ferai avec la maison d'Israël après ces jours-là [c'est-à-dire après les sept temps de châtiment], dit l'Eternel: Je mettrai ma loi au dedans d'eux, je l'écrirai dans leur cœur; je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Celui-ci n'enseignera plus son prochain, ni celui-là son frère en disant: Connaissez l'Eternel ! Car tous me connaîtront, depuis le plus petit jusqu'au plus grand, dit l'Eternel; car je pardonnerai leur iniquité, et je ne me souviendrai plus de leur péché” (Jérémie 31 : 33,34; Hébreux 10 : 16,17). “ En ces jours-là [les jours de faveur qui suivront les sept temps de châtiment], on ne dira plus : Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées. Mais chacun [qui mourra] mourra pour sa propre iniquité; tout homme qui mangera des raisins verts, ses dents en seront agacées.”Jérémie 31 : 29,30.

La restauration qui eut lieu à la fin des soixante-dix années de la captivité de Babylone ne fut pas une libération de la servitude des nations, car Israël leur fut toujours tributaire depuis. Cette restauration servit simplement à maintenir réuni un peuple auquel le Messie devait être présenté. Ce fut pendant que les nations asservissaient déjà les Israélites et à cause de ce fait que notre Seigneur déclara qu'ils continueraient à être foulés aux pieds, jusqu'à ce que les Temps des Nations [[92]] expirent ou soient accomplis. Le monde est témoin du fait que le châtiment d'Israël s'est continué sous la domination des nations depuis l'an 606 av. J.-C., qu'il continue toujours et qu'il n'y a pas lieu d'espérer leur réorganisation nationale avant l'an 1914, la limite de leurs sept temps, ou 2520 ans. Mais cette longue période de leur punition nationale arrivant près de sa fin, nous pouvons voir clairement que le figuier stérile est sur le point de bourgeonner, ce qui montre que l'hiver du mal est bientôt passé, que l'été millénaire approche et qu'alors ils seront rétablis complètement dans leur héritage et dans leur indépendance nationale. Le fait qu'il y a maintenant de grands préparatifs et espérances, relativement au retour d'Israël dans son pays est une forte preuve circonstancielle qui corrobore cet enseignement des Ecritures. Pour ce qui concerne la portée ou l'importance d'un tel événement, voyez Volume I, pages 348-356 (Edition 1950).

UNE AUTRE LIGNE DE TÉMOIGNAGE

Daniel nous présente un autre aperçu des “ temps des nations” au chapitre 4 de son livre. Ici, la domination originelle de l'homme sur toute la terre, sa destitution et la certitude de son rétablissement, qui doit commencer à la fin des Temps des Nations, est illustrée d'une manière éclatante dans un songe donné à Nébucadnetsar, dans son interprétation par Daniel et dans son accomplissement en Nébucadnetsar lui-même. 

Dans son songe, “Nébucadnetsar regardait, et voici, il y avait au milieu de la terre un arbre d'une grande taille. Cet arbre était devenu grand et fort, sa cime s'élevait jusqu'aux cieux, et on le voyait des extrémités de toute la terre. Son feuillage était beau, et ses fruits abondants; il portait de la nourriture pour tous; les bêtes des champs s'abritaient sous son ombre, les oiseaux du ciel faisaient leur demeure parmi ses branches, et tout être vivant tirait de lui sa nourriture...

Et voici, un de ceux qui veillent et qui sont saints, descendit des cieux. Il cria avec force et parla ainsi: Abattez l'arbre, et coupez ses branches; secouez le feuillage et dispersez-en les fruits ; que les bêtes fuient de dessous, et les oiseaux du milieu de ses branches ! Mais laissez en terre le tronc où se trouvent les racines, et liez-le avec des chaînes de fer et d'airain, parmi l'herbe des champs. Qu'il soit trempé de la rosée du ciel, et qu'il ait, comme les bêtes, l'herbe de la terre pour partage. Son cœur d'homme lui sera ôté et un corps de bête lui sera donné; et sept temps passeront sur lui. Cette sentence est un décret de ceux qui veillent, et la chose par la parole des saints, afin que les vivants sachent que le Très-Haut domine sur le royaume des hommes, qu'il le donne à qui lui plaît, et qu'il y élève le plus vil des hommes.”

Cet arbre remarquable dans sa gloire et dans sa beauté représentait la première domination de la terre, donnée à la race humaine dans son représentant et sa tête, Adam, à qui Dieu avait dit: “Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre et l'assujettissez, et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tout animal qui se meut sur la terre” (Genèse 1 : 28). La gloire originelle de l'homme et le pouvoir don’t il avait été investi étaient en effet sublimes; ils s'étendaient sur toute la terre, pour bénir, nourrir, abriter et protéger chaque être vivant. Mais lorsque le péché entra dans le monde, le commandement vint d'abattre l'arbre; aussitôt la gloire, la beauté et le pouvoir du genre humain furent enlevés; les créatures inférieures ne trouvèrent plus d'abri, de protection et de bénédiction sous son influence. La mort abattit le grand arbre, dispersa son fruit et son feuillage et priva la création inférieure de son seigneur et bienfaiteur.

En ce qui concernait l'homme, tout pouvoir pour recouvrer la domination perdue s'en était allé, sans [[94]] espoir de retour. Mais il n'en était pas ainsi au point de vue de Dieu. La domination provenait, à l'origine, de son plan; elle était un don gracieux de sa part, et bien qu'il ait commandé d'abattre l'arbre, la racine cependant — le dessein et le plan de Dieu d'un rétablissement — continuait à subsister, quoique liée par de fortes chaînes, afin qu'elle ne poussât pas jusqu'au temps divinement fixé.

De même que dans le Songe, la figure change d'un tronc d'arbre à un homme dégradé, abaissé à la ressemblance des bêtes et pour en être le compagnon, détrôné et privé de sa gloire avec juste raison, ainsi nous voyons l'homme, le seigneur de la terre, déchu et dégradé, sa gloire et sa domination lui ayant été enlevées” Depuis que la sentence a été prononcée, la race a eu sa part avec les bêtes, et le cœur humain est devenu bestial et dégradé. Combien ce tableau est frappant, si nous considérons la grande masse de la race humaine dans sa condition sauvage ou demi-civilisée, soit passée, soit présente, et que la faible minorité qui aspire à vaincre les tendances viles n'y réussit que dans une faible mesure, au milieu de grandes luttes et de constants efforts! La race doit demeurer dans sa dégradation, sous la domination du mal, jusqu'à ce qu'elle ait appris la leçon, c'est-à-dire que le Très-Haut domine le royaume des hommes, et qu'il le donne à qui il lui plaît. Pendant que les hommes sont dans cette position de dégradation, Dieu permet à quelques caractères bas et vils d'entre eux de dominer sur eux, afin que leur amère expérience présente leur soit un bienfait durable dans l'avenir.

Conformément à l'interprétation donnée par Daniel, il nous est dit que “toutes ces choses se sont accomplies sur le roi Nébucadnetsar ” et que dans cette condition de folie, de dégradation et de bestialité, il erra parmi les bêtes jusqu'à ce que sept temps, (sept [[95]] années littérales dans son cas) aient passé sur lui. L'interprétation que Daniel donne du songe ne concerne que son accomplissement sur Nébucadnetsar; mais le fait que le songe, son interprétation et son accomplissement sont tous mentionnés ici avec autant de soin, est une preuve qu'il y avait un but dans le récit qui nous en est fait. Le fait donc que ce songe se prête admirablement à illustrer le dessein de Dieu de soumettre toute la race humaine à la domination du mal pour son châtiment et sa discipline, afin qu'au temps propre il pût la restaurer et la rétablir dans la justice et dans la vie éternelle, nous autorise à l'accepter comme un type intentionné.

Le songe, dans son accomplissement sur Nébucadnetsar, est spécialement digne d'attention, si nous nous souvenons qu'il avait été le chef, ou gouverneur représentatif, de la domination humaine (Daniel 2 : 38), et qu'il lui fut adressé, comme seigneur de la terre par le prophète, à peu près les mêmes paroles que Dieu avait adressées à Adam au commencement. “Le Dieu des cieux t'a donné l'empire, la puissance, la force et la gloire; il a remis entre tes mains, en quelque lieu qu'ils habitent, les enfants des hommes, les bêtes des champs et les oiseaux du ciel, et il t'a fait dominer sur eux tous” (Daniel 2 : 37,38, comp. Genèse 1 : 28).

Nébucadnetsar reçut ensuite, à cause de son péché, les sept temps de châtiment, après lesquels sa raison lui revint et la domination lui fut restituée. Il fut rétabli dans son règne avec une puissance plus grande, lorsqu'il eut appris la leçon nécessaire à laquelle il fait allusion en disant: “Après le temps marqué, moi Nébucadnetsar, je levai les yeux vers le ciel et la raison me revint. J'ai béni le Très-Haut, j'ai loué et glorifié celui qui vit éternellement, celui dont la domination est une domination éternelle et dont le règne subsiste de génération en génération. Tous les habitants de la terre ne [[96]] sont à ses yeux que néant, il agit comme il lui plaît avec l'armée des cieux et avec les habitants de la terre, et il n'y a personne qui résiste à sa main et qui lui dise: Que fais-tu? En ce temps, la raison me revint; la gloire de mon royaume, ma magnificence et ma splendeur me furent rendues... Je fus rétabli dans mon royaume, et ma puissance ne fit que s'accroître. Maintenant, moi Nébucadnetsar, je loue, j'exalte et je glorifie le roi des cieux, dont toutes les œuvres sont vraies et les voies justes, et qui peut abaisser ceux qui marchent avec orgueil. ” Daniel 4 : 34-37 — S.

La dégradation de Nébucadnetsar fut un type de la dégradation humaine sous les gouvernements de caractère bestial durant les sept temps ou années symboliques, un an pour un jour, 2520 ans, à partir de son jour. Et nous faisons observer que cela correspond exactement avec les sept temps prédits sur Israël qui doivent se terminer, comme nous venons de le voir, en 1914. Ce fut sous ce Nébucadnetsar qu'Israël fut emmené captif à Babylone, lorsque la couronne du royaume de Dieu lui fut enlevée, et que commencèrent les sept temps.

C'est en harmonie avec cela que Dieu, en faisant un tableau de ces gouvernements des nations, nous les représente comme autant de bêtes sauvages, tandis que le royaume de Dieu, à leur clôture est représenté comme donné à quelqu'un de semblable à un fils de l'homme.

A moins que ce ne fût pour figurer d'avance la dégradation et la durée des Temps des Nations, nous ne voyons pas la raison pour laquelle ces fragments de l'histoire d'un roi païen auraient été rapportés. C'est un fait que ces sept années de dégradation illustrent, on ne peut mieux, l'avilissement de l'humanité; c'est un autre fait que Dieu promit un rétablissement de la domination de la terre, après que l'humanité aura appris certaines grandes leçons; et c'est un troisième fait que [[97]] les sept temps symboliques des nations (2520 ans) finiront juste au moment où le genre humain aura appris sa propre dégradation et son incapacité présente à gouverner le monde à son avantage et sera disposé à recevoir le Royaume de Dieu et sa domination. Cette illustration si admirable impose à notre esprit la conviction que les sept années de Nébucadnetsar, bien qu'elles se soient accomplies littéralement en sa personne, n'en avaient pas moins une signification plus élevée, plus large, comme figure des sept temps symboliques de la domination des nations qu'il représentait.

La date exacte de la dégradation de Nébucadnetsar n'est pas indiquée; elle n'a pas d'importance, parce que la période de sa dégradation typifiait la période entière de la domination des nations, qui commença lorsque la couronne du Royaume-type de Dieu fut enlevée à Sédécias. Cette domination fut bestiale dès son début ; ses temps sont comptés, et la limite qui en a été fixée par Jéhovah ne peut être dépassée.

Combien est rafraîchissante la perspective qui nous est offerte après ces sept temps ! Israël et le genre humain représenté par ce peuple ne seront plus foulés aux pieds, opprimés et mal gouvernés par les  puissances bestiales des nations. Le Royaume de Dieu et de son Christ sera alors établi sur la terre, et Israël et toute l'humanité seront bénis sous son autorité juste et équitable. Alors la racine de la promesse et de l'espérance plantée premièrement en Eden (Genèse 3 : 15), sauvée à travers le déluge et transplantée en Israël, le peuple type (Genèse 12 : 1-3), poussera et fleurira de nouveau.

Elle commença à pousser lors du premier avènement de notre Seigneur, mais la saison qui lui avait été fixée pour fleurir et porter ses fruits bénis dans le rétablissement de toutes choses n'était pas arrivée. A la fin des Temps des Nations, les signes certains du printemps [[98]] ne manqueront pas, riches seront les fruits d'été et glorieuse sera la moisson automnale, où ces fruits seront récoltés pour qu'on en jouisse dans les âges éternels de gloire qui suivront. Alors celui qui était à l'origine le vrai seigneur de la terre sera tout à fait réintégré dans sa position, la raison lui ayant été rendue, avec une surabondance d'excellence et de gloire, comme dans le type, et il louera, exaltera et honorera le Roi du Ciel.

Déjà nous voyons que la raison commence à revenir à l'espèce humaine; les hommes s'éveillent en quelque sorte au sentiment de leur dégradation et sont sur le qui-vive pour améliorer leur situation. Ils réfléchissent, forment des projets et des plans pour obtenir une meilleure condition que celle à laquelle ils ont été soumis sous les puissances bestiales. Mais avant de reconnaître Dieu et sa domination sur tous, ils feront encore une fois de plus l'expérience d'un terrible accès de folie ; de cette lutte ils sortiront faibles, sans ressources, épuisés, mais avec la raison rétablie au point qu'ils reconnaîtront l'autorité et se courberont sous la domination de celui qui vient pour rétablir sur les bases permanentes de l'expérience et de la connaissance du bien et du mal, la domination première, perdue depuis si longtemps.

Il est vrai que c'est s'attendre à de grandes choses que de prétendre, comme nous le faisons, que dans les vingt-six années qui vont suivre, tous les gouvernements présents seront renversés et dissous; mais nous vivons dans un temps particulier, le Jour de Jéhovah, pendant lequel les choses se développent rapidement, ainsi qu'il est écrit: “Le Seigneur fera une affaire abrégée sur la terre (Vol. I, chap. XV). Dans les onze dernières années, ces choses ont été prêchées et publiées substantiellement, telles qu'elles sont énumérées plus haut, et dans ce court laps de temps, le développement des influences [[99]] et des entreprises pour détruire et renverser les plus solides empires de la terre a été prodigieux. C'est pendant ce temps que le communisme, le socialisme et le nihilisme ont été appelés à une vigoureuse existence; et déjà ils causent de grandes inquiétudes parmi les gouvernants et les grands de la terre qui sont comme rendant l'âme de frayeur dans l'attente des choses qui arrivent sur la terre, car les pouvoirs actuels sont fortement ébranlés, et passeront finalement avec grand fracas.

En présence de ces fortes preuves bibliques concernant les Temps des Nations, nous considérons comme une vérité bien établie que la fin des royaumes de ce monde préparatoirement à l'établissement du  royaume de Dieu commence en 1914. Alors la prière de l'Eglise, qui n'a cessé, depuis que Son Seigneur est parti, de demander: “Que ton règne vienne”, sera exaucée. Sous cette sage et juste administration toute la terre sera remplie de la gloire de l'Eternel, de connaissance, de justice et de paix (Psaume 72 : 19; Esaïe 6 : 3; Habakuk 2 : 14); et la volonté de Dieu sera faite sur la terre comme au ciel.

La déclaration de Daniel que le royaume de Dieu sera établi non après que les royaumes de la terre auront été dissous, mais en leurs jours, pendant qu'ils existent encore et qu'ils ont le pouvoir, et que ce sera le Royaume de Dieu qui mettra en pièces (Daniel 2 : 44) et consumera tous ces royaumes, est digne de toute notre considération. Il en est ainsi de chacun de ces gouvernements à caractère bestial; ils existaient avant d'acquérir la domination universelle. Babylone existait longtemps avant qu'elle conquît Jérusalem et qu'elle obtînt la domination (Daniel 2 : 37,38). Le royaume médo-perse existait avant de faire la conquête de Babylone, et il en fut ainsi de tous les royaumes. Il leur a fallu une existence préalable, il a fallu qu'ils aient reçu [[100]] un pouvoir supérieur avant de pouvoir conquérir les; autres. Il en est de même pour le Royaume de Dieu ; il a existé en forme embryonnaire depuis dix-huit siècles, mais, comme le monde en général, il fut assujetti aux autorités ordonnées de Dieu qui existent. Le Royaume de Dieu ne pourra parvenir à la domination universelle avant que les sept temps soient terminés; cependant comme les autres, il lui faut obtenir le pouvoir nécessaire pour le renversement de ces royaumes, avant qu'il puisse les mettre en pièces

Ainsi, dans ce “Jour de Jéhovah”, le jour de détresse, notre Seigneur prend son grand pouvoir (jusqu'ici en sommeil) et règne; et c'est là ce qui causera la détresse, bien que le monde ne puisse le reconnaître pendant quelque temps. Il n'y a aucun doute que les saints auront part dans cette œuvre qui consiste à mettre en pièces les royaumes actuels, car il est  écrit: “Pour lier leurs rois de chaînes et leurs nobles de ceps de fer, pour exercer sur eux le jugement qui est écrit : cet honneur est pour tous les saints ” (Psaume 49 : 3,8). Et encore : “ A celui qui vaincra et qui gardera jusqu'à la fin mes œuvres, je donnerai autorité sur les nations; il les paîtra avec une verge de fer; et elles seront brisées comme un vase de potier.” — Apocalypse 2 : 26-28; Psaume 2 : 8,9.

L'examen que nous avons fait dans le volume précédent de la grande différence de caractère qui existe entre le Royaume de Dieu et les royaumes de la terre au caractère bestial, nous prépare à trouver également une différence dans la manière de faire la guerre. Les méthodes de conquête et d'écrasement seront loin de ressembler à aucune de celles qui ont toujours servi jusqu'ici à renverser les nations. Celui qui prend maintenant son grand pouvoir pour régner est montré en symbole (Apocalypse 19 : 15) comme celui dont l'épée sort de sa bouche, “pour frapper les nations; il les paîtra avec [[101]] une verge de fer.” Cette épée est la vérité (Ephésiens 6 : 17); les saints qui sont vivants, aussi bien que beaucoup de gens du monde sont maintenant employés comme soldats du Seigneur pour renverser les erreurs et le mal. Mais ne nous hâtons pas de conclure qu'une conversion paisible des nations soit symbolisée ici, car plusieurs passages, entre autres Apocalypse 11 : 17,18; Daniel 12 : 1; 2 Thessaloniciens 2 : 8; Psaume 149 et 47, nous montrent justement le contraire.

Il n'y aura donc pas lieu d'être surpris, lorsque nous montrerons dans les chapitres qui suivent que l'établissement du Royaume de Dieu est déjà commencé, que d'après les prophéties il devait commencer à exercer son pouvoir en 1878 et que “la bataille du grand jour du Dieu tout-puissant” (Apocalypse 16 : 14), commencera en 1914 et se terminera par le renversement complet des gouvernements terrestres actuels. Le rassemblement des armées est on ne peut plus visible au point de vue de la Parole de Dieu.

Si notre vue n'est pas obstruée par les préjugés, lorsque nous ajustons bien le télescope de la Parole de Dieu, nous voyons clairement le caractère de plusieurs des événements qui doivent avoir lieu dans le “Jour du Seigneur”; nous voyons que nous sommes même au beau milieu de ces événements, et que le “ grand jour de sa colère est venu.”

L'épée de la vérité est déjà aiguisée pour frapper tous tes mauvais systèmes et toutes les mauvaises coutumes, civils, sociaux et  ecclésiastiques. Il y a plus, nous pouvons voir que l'épée a commencé de frapper; la la liberté de pensée et les droits civils et religieux de l'homme, longtemps perdus de vue sous les rois, les empereurs, les papes, les synodes, les conciles, les traditions et les dogmes, sont appréciés et proclamés comme ils ne l'avaient jamais été auparavant. Le conflit intérieur se fomente déjà; il éclatera avant qu'il [[102]] soit longtemps comme un feu consumant ; les systèmes humains et les erreurs qui, depuis des siècles, ont enchaîné la vérité et opprimé la création gémissante, devront fondre devant lui. La vérité et la connaissance croissante, répandue au loin, sont l'épée qui jette dans la perplexité et “brise des têtes sur toute l'étendue de la terre” (Psaume no : 6). Mais aussi quelle bénédiction est cachée dans cette détresse ! Elle préparera le genre humain à apprécier plus complètement la justice et la vérité sous le règne du Roi de justice.

Au fur et à mesure que les hommes comprendront que la droiture est posée pour règle et la justice pour niveau (Esaïe 28 : 17), ils apprendront aussi que seules les règles sévères de la justice peuvent assurer les bénédictions que tous désirent. Entièrement découragés par leurs propres voies et les misérables fruits de l'égoïsme, ils seront heureux et joyeux de se soumettre à la juste autorité qui prendra la direction. Et ainsi, comme il est dit: “Le désiré de toutes les nations viendra”, le Royaume de Dieu sous l'autorité absolue et "illimitée de l'Oint de Jéhovah.

“ Nous vivons dans un temps plus grand qu'on ne suppose.
Temps sublime aussi bien que terrible, émouvant ;
II n'est présentement chose plus grandiose
Que du siècle chrétien le soleil se couchant.
Voyez le fer, l'argile ensemble se dissoudre ;
La crise que subit chaque peuple à son tour !
Le problème du mal, nul ne peut le résoudre ;
On soupire, on gémit après un meilleur jour.

“Moqueur, tu peux en rire et te montrer sceptique,
Tout marche vers la fin ; les temps sont accomplis.
De sa sainte clarté l'oracle prophétique
Déroule devant toi ses faits vrais et précis !
Gardez blanc votre habit, veillez, levez la tête ;
De tous vos nerfs tendus, allez dire en tout lieu
Qu'on se prépare enfin pour ce grand jour de tête !
Sur les Ages parlez, oui, faites-le pour Dieu ! ”


 ETUDE V

MANIERE DU RETOUR ET DE L'APPARITION DE NOTRE SEIGNEUR

L'harmonie entre la manière dont s'effectue le second avènement de notre Seigneur et d'autres traits du plan divin. — Comment et quand l'Eglise le verra. — Comment et quand la gloire du Seigneur sera révélée de telle manière que toute chair la voie. — Accord parfait entre des déclarations en apparence contradictoires. — II vient “ comme un voleur ” ; non pas avec des signes extérieurs visibles. — Cependant avec un cri de commandement, à la voix d'un archange et au son de la grande trompette. — “ II sera révélé au milieu de flammes de feu exerçant la vengeance ”. — Et pourtant il viendra de la même manière qu'il s'en est allé. — Preuve de l'importance des temps prophétiques à cet égard. — Harmonie des indices actuels ”.

CE QUE nous venons de voir au sujet de la clôture proche des Temps des Nations et l'assurance que la consommation de l'espérance de l'Eglise doit précéder cette clôture, ne peut qu'aiguiser l'appétit de ceux qui attendent la consolation d'Israël. Ils auront faim de connaître la moindre information que le Père a pu fournir par les prophètes concernant la moisson, la fin ou dernière période de cet âge, la séparation du froment d'avec l'ivraie parmi les membres vivants de l'Eglise nominale et le moment du changement des vainqueurs, pour être avec leur Seigneur et Chef et lui être semblables.

Pour apprécier la nature raisonnable des enseignements prophétiques sur ces sujets profondément intéressants, il est absolument nécessaire que nous ayons une vue claire tant du but ou objet de la seconde venue de notre Seigneur que de la manière dont il sera révélé.

[[104]]

Nous espérons que tous nos lecteurs actuels ont été Convaincus par  a lecture du Volume 1 que le but de sa venue est de réconcilier avec Dieu quiconque veut, lorsqu'il les gouvernera, les enseignera et les  disciplinera; ce que l'Ecriture appelle juger et bénir le monde. Considérer la manière de la venue et de l'apparition du Seigneur est, par conséquent, d'une importance capitale, avant d'aller plus en avant dans notre étude du temps de la moisson, etc. Il faut que le lecteur ait clairement présent à l'esprit le but du retour du Seigneur pendant qu'il en étudie la manière; et tous les deux, lorsqu'il se met à étudier le temps. Cela est nécessaire pour contrebalancer les vues erronées qui préoccupent déjà de nombreux esprits, vues basées sur de fausses idées du but et de la manière de la venue du Seigneur.

Saisissez et retenez le plus fermement possible le fait déjà démontré que le plan de Dieu, exécuté par Christ, est un tout harmonieux et que l'oeuvre du second avènement est unie à l'œuvre du premier comme l'effet à la cause: c'est-à-dire que le grand travail de rétablissement lors du second avènement suit l'œuvre de la rédemption accomplie au premier avènement, comme une conséquence logique du plan divin. C'est pourquoi le retour du Seigneur est l'aurore de l'espérance pour le monde, le temps de dispensation des faveurs assurées par la rédemption, — l'Age de l'Evangile étant simplement une parenthèse durant laquelle l'épouse de Christ est choisie pour être associée avec son Seigneur dans le grand travail de rétablissement qu'il vient accomplir.

Et comme l'Eglise de Christ, qui s'est développée durant l'Age de l'Evangile, doit être associée à son Seigneur durant le grand travail de rétablissement de l'Age Millénaire, le premier travail de Christ à son second avènement doit être le rassemblement de l'Eglise élue. C'est à cela que le prophète fait allusion quand il dit (Psaume 50 : 5): “Assemblez-moi mes saints, qui ont [[105]] fait alliance avec moi par le sacrifice.” Ce temps de rassemblement ou de moisson se trouve dans la période de chevauchement des deux âges. Comme nous le démontrerons, c'est une période de quarante ans, qui, à la fois, termine l'âge de l'Evangile et introduit l'âge Millénaire (Vol I, p. 242—244; 260—264 et la Carte des Ages). Cette période de la moisson n'a pas seulement pour but d'accomplir la séparation du froment d'avec l'ivraie dans l'église nominale, la récolte et la glorification de la classe du froment; mais elle doit aussi servir à brûler (détruire) l'ivraie, (comme ivraie ou imitation du froment, non comme individus: le feu est symbolique aussi bien que l'ivraie), la récolte et la destruction des fruits gâtés de “ la vigne de la terre ” (ambitions humaines, avidité et égoïsme), lesquels ont crû et mûri pendant des siècles dans les royaumes de ce monde et dans les diverses organisations humaines, civiles et sociales,

Lorsque nous avons traité plus spécialement le but du retour de notre Seigneur, nous avons démontré qu'il viendra en personne; permettez-nous encore de mettre le lecteur studieux en garde contre une confusion de pensées en considérant les deux expressions de notre Seigneur, contradictoires en apparence: “Voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde” (dionos, âge) et “Je vais vous préparer une place... et je reviendrai, et vous prendrai avec moi” (Matthieu 28 : 20; Jean 14 : 2,3) L'exemple suivant servira à illustrer l'harmonie de ces deux promesses: Un homme dit à son ami au moment de se séparer: N'oublie pas que je serai avec toi durant tout ton voyage! Comment? Ce n'est certainement pas en personne, puisqu'ils prenaient le train pour aller dans des directions opposées à des endroits différents. Son idée était que par l'affection, la pensée et l'intérêt qu'ils avaient l'un pour l'autre, ils ne seraient pas séparés. C'est ainsi, mais dans un sens plus élevé, [[106]] que le Seigneur a toujours été avec son Eglise; sa divine puissance le mettant à même de la surveiller, d'en diriger et d'en aider chaque membre, du premier au dernier. Mais nous ne considérons pas maintenant la présence du Seigneur avec nous dans ce sens figuré, nous considérons la manière dont se fera sa seconde présence et son apparition en personne “lorsqu'il viendra pour être, dans ce jour-là, glorifié dans ses saints et admiré dans tous ceux qui croient”.

Les Ecritures enseignent que Christ revient pour régner; qu'il doit régner jusqu'à ce qu'il ait mis tous les ennemis sous ses pieds, c'est-à-dire tout adversaire, toutes choses qui entraveraient le grand rétablissement qu'il vient accomplir — le dernier ennemi qui doit être détruit étant la mort (1 Corinthiens 15 : 25,26) — et qu'il régnera mille ans. Nous trouvons par conséquent, comme nous devions nous y attendre, qu'une place beaucoup plus grande a été réservée, dans la prophétie, au second avènement, à ses mille ans de règne glorieux et au renversement du mal qu'aux trente-quatre années de sa première venue en vue de la rédemption. Et comme nous avons trouvé que la prophétie précise les différents points importants de ces trente-quatre ans, de Bethléhem et Nazareth jusqu'au fiel, au vinaigre, au partage des vêtements, à la croix, au tombeau et à la résurrection, de même, nous trouvons qu'elle indique également différents points des mille ans de la seconde présence, particulièrement leur commencement et leur fin.

La seconde présence de notre Seigneur couvrira une période de temps beaucoup plus longue que la première. La mission de son premier avènement se termina en moins de trente-quatre ans; tandis qu'il lui faudra mille ans pour accomplir l'œuvre déterminée de sa seconde présence. On peut d'ailleurs facilement voir que si l'œuvre du premier avènement était tout aussi importante que celle du second — [[107]] voire si importante que sans elle l'œuvre du second avènement n'aurait jamais été possible — elle n'était cependant pas si variée que celle de celui-ci, et dès lors exigea moins de description.

En étudiant ce qui a trait au second avènement, nous ne devons pas plus que pour le premier nous attendre à ce que toutes les prophéties désignent un moment de l'arrivée de notre Seigneur plus particulièrement rempli de faits remarquables, et qu'elles attirent l'attention de tous les hommes sur le fait de sa présence. Telle n'est pas la méthode habituelle de Dieu et tel ne fut pas le cas lors du premier avènement. La première venue du Messie ne fut marquée par aucune démonstration soudaine ou étonnante en dehors de l'ordre habituel des choses; mais elle fut manifestée et prouvée par l'accomplissement graduel de la prophétie montrant à l'observateur attentif que les événements qui devaient être attendus s'accomplissaient en leur temps. Ainsi en sera-t-il à son second avènement. Il est moins important de découvrir le moment de son arrivée que de discerner le fait de sa présence lorsqu'il est arrivé, tout comme au premier avènement il fut beaucoup plus important d'être capable de discerner sa présence (et plus vite on le fit mieux cela valut), que de connaître la date de sa naissance. Lorsque l'on considère le second avènement, c'est l'acte de la venue et le moment de l'arrivée qui trop fréquemment préoccupent le plus tandis que c'est une période de présence, comme fut le premier avènement, qu'il faudrait constamment avoir devant l'esprit. Le moment précis où cette présence commence perdrait alors de son importance; son but, par contre, et l'œuvre qui doit s'accomplir durant cette période de sa présence recevrait une plus grande considération.

Il est également nécessaire de bien nous souvenir que notre Seigneur n'est plus un être humain ; qu'en [[108]] tant qu'homme il se donna lui-même en rançon pour l'homme et qu'il ne devint homme que dans ce but même (1 Timothée 2 : 6; Hébreux 10: 4,5 ; 1 Corinthiens 15:21,22). Il est maintenant souverainement élevé à la nature divine. C'est pourquoi Paul dit : “Si même nous avons connu Christ selon la chair, toutefois maintenant nous ne le connaissons plus [ainsi, Laus.] (2 Corinthiens 5 : 16). Il ressuscita des morts, en esprit vivifiant (1 Corinthiens 15 : 45) et non pas en homme, de la terre et terrestre. Il n'est plus en aucun sens ou à aucun degré un être humain; car il ne faut pas oublier ce que nous avons appris (Vol. I, chap. X), que les différentes natures sont séparées et distinctes. Du moment qu'il n'est plus en aucun sens ou à aucun degré un être humain, nous ne devons pas nous attendre à le voir revenir comme un être humain, semblable à ce qu'il était à son premier avènement. Sa seconde venue se fera d'une manière différente aussi bien que pour un but différent.

Remarquons le fait que le changement de notre Seigneur de la nature humaine à la nature divine après sa résurrection, fut un changement encore plus grand que celui qui eut lieu environ trente-quatre ans auparavant, lorsqu'il déposa la gloire de l'être céleste, et “fut fait chair”. Nous pouvons, avec grand profit, considérer très minutieusement chacune de ses actions durant les quarante jours qui s'écoulèrent après sa résurrection, avant qu'il s'en aille “auprès du Père”, parce que durant ces quarante jours il est le Jésus ressuscité qui doit venir de nouveau, et non l'homme Christ Jésus qui s est donné lui-même en rançon pour nous, dans la mort. Celui qui fut mis à mort, être humain dans la chair, fut aussi, dans sa résurrection, rendu vivant, être spirituel. — 1 Pierre 3 : 18.*


 * Dans ce passage les mots “ quant à ” ou “ selon ” et “par ” ont été ajoutés par les traducteurs et induisent en

[[109]]

A son second avènement il ne vient pas pour être assujetti aux autorités qui existent, pour payer le tribut à César et pour souffrir l'humiliation, l'injustice et la violence, mais il vient pour régner, pour exercer tout pouvoir dans le ciel et sur la terre. Il ne vient pas dans le corps de son humiliation, un corps humain qu'il prit pour souffrir la mort et qui était inférieur au corps glorieux qu'il avait auparavant (Hébreux 2 : 9) ; mais il vient dans son corps spirituel qui est “l'empreinte de la personne du Père” (Hébreux 1 : 3); car, à cause de son obéissance même jusqu'à la mort, il est maintenant souverainement élevé à la ressemblance et à la nature divines, et il a reçu un nom qui est au-dessus de tout nom, — celui du Père excepté (Philippiens 2 : 9; 1 Corinthiens 15 : 27). L'apôtre montre “qu'il n'a pas encore été manifesté” à notre compréhension humaine ce qu'il est maintenant; nous ne savons par conséquent pas ce que nous serons, quand nous lui serons faits semblables ; mais nous (l'Eglise), nous pouvons nous réjouir dans l'assurance d'être un jour avec lui, et semblables à lui, le voyant tel qu'il est (1 Jean 3 : 2), non dans l'humiliation comme il était à sa première venue, lorsqu'il avait déposé sa gloire première, étant devenu pauvre pour nous, afin que par sa pauvreté nous fussions enrichis.

erreur. Le texte grec se lit simplement : “ Mis à mort chair, rendu vivant esprit ”. Notre Seigneur mis à mort dans sa chair comme être humain, fut ressuscité de la mort être spirituel. Et puisque l'Eglise doit être “changée” pour être semblable à Christ, il est évident que le changement qui se produisit dans le Chef était semblable à celui qui est décrit comme étant réservé aux vainqueurs qui seront changés de la nature humaine à la nature divine et seront fait semblables à leur Seigneur, — “ participants de la nature divine ”. La description suivante du changement des saints est dès lors applicable aussi à leur Seigneur, savoir “ II est semé en déshonneur, il ressuscite en gloire ; il est semé en faiblesse, il ressuscite en puissance: il est semé corps animal, il ressuscite corps spirituel ”.

[[110]]

Si nous considérons la sagesse et la prudence des méthodes de notre Seigneur lorsqu'il manifesta sa présence à ses disciples après comme avant sa résurrection, cela peut nous aider à nous souvenir que la même sagesse sera déployée dans ses méthodes de révélation de lui-même à l'Eglise et au monde lors de son second avènement. Ces méthodes ne sont pas nécessairement similaires, mais dans chaque cas elles répondent très bien à son but ou objet qui n'est jamais d'alarmer et d'exciter les hommes, mais de les convaincre par une persuasion calme et raisonnée des grandes vérités qu'il veut leur faire saisir. - Le premier avènement de notre Seigneur n'eut pas lieu pour effrayer, exciter ou alarmer personne. Considérez comme il vint tranquillement et sans en imposer! Il vint si modestement que seuls ceux qui avaient la foi et l'humilité furent capables de reconnaître dans l'enfant d'humble naissance, dans l'homme de douleurs, dans l'ami des petits et des pauvres et finalement dans le crucifié, le Messie si longtemps attendu.

Il est vrai que la manifestation de sa présence après sa résurrection a dû, conformément à la nature dès choses, avoir été un fait plus stupéfiant, surtout si le fait de la transformation de sa nature est pris en considération. Mais il fallait que le fait de sa résurrection et de son changement de nature fût pleinement manifesté, non pas alors à tout le monde, mais à des témoins choisis qui rendraient aux générations futures un témoignage digne de foi des faits qu'ils avaient vus eux-mêmes. Si tout le monde alors avait été informé de ces choses, le témoignage parvenu jusqu'à nos jours aurait été probablement beaucoup moins digne de confiance, étant tellement coloré et déformé par les idées des hommes et mélangé avec leurs traditions, que la vérité aurait paru presque ou tout à fait incroyable. Mais Dieu ne confia la vérité qu'à des témoins choisis, fidèles et dignes de foi. Remarquez, en lisant le récit de la résurrection et Manière du Second Avènement [[111]] de la transformation de Christ, comme le but fut parfaitement atteint; et combien la preuve qui leur en fut donnée fut claire, positive et convaincante. Remarquez aussi avec quelles précautions il manifesta et démontra ces grandes vérités à ses disciples, afin de ne pas les alarmer ou trop les exciter. Aussi pouvons-nous être certains que les mêmes sagesse, prudence et habileté seront déployées dans ses méthodes pour faire connaître le fait de sa glorieuse présence à son second avènement. Dans tous les cas, celui qui a le jugement calme et sain sera vite convaincu, alors qu'il sera nécessaire, pour le monde en général, qu'il soit amené par une sévère discipline à accepter le témoignage, tandis que ceux dont le cœur est accessible à la vérité en auront l'intelligence bénie plus tôt. Les preuves de la résurrection et de son changement à la nature spirituelle ne furent pas données à Ses disciples toutes à la fois, mais peu à peu selon qu'ils étaient capables de les supporter, et d'une manière calculée pour leur faire la plus profonde impression.

Durant les trois ans et demi du ministère de notre Seigneur, ses disciples avaient sacrifié amis, réputation, affaires, etc., pour vouer leur temps et leur énergie à proclamer la présence du Messie et l'établissement de son royaume. Mais ils avaient nécessairement des idées confuses sur la manière et le temps de l'exaltation de leur Maître, ainsi que sur la promesse qu'il leur avait faite de leur exaltation avec lui. Une pleine connaissance n'était pas non plus nécessaire à ce moment-là; il était tout à fait suffisant qu'ils suivissent fidèlement et pas à pas chaque nouvelle lumière; c'est pourquoi le Maître les enseignait petit à petit, selon qu'ils étaient capables de le comprendre. Lorsque la fin de son ministère fut proche, il leur dit: “J'ai encore beaucoup de choses à vous dire; mais vous ne pouvez les supporter maintenant. Mais quand celui-là, l'Esprit de vélité, [[112]] sera venu, il vous conduira dans toute la vérité... il vous annoncera les choses à venir et vous rappellera toutes les choses que je vous ai dites ”. — Jean 16 : 12,13 ; 14 : 26.

Qui peut décrire leur grand désappointement bienque dans la mesure du possible ils eussent été armés et préparés à cet effet, lorsqu'ils virent tout à coup saisi du milieu d'eux et ignominieusement crucifié comme un malfaiteur celui dont ils attendaient et annonçaient le royaume et la gloire, choses qui leur avaient semblé si près de se réaliser cinq jours seulement avant sa crucifixion (Jean 12 : 1,12-19). Quoiqu'ils le sussent faussement accusé et injustement crucifié, cela ne changeait rien au fait que leurs espérances nationales, si longtemps caressées, d'un roi juif venant restaurer leur nation en prestige et en influence et réaliser leurs propres espérances, ambitions et rêves, relativement à des charges importantes et à de grands honneurs dans ce royaume, étaient toutes soudainement ruinées par la tournure défavorable qu'avaient prise les choses dans la crucifixion de leur roi.

Le Maître savait cependant fort bien combien ils seraient désolés, désemparés et perplexes, car c'est ainsi qu'il fut écrit par le Prophète: “Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées” (Zacharie 13 : 7; Marc 14 : 27). Durant les quarante jours entre sa résurrection et son ascension, son principal souci fut, par conséquent, de les rassembler de nouveau et de rétablir leur foi en lui comme le Messie si longtemps attendu, en leur prouvant la réalité de sa résurrection et en leur révélant que depuis sa résurrection, bien qu'il conservât toujours la même personnalité, il n'était plus un être humain, mais un être spirituel, souverainement élevé, ayant “toute puissance dans le ciel et sur la terre.” — Matthieu 28 : 18.

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Il leur fit parvenir graduellement la nouvelle de sa résurrection, premièrement par les femmes (Marie de Magdala, et Jeanne, Marie la mère de Jacques, et Salomé, et d'autres avec elles — Marc 16 : 1; Luc 24 : 1,10) qui étaient venues de grand matin au sépulcre pour embaumer son corps avec des aromates et des parfums. Pendant qu'elles se demandaient qui leur rouleraient la pierre de l'entrée du sépulcre, il se fit un tremblement de terre ; et lorsqu'elles y arrivèrent, elles virent la pierre déjà roulée et un ange du Seigneur assis dessus qui leur dit: “Pour vous ne craignez pas; car je sais que vous cherchez Jésus qui a été crucifié. Il n'est point ici; il est ressuscité comme il l'avait dit. Venez, voyez le lieu où il était couché, et allez promptement dire à ses disciples qu'il est ressuscité des morts. Et voici il vous précède en Galilée: c'est là que vous le verrez.”Matthieu 28 : 5-7.

II semble que Marie de Magdala quitta ses compagnes et courut le dire à Pierre et Jean (Jean 20 : 1,2), tandis que les autres femmes allaient le raconter au reste des disciples. Après que Marie de Magdala les eût quittées et pendant qu'elles étaient en chemin, Jésus vint au-devant d'elles et leur dit (Matthieu 28 : 9,10): “Salut!” Elles s'approchèrent pour saisir ses pieds et l'adorèrent. Alors Jésus leur dit: “Ne craignez pas; allez dire à mes frères de se rendre en Galilée (leur demeure): c'est là qu'ils me verront.” Avec crainte et joie, elles coururent le raconter aux autres disciples. Dans le tumulte de leurs sentiments, qui étaient un mélange de surprise, de perplexité, de joie, de crainte et de bouleversement général, elles avaient grand peine à trouver des mots pour raconter leur nouvelle étrange et merveilleuse. Lorsque Marie rencontra Pierre et Jean, elle leur dit tristement: “Ils ont enlevé du sépulcre le Seigneur et nous ne savons où ils l'ont mis” (Jean 20 : 2). Les autres femmes racontèrent alors comment, au Sépulcre, elles avaient eu une vision d'anges, leur annonçant qu'il [[114]] était vivant (Luc 24 : 22,23), et comment plus tard elles avaient rencontré le Seigneur sur le chemin. Matthieu 22 : 8,10

La plupart des disciples accueillirent leur histoire simplement comme le produit d'une excitation superstitieuse; mais Pierre et Jean dirent: Allons-y et voyons par nous-mêmes. Marie retourna au sépulcre avec eux. Pierre et Jean virent que le corps n'y était plus et que le suaire était soigneusement plié et mis à part, tandis que la pierre avait été roulée loin de l'entrée. Ils s'en retournèrent consternés, tandis que Marie restait là en pleurant. Comme elle pleurait, elle se baissa pour regarder dans le sépulcre et elle vit deux anges qui lui dirent:

“Femme, pourquoi pleures-tu?” Elle leur répondit: “Par-ce qu'ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l'ont mis.” Comme elle se retournait, elle vit Jésus debout, mais elle ne le reconnut pas. Il lui demanda “Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu?” Elle, pensant que c'était le jardinier, lui dit : “ Seigneur, si c'est toi qui l'as remporté, dis-moi où tu l'as mis, et je le prendrai”. Alors, avec le ton qui lui était si familier et qu'elle reconnut de suite, le Seigneur dit: “Marie!”

Cela suffit pour fortifier sa foi dans ce que les anges lui avaient dit, savoir qu'il était ressuscité, ce qui jusque là lui avait 'semblé être un songe ou une histoire oiseuse; et dans sa joie elle s'exclama: “Maître!” Sa première impulsion fut de l'entourer de ses bras et de rester en sa présence. Mais Jésus l'informa doucement qu'elle avait maintenant une mission importante à accomplir: celle d'aller porter incessamment ce témoignage du fait de sa résurrection aux autres disciples qui étaient toujours dan's la consternation et l'incertitude, afin de rétablir leur foi. Jésus lui dit: “Ne me touche [en grec haptomai, ne m'entoure] pas [ne t'attarde pas à me manifester davantage ton affection], car je ne [[115]] suis pas encore monté vers mon Père [je serai encore avec vous pour un peu de temps]. Mais va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père ; vers mon Dieu et votre Dieu ” (Jean 20 : 17). Par les autres femmes aussi il avait envoyé le message qu'il les reverrait en Galilée.

Là-dessus il rejoignit deux des disciples tristes et troublés qui allaient de Jérusalem à Emmaùs, et il s'enquit de la cause de leur tristesse et de leur abattement (Luc 24 : 13-35). L'un d'eux répondit: “Es-tu le seul qui, séjournant à Jérusalem, ne sache pas ce qui y est arrivé ces jours-ci? — Quoi? leur dit-il. — Et ils lui répondirent: Ce qui est arrivé au sujet de Jésus de Nazareth, qui était un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple, et comment les chefs des prêtres et nos magistrats l'ont livré pour le faire condamner à mort et l'ont crucifié. Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël; mais avec tout cela, voici le troisième jour que ces choses se sont passées [Ici ils se souvenaient probablement de ce qu'il leur avait dit : Jean 2 : 19,21,22]. Il est vrai que quelques femmes d'entre nous nous ont fort étonnés: s'étant rendues de grand matin au sépulcre et n'ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire que des anges leur sont apparus et ont annoncé qu'il est vivant. Quelques-uns de ceux qui étaient avec nous sont allés au sépulcre, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l'avaient dit; mais lui, ils ne l'ont point vu.” Quoi d'étonnant à ce qu'ils fussent tous troublés; et comme tout leur paraissait étrange! Combien les événements des quelques derniers jours avaient été singuliers et saisissants!

Alors, par de pénétrantes paroles, l'étranger leur démontra l'accomplissement des prophéties précisément par les choses qui les avaient tant abattus et que les prophètes avaient enseignées concernant le vrai Messie, [[116]] lequel, avant de pouvoir gouverner, bénir et élever Israël et le monde tout entier, devait premièrement “avec sa propre vie” le racheter de la malédiction de la mort qui était venue sur tous les hommes par Adam; et qu'après sa résurrection et son élévation à la gloire par Jéhovah, leur Maître devait accomplir tout ce qui avait été prédit par les prophètes concernant sa gloire et son honneur futurs, aussi sûrement qu'il avait accompli les prophéties qui prédirent ses souffrances, son humiliation et sa mort. C'étaient là étonnant prédicateur et merveilleux sermon! Ces paroles suggéraient de nouvelles idées et ouvraient de nouvelles espérances. Comme ils arrivaient au village, ils le contraignirent de demeurer avec eux, parce que le soir approchait et que le jour était sur son déclin. Il entra donc pour rester avec eux. Pendant qu'ils étaient à table, il prit le pain, et après avoir rendu grâces, il le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s'ouvrirent, mais il disparut de devant eux.

Ils ne l'avaient donc pas reconnu Jusqu'à ce moment-là, et pourtant ils avaient marché, causé et s'étaient mis à table ensemble. Ce n'est pas à son visage qu'ils le reconnurent, mais par le simple acte de bénir et de rompre le pain selon sa manière habituelle d'autrefois, rassurant ainsi leur foi dans ce qu'ils avaient déjà entendu — qu'il était ressuscité et les reverrait.

Alors les deux disciples surpris et remplis de joie se levèrent à l'heure même et retournèrent à Jérusalem, se disant l'un à l'autre: “Notre cœur ne brûlait-il pas au dedans de nous, lorsqu'il nous parlait en chemin et nous expliquait les Ecritures?” Arrivés à Jérusalem, ils trouvèrent les autres disciples qui se réjouissaient également en disant: Le Seigneur est réellement ressuscité et il est apparu à Simon. Eux racontèrent ce qui leur était arrivé en chemin et comment ils l'avaient reconnu lorsqu'il avait rompu le pain. Probablement qu'ils étaient à peu près tous réunis ce soir-là, oubliant maisons, [[117]] affaires et toutes les autres choses. Marie de Magdala, avec des larmes de joie, disait: Je l'ai reconnu au moment où il prononça mon nom; jusque-là je ne pouvais pas croire ce que m'assuraient les anges à propos de sa résurrection ; puis les autres femmes racontaient aussi leur merveilleuse expérience du matin et comment elles l'avaient rencontré en chemin. Simon avait, lui aussi, son histoire à raconter; et voici encore deux autres témoins arrivant d'Emmaùs. Quelle journée pleine d'événements ! Quoi d'étonnant à ce qu'ils aient désiré, après cela, se rencontrer le premier jour de chaque semaine, pour s'entretenir de ces choses et rappeler à leur mémoire toutes les circonstances se rapportant à ce prodigieux événement de la résurrection du Seigneur, pour que leur cœur “brûle” toujours à nouveau!

Pendant que la petite société excitée et débordante de joie était ainsi assemblée, se racontant les uns aux autres leurs différentes expériences, le Seigneur Jésus lui-même parut soudain au milieu d'eux (Luc 24 : 36-49) et leur dit: “La paix "soit avec vous!” D'où était-il venu? Toutes les portes de la maison où ils étaient assemblés étaient fermées à cause de la crainte qu'ils avaient des Juifs (Jean 20 : 19, 26), mais il était apparu soudainement, sans que rien n'eût révélé son approche; ils en furent terrifiés au point qu'ils crurent voir un esprit. Mais il les rassura et leur dit de calmer leurs craintes; il leur montra ses mains et se's pieds en leur disant: “C'est bien moi; touchez-moi et voyez : un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez, que j'ai”. Et tandis qu'ils ne croyaient pas encore tant leur joie et leur étonnement étaient grands, il leur dit: “Avez-vous quelque chose à manger?” Ils lui présentèrent du poisson rôti, il en prit et en mangea devant eux. Alors il leur ouvrit l'entendement (“understandingn — Trad.) les yeux de la pensée, et leur expliqua les Ecritures, leur montrant par la loi et les prophètes que ces choses étaient arrivées exactement [[118]] comme elles avaient été prédites. Mais Thomas était alors absent (Jean 20 : 24); aussi, lorsque les autres disciples lui dirent qu'ils avaient vu le Seigneur, il ne voulut pas croire, mais dit : “ Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai point.”

Huit jours s'étaient passés sans aucune manifestation nouvelle; ils avaient eu le temps de penser calmement et de s'entretenir ensemble des expériences de ce jour merveilleux, lorsque, étant de nouveau assemblés comme auparavant, Jésus se présenta au milieu d'eux absolument comme le premier soir en disant: “La paix soit avec vous!” (Jean 20 : 26). Cette fois, Thomas était présent, et le Seigneur s'adressant à lui, lui dit: “ Avance ici ton doigt, et regarde mes mains; avance aussi ta main et mets-là dans mon côté; et ne sois pas incrédule, mais crois!” Il montrait ainsi qu'il savait ce que Thomas avait dit, sans que cela lui eût été raconté; et il donnait cette preuve de sa résurrection à Thomas qui l'avait demandée pour pouvoir croire. Thomas répondit avec joie: “Mon Seigneur et mon Dieu!”

Il dut se passer après cela un assez long intervalle avant qu'il y eût une nouvelle manifestation de la présence du Seigneur, et les disciples, qui étaient Galiléens commencèrent à penser à leur maison et à leur avenir; se souvenant en plus du message que le Seigneur leur avait adressé par les femmes, qu'il irait devant eux en Galilée, ils s'y rendirent. Probablement que le Seigneur les rencontra en chemin, sur une montagne, comme Matthieu le relate. Ils étaient extrêmement troublés; ils ne ressentaient plus à son égard la même familiarité qu'ils avaient autrefois; il leur semblait être tellement différent depuis sa crucifixion de ce qu'il était auparavant; il apparaissait et disparaissait en temps et lieux si particuliers et il ne ressemblait plus à “l'homme Christ Jésus”. C'est pour cela que Matthieu dit:

[[119]]

“Ils se prosternèrent devant lui, mais quelques-uns eurent des doutes”. Après leur avoir dit quelques paroles, le Seigneur “ disparut” de leur présence et les laissa dans l'étonnement, se demandant ce qui allait encore arriver. Durant les premiers temps de leur retour en Galilée, rien d'extraordinaire ne se passa et il n'y eut aucune nouvelle indication de la présence du Seigneur. Sans doute ils s'assemblèrent maintes fois et s'entretinrent de la situation, s'étonnant de ce qu'il ne leur apparût pas plus fréquemment.

Comme ils attendaient, les jours et les semaines leur semblaient longs. Ils avaient depuis longtemps laissé de côté les travaux ordinaires de la vie pour suivre le Seigneur de lieu en lieu, recevant ses instructions et prêchant aux autres: “Le Royaume des cieux est proche” (Matthieu 10 : 5-7). Ils ne désiraient pas retourner à leurs anciens travaux; cependant, comment devaient-ils procéder avec l'oeuvre du Seigneur? Ils comprenaient assez clairement la situation pour voir qu'ils ne pouvaient prêcher plus longtemps que le royaume était arrivé, parce que tout le peuple savait que leur Maître et Roi avait été crucifié ; cependant personne d'autre qu'eux ne connaissait le fait de sa résurrection.

Tandis que les onze étaient perplexes et inquiets, attendant quelque chose, sans trop comprendre quoi, Pierre leur dit : Nous ne pouvons pourtant pas rester oisifs; je vais retourner à mon ancien métier de pêcheur; et six des autres dirent : Nous ferons de même ; nous irons avec toi (Jean 21 : 3). Il est fort probable que le reste des disciples retournèrent également à leurs anciennes occupations.

Qui pourrait douter que le Seigneur n'assistât souvent, quoique invisible, aux divers entretiens qu'ils eurent ensemble gouvernant et dirigeant le cours des circonstances, etc..., pour leur plus grand bien. S'ils avaient eu un grand succès et qu'ils se soient trouvés [[120]] absorbés par leurs affaires, ils auraient bientôt été impropres au plus élevé service de même que s'ils n'avaient pas de succès, cela aurait pu paraître vouloir les forcer. Aussi le Seigneur adopta un plan par lequel il leur enseigna une leçon, comme il le fait souvent avec ses disciples, savoir: Qu'il peut diriger le succès ou l'insuccès de leurs efforts dans quelque direction que ce soit selon son bon plaisir.

L'ancienne raison Sociale de pêcheurs réorganisée, ils prirent ensemble leurs bateaux, filets, etc., et sortirent pour faire leur première prise. Mais ils travaillèrent toute la nuit sans prendre de poisson et commencèrent à se sentir découragés. Le matin, un étranger les appelait du rivage pour connaître leur succès. Pauvre succès! Nous n'avons rien pris, répondirent-ils. Essayez encore, dit l'étranger. Lancez maintenant vos filets de l'autre côté du bateau. C'est inutile, ami, nous avons essayé des deux côtés toute la nuit, et s'il y avait du poisson d'un côté, il y en aurait de l'autre. Toutefois pour vous le montrer, nous essayerons encore une fois. Ils firent ainsi et obtinrent une immense capture. Que c'est curieux! dirent quelques-uns; mais le vif et impressionnable Jean eut tout de suite la pensée exacte et dit : Frères, c'est le Seigneur; lui seul pouvait faire cela! Ne vous souvenez-vous pas la manière dont il a rassasié les foules, etc.? Ce ne peut être que le Seigneur qui est sur le rivage, ce n'est qu'un moyen choisi par lui pour se manifester à nous. Ne vous rappelez-vous pas qu'il fit exactement la même chose lorsqu'il nous appela pour la première fois ? Alors aussi nous avions travaillé toute la nuit sans rien prendre, quand il vint à nous en disant: “ Jetez vos filets pour pêcher ” (Luc 5 : 4-11). Oui, certainement c'est le Seigneur, bien que depuis sa résurrection nous ne puissions le reconnaître à son apparence, car maintenant il apparaît sous différentes fromes.

[[121]]

Mais nous le reconnaissons chaque fois par quelque circonstance particulière, semblable à celle-ci, qui nous rappelle un incident notoire de notre vie passée avec lui.

Et, abordant au rivage, ils y trouvèrent Jésus avec du pain et du poisson; ils apprirent la leçon que sous sa direction, ses soins et à son service ils ne connaîtraient jamais le dénuement (Luc 12 : 29,30). Ils ne lui demandèrent pas s'il était le Seigneur; car en cette occasion comme en d'autres, les yeux de leur entendement étant ouverts, ils le reconnurent, non pas à son apparence physique, mais à son miracle. Alors suivirent les enseignements de cette heure délicieuse pendant laquelle il rassura Pierre, lui montrant qu'il était toujours accepté, bien qu'il l'eût renié, lui, le Seigneur, vu sa repentance et ses pleurs. Pierre ressentait maintenant à nouveau l'amour de son Maître et le privilège qui lui était maintenu de paître ses brebis et ses agneaux. Il nous semble entendre le Seigneur lui dire: Tu n'as pas besoin de reprendre ton métier de pêcheur, Pierre ; je t'avais jadis appelé à être pêcheur d'hommes, et comme je sais que ton cœur est toujours loyal et zélé, je renouvelle ta mission de pêcheur d'hommes.

Puis, en mangeant avec eux, “il leur commanda de ne pas s'éloigner de Jérusalem, mais d'attendre la promesse du Père, laquelle, dit-il, vous avez entendue de moi, c'est que si Jean a baptisé d'eau, vous, vous serez baptisés dans l'Esprit saint peu après ces jours-ci n (Actes 1 : 4,5, Laus.). Ainsi, vinrent-ils à Jérusalem, comme il le leur avait dit, et ce fut là, quarante jours après sa résurrection, qu'il se rencontra et conversa avec eux pour la dernière fois. C'est à ce moment-là qu'ils prirent courage pour lui poser la question au sujet du royaume qu'il leur avait promis, et ils lui dirent: “Seigneur, est-ce en ce temps que tu rétabliras le royaume d'Israël?”

Cette pensée du royaume prédominait sur toutes les autres dans l'esprit de tout Juif. Israël, comprenaient-ils, [[122]] devait être la principale des nations sous le Messie ; ils ne connaissaient rien des longs Temps des Nations ; ils ne voyaient pas encore que la bénédiction principale avait été enlevée à l'Israël selon la chair (Matthieu 21 : 43 ; Romains 1 : 7), et qu'eux-mêmes devaient être les membres d'Israël spirituel, la sacrificature * royale, la nation sainte par le moyen de laquelle, comme corps de Christ, les bénédictions parviendraient au monde. Ils ne comprenaient encore rien de ces choses. Comment l'auraient-ils pu? Ils n'avaient pas encore reçu le saint Esprit d'adoption comme fils, mais étaient toujours sous la condamnation; car bien que le sacrifice de la rançon eût été accompli par le Rédempteur, il n'avait pas encore été formellement présenté en notre faveur dans le Très-Saint, dans le Ciel même (Jean 7 : 39). Par conséquent, notre Seigneur n'entreprit aucune explication en réponse à leur question, mais il dit simplement : “ Ce n'est pas à vous [maintenant] de connaître les temps et les saisons que le Père a réservés à sa propre autorité; mais vous recevrez la puissance* lorsque le saint Esprit viendra sur vous; et vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'au bout de la terre.” — Actes 1 : 7,8.


 * Cette puissance promise de connaître et de comprendre les temps et les saisons, comme toutes les choses appartenant à un véritable témoignage, s'applique à l'Eglise entière, du premier au dernier de ses membres ; et sous la conduite et la puissance du saint Esprit, il est pourvu à une nourriture au temps convenable pour chaque trait du plan, afin qu'en tout temps nous puissions être ses témoins jusqu'à la fin de cet âge. Jean 16 : 12,13.

Le Seigneur marchait avec eux, lorsqu'ils furent arrivés au mont des Oliviers, il éleva les mains et les bénit; puis il fut séparé d'eux et élevé en leur présence, et une nuée le déroba à leurs yeux (Luc 24 : 48-52; Actes 1 : 6-15). Ils commençaient maintenant à voir un peu plus du plan de Dieu. Le Seigneur, qui était descendu [[123]] du ciel, était retourné au Père, comme il le leur avait dit avant sa mort. Il était allé leur préparer une place et il reviendrait pour les prendre avec lui. Il s'en était allé au loin pour recevoir le royaume promis et revenir ensuite (Luc 19 : 12); en attendant, ils devaient être ses témoins sur toute la terre afin d'appeler et de préparer un peuple pour le recevoir lorsqu'il viendrait pour être glorifié dans ses saints et pour régner comme Roi des rois et Seigneur des seigneurs. Ils comprenaient que leur nouvelle mission de proclamer à toute créature un roi venant du ciel, avec toute puissance dans le ciel et sur la terre, était une œuvre beaucoup plus importante que celle des années précédentes où ils annonçaient l'homme Christ Jésus et où ils le suivaient, lui, le méprisé et le rejeté des hommes. Leur Seigneur ressuscité était en effet changé, non seulement dans son apparence personnelle, apparaissant une fois dans tel lieu et de telle manière et une autre fois dans un autre lieu et d'une autre manière pour manifester sa toute-puissance, mais il était aussi changé dans sa nature. II ne s'adressait plus aux Juifs et ne se montrait plus lui-même a eux; car depuis sa résurrection personne ne l'avait vu en aucun sens, excepté ses amis et ses disciples. Sa parole : “Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus” s'était accomplie à la lettre.

C'est de cette manière que la foi des apôtres et de l'église primitive fut établie sur le fait de la résurrection du Seigneur. Leurs doutes étaient écartés et leurs cœurs réjouis; ils retournèrent à Jérusalem el persévéraient dans la prière, les supplications et l'étude des Ecritures, attendant la filiation promise par le Père, le don de la compréhension spirituelle et les dons spéciaux de puissance pour opérer des miracles, ce qui devait les rendre capables de convaincre les vrais Israélites et d'établir l'Eglise de l'Evangile au jour de la Pentecôte. — Actes 1 : 14; 2 : 1.

[[124]]

II est vrai que notre Seigneur à son second avènement ne manifestera pas sa présence de la même manière qu'il l'a fait durant les quarante jours après sa résurrection ; mais nous avons cependant sa promesse que les “ frères ne seront pas dans les ténèbres ” (1 Thessaloniciens 1 : 4). Et qui plus est, nous aurons une assistance qu'ils n'ont pas eue et ne pouvaient avoir pendant ces quarante jours, savoir “ la puissance d'enhaut ” pour nous montrer les choses à venir. C'est pourquoi nous: aurons, au temps voulu, l'entière compréhension de la manière, du temps et des différentes circonstances qui accompagnent son apparition, choses qui, si nous les attendons et les observons Soigneusement, ne seront pas moins convaincantes que ne le furent les preuves de la résurrection de notre Seigneur fournies: à l'Eglise primitive, quoique de façon toute différente.

Que notre Seigneur, à son second avènement, puisse prendre la forme humaine et apparaître ainsi aux hommes, comme il le fit à ses disciples après sa résurrection, cela ne laisse aucun doute ; non seulement parce qu'il est apparu ainsi sous une forme humaine pendant ces quarante jours, mais aussi parce que des êtres spirituels ont autrefois manifesté leur pouvoir d'apparaître aux hommes en chair et sous des formes variées. Mais une manifestation semblable serait hors d'harmonie avec le caractère général du plan de Dieu, aussi bien qu'avec les indications scripturales qu'il nous a données concernant la manière dont il doit se manifester, comme nous le verrons. Par contre, le plan du Seigneur est que son royaume spirituel communiquera, réalisera et manifestera sa présence et sa puissance par le moyen d'agents terrestres humains. Tout comme Satan, le prince; de ce monde, bien qu'invisible à l'homme, n'exerce pas moins une grande influence dans ce monde par ceux qui lui sont soumis, qui sont possédés de son [[125]] Esprit et gouvernés par lui, ainsi le nouveau Prince de la paix, le Seigneur, opérera principalement en des êtres humains et manifestera sa présence et son pouvoir au moyen d'agents humains, ses sujets, possédés et dirigés par son esprit.

Voir avec l'œil naturel et entendre avec l'oreille naturelle n'est pas tout ce que l'on comprend sous ces termes voir, entendre. “Personne ne vit jamais Dieu” et pourtant tout enfant de Dieu l'a vu, l'a connu et a eu communion avec lui (Jean 1 : 18 ; 5 : 37 ; 14 : 7). Nous entendons l'appel de Dieu, notre haut appel céleste et nous entendons la voix de notre Berger; nous regardons constamment à Jésus et voyons le prix, la couronne de vie qui nous est promise, non par notre vue et par notre ouïe naturelles, mais par notre compréhension. Il est beaucoup plus précieux pour nous de voir par les yeux de notre compréhension et de notre foi notre Seigneur glorifié, comme étant le Roi de gloire spirituel, hautement élevé, notre Rédempteur aussi bien que notre Roi, que de le voir avec les yeux naturels comme le virent les disciples avant la Pentecôte.

Il y avait une nécessité pour que le Seigneur apparût à ses disciples comme il le fit après sa résurrection, nécessité qui n'existera pas à son second avènement, son but alors sera mieux servi d'une manière différente. En fait, s'il était apparu ainsi à son second avènement, cela eût été au détriment du dessein qui doit s'accomplir alors. Son but, en apparaissant à ses disciples, après sa résurrection, était de les convaincre que celui qui était mort est vivant pour toujours, afin qu'eux pussent aller comme témoins proclamer sa résurrection (Luc 24 : 48), et que leur témoignage pût être un sûr fondement pour la foi des générations à venir.

Puisque nul homme ne peut être agréable à Dieu,ni recevoir le saint Esprit d'adoption sans la foi en Christ, il était nécessaire non seulement pour les disciples [[126]] d'alors, mais pour tous depuis ce moment-là, que les preuves de sa résurrection et de son changement fussent telles que l'homme naturel pût les saisir et les apprécier. Après qu'ils eurent été faits participants du saint Esprit et qu'ils purent comprendre les choses spirituelles (voyez 1 Corinthiens 2 : 12-16), ils auraient pu croire les anges au sépulcre par rapport à la résurrection du Seigneur, même s'ils avaient vu le corps de chair de l'homme Christ Jésus demeurant encore dans la tombe; mais avant, cela n'était pas possible; il fallait que le corps fût enlevé pour qu'ils pussent croire à la possibilité de sa résurrection. Après que le saint Esprit les eut rendus capables de discerner les choses spirituelles, ils auraient pu croire au témoignage des prophètes que Jésus devait mourir, ressusciter d'entre les morts et être souverainement élevé comme Roi de gloire, sans qu'il eût besoin d'apparaître comme homme et de revêtir diverses formes humaines, afin qu'ils pussent le toucher et le voir monter au ciel. Il fallait tout cela pour les disciples, comme il le faut pour tous les hommes naturels. Par la foi nous venons à Dieu par Christ, et recevons la rémission de nos péchés et l'Esprit de filiation pour comprendre les choses spirituelles.

Même lorsqu'il éloignait d'eux ou de leur foi les obstacles naturels, en prenant une forme humaine, etc., ce n'était pas par une vue naturelle ou parce qu'ils pouvaient le toucher de leurs mains que notre Seigneur persuadait ses disciples et les rendait propres à être des témoins pour d'autres, mais en raisonnant avec eux, en s'appuyant sur les Ecritures: “II leur ouvrit l'entendement, pour qu'ils comprissent les Ecritures. Et il leur dit: C'est ainsi qu'il est écrit et c'est ainsi qu'il fallait que le Christ souffrît et qu'il se relevât d'entre les morts le troisième jour et qu'on prêchât en son nom la conversion et le pardon des péchés parmi toutes [[127]] les nations en commençant par Jérusalem. “ Or, vous êtes témoins de ces choses” (Luc 24 : 45-48 Laus.). Pierre, lui aussi, parle clairement de cela lorsqu'il dit: a Dieu l'a réveillé le troisième jour, et il l'a donné pour être manifesté, NON A TOUT LE PEUPLE, mais aux témoins auparavant désignés de Dieu, à nous qui mangeâmes et bûmes avec lui, après qu'il se fut relevé d'entre les morts; et il nous a commandé de prêcher au peuple, et d'attester que c'est lui [le Jésus ressuscité] qui a été déterminé de Dieu, comme juge des vivants et des morts.” — Actes 10 : 40-42, Laus.

Pour notre Seigneur, après sa résurrection, ce n'était simplement qu'une question d'utilité sur la manière dans laquelle son apparition accomplirait le mieux son intention de leur faire connaître sa résurrection et son changement de nature. S'il était apparu dans une flamme de feu, comme l'ange apparut à Moïse dans le buisson ardent (Exode 3 : 2), il aurait bien pu converser avec eux; mais la preuve donnée de cette manière aurait été loin d'être aussi convaincante que la méthode qu'il avait adoptée pour les apôtres et pour le monde en général, pour lequel ils devaient en être les témoins.

S'il était apparu dans la gloire de sa nature spirituelle, comme l'ange le fit pour Daniel (Daniel 10 : 5-8), cette gloire aurait été telle que les témoins n'auraient pu la supporter. Il est probable qu'ils en auraient été trop épouvantés pour pouvoir recevoir ses instructions. A aucun d'eux, excepté à Paul, le Seigneur ne se révéla de cette manière; et Paul fut tellement éprouvé par l'éclat de sa gloire, qu'il fut jeté par terre et aveuglé par cet éclat qui surpassait celui du soleil en plein midi.

Dans l'examen que nous avons fait de la méthode de manifestation adoptée par le Seigneur durant ces quarante jours, nous avons vu qu'il jugea bon de ne [[128]] se montrer sous une forme visible que très rarement, même aux témoins choisis, et encore dans un espace de temps très court. Si le temps entier pendant lequel ils le virent, avait été rassemblé en un jour au lieu de s'être passé par intervalles pendant les quarante jours, ses manifestations auraient à peine rempli douze heures en tout ou 1/80 de ce temps entier. Cela étant, il est évident qu'il fut présent avec eux, bien qu'invisible, environ les 79/80 de cette période de quarante jours. Et même lorsqu'il se manifesta, il ne prit jamais (excepté une fois pour Saint Thomas) une forme semblable à celle qu'ils avaient intimement connue pendant trois ans et qu'ils avaient encore vue peu de jours auparavant. Il n'est pas suggéré une seule fois qu'ils le reconnurent aux traits familiers de son visage, ou qu'il eut une seule fois la même apparence dans ses diverses manifestations.

Marie supposa qu'il était le “jardinier”; pour les deux disciples qui allaient à Emmaüs il fut “ un étranger”, ainsi que pour les pêcheurs sur la mer de Galilée et pour les onze dans la chambre haute. Chaque fois il fut reconnu à ses actes, ses paroles ou aux intonations familières de sa voix.

Lorsque Thomas déclara que la seule preuve acceptable pour lui serait de le voir et de le toucher, le Seigneur, bien qu'il ait fait droit à cette demande, le réprouva doucement en disant: “Parce que tu m'as vu, tu as cru : bienheureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru ! ” (Jean 20 : 27-29). La preuve ta plus forte était celle qui ne s'adressait pas à la vue naturelle; et ceux qui sont ainsi dans l'attitude de recevoir la vérité par n'importe quels témoignages il plaît à Dieu de la fournir sont plus particulièrement bénis.

Il leur montrait ainsi non seulement qu'il avait désormais le pouvoir d'apparaître de diverses manières et sous diverses formes, mais encore que pas un de [[129]] ces corps, sous lesquels ils le voyaient, n'était son corps glorieux et spirituel, bien que par ce moyen le fait de sa résurrection et de sa présence leur fût manifesté. Les différentes formes qu'il prit et les longs intervalles de sa présence invisible pendant lesquels il ne se manifestait pas, prouvèrent bien le fait que si leur Seigneur et Maître était vivant et n'était pas encore monté vers le Père, il était alors un être spirituel, réellement invisible à toute vue humaine, mais ayant la faculté de manifester sa présence et son pouvoir sous une variété de formes, selon qu'il lui plaisait. *

La création du corps et du vêtement avec lequel il leur apparut dans la chambre même où ils étalent assemblés est une preuve indiscutable que Christ n'était plus en aucun sens un être humain, quoiqu'il ait assuré à ses disciples que le corps qu'ils voyaient et que Thomas toucha, était un véritable corps de chair et d'os et non une simple vision ou apparition. **


* L'événement rapporté par Luc (4 : 30) ne doit pas être regardé comme un cas parallèle à ses apparitions et disparitions après sa résurrection. Ce ne fut pas une disparition dans le sens de devenir invisible au peuple, il fit seulement un mouvement prompt et adroit, par lequel il évita les intentions meurtrières de ses ennemis. Avant qu'ils eussent pu exécuter leur plan de le mettre a mort, il se détourna et passa au milieu d'eux, nul homme n'ayant le courage ou le pouvoir de le molester, parce que son heure n'était pas encore venue.

 ** Nous ne voulons pas laisser supposer un instant que nous faisons cause commune avec le spiritisme, le sweden- borgianisme ou aucun autre isme ; nous suivons simplement et logiquement ce que nous connaissons des récits apostoliques Nous discernons clairement l’extrême différence entre l'enseignement de la Bible et ses contrefaçons promulguées par Satan sous le nom de spiritisme, ce que nous examinerons dans un volume suivant. Quil suffise ici de montrer que le spiritisme affecte de mettre en communication les hommes morts avec les hommes vivants, tandis que la Bible condamne cela (Esaïe 8 : 19) et en seigne que de semblables communications, quand elles étaient véritables, n'eurent lieu que par des êtres spirituels, comme les anges ou par notre Seigneur ; non pas par notre Seigneur pendant qu'il était l'homme Christ Jésus, ni pendant qu'il était mort, mais seulement après son changement de la résurrection, lorsqu'il fut devenu un “ esprit vivifiant ”.

[[130]]

Comme être humain, il n'aurait pu venir dans la chambre sans ouvrir la porte; mais comme être spirituel il le pouvait et cela à l'instant, se créant et prenant le corps de chair et le vêtement qu'il fallait pour le but qu'il s'était proposé.

Nous ne pouvons admettre un instant ce qui est suggéré par quelques-uns, que notre Seigneur ouvrit la porte sans être vu ; par tout ce qui est dit sur ce sujet, il est clair qu'il est venu et qu'il s'est présenté au milieu d'eux pendant que les portes étaient fermées: — probablement très soigneusement barrées et verrouillées “par la crainte qu'ils avaient des Juifs”. — Jean 20 : 19,26.

La leçon de son changement de nature fut encore plus accentuée par Sa manière de les quitter; “il disparut de devant eux”. Le corps humain de chair et d'os,etc., et le vêtement qui apparaissaient subitement, tandis que les portes étaient fermées, ne sortaient pas par la porte, mais disparaissaient simplement ou se dissolvaient dans les mêmes éléments desquels il les avait créés un moment auparavant. Il disparaissait de leur présence et n'était plus vu par eux lorsque la chair, les os et les vêtements dans lesquels il s'était manifesté avaient été dissous, bien qu'on ne puisse douter qu'il continuât à être présent avec eux invisiblement. C'est de cette manière qu'il fut avec eux la plus grande partie du temps pendant ces quarante jours.

En des occasions spéciales, pour des instructions particulières, Dieu accorda un pouvoir semblable à d'autres êtres spirituels, à des anges, les rendant capables [[131]] d'apparaître comme hommes dans des corps de chair et d'os, de manger et de s'entretenir avec ceux qu'ils instruisaient, de la même manière que le fit notre Seigneur (Genèse 18; Juges 6 : 11-22; 13 : 3-20 et l'explication qui en est donnée dans le Volume I, pages 213 à 216).

Le pouvoir, manifesté par notre Seigneur et par les anges de créer et de dissoudre les vêtements dans lesquels ils apparaissaient, était tout aussi surhumain que celui de créer et de dissoudre les corps humains qu'ils avaient pris: et ces corps n'étaient pas plus leurs glorieux corps spirituels que les vêtements qu'ils portaient. Nous rappelons que la robe sans couture et les autres vêtements que notre Rédempteur portait avant sa crucifixion avaient été partagés entre les soldats romains, et que le linceul, les bandes et le linge du tombeau avaient été laissés, plies à part, dans le sépulcre (Jean 19 : 23,24 ; 20 : 5-7). Il fallait donc que les vêtements avec lesquels il apparut dans les occasions mentionnées plus haut fussent créés spécialement et probablement appropriés à chaque occasion. Par exemple, lorsqu'il apparut à Marie comme un jardinier, il est probable qu'il portait des habits ressemblant à ceux d'un jardinier.

Les différents corps avec lesquels notre Seigneur apparut furent réellement des corps humains et non de simples illusions; il le fit comprendre à ses disciples lorsqu'il mangea avec eux et les invita à le toucher et à voir que son corps était réellement de chair et d'os, en disant: Pourquoi êtes-vous troublés?... Voyez mes mains et mes pieds; touchez-moi et voyez: un esprit n'a ni chair ni os comme vous voyez que j'ai.

Certains chrétiens tirent d'absurdes conclusions de ces paroles de notre Seigneur ayant rapport à la réalité du corps de chair et d'os qu'il avait pris. Ils prennent ce corps pour son corps spirituel, et déclarent... [[132]] qu'un corps spirituel est de chair et d'os, exactement semblable à un corps humain, en exceptant toutefois quelque chose d'indéfinissable qu'ils appellent esprit et qui coulerait à travers les veines à la place du sang. Ils semblent mépriser la déclaration de Jésus qu'un esprit n'a ni chair ni os, et que par conséquent ce corps-là n'était pas un corps spirituel. Oublient-ils jusqu'aux paroles de Jean: que ce qu'un corps Spirituel est n'a pas encore été manifesté, et que nous ne pouvons savoir comment il est avant que nous soyons changés et faits semblables à Jésus et qu'alors nous le verrons, non tel qu'il était, mais tel qu'il est? (1 Jean 3 : 2) Oublient-ils aussi les paroles catégoriques de l'apôtre Paul, que “la chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu”; et son assurance que, par conséquent, tous les héritiers avec Christ doivent également être changés”? — 1 Corinthiens 15 : 50,51.

Beaucoup de chrétiens croient que le glorieux corps spirituel de notre Seigneur est le même corps qui fut crucifié et déposé dans le sépulcre de Joseph; ils espèrent, lorsqu'ils verront le Seigneur dans la gloire, pouvoir l'identifier, le reconnaître par les cicatrices qui lui furent faites au Calvaire. Ceci est une grande erreur qu'un peu de réflexion seulement suffit à démontrer. Premièrement cela prouverait que son corps ressuscité n'est pas glorieux ou parfait, mais défiguré par des cicatrices. Deuxièmement, cela prouverait que nous savons ce qu'est un corps spirituel, malgré la déclaration contraire de l'apôtre. Troisièmement, cela prouverait que le prix de notre rédemption fut repris, car Jésus dit: Je donne ma chair pour la vie du monde. Ce fut sa chair, sa vie comme homme, son humanité, qu'il sacrifia pour notre rédemption. Et lorsqu'il fut de nouveau ressuscité à la vie, par le pouvoir du Père, ce ne fut pas à une existence humaine, parce qu'il l'avait sacrifiée pour payer notre rançon. Si donc ce prix de la rançon avait été repris, nous serions encore sous la condamnation de la mort et sans espérance.

Nous n'avons pas plus raison de supposer que le corps spirituel de notre Seigneur est depuis sa résurrection un corps humain, que de supposer que son corps spirituel avant sa première venue fut humain ou que d'autres êtres spirituels ont des corps humains; car un esprit n'a ni chair ni os, et l'apôtre Pierre dit que Jésus “a été mis à mort chair, mais rendu vivant esprit.”

Le corps humain de notre Seigneur fut cependant enlevé d'une manière surnaturelle de la tombe parce que, s'il y était resté, il aurait été un obstacle insurmontable à la foi des disciples qui n'étaient pas encore instruits dans les choses spirituelles, car l'Esprit n'était pas encore donné (Jean 7 : 39). Nous ne savons rien de ce qu'il advint, si ce ce n'est que Son corps ne sentit pas la corruption (Actes 2 : 27,31). S'il fut dissous en gaz, ou s'il est encore préservé quelque part comme un grand mémorial de l'amour de Dieu, de l'obéissance de Christ et de notre rédemption, personne ne le sait; et d'ailleurs il n'est pas nécessaire de le savoir. Nous avons l'assurance que Dieu cacha miraculeusement le corps de Moïse (Deutéronome 34 : 6; Jude 9); nous savons de plus qu'il préserva miraculeusement de la corruption, comme un mémorial, un vase plein de manne qui fut placé dans l'arche du tabernacle sous le propitiatoire et que cette manne symbolisait la chair de notre Seigneur, le pain du ciel (Exode 16 : 20,33; Hébreux 9 : 4 ; Jean 6 : 51- 58). Nous ne serions, par conséquent, point du tout surpris si dans le Royaume Dieu montrait au ; monde le corps de chair crucifié pour tous comme rançon en leur faveur, ce corps dont il ne permit pas la corruption mais qu'il préserva comme un témoignage éternel de l'amour infini et de l'obéissance parfaite. Il est du moins possible que Jean 19 : 37 et Zacharie 12 : 10 puissent s'accomplir dans ce sens et que ceux qui criaient:

[[134]]

Crucifie-le puissent encore, comme témoins, identifier le corps même percé par la lance et meurtri par les clous et les épines.

Considérer le corps glorieux de notre Seigneur comme un corps de chair n'expliquerait en rien ses apparitions particulières et soudaines durant les quarante jours qui précédèrent son ascension. Comment pouvait-il apparaître et disparaître si subitement? Comment se fit-il qu'il ne se montra presque jamais durant ces quarante jours? Et pourquoi ses apparitions étaient-elles chaque fois si différentes qu'il ne fut jamais reconnu comme étant le même qui était apparu précédemment, ou comme celui qui était si bien connu et tant aimé avant sa crucifixion peu de jours seulement auparavant ?

Il ne sert à rien de dire que ses apparitions étaient des miracles, car il faudrait alors en démontrer la nécessité ou l'utilité. Si après sa résurrection, son corps avait été de chair et d'os, le même qui fut crucifié, avec tous ses traits et ses cicatrices, pourquoi aurait-il opéré des miracles qui non seulement n'établissaient pas ce fait, mais enseignaient bien plutôt le contraire, savoir, que lui-même n'était plus un être humain de chair et d'os, mais un être spirituel qui pouvait aller et venir comme le vent, de sorte que personne ne pouvait dire d'où il venait, ni où il allait, et qui, pour les instruire, apparaissait comme homme, dans différents corps de chair et d'os qu'il créait et dissolvait selon l'occasion du moment?

Avant Sa crucifixion, notre Seigneur avait vécu en termes d'intimité avec ses disciples, mais après sa résurrection, bien qu'il ne les aimât pas moins, il se comportait avec eux d'une manière plus réservée. Son but était sans doute de les impressionner plus fortement par la dignité et l'honneur de sa haute exaltation, de leur inspirer la révérence due à sa personne et à son [[135]] autorité. Bien que, comme homme, Jésus n'ait jamais manqué au maintien de la dignité qui commande le respect, une plus grande réserve était nécessaire et appropriée après son changement à la nature divine. Une telle réserve a toujours été maintenue par Jéhovah vis-à-vis de ses créatures et elle est appropriée vu les circonstances. Cette réserve se remarqua dans toutes les entrevues de notre Seigneur avec ses disciples, après sa résurrection. Celles-ci furent très courtes, ainsi qu'il leur avait dit: Je ne vous parlerai plus guère. — Jean 14 : 30.

Ceux qui croient que notre Père céleste est un esprit et non un homme ne devraient éprouver aucune difficulté à comprendre que notre Seigneur Jésus, qui est maintenant élevé à la nature divine et qui n'est pas seulement à la ressemblance morale de Dieu, mais qui est réellement l'empreinte de la personne du Père, n'est plus un homme, mais un être spirituel que nul homme n'a vu ni ne peut voir sans un miracle. Il est aussi impossible pour les hommes de voir la gloire découverte de notre Seigneur qu'il leur serait impossible de contempler Jéhovah. Pensons un moment comment le simple reflet de la gloire spirituelle affectèrent Moïse et Israël au Sinaï (Hébreux 12 : 21; Exode 19 ; 20 : 19-21; 33 : 20-23; 34 : 29-35) - Ce spectacle était si terrible, si accablant et effrayant, que Moïse dit: je suis épouvanté et tout tremblant! De plus, quoique Moïse eût été surnaturellement fortifié pour recevoir et écrire la loi divine (Exode 34 : 28) et pour contempler la gloire du Seigneur, de manière qu'il put rester sans nourriture et boisson quarante jours et quarante nuits, seul avec Dieu, couvert par sa gloire, cependant lorsqu'il désira voir l'Eternel face à face, il lui fut dit: “ Tu ne peux pas voir ma face, car l'homme ne peut me voir et vivre" (Exode 33 : 20. Par conséquent, tout ce que Moïse vit était une apparence représentant Dieu ; rien de plus n'était possible. Ceci s'accorde également avec les paroles... [[136]] de l'apôtre: Personne n'a jamais vu Dieu: il est le Roi immortel, invisible, que nul homme n'a vu, ni ne peut voir, (1 Timothée 6 : 15,16); mais que les êtres spirituels puissent voir et effectivement voient Dieu, qui est Lui-même un être spirituel, cela est clairement dit dans Matthieu 18 : 10.

Si notre Seigneur est toujours l'homme Christ Jésus qui s'est donné lui-même en rançon pour tous (1 Timothée 2 : 5,6), si après avoir subi la mort dans la chair, il est ressuscité de nouveau dans la chair et non pas comme l'apôtre le déclare, un esprit vivifiant, alors au lieu d'être élevé au-dessus des anges et au-dessus de tout nom qui se peut nommer dans les cieux et sur la terre, il est encore un homme. S'il a conservé la forme de serviteur qu'il avait prise afin de pouvoir souffrir la mort pour tous, et s'il est toujours un peu moindre que les anges, il ne peut jamais voir Dieu. Combien une telle manière de voir est déraisonnable lorsque nous l'examinons soigneusement à la lumière du témoignage apostolique. Pensez de même que si la chair de notre Seigneur, qui fut percée par les clous et la lance, blessée par la couronne d'épines et marquée par l'affliction, est son corps Spirituel glorieux, si les cicatrices et les traits humains défigurés sont des parties intégrantes du Seigneur souverainement élevé, il serait loin d'être beau, lors même que nous aimerions les blessures endurées pour. nous. S'il possède un corps ainsi cicatrisé et imparfait, et si, nous devons lui être faits semblables, cela n'impliquerait-il pas que les apôtres et les saints qui ont été crucifiés, décapités, lapidés, brûlés, coupés en morceaux et déchirés par les bêtes féroces, ainsi que ceux qui sont morts par accident, porteraient chacun leurs cicatrices et les marques de leurs blessures ? Et avec cette manière de voir y aurait-il un spectacle plus horrible que celui que présenterait le ciel pendant toute l'éternité ? Mais il n'en est pas ainsi, et personne ne [[137]] pourrait conserver longtemps une manière de voir si déraisonnable et antibiblique. Les êtres spirituels sont des êtres parfaits en tous points ; l'apôtre, du reste, rappelle à l'Eglise, qui est l'héritière de la gloire et des honneurs, spirituels ou célestes, que, quoique semé en faiblesse (avec des marques et blessures, etc.], il [l'être] ressuscite en puissance ; quoique 'semé en déshonneur [avec des traits de soucis et d'affliction, etc.], il ressuscite en gloire ; quoique semé corps naturel [litt. “ corps animal ”], il ressuscite corps spirituel ; et que de la même manière que nous avons porté l'image du père terrestre nous porterons l'image du Seigneur céleste (1 Corinthiens 15 : 42-51). Notre Seigneur Jésus prit et porta aussi pour un moment l'image du terrestre, en notre faveur, afin de pouvoir nous racheter. Mais par sa résurrection il devint le Seigneur céleste (Romains 14 : 8), et nous, si nous sommes fidèles, nous porterons bientôt l'image du Seigneur céleste (des corps spirituels), comme nous portons encore l'image du seigneur terrestre, Adam (des corps humains).

Rappelez-vous le cas de Paul: pour qu'il pût être un des apôtres, il dut être un témoin, il dut voir le Seigneur après sa résurrection. N'ayant pas été un de ceux qui virent les manifestations de sa résurrection et de sa présence pendant les quarante jours, il lui fut donné une vue spéciale et rapide du Seigneur. Mais il ne le vit pas comme le virent les autres, voilé par la chair et sous des vêtements de formes diverses. Le simple regard de la personne glorieuse, découverte de notre Seigneur fit qu'il fut jeté par terre, aveuglé par une gloire dont l'éclat surpassait de beaucoup celui du soleil en plein midi. Pour le guérir de cet aveuglement, ne fût-ce même qu'en partie, il fallait un miracle (Actes 9 : 17,18). Paul ne vit-il pas le Seigneur tel qu'il est — un être spirituel ? Et notre Seigneur n'apparut-il pas durant les quarante jours tel qu'il était, c'est-à-dire tel qu'il avait [[138]] été précédemment, pour les desseins et les raisons spéciales déjà indiquées ? Il ne peut y avoir là aucun doute. Mais le Seigneur avait un but en apparaissant ainsi à Paul comme il avait son but en apparaissant différemment aux autres. Ce but, Paul le montre en disant : “ Après eux tous, il m'est aussi apparu — comme à quelqu'un né avant le propre temps (1 Corinthiens 15 : 8, trad. litt.). Comme la résurrection de Jésus fut sa naissance de la mort à la pleine perfection de l'être spirituel (Col. 1 : 18 ; Romains 8 : 29), ainsi la résurrection de l'Eglise, le corps de Christ, est indiquée ici et ailleurs comme une naissance. Dans notre naissance comme êtres spirituels, nous verrons le Seigneur tel qu'il est, juste comme Paul l'a vu, mais alors étant nés ou changés en êtres spirituels, nous ne serons pas jetés par terre ni aveuglés par l'éclat de la glorieuse personne de notre Seigneur. Les paroles de Paul veulent dire qu'il l'a vu comme nous le verrons, tel qu'il est ; il l'a vu comme tout le corps de Christ doit le voir, mais AVANT LE PROPRE TEMPS, avant d'être né de la mort et par conséquent avant d'être capable de le supporter, et cependant “ comme ” chacun de ceux qui seront nés ainsi le verra au propre temps.

Moïse, descendant de la montagne pour communiquer au peuple l'alliance de la loi, fut un type du plus grand législateur et médiateur de la Nouvelle Alliance, qui, à son second avènement, viendra pour gouverner et bénir le monde. Moïse, par conséquent, typifiait l'Eglise tout entière de laquelle notre Seigneur est le Chef. La face de Moïse était tellement éclatante que le peuple ne pouvait pas le regarder et qu'il dut à partir de là porter un voile comme un type de la gloire spirituelle de Christ, ce qui illustre le point que nous examinons. Christ a la gloire et la splendeur réelles, Il est l'empreinte de la personne du Père, et nous lui serons semblables ; personne ne peut contempler cette gloire.

[[139]]

C'est pourquoi, quelles que puissent être alors les manifestations du grand législateur ou monde, quand la gloire du Seigneur sera révélée, la gloire des personnes spirituelles ne pourra être vue. Celles-ci parleront à travers le voile, couvertes. Le voile de Moïse signifie cela et plus encore. — Exode 34 : 30-33.

Plus nous étudions soigneusement la chose, plus nous reconnaissons la sagesse divine déployée dans la manière dont la résurrection de notre Seigneur fut révélée aux apôtres, pour qu'ils soient entièrement satisfaits et soient en même temps des témoins dignes de confiance, afin que les humbles du monde puissent être à même de recevoir leur témoignage et croire que Dieu a ressuscité notre Seigneur d'entre les morts, qu'ils puissent le reconnaître comme celui qui a été mort, mais qui maintenant est vivant aux siècles des siècles, et qu'en croyant ils puissent venir à Dieu par Lui. Et lorsque nous le considérons sous la direction du saint Esprit de vérité, nos idées s'élargissent et nous ne le voyons plus comme l'homme Christ Jésus, mais comme le Seigneur de gloire et de puissance, participant de la nature divine. Et ainsi nous le reconnaissons pour celui dont la venue et le royaume ont été si longtemps l'objet des prières de l'Eglise. Il n'y a personne qui, reconnaissant comme il faut sa haute exaltation, puisse l'attendre à sa seconde venue comme l'homme Christ Jésus, avec un corps de chair préparé pour le sacrifice, meurtri et donné dans la mort comme notre rançon. Nous ne devons pas nous attendre non plus à ce qu'à sa seconde venue il apparaisse ou monde ou se manifeste, lui-même sous des formes variées de chair et d'os, ce qui avait été nécessaire pour les premiers témoins, mais qui ne l'est plus maintenant. Il manifestera sa seconde présence d'une manière bien différente, comme nous le verrons.

[[140]]

D'après ce que nous avons vu concernant des êtres spirituels et leurs manifestations d'autrefois, il est évident que si notre Seigneur devait se manifester à son second avènement, soit en préparant les yeux des hommes pour contempler sa gloire, comme; il l'a fait pour Paul et Daniel, soit en prenant un corps humain, ce serait au détriment du plan révélé dans sa Parole. L'effet de son apparition, en gloire, aux humains, leurs yeux étant miraculeusement traités pour les rendre capables de le voir, serait pour ainsi dire de les paralyser par sa clarté éblouissante; tandis que son apparition comme un homme rabaisserait le standard de sa dignité et donnerait une trop faible idée de la nature et de la forme divine. Comme ni l'une ni l'autre de ces méthodes ne semblent être nécessaires ou à propos maintenant, nous croyons qu'aucune d'elles ne sera adoptée.

Au contraire, nous devrions nous attendre à ce que le Christ soit manifesté en chair à l'humanité de la même manière que Dieu a été manifesté en chair lorsque le Seigneur fut fait chair et habita parmi les hommes. Une nature humaine, parfaite et en harmonie avec Dieu, est une ressemblance de Dieu dans la chair; ainsi, Adam dans sa perfection originelle fut une image de Dieu, et l'homme Christ Jésus le fut également. Aussi Jésus pouvait-il dire à Philippe qui désirait voir le Père: Celui qui m'a vu a vu le Père; il a vu l'image de Dieu dans la chair, Dieu manifesté dans la chair. — 1 Timothée 3 : 16, Laus,

II en sera de même pour l'humanité en général quand ses membres reviendront peu à peu à l'image de Dieu, perdue depuis si longtemps, ils seront des images et des ressemblances du Père et du Christ. Tout au commencement du Millénium, comme nous l'avons vu, le monde aura devant lui des modèles de l'humanité parfaite (Vol. I, pages 344 à 352); Abraham, [[141]] Isaac, Jacob et les Maints prophètes déjà jugés et approuvés, seront les “ princes ” parmi les hommes, les illustrations et les représentants du royaume spirituel et invisible. En ceux-ci, Christ sera manifesté — dans leur chair de la même manière que le Père fut manifesté dans la chair de Christ. Et dans la mesure où chacun le voulant, parviendra à la perfection et se trouvera en parfaite harmonie avec la volonté de Christ, il sera une image de Dieu et de Christ, et dans chacun de ceux-là Christ sera manifesté.

L'homme parfait, entièrement consacré, sera capable de saisir parfaitement le saint Esprit et la Parole de Dieu, parce qu'il sera créé à l'image morale de Dieu; l'Eglise glorifiée le dirigera. De même, il n'y a aucun doute que des visions et des révélations directes, ainsi que des communications générales entre le royaume spirituel et Ses représentants terrestres seront beaucoup plus faciles et plus générales que ne le furent jamais Auparavant des communications semblables ; elles se feront plutôt de la même manière que celles qui eurent lieu en Eden avant que le péché eut amené la condamnation et le retrait de la faveur et de la communion de Dieu.

Au point de vue de la raison et des Ecritures, rien n'exige que notre Seigneur apparaisse à son second avènement dans divers corps de chair et d'os. Une telle manière de faire n'est pas essentielle; cela est rendu évident par le succès du royaume de Satan qui opère au moyen d'êtres humains, ses agents. Ceux qui participent à l'esprit du mal et de l'erreur représentent très tien le grand prince invisible; c'est de cette manière qu'il est manifesté dans leur chair, bien que lui-même soit un être spirituel, invisible à l'homme.

Christ et son Eglise, [Le Christ], “changés” et faits participants de la nature divine, seront des êtres spirituels aussi vrai que Satan en est un, et seront [[142]] également invisibles aux hommes. Leurs façons d'opérer seront semblables aux siennes bien que directement opposées quant à leur caractère et à leurs résultats ; leurs agents honorés, non liés et asservis par l'ignorance et la faiblesse, comme le sont la plupart des serviteurs de Satan, mais rendus parfaits et véritablement libres, agiront de façon intelligente et harmonieuse, volontairement et par amour ; leurs nominations seront des récompenses de la justice.

La présence de notre Seigneur sera manifestée au monde par des démonstrations de “ puissance et de grande gloire ”, non, toutefois, simplement pour la vue naturelle, mais pour les yeux de leur intelligence qui seront ouverts pour pouvoir reconnaître les grands changements qu'effectuera le nouveau Gouverneur. Sa présence et sa juste autorité auront reconnues tant par les châtiments que par les bénédictions qui Seront déversés sur l'humanité par le moyen de son règne.

On a cru généralement, depuis longtemps, que la détresse et les troubles viennent sur les méchants comme des châtiments pour les mauvaises actions. Cela paraissant être une loi naturelle et logique, le peuple en général l'a accepté pensant qu'il devrait en être ainsi, même si cela n'est pas. Cependant les faits de l'expérience s'accordent avec la Bible et montrent que dans le passé ce sont les hommes pieux qui ont le plus souffert les afflictions et les persécutions (12 Timothée 3 : 121 ). Mais dans le Jour de la détresse, la période des quarante années qui introduit le règne du Messie, c'est l'inverse qui commence à se produire. Et comme dans ce jour les puissances du mal doivent être renversées, la justice, établie par un processus graduel, fera promptement un travail de rétribution pour les méchants et de bénédictions pour ceux qui font le bien. “Tribulation et angoisse sur toute âme d'homme qui fait le mal!... mais gloire, honneur et paix pour quiconque fait le [[143]] bien, dans ce jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, qui rendra à chacun selon ses œuvres (Romains 2 : 9,10,6,5)... Et comme il y a maintenant tant de mal et tant de mauvaises choses, la rétribution sera d'abord très douloureuse produisant un temps de détresse tel qu'il n'y en a point eu depuis qu'il existe une nation. C'est dans la vengeance, la détresse et, la colère sur les nations que le Seigneur révélera au monde le fait du changement de dispensations et de gouvernants. Ainsi, lorsque les jugements de l'Eternel s'exerceront sur la terre, les habitants du monde apprendront la justice (Esaïe 26 : 5-11. Ils apprendront que sous le nouvel ordre de choses ceux qui feront le bien seront élevés et ceux qui feront le mal réprimés et punis. Pour avoir un clair témoignage prophétique concernant ce royaume, son œuvre en faveur des humbles, des intègres, des pauvres, des nécessiteux et des opprimés, son renversement des monopoles et de tout système d'injustice et d'oppression, aussi bien que son nivellement général des affaires humaines, lisez soigneusement les Psaumes 72 : 1-19 et 37 : 1-14.

Notre Roi se révélera ainsi graduellement: les uns discerneront plus tôt que les autres le nouveau Gouverneur, mais finalement tout œil le verra [horao — discernera, reconnaîtra] (Apocalypse 1 : 7). Mais il vient avec les nuées et tandis que les nuées de la détresse sont épaisses, noires et pesantes, que les montagnes (royaumes de ce monde) tremblent et chancellent, que la terre (la société) est ébranlée, se dissout et se fond, quelques-uns commenceront à reconnaître ce que nous proclamons maintenant comme étant déjà là; savoir, que le grand jour de Jéhovah est venu; que le jour prédit de la détresse et de la colère sur les nations est commencé; que l'Oint de Jéhovah prend à lui son grand pouvoir et commence son œuvre, faisant de la droiture [[144]] une règle et de la justice un niveau (Esaïe 28 : 17). Il faut qu'il règne jusqu'à ce qu'il ait renversé toute autorité et toutes les lois de la terre contraires à celles qui règnent au ciel.

A mesure que la détresse augmentera, les hommes chercheront, mais en vain, une protection dans les “fentes” et les “cavernes”, les grands rochers et les forteresses de la société (franc-maçonnerie, Bons Templiers, syndicats, corporations et toutes les sociétés séculières et religieuses) et dans les montagnes (gouvernements) de la terre, en disant: “Tombez sur nous* [couvrez-nous, protégez-nous] et cachez-nous devant la face de celui qui est assis sur le trône; et devant la colère de l'Agneau car le grand jour de sa colère est venu. ” — Apocalypse 6 : 15-17.


* Le mot grec épi, employé ici, est généralement traduit par sur, mais il signifie aussi autour et par dessus il est souvent rendu ainsi dans nos traductions françaises .La pensée est celle de protection et non de destruction L’interprétation générale de ce passage, comme s'il enseignait que les hommes méchants auront assez de foi pour prier que des montagnes tombent littéralement sur eux est absurde. L'accomplissement réel commence déjà les grands, les riches, ainsi que les pauvres mêmes cherchent un refuge auprès des montagnes, des rochers et des cavernes pour les abriter contre l'orage menaçant de la détresse que tous voient se préparer à fondre sur eux

L'idolâtrie de l'argent, dans laquelle le monde entier s'est lancé avec folie, et qui aura une place si importante dans la détresse, en causant, non seulement de l'anxiété pour son accumulation, mais aussi pour sa préservation, doit être complètement renversée, comme cela est montré dans Esaïe 2 : 8-21 et Ezéchiel 7 : 17-19.

Le jour de détresse sera reconnu, et tous chercheront à être protégés de sa tempête, mais peu reconnaîtront les jugements du Seigneur, alors dans le monde, comme le résultat de sa présence, l'établissement de [[145]] son autorité et la mise en vigueur de ses lois. A la fin cependant tous devront reconnaître [voir] le Roi de gloire; et alors tous ceux qui aiment la justice seront heureux de lui obéir et de se conformer entièrement à ses justes exigences.

Ce sera un temps de rétribution pour tous ceux qui, par fraude ou par forcé, souvent au nom de la loi et sous sa Sanction, auront injustement accaparé les droits ou la propriété des autres. La rétribution, comme nous l'avons vu, viendra du Seigneur par le soulèvement des masses du peuple. Dans leur détresse, ne se séparant qu'à regret d'un dollar ou d'un arpent de terre, d'un droit ou d'un honneur incontestés qu'ils se sont attribués et dont ils ont longtemps joui, mais voyant la rétribution approcher, plusieurs chercheront la protection des organisations civiles, sociales et religieuses, jadis puissantes, pour favoriser et protéger leurs intérêts, sentant bien qu'ils tomberaient s'ils en étaient réduits à leurs propres forces. Mais celles-ci ne seront pas capables de les délivrer au jour de la colère de l'Eternel. Le conflit et la rétribution qui approchent feront que ce sera un temps de détresse tel qu'il n'y en a point eu depuis qu'il existe une nation, et qu'il n'y en aura jamais. Ce sera à cause de lui qu'elles se lamenteront; à cause de ses jugements qui produiront cette grande détresse d'une façon naturelle, et à cause de l'Eternel qui se lèvera pour ébranler terriblement la terre et détruire ses corruptions (Esaïe 2 : 31). La détresse et les jugements seront si étendus que personne n'échappera. A la fin, tous les yeux discerneront le changement et reconnaîtront que l'Eternel règne. La détresse pourrait être atténuée si les hommes pouvaient voir et agir promptement selon les principes d'équité, en renonçant aux injustes privilèges du passé et en les abandonnant, quand bien même ils seraient autorisés par la loi; mais l'égoïsme ne le permettra pas, jusqu'à ce [[146]] que le temps de détresse ait fait tomber les orgueilleux et les ait brisés, qu'il ait humilié; les puissants et élevé les humbles.

La grande masse de l'humanité cependant n'arrivera à comprendre le véritable état des choses que lorsque le grand jour de détresse sera près de finir, lorsque les royaumes des nations seront réduits en poussière et auront: complètement disparu, aucun lieu ne se trouvant pour eux, après 1914, comme nous l'avons montré dans le chapitre précédent; et aussi lorsque Babylone la Grande aura été renversée de fond en comble et son influence sur le monde entièrement brisée. Alors l'humanité verra que la grande détresse “qu'elle aura traversée était ce que Apocalypse 16 : 14appelle symboliquement la bataille du grand jour du Dieu tout-puissant; que dans la proportion où les gens ont soutenu l'erreur et le mal, ils ont combattu contre la loi et les forces du nouvel empire et du nouveau gouverneur de la terre; que dans la proportion où leurs langues, leurs plumes, leurs mains, leur influence et leurs moyens ont été employés pour aider le droit et la vérité, dans n'importe quelle affaire, ils ont combattu du côté du Seigneur.

Quelques-uns apprendront la signification de la détresse plus vite que d'autres, parce qu'ils seront plus dociles. Et durant toute la détresse il y aura dans le monde ceux qui témoigneront pour la cause de Dieu en déclarant la présence du Seigneur et l'établissement de son royaume, qui est en opposition avec les puissances des ténèbres, sont les vraies causes de la détresse, de l'ébranlement et du renversement de la société; ils démontreront que tous ceux qui s'opposent à la vérité et à la justice sont les ennemis du nouveau royaume, et que s'ils ne se rendent pas promptement, ils souffriront bientôt une défaite ignominieuse. Cependant, comme toujours, les masses ne tiendront pas compte de ces sages conseils jusqu'à ce qu'elles soient tout à fait [[147]] humiliées sous la règle de fer du nouveau royaume, et ce sera seulement à la fin qu'elles réaliseront la folie de leur conduite. !

Le véritable instructeur, le porteur de la lumière (Matthieu 5 : 14), la vraie Eglise, le corps de Christ, ne sera pas laissé dans les ténèbres pour reconnaître la présence de son Seigneur par les manifestations de sa colère et de la puissance comme le monde devra l'apprendre. Des dispositions spéciales ont été prises pour qu'il soit éclairé là-dessus. Par la sûre parole prophétique, qui brille comme une lampe dans un lieu obscur (2 Pierre 1 : 19), l'Eglise sera clairement et avec précision renseignée sur ce qu'elle a à attendre. Par la parole prophétique, elle sera non seulement gardée du découragement, et mise à même de surmonter les attaques, les pièges et les pierres d'achoppement qui abondent dans le mauvais jour et, par ce fait, de rester debout, approuvée de Dieu, mais elle deviendra le porteur de la lumière et l'instructeur du monde. Elle sera ainsi rendue capable de lui indiquer les causes de la détresse, d'annoncer la présence du nouveau Gouverneur, de faire connaître la politique, le plan et le but de la nouvelle dispensation et d'instruire le monde sur la marche la plus sage qu'il puisse suivre en vue de ces choses. Si même les hommes ne font aucune attention à ces instructions jusqu'à ce que par la détresse ils aient été forcés d'apprendre la leçon de la soumission, cela néanmoins les y aidera grandement. C'est à cette mission des pieds, des derniers membres de l'Eglise, qui déclareront sur les montagnes [royaumes] que le règne de Christ est commencé, qu'Esaïe 52 : 7 fait allusion.

PASSAGES DES ECRITURES APPAREMMENT CONTRADICTOIRES

II y a certaines déclarations des Ecritures au sujet de la manière dont notre Seigneur reviendra et apparaîtra qui, jusqu'à ce qu'on en ait fait un examen très [[148]] soigneux, semblent se contredire les unes les autres. Il n'y a pas de doute qu'elles aient servi pendant des siècles le dessein de Dieu de sceller la vérité jusqu'au temps où elle serait propre à être comprise; et même alors, cette vérité doit rester scellée pour tous, excepté pour la classe spéciale de consacrés à laquelle seule elles étaient destinées,

Notre Seigneur dit par exemple: Voici, je viens comme un voleur, et comme il arriva aux jours de Noé, il en sera aussi de même aux jours du Fils de l'homme [aux jours de sa présence]: On mangeait, on buvait, on se mariait, on donnait en mariage et ils ne connurent rien, jusqu'à ce que le déluge vint. Lorsque les pharisiens demandèrent à Jésus quand viendrait le Royaume de Dieu, il répondit et leur dit: Le Royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards [ou Laus: à se faire remarquer et Stapfer: avec des marques extérieures. — Apocalypse 16 : 15 ; Luc 17 : 26,27,20, Matthieu 24 : 38,39.

Ces passages déclarent et illustrent la manière dont le Seigneur viendra. Elles montrent qu'il sera invisiblement présent et fera une œuvre dont le monde sera complètement ignorant, ne s'apercevra pas pour un temps. Son arrivée doit par conséquent se faire d'une façon tranquille, inaperçue et entièrement ignorée du monde, exactement comme le ferait un larron qui vient sans bruits ou sans aucune démonstration qui puisse attirer l'attention. Comme dans les jours de Noé chacun vaquait à ses affaires d'une manière habituelle, sans être en aucune façon déconcerté et sans ajouter la moindre foi à ce que Noé leur disait de la venue d'un déluge, de même, dans la première partie du Jour du Seigneur, le monde n'ayant aucune foi dans l'annonce de sa présence et de la détresse imminente, fait selon ses habitudes, ne prêtant aucune attention à ce qui lui est annoncé à ce sujet, jusqu'à ce que dans le grand [[149]] déluge de la détresse, le vieux monde, le vieil ordre de choses, s'écroule et passe pour préparer la voie au plein établissement du nouvel ordre de choses, le Royaume de Dieu sous tous les cieux. “ Comme il arriva aux jours de Noé, il en sera aussi de même aux jours [de la présence] du Fils de l'homme ”.

D'autre part, il y a des passages bibliques qui, à première vue, semblent être en contradiction directe avec ceux-ci; comme par exemple: Le Seigneur lui-même, avec un cri de rassemblement, avec la voix de l'Archange et avec la trompette de Dieu, descendra du ciel (Darby)— Le Seigneur Jésus sera révélé du ciel avec les anges de sa puissance, en flammes de feu, exerçant la vengeance sur ceux qui ne connaissent point Dieu et sur ceux qui n'obéissent pas à l'évangile de notre Seigneur Jésus-Christ — Toutes les tribus de la terre verront le Fils de l'homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et une grande gloire. Voici, il vient avec les nuées; et tout œil le verra. — 1 Thessaloniciens 4 : 16 ; 2 Thessaloniciens 1 : 7,8; Matthieu 24 : 30, Apocalypse 1 : 7.

Comme chercheurs de la vérité, il ne nous convient pas de dire, par rapport à ces passages, que la plupart d'entre eux semblent appuyer justement les vues qui nous sont chères et d'ignorer les autres. Non, jusqu'à ce que nous ayons une vue claire de la chose dans laquelle chaque déclaration de la Bible trouve sa place raisonnable, nous ne devons pas nous croire certains d'avoir la vérité à ce sujet. Une Seule déclaration de Dieu est aussi véritable et constitue un aussi ferme fondement pour la foi qu'une centaine. Il serait plus sage de rechercher une compréhension harmonieuse que d'arriver à une conclusion ou d'adopter une théorie basée sur une interprétation partielle, propre à induire soi-même et d'autres en erreur.

[[150]]

Les chrétiens ne font généralement aucun effort pour harmoniser ces déclarations de l'Ecriture; c'est pourquoi leurs idées sont unilatérales et incorrectes. Le second groupement de ces passages bibliques est tout aussi positif que le premier et semble enseigner tout le contraire d'une venue et d'une présence du Seigneur, calmes, inaperçues et sans bruit, à la manière d'un voleur. En plus de ces déclarations, nous connaissons deux autres illustrations de la manière dont il doit venir, savoir : Ce Jésus qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l'avez vu allant au ciel. Puis : Comme l'éclair sort de l'orient et apparaît jusqu'à l'occident, il en sera aussi de même de la présence du Fils de l'homme (Actes 1 : 11 ; Matthieu 24 : 27). Pour arriver à une conclusion correcte, il faut aussi donner à ces passages le poids qui leur convient.

En examinant le sujet, il nous faut bien remarquer que tandis que notre Seigneur donnait comme un fait positif que son royaume s'établirait sans apparence extérieure et que sa venue, sa présence, se ferait à la manière d'un voleur, exigeant une surveillance attentive et suivie pour la pressentir et la discerner, tous les textes cités plus haut comme preuves d'une manifestation visible et extérieure, sont écrits dans un langage hautement figuré, excepté celui où il est dit : II viendra de la même manière qu'il s'est en allé. De tels passages symboliques doivent toujours être interprétés en accord avec ceux qui sont plus clairs et plus littéraux, aussitôt que leur caractère symbolique est reconnu. Toutes les fois qu'une interprétation littérale ferait violence à la raison et mettrait le passage en antagonisme direct avec de claires déclarations des Ecritures, un tel passage devrait être considéré comme figuré, et il faudrait chercher à interpréter son symbolisme en harmonie avec ces déclarations claires et littérales, et avec le caractère et le but du plan révélé. Dans le cas qui nous occupe, si nous reconnaissons et interprétons ces passages d'après cette règle, la belle harmonie de tous ceux-ci est manifeste.

[[151]]

Examinons-les maintenant et voyons avec quelle perfection ils concordent avec les passages qui ne sont pas symboliques.

(a) Le Seigneur lui-même, avec un cri de rassemblement, avec la voix de l'Archange et avec la trompette de Dieu descendra du ciel (1 Thessaloniciens 4 : 16). La voix et la trompette mentionnées ici correspondent en tous points avec les mêmes figures employées dans Apocalypse 11 : 15-19. Le septième ange sonna de la trompette, et il y eut de grande voix dans le ciel qui disaient: Le royaume de ce monde est devenu le royaume de notre Seigneur, et de son Oint; et il régnera aux siècles des siècles... Les nations se sont émues de colère; et ta colère est venue, et le temps de juger les vivants et les morts, etc. (Laus.). Les mêmes événements sont relatés dans la prophétie de Daniel : Et en ce temps-là se lèvera [prendra le commandement] Micaël [Christ], le grand chef... et ce sera un temps de détresse tel qu'il n'y en a point eu depuis qu'il existe une nation... Beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront. Paul ajoute à sa mention de la voix et de la trompette la déclaration que les morts en Christ ressusciteront premièrement. En 2 Timothée 4 : 1 il dit encore que Christ jugera les vivants et les morts dans ce temps de son apparition et de son royaume: et le commencement de ce jugement des nations vivantes est partout décrit comme le plus grand temps de détresse que le monde ait jamais connu. — Daniel 12 : 1.

Ainsi Paul, Jean et Daniel parlent évidemment du même temps, le temps de l'apparition de notre Seigneur et de Rétablissement de son royaume, au milieu d'un grand temps de détresse ainsi que des événements qui le précèdent et l'introduisent. Le même résultat est [[152]] montré par chaque écrivain comme suivant immédiatement Micaël qui se lève, les voix et la trompette, c'est-à-dire la détresse et la colère sur les nations et la résurrection des morts. Remarquez ensuite la figure employée : “ AVEC UN CRI ”. Le mot grec qui est traduit ici par cri est keleusma et signifie un cri d'encouragement. Un cri implique l'idée d'un message public destiné à être entendu, non par quelques-uns, mais par une grande multitude composé de divers éléments. Il est destiné généralement soit à jeter l'alarme ou la terreur ou bien il sert à aider et à encourager. Il peut aussi produire l'un de ces effets sur une classe et l'effet contraire sur une autre classe, selon les circonstances et les conditions.

L'aspect des affaires dans le monde pendant les quinze dernières années correspond d'une manière vraiment frappante avec ce symbole, par les explosions de cris d'encouragement qui font appel aux hommes à se réveiller au sentiment de leurs droits et de leurs privilèges comme hommes, à considérer leurs relations mutuelles, les principes sur lesquels elles sont basées et les fins qu'elles doivent accomplir. Quelle est, sur la face de la terre, la nation civilisée qui n'a pas entendu ce cri et qui n'en a pas été influencée ? Le monde civilisé, tout entier, a étudié dans ces dernières années l'économie politique, les droits civils et les libertés sociales, comme jamais auparavant dans les annales de l'histoire ; les hommes s'encouragent les uns les autres et sont encouragés comme ils ne l'avaient jamais été à examiner ces sujets à fond jusque dans leur base. Le cri d'encouragement qui a commencé par l'accroissement de connaissances parmi les hommes a déjà enveloppé la terre, et sous son influence les hommes s'unissent entre eux, encouragés et aidés par des hommes d'esprit et de génie en vue de s'efforcer d'obtenir, en luttant, des droits et des libertés réels ou imaginaires. Comme leurs organisations [[153]] s'accroissent et se multiplient, le cri s'accentue et devient toujours plus grand pour aboutir peu à peu, comme il est prédit, au grand temps de détresse et de tumulte de nations en colère. Ce résultat est décrit d'une manière pittoresque par le prophète : “ Sur les montagnes [royaumes], le bruit d'une multitude semblable à un grand peuple. Un bruit, un tumulte de royaumes, de nations rassemblées : l'Eternel des armées passe en revue l'armée pour le combat ”. — Esaïe 13 : 4.

“ LA VOIX DE L'ARCHANGE ” est un autre symbole remarquable d'une importance analogue. Le nom “ archange ” signifie principal messager ; et notre Seigneur oint lui-même est le Messager en chef de Jéhovah — le Messager de l'alliance (Malachie 3 : 1). Daniel parle du même personnage, l'appelant * Micaël, dont le nom signifie qui est comme Dieu nom approprié pour celui qui est l'empreinte de la personne du Père et le représentant de son autorité et de sa puissance. La voix de l'Archange représente l'autorité et le commandement de Christ. Ce symbole représente donc Christ qui prend son pouvoir, ou qui commence son règne en publiant ses commandements, ses ordres officiels, annonçant le changement de dispensation par la mise en vigueur des lois de son royaume.


* [Littéralement Qui (interrogatit) est comme Dieu ?].

La même pensée est exprimée d'une autre manière par Daniel lorsqu'il dit : Dans ce temps-là, Micaël, le grand Chef (Prince) se lèvera. — Se lever signifie prendre l'autorité, donner des ordres (voyez “ se lèvera ” dans Esaïe 2 : 19-21). David, en prophétisant de Christ, donne une autre illustration de ce symbole : II fait entendre sa voix, la terre se fond d'épouvanté (Psaume 46 : 7). La terre, la société se fondra ou se désagrégera et le grand temps de détresse arrivera précipitamment sous le changement d'administration qui s'effectuera [[154]] lorsque le nouveau Roi fera entendre sa voix de commandement. A son commandement, les systèmes d'erreur civils, sociaux et religieux doivent tomber, quelle que soit leur ancienneté et quelque fermement enracinés et fortifiés qu'ils puissent être. L'épée qui sort de sa bouche causera ce ravage : la vérité sur tous les sujets et sous tous les aspects jugera les hommes, et son pouvoir et sa domination renverseront le mal et les erreurs sous leurs milliers de formes.

“ LA TROMPETTE DE DIEU ”. Beaucoup semblent entretenir sans réfléchir l'idée que cette trompette doit émettre un véritable son dans l'air. Mais nous verrons bien vite que c'est là une attente déraisonnable, si nous reconnaissons que Paul parle ici de ce que Jean appelle la septième trompette, la dernière trompette d'une série de trompettes symboliques (Apocalypse 11 : 15 ; 1 Corinthiens 15 : 52). La preuve qu'il s'agit toujours de la même trompette est établie par le récit des événements en rapport avec chacune d'elles. Saint Paul mentionne la résurrection et l'établissement du Royaume de Dieu comme étant en rapport avec la trompette de Dieu ; et saint Jean mentionne pour ainsi dire les mêmes événements avec une exactitude plus grande encore. Si nous nous rappelons que les événements mentionnés pendant le son des six trompettes précédentes de l'Apocalypse ont trait aux actions des hommes, tandis que la septième se rapporte spécialement à l'œuvre de l'Eternel et comprend le Jour de l'Eternel, nous conviendrons qu'il est juste d'appeler la septième ou dernière trompette, la trompette de Dieu. Puisque les six trompettes précédentes ont été des symboles et cela est généralement admis par les commentateurs et les chercheurs qui d'une façon ou d'une autre prétendent interpréter l'Apocalypse, ce serait faire violence à la raison et au sens commun que de représenter la septième trompette la dernière de la série, comme donnant un son littéral et [[155]] distinct dans l'air. Cela ne serait pas non plus en harmonie avec la méthode générale du Seigneur, pas plus qu'avec ces passages de l'Ecriture indiquant la manière secrète de sa venue, car jamais aucun larron ne sonne de la trompette pour annoncer son arrivée.

Les sept trompettes de l'Apocalypse sont toutes symboliques et représentent sept grandes périodes de temps et leurs événements. Nous en réservons l'examen pour un volume suivant ; il suffit ici de dire que nous nous trouvons aujourd'hui au milieu même des événements qui marquent le son de la septième trompette. Les grandes voix, l'augmentation de la connaissance, l'irritation des nations, etc., sont en rapport avec ces prophéties de temps et les établissent comme un fait. De nombreux événements se passeront encore avant que cette septième ou dernière trompette cesse de sonner, comme par exemple, la récompense des saints et des prophètes, la résurrection de tout, les morts, etc. En réalité, elle couvre la période entière du règne millénaire de Christ, comme cela est indiqué par les événements qui doivent se passer sous ce règne. — Apocalypse 10 : 7 ; 11 : 15,18.

Ainsi nous trouvons que le cri, la voix de l'Archange et la trompette de Dieu sont tous des symboles qui sont maintenant en voie d'accomplissement. Notons de même avec soin le fait que chacune des trois prophéties ci-dessus mentionnées (Daniel 12 : 1 ; Apocalypse 11 : 15 ; et 1 Thessaloniciens 4 : 16) déclare qu'au moment où ces événements également mentionnés se passent, le Seigneur est présent. Ils ont été prédits dans le but même d'indiquer la manière dont sa présence invisible serait manifestée à ceux qui ont foi dans la parole de la prophétie. Paul dit : Le Seigneur descendra avec [litt. dans ou durant] un cri, une voix, une trompette, etc. ; Jean dit que les royaumes de ce monde deviennent siens durant le temps de ces événements ; Daniel dit :

[[156]]

En ce temps-là se lèvera (sera présent) Micaël [Christ] le grand chef et il prendra possession de son grand pouvoir. Si donc nous pouvons reconnaître le cri, les voix et le son de la grande trompette, nous devrions les accepter comme des indications, non de ce que le Seigneur viendra bientôt, mais plutôt de ce qu'il est venu, qu'il :est présent, et que le travail de la moisson pour rassembler le blé et brûler l'ivraie est déjà en voie d'exécution. Cela, comme nous le verrons plus loin, est abondamment prouvé par les prophéties de temps. Cependant, ce n'est pas par la vue naturelle, mais seulement par les yeux de la foi, par la ferme parole prophétique, que sa présence et son travail peuvent être discernés.

Ici, un autre fait ne doit pas être passé sous silence, savoir, que le cri, la voix de l'Archange et la trompette de Dieu, sont tous, comme nous venons de l'expliquer, des moyens pour l'accomplissement de l'œuvre de la moisson de l'âge de l'Evangile. Si donc nous voyons que non seulement le sens de ces symboles, mais aussi les résultats prédits ont lieu effectivement, nous avons une preuve supplémentaire que nous avons interprété les symboles comme il faut et que nous sommes maintenant dans cette période appelée la moisson, pendant laquelle l'âge dé l'Evangile et l'âge du Millénium se superposent — l'un se terminant, l'autre commençant. Beaucoup n'auront pas besoin d'être aidés pour constater qu'il se fait maintenant une oeuvre séparatoire entre ceux qui sont vraiment consacrés et ceux qui sont simplement chrétiens de nom. Beaucoup peuvent voir le feu symbolique déjà à l'œuvre, peuvent discerner le cri du peuple, le commandement du nouveau Roi Emmanuel et les événements appelés la septième trompette et les nuées de troubles dans lesquelles le Seigneur vient, dans lesquelles et par lesquelles son pouvoir doit être manifesté, soumettant toutes choses à lui-même.

[[157]]

Nous avons (Vol. I, pages 283 et suiv.) attiré l'attention sur le fait que la reconnaissance de l'œuvre de la moisson dans son développement effectif est la preuve de la présence du Seigneur, puisqu'il déclarait qu'il serait le Chef moissonneur, le directeur de l’œuvre, et que ce serait là son premier travail. —.“Voici, une nuée blanche et sur la nuée quelqu'un d'assis, semblable au fils d'homme, ayant sur sa tête une couronne d'or et dans sa main une faucille tranchante... Et celui qui était assis sur la nuée jeta sa faucille sur la terre ; et la terre fut moissonnée ”. — “ Dans le temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs...” (Apocalypse 14 : 14,16 ; Matthieu 13 : 30). L'œuvre de la moisson exigera quarante ans pour son entier accomplissement, et finira avec l'an 1914. Ses différents traits s'accompliront graduellement, mais tous ces jours sont des jours du Fils de l'homme, les jours de la présence et du pouvoir de notre Seigneur qui sera reconnu à la fin par tous, mais d'abord seulement par la classe spécifiée par l'apôtre : Vous, frères, vous n'êtes pas dans les ténèbres.

“ EN FLAMMES DE FEU ”. Ce symbole peut être compris de suite, si on se rappelle la signification du mot feu, etc., déjà expliquée (Vol. I, page 379-380). "Nous lisons : “ Le Seigneur Jésus sera révélé du ciel avec les anges de sa puissance en flammes de feu, exerçant la vengeance sur ceux qui ne connaissent point Dieu, et sur ceux qui n'obéissent point à l'évangile de notre Seigneur Jésus-Christ ” (2 Thessaloniciens 1 : 8).

Tel qu'il est ainsi exprimé littéralement, nous comprenons que cela veut dire que dans son jour, l'âge millénaire, la présence de notre Seigneur sera révélée ou manifestée au monde de sa position d'autorité spirituelle (des cieux), par la colère et les châtiments qui viendront alors sur le mal et sur les méchants. Ce sera une colère consumante, comme cela est indiqué par le symbole feu, qui ne laissera ni racines, ni branches aux systèmes du [[158]] mal, de l'erreur et de l'oppression, ou aux pécheurs volontaires ; et tous les orgueilleux, tous les méchants seront consumés comme du chaume, dans ce jour millénaire. Dès son commencement, dans cette période de moisson, le feu brûlera d'une manière intense, consumant l'orgueil et le mal qui vont toujours en augmentant. Heureux ceux qui pourront renoncer à leur orgueil et au mal pour les laisser détruire, afin de n'être pas détruits eux-mêmes dans la seconde mort, comme le seront évidemment quelques-uns qui résisteront durant l'âge millénaire. C'est de ce temps-là que nous parle le prophète : “ Car voici, le Jour vient, ardent comme une fournaise. Tous les hautains et tous les méchants seront comme du chaume ; le jour qui vient les embrasera, dit l'Eternel des armées ; il ne leur laissera ni racine ni rameau ”. — Malachie 4 : 1.

Les anges (messagers ou agents) de sa puissance sont de différentes sortes. Par ce mot nous pouvons à juste titre comprendre tous les divers agents animés ou inanimés desquels notre Seigneur se servira pour le renversement des systèmes actuels du mal et pour le châtiment des méchants.

Tandis que la colère ou vengeance du Seigneur s'exercera ainsi en flammes de feu, par des troubles consumants, tels qu'on n'en a jamais vu auparavant, aussi généraux, d'une si vaste étendue et si destructifs du mal, la justice et les justes commenceront à être favorisés. Comme ces choses deviendront de plus en plus apparentes, les hommes en arriveront à cette conclusion qu'un nouveau pouvoir a pris le gouvernement des affaires humaines, et ainsi, la présence de notre Seigneur comme Roi des rois sera révélée au monde.

“ II (le Seigneur) sera révélé en flammes de feu, exerçant la vengeance [à la fois] sur ceux qui ne connaissent point Dieu [qui ne connaissent pas vraiment Dieu, mais qui néanmoins n'obéissent pas à la lumière de [[159]] leur conscience, que tous possèdent jusqu'à un certain degré] ; et [également sur ceux qui tout en connaissant Dieu], n'obéissent [cependant] point à l'Evangile de notre Seigneur Jésus-Christ.

Sous les châtiments, la lumière croissante et les occasions favorables du jour millénaire, tous seront amenés à une telle pleine connaissance de la vérité et du chemin de la justice qu'ils seront sans excuse pour leur ignorance ou leur incapacité à obéir à la vérité ; et ceux qui persisteront à demeurer ennemis de Dieu et de la justice seront punis par une destruction éternelle [une destruction de laquelle il n'y aura pas de résurrection] de devant la présence du Seigneur et de devant la gloire de sa puissance.

“ EN PUISSANCE ET EN GRANDE GLOIRE ”. Cette déclaration veut dire que le monde verra le Fils de l'homme venir, avant que son royaume soit pleinement établi et avant que ses cohéritiers soient tous réunis et élevés avec lui. Et, voyant sa venue, toutes les tribus de la terre se lamenteront, parce qu’elles verront le Fils de l'homme venant avec puissance et grande gloire.

Le monde voit déjà les nuées de trouble s'amonceler et s'obscurcir; il reconnaît qu'une puissance avec laquelle il ne peut lutter est maintenant à l'oeuvre dans les affaires des hommes; d'après l'aspect actuel, l'avenir prochain est sombre et de mauvais augure pour tous ceux qui ont suffisamment d'intelligence pour remarquer la tournure que prennent les événements. Les hommes réfléchis observent la persistance avec laquelle les questions du bien et du mal, de la justice et de l'injustice s'imposent à leur examen, exigeant l’expression de leurs principes personnels. Beaucoup reconnaissent la gloire et la puissance du nouveau Gouverneur de la terre, mais à cause des nuées et des ténèbres qui l'entourent, ils ne reconnaissent pas le Roi [[160]] lui-même. Les hommes voient les nuées et, en conséquence, le voient venir dans les nuées avec puissance et grande gloire [la gloire de la puissance et de la justice], mais ils ne le reconnaissent pas lui-même. Les nuées ne disparaîtront pas pour révéler la pleine majesté et la gloire de la présence de Christ avant qu'elles n'aient laissé tomber leur grêle de pierres et leurs charbons de feu (Psaume 18 : 12,13), pour abattre l'orgueil des hommes, leur égoïsme et leurs préjugés. Si les hommes voulaient prendre en considération et écouter la voix du Seigneur, lequel dirige maintenant le cours de la justice et les avertit de la rétribution imminente, le grand désastre qui est sur le point d'arriver pourrait être écarté, mais “Dieu parle cependant une fois, même deux fois, et l'on n'y prend pas garde !... Alors [par le retentissement du tonnerre du jour de la détresse], il ouvre l'oreille aux hommes et scelle l'instruction qu'il leur donne, afin de détourner l'homme de sa mauvaise conduite et d'éloigner de lui l'orgueil.” — Job 33 : 14-18, D. et Syn.

Voici, il vient avec les nuées et au temps voulu tout œil le verra [discernera], reconnaîtra Sa présence, son pouvoir et son autorité; et tous devront, volontairement ou non, se soumettre à lui — jusqu'à la clôture du Millénium, ou Satan sera délié pour un peu de temps— jusqu'à ce qu'une pleine expérience ait démontré la bonne ou la mauvaise volonté de chacun et que les désobéissants soient détruits dans la seconde mort, appelée l'étang de feu. — Apocalypse 21 : 8.

Nous voyons ainsi que toutes ces explications symboliques sur la manière dont aura lieu la seconde venue de notre Seigneur, s'accordent parfaitement avec les passages précis qui déclarent que sa présence sera tenue secrète pour un temps et connue seulement de ceux qui veillent.

[[161]]

DE LA MEME MANIERE

Quel enseignement retirons-nous maintenant des paroles de l'ange lors du départ de notre Seigneur (Actes 1 : 11 : “Ce Jésus qui a été élevé d'avec vous dans le ciel, viendra de la même manière que vous l'avez vu s'en allant au ciel”?

Un examen attentif de ce texte démontrera son harmonie avec ce qui précède. Beaucoup semblent penser que ce passage, veut dire: Comme vous voyez le Seigneur monter au ciel, ainsi, de la même manière, vous le verrez revenir. Ces personnes devraient le lire et le relire, jusqu'à ce qu'elles aient pu remarquer le fait que ce passage ne veut pas dire que ceux qui l'ont vu s'en aller, le verront revenir, ni que quelqu'un d'autre le verra, venir. Ce qu'il veut dire, c'est ceci: que la manière dont se fera son retour sera semblable à la manière, dont s'est fait son départ. De quelle manière s'est donc fait Son départ? Eut-il lieu avec de puissantes démonstrations et avec splendeur? Fut-ce au son de la trompette, avec des voix et un grand cri fendant l'air et la personne du Seigneur, brillant d'une gloire et d'un éclat surnaturels? S'il en avait été ainsi, il nous faudrait attendre son retour de la même manière. Au contraire, son ascension n'eut-elle pas lieu dans le calme et aussi secrètement que possible, conformément à ses desseins de n'avoir que des témoins pleinement convaincus de ce fait? Nul ne le vit et nul ne connut ce fait que ses fidèles disciples. Sa déclaration (Jean 14 : 19) : Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus, n'a jamais encore été réfutée; les frères seuls virent ses manifestations après sa résurrection et personne d'autre n'assista à son ascension. De la même manière qu'il les quitta (tranquillement, secrètement, en ce qui concerne le monde, à l'insu de tous excepté de ses disciples) ainsi, de cette manière, il revient. Et comme alors, lorsqu'il les quitta, il éleva ses mains et [[162]] les bénit, ainsi de même, quand il revient, c'est afin que leur joie soit parfaite, comme il le dit: Je reviendrai et je vous prendrai avec moi”; je vous reverrai, et nul ne vous ravira votre joie. — Luc 24 : 50,51; Jean 14 : 3 ; 16 : 22.

Il Semble aussi que l'ange appuie spécialement sur le fait que la seconde venue sera la venue de ce “même Jésus” — le même qui avait quitté la gloire qu'il avait auprès du Père avant que le monde fût et qui était devenu homme, — qui était devenu pauvre, afin que nous fussions enrichis; le même Jésus qui mourut au Calvaire, le même Jésus qui ressuscita esprit vivifiant le troisième jour; le même Jésus qui manifesta son changement pendant quarante jours. — Ce même Jésus qui est, maintenant “monté au ciel”. C'est ce même Jésus, qui subit deux changements de nature : — d'abord de la nature spirituelle à la nature humaine, puis de la nature humaine à la nature divine. Ces changements de nature n'ont pas détruit son individualité. Son identité fut préservée, comme l'ange nous l'assure ; ainsi, peu importe que la philosophie de ce fait soit comprise ou non; et si nous-mêmes ne le connaissons plus selon la chair, comme homme, mais plutôt nous souvenons de son élévation, qu'il participe maintenant de la nature divine et spirituelle, nous devrions attendre sa venue comme étant en harmonie avec Sa nature changée et son exaltation ; nous pouvons cependant nous rappeler qu'il est toujours le même Jésus aimant, et qu'il n'a pas changé à cet égard. Il est ce même Jésus qui, quoique présent pendant quarante jours après sa résurrection, ne fut vu cependant que par ses disciples seuls et cela dans des espaces de temps très courts, et qui sera aussi invisible au monde, lors de sa seconde présence, qu'il le fut pendant les quarante jours qui précédèrent son ascension. Nous devons nous rappeler également qu'il ne vient pas cette fois pour s'offrir… [[163]] en sacrifice, et que par conséquent, il n'a pas be soin de prendre un corps humain préparé pour cela (Hébreux 10 : 5). Tout cela est passé maintenant; il ne meurt plus, mais il vient pour gouverner, bénir et relever la race rachetée.

Notre Seigneur nous fournit une très belle illustration de la manière dont sa présence sera révélée quand il dit: Comme la brillante lumière part de l'orient et éclaire même jusqu'à l'occident, ainsi sera la présence du Fils de l'homme” (Matthieu 24 : 27). La plupart des traducteurs de ce verset se sont trompés en se servant du mot éclair là où il faut entendre la lumière du soleil; cela est évident, car les éclairs ne partent pas de l'orient pour luire jusqu'à l'occident. Ils partent tout aussi fréquemment des autres points cardinaux, et rarement, sinon jamais ils resplendissent et brillent clairement à travers les cieux. L'illustration donnée par le Seigneur, et la seule qui concorde avec ses paroles, se rapporte à la clarté du soleil, qui vient invariablement de l'orient et resplendit jusqu'en occident. Cela démontre que le mot grec astrape employé ici, a été mal traduit dans ce passage, ainsi que dans la traduction des mêmes paroles de Luc (17 : 24). Un autre exemple de l'emploi, par notre Seigneur, de ce mot astrape se trouve dans Luc 11 : 36 où il l'applique à la lumière d'une lampe, et il est rendu dans les Bibles françaises par clarté, éclat ou vive lumière. Les idées inexactes sur la manière dont notre Seigneur doit revenir et se manifester étaient si fortement fixées dans l'esprit des traducteurs qu'elles les conduisirent dans cette erreur de traduire astrape par le mot éclair. Ils supposèrent qu'il serait révélé soudainement, semblable à un éclair, et non graduellement, de la même manière que le lever du soleil. Combien est magnifique cette image du lever du soleil pour illustrer l'aurore graduelle de la vérité et des bénédictions dans le jour de [[164]] sa présence. Le Seigneur associe les vainqueurs avec lui-même dans cette image, disant: Alors les justes resplendiront comme le Soleil dans le Royaume de leur Père; le prophète employant la même figure, dit: Le Soleil de la justice se lèvera et la guérison sera dans ses rayons (Matthieu 13 : 43 ; Malachie 4 : 2). L'aurore est graduelle, mais finalement la claire, pleine et entière lumière bannira pour toujours les ténèbres du mal, l'ignorance, la superstition et le péché.

La traduction inexacte du mot parousia a servi à voiler un peu plus le sens du passage. L'Emphatic Diaglott (trad. américaine littérale du Nouveau Testament) et la trad. du Prof. Young (Bible anglaise) rendent ce mot par présence. La version de Rotherham donne arrivée, tandis que dans la version commune on trouve venue. Toute nos traductions françaises le rendent par avènement, venue ou arrivée; il n'y a que la version de Lausanne et la version anglaise révisée qui font remarquer par des notes marginales que la vraie traduction de ce mot grec parousia est présence (voyez aussi 2 Corinthiens 10 : 10 et Philippiens 2 : 12 où ce même mot est exactement traduit dans toutes nos Bibles françaises). Le mot grec parousia signifie partout une présence personnelle de quelqu'un qui est venu, qui est là mais jamais de quelqu'un qui est en route pour venir, ce qu'on entend généralement sous le mot venue ou avènement. Le passage que nous examinons enseigne par conséquent que, comme la lumière du soleil apparaît graduellement, ainsi la présence du Fils de l'homme sera révélée ou manifestée graduellement.

A cette déclaration, notre Seigneur joint des paroles d'avertissement pour nous mettre en garde contre certaines erreurs qui seraient émises concernant l'approche de son second avènement dans le but d'égarer "son Eglise : Voici, je vous l'ai annoncé d'avance. Si donc on vous dit : Voici, il est dans le désert, n'y allez.

[[165]]

pas ; voici, il est dans les chambres, ne le croyez pas. Car, comme la brillante lumière [le soleil] part de l'orient et se montre [graduellement] jusqu'à l'occident, ainsi sera la présence du Fils de l'homme. Le Seigneur nous met de cette manière en garde contre deux erreurs croissant rapidement de nos jours. L'une, qui consiste à prétendre que notre Seigneur viendra en chair, dans le désert ou la solitude de la Palestine, a fait que beaucoup sont allés là-bas et y attendent pour voir Jésus dans la chair, avec ses cicatrices, comme lorsqu'il fut crucifié. L'attendant tel qu'il était, et non tel qu'il est, ils se trompent sérieusement, et la vérité est obscurcie pour eux comme elle l'était pour les Juifs au premier avènement. Ces attentes conduisent cette classe de croyants à interpréter littéralement la parole du prophète (Zacharie 14 : 4): Ses pieds se poseront en ce jour sur la montagne des Oliviers... * Aveuglés par ces fausses attentes ils ne voient pas que les “ pieds ” sont au figuré dans ce passage, aussi bien que dans ceux de Psaume 91 : 12; Esaïe 52 : 7; Psaume 7 : 6 ; 110 : 1; Ephésiens 6 : 15; Deutéronome 33 : 3, et dans beaucoup d'autres. S'ils avaient su ce qu'il faut attendre, ils sauraient qu'il ne faut pas aller à Jérusalem pour attendre l'homme Christ Jésus, car le Roi souverainement élevé vient comme la lumière du soleil, faisant sentir sa présence et son influence dans le monde entier. C'est pourquoi “ n'y allez pas ”.


* Voy. le Volume IV, chapitre XIII et la brochure “ Avant-coureur de la présence de Christ ”, pages 85 à 87.

S'ils disent, voici, il est dans les chambres, ne le croyez pas. Le spiritisme, toujours habile à tromper par des imitations et toujours prêt à employer des vérités avancées comme une robe de lumière (2 Corinthiens 11 : 13,14) n'a pas hésité à prétendre que nous sommes dans une période de changement de dispensation, à l'aurore d'un âge glorieux. Entre autres choses, quelques-uns [[166]] d'entre eux enseignent même que Christ est présent, et nous ne doutons pas qu'avant longtemps ils donneront des séances dans lesquelles ils prétendront le montrer dans les chambres secrètes. Que. l'erreur soit présentée sous cette forme ou sous une autre, rappelons-nous les paroles du Seigneur et répudions toutes les prétentions semblables comme étant fausses, sachant que ce n'est pas ainsi qu'il révélera sa présence, mais comme la lumière du soleil, émergeant graduellement; aie Soleil de justice se lèvera avec la santé dansses rayons”.

LA PAROUSIE DE NOTRE SEIGNEUR PENDANT LA MOISSON

La langue grecque est très précise. C'est un fait qui rehausse beaucoup sa valeur, car elle donne une expression exacte de la vérité. Ainsi, par exemple, le mot venir est employé dans nos Bibles pour traduire 32 mots grecs dont chacun a une légère nuance de différence. Exemples (prenons les Bibles Segond et Ostervald): Ephistemi signifie surprendre, comme dans Luc 21 : 34, et il est traduit par ne vienne sur vous [ne vous surprenne] à l'improviste; sunerchomai veut dire: s'assembler ou se réunir, comme en 1 Corinthiens 11 : 18; proserchomai signifie s'approcher, aller auprès de et est traduit par Approchons-nous donc dans Hébreux 4 : 16 ; heko signifie arriver, ou être venu ou vint, comme si l'action de venir était chose faite, comme dans Jean 2 : 4 : “ Mon heure n'est pas encore venue ” ; enistemi signifie être présent et est généralement traduit ainsi (Romains 8 : 38. 1 Corinthiens 3 : 22 ; 7 : 26 ; Galates 1 : 4 ; Hébreux 9 : 9, par exemple), excepté en deux endroits (2 Timothée 3 : 1 et 2 Thessaloniciens 2 : 2) où ce mot grec aurait dû également être traduit par présent ; les traducteurs français l'ont traduit plus ou moins bien: II y aura des temps fâcheux (Segond, Stapfer et OStervald); Darby et Lausanne traduisent sur [[167]] viendra. Comme si le jour de Christ était proche; les nouvelles traductions disent très bien: Comme si le jour du Seigneur était déjà là [présent]. Le mot parousia aussi signifie présence et ne devrait jamais être traduit par venue ou avènement, comme cela a lieu dans nos Bibles ordinaires, où il n'est rendu que deux fois par présence (2 Corinthiens 10 : 10 ; Philippiens 2 : 12). Seules les exégèses bibliques et la version de Lausanne donnent la vraie signification de ce mot.

C'est l'emploi de ces deux derniers mots grecs heko et parousia dans le Nouveau Testament que nous désirons étudier maintenant, particulièrement le dernier, vu qu'une compréhension exacte de sa signification jette de la lumière sur la manière dont se fera le retour de notre Seigneur par les passages dans lesquels on rencontre ce mot, tandis que la traduction commune, mais erronée, obscurcit le point même qu'elle devrait illuminer.*


* Le mot parousia se présente 24 fois dans le Nouveau Testament grec ; deux fois seulement il est exactement traduit par présence dans nos traductions ordinaires (2 Corinthiens 10 : 10 et Philippiens 2 : 12). Les autres endroits où il est mal traduit par avènement, venue et arrivée sont les suivants : Matthieu 24 : 3,27,37,39 ; 1 Corinthiens 15 : 23 ; 16 : 17 ; 2 Corinthiens 7 : 6,7 ; Philippiens 1 : 26 ; 1 Thessaloniciens 2 : 19 ; 3 : 13 ; 4 : 15 ; 5 : 23; 2 Thessaloniciens 2 : 1,8,9 ; Jacques 5 : 7,8 ; 2 Pierre 1 : 16 ; 3 : 4,12 ; 1 Jean 2 : 28.

La pensée exacte de la signification du mot parousia — non celle d'une venue, comme étant sur le point d'arriver, mais d'une présence après l'arrivée — bien saisie, examinons quelques passages dans lesquels ce mot est employé. Par ceux-ci, nous apprendrons que présence n'implique pas nécessairement une vue, mais qu'il est applicable également à des choses présentes bien qu'invisibles. Ainsi des anges, des êtres spirituels, par exemple, peuvent être présents près de nous, quoique invisibles, comme notre Seigneur fut présent dans [[168]] le monde et fut souvent avec ses disciples durant les quarante jours après sa résurrection, sans être vu du monde ni de ses disciples, excepté dans les occasions très courtes dont nous avons déjà parlé. Ces jours furent les jours de sa parousie (présence), aussi bien que l'avaient été les 33 ans et demi précédents.

Dans l'entretien qui précéda la question de Matthieu 24 : 3, notre Seigneur avait prédit la destruction du temple et le rejet d'Israël selon la chair, jusqu'au jour où ce dernier le reconnaîtrait avec joie comme Messie et dirait: “Bénit soit-il!” Il avait dit à ses disciples qu'il s'en irait, qu'il reviendrait et les prendrait avec lui. Il avait appelé leur jour la moisson, ou fin de cet âge, et il leur avait parlé d'une moisson future au temps de sa seconde venue (Matthieu 9 : 37,38 ; 13 : 39,40). Les disciples se souvenant sans doute que peu l'avaient reconnu comme étant le Christ à son premier avènement, désiraient connaître comment il pourrait être sûrement reconnu à son second avènement, s'attendant probablement à ce que ce second avènement aurait lieu dans leur jour. C'est pour cela qu'ils lui posèrent cette question: Quel sera le signe [l'indication] de ta parusie [présence] et de la fin de l'âge?

A cause de leur disposition à mélanger les événements clôturant l'âge, ou la moisson judaïque, dans laquelle ils étaient déjà, avec la “moisson” encore future ou fin de l'âge de l'Evangile, notre Seigneur donna un rapport bien détaillé des événements qui devaient intervenir, indiquant une période considérable entre ces deux époques, mais ne donnant cependant aucune idée claire de sa longueur, parce que lui-même ne la connaissait pas encore alors. — Marc 13 : 32.

La réponse de notre Seigneur dans les versets 1 à 14 comprend l'âge de l'Evangile tout entier; et ses paroles dans les versets 15 à 22 ont une double application concernant littéralement la clôture de l'âge [[169]] Judaïque et au figuré celle de l'âge de l'Evangile, dont l'âge Judaïque était une ombre. Les versets 23 à 26 contiennent des paroles d'avertissement au sujet de faux Christs, et au verset 27 il en arrive à leur question concernant la parousie et déclare [traduit comme il faut]: Comme la lumière brillante [la lumière du soleil] sort à l'orient et brille jusqu'à l'occident, ainsi sera la parousie [la PRESENCE] du Fils de l'homme. La clarté du soleil se montre Instantanément, mais sans faire de bruit; et elle est discernée tout d'abord par ceux qui sont réveillés les premiers.

Laissant de côté les autres traits particuliers du discours de notre Seigneur, pour les examiner à leur place appropriée, nous considérerons sa seconde réponse à leur question concernant sa parousie, clans les verset 37 et 39. Il dit : “ Tels les jours de Noé, telle la parousie [présence] du Fils de l'homme” (St.) Remarquons que la comparaison n'est pas faite entre la venue de Noé et la venue de notre Seigneur, ni entre la venue du déluge et la venue de Jésus. Il n'est pas du tout question ici de la venue de Noé, pas plus que de la venue de Jésus; car, comme nous l'avons déjà dit, parousia ne veut pas dire venue, mais présence. Le contraste est entre le temps de la présence de Noé parmi le peuple avant le déluge et le temps de la présence de Christ dans le monde, à son avènement, avant le feu— avant le trouble extrême (*) du Jour de l'Eternel par lequel cet âge se termine.


(*) Souvent traduit par “ détresse ” — Trad.

Quoique le peuple ait été pervers aux jours de Noé avant le déluge et qu'il le sera au temps de la présence de notre Seigneur avant que le feu ardent de trouble vienne sur lui, ce n'est pas là le point de comparaison ou de ressemblance dont parle notre Seigneur ; car la perversité a abondé dans chaque âge. Le point de comparaison est clairement établi et peut être vu facilement si nous analysons ce passage: [[170]] le monde excepté les membres de la famille de Noé, était ignorant de la venue de l'ouragan et incrédule quant au témoignage de Noé et de Sa famille, et de ce fait ils ne connurent pas. C'est ici le point de comparaison. Ainsi en sera-t-il de la présence du Fils de l'Homme. Ceux-là seuls qui sont de la famille de Dieu y croiront ; d'autres ne sauront rien jusqu'à ce que la société, telle qu'elle est organisée actuellement, commence à se fondre sous l'ardente chaleur du temps de détresse imminent. Cela est illustré par ces paroles : Car, comme dans les jours avant le déluge, les hommes mangeaient et buvaient, se mariaient et donnaient en mariage, [Luc (17 : 28) ajoute: “ plantaient et bâtissaient ”] jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche et ne connurent rien... Ainsi aussi sera la parousie [la présence] du Fils de l'homme. Par conséquent, au temps de la présence du Fils de l'Homme, le monde ira son train habituel, mangeant et buvant, plantant, bâtissant et se mariant. Cela n'est pas mentionné comme étant des péchés, mais c'est pour indiquer leur ignorance de la présence du Seigneur et de la détresse qui prévaudra dans le monde. C'est donc là la réponse de notre Seigneur à la question de ses disciples: Quel sera le signe [l'indication] de ta [parousie] présence et de la fin ou moisson de l'âge ? En substance il dit: II n'y aura pas de signe pour la masse du monde, elle ne saura rien de ma présence et des nouveaux changements de dispensation. Un petit nombre seulement le saura et sera enseigné de Dieu (d'une manière qui n'est pas expliquée ici) avant qu'il y ait aucun signe [indication] qui puisse être discerné par le monde.

Ce que Luc rapporte de ce même discours (Luc 17 : 26-29), quoique n'étant pas exprimé dans les mêmes termes, est en parfait accord avec ceci. Luc ne se sert pas du mot parousia, mais il exprime la même [[171]] pensée en disant : “ Comme il en était dans les jours de Noé, il en sera ainsi dans les jours du Fils de l'homme” — dans les jours de sa présence. Non avant, ni après ses jours, mais pendant ses jours, le monde Sera en train de manger, de boire, de se marier, d'acheter, de vendre, de planter et de bâtir. Ces passages enseignent donc clairement que notre Seigneur sera présent à la fin de cet âge, entièrement inconnu des gens du monde et invisible pour eux.

Bien qu'il ne doive plus y avoir de déluge pour détruire la terre (Genèse 9 : 11), il est écrit que toute la terre sera consumée par le feu de la jalousie de Dieu (Sophonie 3 : 8); non pas la terre physique au sens littéral dans l'un ou l'autre cas, mais dans les deux cas l'ordre de choses existant. Dans le premier cas tous les hommes furent engloutis, excepté Noé et sa famille; et dans le dernier, tous, excepté la famille de Dieu, seront consumés dans le feu symbolique, dans la grande détresse du Jour de l'Eternel. Les fidèles enfants de Dieu seront jugés dignes d'échapper à toutes ces choses qui viendront sur la terre (Luc 21 : 36); non pas nécessairement parce qu'ils seront enlevés de la terre, mais parce qu'ils auront été faits à l'épreuve du feu, comme dans l'illustration-type des trois Hébreux qui marchèrent au milieu de la fournaise ardente, chauffée sept fois plus que d'habitude, et dont les vêtements mêmes ne sentirent pas l'odeur du feu, parce que quelqu'un de semblable au Fils de Dieu était présent avec eux (Daniel 3 : 19-25).

Nous considérerons maintenant les passages enseignant qu'il y en aura beaucoup dans l'Eglise qui ignoreront pour un temps la présence de Jésus, la moisson ou fin de cet âge, alors qu'il sera effectivement présent et l'œuvre de la moisson progressante.

Les derniers versets de Matthieu 24, à partir du verset 42 sont très significatifs. Dans le verset 37, notre Seigneur avait montré que le monde ne connaîtrait pas la parousie du Fils de l'homme ; [[172]] et maintenant il avertit ceux qui professaient être ses disciples que s'ils ne sont pas sur leur garde, ils seront pareillement dans les ténèbres concernant Sa parousie. Il dit: Veillez donc, parce que vous ne savez pas à quelle heure votre Seigneur vient [ erchomai, arrive ]. Si des gens attendaient un voleur à un moment déterminé, ils se tiendraient en éveil, de manière à ne pas être surpris. Ainsi, vous devriez être debout et prêts, toujours veillant pour voir la première évidence de ma parousie. En réponse à votre question: Quand est-ce que ces choses arriveront? je vous dis tout simplement de veiller et d'être prêts, et lorsque J'arriverai, lorsque je serai présent, je communiquerai le fait à tous ceux qui seront veillants et fidèles, et ceux-là seulement auront le droit de le connaître. Tous les autres devront être et seront dans les ténèbres du dehors; ils devront apprendre avec le monde, et comme lui, en passant par la détresse.

Qui donc [dans le temps de la “ moisson ”] est le serviteur fidèle et prudent que son maître établira * sur les domestiques de sa maison pour donner à chacun la nourriture au temps voulu? Bienheureux est ce serviteur que le maître à son arrivée [erchomai] ** trouvera faisant ainsi. En vérité, je vous le dis, le maître l'établira sur tous ses biens; tous les immenses trésors de précieuse vérité seront ouverts et accessibles à de tels fidèles serviteurs pour armer et approvisionner toute la famille de la foi.


* Le M S. du Sinaï rend ce verbe au futur [Voir Vol. 4, 2" éd., p. 327] — voir aussi DiaglOtt.
** Ici elthon (voir Diaglott) : après son arrivée.

Mais si le cœur du serviteur n'est pas droit et qu'il dise: Mon maître tarde [n'est pas arrivé], qu'il se mette à battre [s'opposer à, et à contredire] ses compagnons de service [dont les opinions diffèrent de la sienne et par conséquent, disent tout le contraire, c'est-à-dire: [[173]] Mon maître ne tarde pas, mais il est venu, il est présent], un tel serviteur peut se mettre à manger et à boire avec les ivrognes [être intoxiqué par l'esprit du monde], mais son Maître surviendra [grec, heko — sera arrivé] en un jour où ce serviteur ne s'attend pas et à une heure qu'il ignore, et il le retranchera [il lui ôtera le privilège d'être un des serviteurs qui donnent à la maison de la foi la nourriture au temps convenable] et lui donnera le même lot qu'aux hypocrites {bien que n'étant pas un hypocrite, mais étant un vrai serviteur, il a été infidèle et surchargé et il faut qu'il prenne sa part avec les hypocrites dans la perplexité et la détresse venant sur Babylone]. Là seront les pleurs et les grincements de dents. — Stapfer.

Un examen attentif de ce qui précède enseigne clairement qu'à la fin de cet âge il y aura une classe de personnes niant que le Seigneur soit présent (non pas qu'elles nient qu'il doive venir un jour, mais qu'il est venu) et qui frappent leurs compagnons de service en s'opposant à eux avec intolérance, ce qui est une preuve que ceux-ci enseignent le contraire, savoir que le Seigneur est venu. Le Seigneur indique clairement quel est le fidèle et vrai serviteur et quel est celui qui est dans l'erreur. Le fidèle, celui qu'il trouve donnant la nourriture à chacun en sa saison, sera élevé et il lui sera donné l'intendance sur le dépôt de la vérité et la capacité accrue pour distribuer la nourriture à la maison de la foi, tandis que le serviteur infidèle sera écarté graduellement et ressentira une sympathie toujours plus grande pour ceux qui professent être croyants ou hypocrites. Remarquons aussi le fait que celui qui n'est pas fidèle est ainsi retranché ou séparé au jour où il ne s'y attend pas, dans le temps de la moisson, pendant que son Seigneur est réellement présent, inconnu de lui, recherchant et rassemblant ses joyaux. — Matthieu 13 : 30; Psaume 50 : 5; Malachie 3 : 17; Matthieu 24 : 31.

[[174]]

Nous spécifions ceci, simplement pour montrer que dans la réponse à la question des disciples, sur les signes et les preuves de sa seconde présence, notre Seigneur enseigna que ni le monde, ni les serviteurs infidèles ne s'attendraient à ces choses, au moins pas avant que l'intensité du feu de la détresse ait commencé. Les fidèles, évidemment, ne le verront présent que par les yeux de la foi — par les Ecritures écrites d'avance pour leur instruction, pour être crues en leur temps. Les vérités présentes sur chaque sujet sont des portions de ses biens, des trésors nouveaux et anciens que notre Seigneur avait mis en réserve pour nous et qu'il nous donne maintenant généreusement. — Matthieu 24 : 45-47.

Pendant que par les indications prédites, le Seigneur prépara amplement l'Eglise, la rendant capable de reconnaître sa présence lorsque le moment serait venu, bien qu'elle ne pourrait le voir avec les yeux naturels, il nous mit aussi soigneusement en garde contre les fraudes qui se présenteraient — fraudes qui apparaîtraient plausibles au point de séduire, S'il était possible, les élus mêmes. Mais cela n'est pas possible, parce que tous les élus prêtent une grande attention à l'avertissement, et, par une étude continue, se familiarisent avec les indications prédites de sa présence et attendent leur accomplissement. Ceux qui sont disposés autrement ne sont pas de la classe des élus; les vainqueurs seuls doivent régner avec le Seigneur. Ces fraudes, comme nous le montrerons dans un des chapitres suivants, existent déjà et en trompent beaucoup. Mais, grâce à Dieu, les élus sont prévenus et prémunis, et ne seront ni trompés ni découragés. Quoique les nuées et les ténèbres l'entourent, ils reconnaissent la présence et se réjouissent de ce que leur délivrance approche. Si quelqu'un vous dit: Voici, le Christ est ici, ou il est là [dans quelque lieu particulier] ne le croyez pas [[175]] Si donc on vous dit: Voici, il est dans le désert, n'y allez pas; voici il est dans les chambres secrètes, ne le croyez pas. Car comme la brillante lumière du soleil se lève graduellement sur la terre et la remplit ensuite, ainsi sera, sa présence (Matthieu 24 : 23,26,27). Cette présence sera manifestée, comme cela est prédit, par l'aurore lumineuse de la vérité; vérité qui se développe et se déploie comme nous le voyons maintenant sur tous les sujets d'une manière si rapide et si glorieuse. Encore quelques années et le Soleil de justice, qui porte la santé dans ses rayons, sera pleinement levé pour bénir et relever le monde frappé à mort.

En raison des preuves présentées dans ce chapitre, ainsi que dans les précédents et dans ceux qui suivront, nous n'hésitons pas à annoncer la nouvelle si réjouissante que la moisson de l'Age de l'Evangile est commencée et que le Maître est de nouveau présent, comme Chef Moissonneur, non pas dans la chair, comme dans la moisson judaïque, mais en puissance et grande gloire, comme celui qui est “souverainement élevé”, le divin Christ, dont le corps glorieux est maintenant “l'empreinte de la personne du Père”, bien que sa glorieuse personne soit, par grâce voilée à la vue humaine. Il inaugure son règne de justice, sa faucille de la vérité faisant la séparation; il rassemble dans l'unité de cœur et d'esprit les prémices mûres d'Israël selon l'esprit et bientôt ce “corps” élu, complet, gouvernera et bénira le monde.

Cette annonce est faite ici afin qu'au fur et à mesure que nous continuerons, le lecteur puisse se rendre compte clairement de ce que les prophéties de temps indiquent particulièrement, lorsqu'il sera démontré que c'est maintenant le temps chronologiquement propre pour la moisson comme pour tous les événements qui en dépendent; et qu'ils arrivent comme il fut prédit.

[[176]]

Ainsi nous voyons, par toutes les particularités de renseignement avec leurs références sur la manière et les circonstances qui entourent l'apparition de notre Seigneur, que les prophéties de temps n'ont pas été données pour alarmer le monde ni pour satisfaire une vaine curiosité, ni même éveiller une église nominale endormie. Elles furent données afin que ceux qui ne sont pas endormis et qui ne sont pas du monde, mais qui sont éveillés, consacrés et fidèles, des étudiants zélés du plan de leur Père, soient informés de la signification des événements qui se passent et ne soient pas dans les ténèbres sur un sujet et quant aux événements qu'on ne peut discerner avec certitude, par aucune autre voie: — savoir, ce qui a trait à la moisson, à la présence du grand Moissonneur, à l'œuvre de battage et de criblage du vrai blé, le rassemblement de l'ivraie “en gerbes pour la brûler dans le temps de détresse, etc.

MOQUERIES PREDITES

L'apôtre Pierre dépeint comment les serviteurs infidèles et les hypocrites se moqueront durant la présence du Seigneur, comme ils se moquèrent aux jours de Noé (2 Pierre 3 : 3,4,10,12). Remarquons que l’apôtre écrivit pour l'Eglise, et que les moqueurs dont il parle sont dans l'église nominale et ouvertement intéressés dans l'œuvre du Seigneur et dans son plan, et que par conséquent, ils croient qu'il viendra un jour.

La moquerie dépeinte a justement pour sujet ce que nous traitons ici. C'est ce que nous entendons actuellement, et ce que nous entendrons encore de la part de ceux qui font profession d'être des chrétiens, chaque fois que le sujet de la présence du Seigneur, de l'œuvre de la moisson, etc., sera présenté. Les chrétiens ont généralement, jusqu'à ce qu'ils approfondissent le sujet, des idées de manifestations, au sens littéral, du feu, des trompettes, des voix, etc., et d'apparitions du Seigneur descendant à travers les airs, dans un corps de [[177]] chair resplendissant, de sorte que lorsqu'on leur parle de sa présence invisible, ils rejettent promptement la chose comme étant indigne d'être approfondie, sans prendre le temps d'étudier un sujet duquel ils se croient sûrs, occupés qu'ils sont des plans mondains et intoxiqués par l'esprit du monde.

C'est dans cette classe de soi-disant chrétiens que l'apôtre parle quand il dit: “Dans les derniers jours [dans les dernières années de l'âge de l'Evangile, pendant la moisson], il viendra des moqueurs avec leurs railleries marchant selon leurs propres convoitises [théories, etc.], et disant : Où est la promesse de sa présence [parousie]? Car depuis que les pères se sont endormis, tout demeure comme dès le commencement de la création ”. Quand on les renvoie aux paroles de notre Seigneur (Matthieu 24 : 37-39; Luc 17 : 26), que dans ses jours, dans les jours de sa présence, toutes choses continueront à être comme par le passé; que, comme dans les jours de Noé, les hommes mangeront, boiront, se marieront, planteront et bâtiront; et que, comme alors, le monde ne connaîtra rien de sa présence et ne comprendra pat, les signes des prompts et grands changements qui sont à la veille de se réaliser; ils sont par trop occupés pour en considérer soigneusement les témoignages, ils continuent seulement à se moquer.

Hélas! dit Pierre, ils oublient le grand changement qui s'est accompli dans les jours de Noé. il décrit, ensuite, sous le symbole du feu, les flots submergeants de troubles qui doivent sous peu surprendre le monde entier, renverser entièrement tous les gouvernements civils et ecclésiastiques [les cieux] et fondre complètement l'édifice social [la terre], produisant l'anarchie et le chaos social, jusqu'à ce que les nouveaux cieux [le gouvernement et pouvoir du Royaume de Dieu] soient entièrement établis, de même que la nouvelle [[178]] terre [la société organisée sur de nouvelles et meilleures bases d'amour, d'égalité et de justice]. Puis l'apôtre nous rappelle (verset 8) que ce jour de la présence du Seigneur, lequel l'Eglise a si longtemps espéré et attendu, est un jour de mille ans — le règne millénaire de Christ.

Au verset 10, il nous assure que aie jour du Seigneur viendra [grec heko] comme un voleur* [inaperçu, calmement, il sera présent tandis que quelques-uns se moqueront et battront les compagnons de service qui déclarent la vérité].” L'apôtre, alors, exhorte les saints à se séparer du monde, pour qu'ils ne soient pas entraînés par la politique, par l'amour de l'argent, etc., mais qu'ils mettent leurs affections dans des choses plus élevées. Il dit: Puis donc que, dans le plan de Dieu, les conditions terrestres présentes ne sont que temporaires et doivent bientôt se dissoudre pour céder la place à un meilleur ordre de choses, quels ne devez-vous pas être en sainte conduite et en piété? Attendant la présence [parousia] du jour de Dieu” — veillant aux témoignages [aux signes] qui prouvent qu'il estvenu.


 * Les anciens MSS. omettent ici les mots “ dans la nuit ”; de même Darby, Segond, Stapfer et Crampon.

Grâces soient rendues à Dieu, ses moyens providentiels sont si abondants que tous les hommes pieux qui attendent ce jour en auront connaissance avant que le feu du courroux éclate pleinement. Le Seigneur nous assure par l'apôtre Paul que pas un des enfants de la lumière ne sera laissé dans les ténèbres pour que ce jour le surprenne (1 Thessaloniciens 5 : 4). Aussi, bien que nous soyons déjà dans ce jour de la présence du Seigneur et au commencement du grand feu de la détresse, nous voyons justement les choses comme elles nous sont montrées en symbole (Apocalypse 7 : 1,2): la tempête est tenue en échec jusqu'à ce que les fidèles [[179]] enfants de Dieu soient “scellés au front”; c'est-à-dire jusqu'à ce qu'ils aient reçu une appréciation intelligente du temps, de la présence, etc. Cette intelligence ne servira pas seulement à les réconforter et à les protéger, mais sera aussi une marque, un sceau ou une preuve de leur filiation, comme cela est déjà indiqué par notre Seigneur, lorsqu'il promit que l'Esprit saint ferait connaître aux fidèles les “choses à venir.” — Jean 16 : 13.

Quelques-uns prennent au sens littéral les paroles de Pierre quand il dit: “Les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront”, ainsi que la description qui est faite en Apocalypse 6 : 14 des mêmes événements par un symbole d'une ressemblance frappante : “ Le ciel se retira comme un livre qui s'enroule”. Il semble cependant qu'un seul regard en l'air vers les myriades d'étoiles qui brillent à travers un espace de millions de kilomètres, n'ayant rien entre elles qui puisse être roulé ou prendre feu, devrait être un argument assez fort pour les convaincre de suite qu'ils ont eu tort de supposer que ces paroles de Pierre et de l'Apocalypse étaient littérales; cela devrait aussi les convaincre que leur attente d'un accomplissement au sens propre de ces paroles est tout à fait absurde.

Ainsi donc, Dieu a voilé pour le genre humain, sous des figures de trompettes, de voix, de feu, ses instructions (qui ne devaient pas être connues du monde, mais seulement des saints consacrés du petit troupeau) concernant la moisson, la présence du Seigneur, son royaume spirituel, etc.; il les arrangea toutefois de manière qu'au temps convenable elles en disent assez, et clairement, à la classe à laquelle l'instruction était destinée. Ces paroles: “C'est à vous qu'il a été donné de connaître les mystères du Royaume de Dieu; mais pour ceux qui sont dehors, tout se passe en paraboles [en figures et discours obscurs]”, s'adressent à la [[180]] même classe de consacrés, lors du premier comme lors du second avènement. Voilà pourquoi ceux-là mêmes qui ont la Bible devant eux, mais qui ne sont pas consacrés, ne peuvent réellement voir et comprendre. — Marc 4 : 11,12.

Le monde n'ignore pas les événements et les circonstances sans précédent des temps actuels, ni l'importance croissante qu'ils prennent chaque année; mais n'en voyant pas le grand résultat, ces choses ne font que remplir leur esprit de sombres présages de maux. Ainsi qu'il est prédit, ils sont dans la terreur en attendant les choses qui viennent sur la terre; car les puissances des cieux (les puissances qui gouvernent maintenant) sont déjà fortement ébranlées.

ENCHAINEMENT DES PROPHETIES

Dans le chapitre précédent, nous avons présenté la preuve claire et convaincante, montrant que les Temps des Nations ou leur bail de domination, expireront avec l'année 1914; qu'à ce moment-là, les nations seront toutes renversées* et le royaume de Christ pleinement établi. Il faut que le Seigneur soit présent, qu'il ait établi son Royaume et qu'il exerce son grand pouvoir afin de briser les nations comme le vase d'un potier; cela est clair, car c'est “dans le temps de ces rois”, avant leur renversement, c'est-à-dire avant 1914 — que le Dieu des cieux établira son Royaume (voir la préface à ce sujet) LEQUEL doit détruire et consumer tous les autres (Daniel 2 : 44). Aussi, en harmonie avec cela, nous voyons tout autour de nous des preuves d'un commencement de ce travail qui frappe, ébranle et renverse les pouvoirs actuels et prépare l'établissement du royaume “ qui ne sera jamais détruit ”, du solide gouvernement, qui “ subsistera éternellement ”.


 * Nous ne sommes pas informés combien de temps exigera l'exécution de ce renversement, mais nous avons des raisons de croire que cette période sera courte.

[[181]]

Le chapitre suivant présentera les preuves bibliques que 1874 fut la date exacte du commencement des Temps de Rétablissement et, partant, celle du retour de notre Seigneur. Depuis cette date il a réalisé sa promesse envers ceux qui étaient dans la bonne attitude de vigilance, savoir : “ Bienheureux ces serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera veillant ! Je vous le dis en vérité, il se ceindra, les fera mettre à table, et s'approchera pour les servir ” (Luc 12 : 37). Oui, c'est bien ainsi : il nous a ouvert les Ecritures, nous montrant la vérité concernant sa nature actuelle glorieuse, l'objet la manière, le temps de sa venue et le caractère de ses manifestations envers la famille de la foi et le monde. Il a attiré notre attention sur les prophéties qui nous situent d'une manière définie dans le cours des temps, nous faisant connaître l'ordre de son plan d'opérations pendant ce temps de la moisson. Il nous a montré tout d'abord que c'est une moisson des saints, un temps pour leur arrivée à entière maturité et pour leur séparation d'avec l'ivraie ; et, ensuite, que c'est aussi l'époque où le monde récoltera sa moisson de tourbillon, comme aussi le temps de vendange des grappes de la vigne de la terre et de foulage de la vendange clans la grande cuve de la colère du Dieu Tout-Puissant. Il nous a montré que ces deux récoltes (Apocalypse 14 : 1-4,18-20), se feront dans un espace de quarante ans, se terminant avec l'année 1914.

Le lecteur ainsi informé de ce que nous voulons prouver dans les chapitres qui suivront, ne doit pas cependant s'attendre à nous voir indiquer des passages de l'Ecriture dans lesquels ces matières et ces dates sont clairement écrites. Au contraire, il doit se souvenir que toutes ces choses ont été cachées par le Seigneur, de telle sorte qu'elles ne pouvaient être comprises ou appréciées avant que le temps convenable fût arrivé, et alors seulement par ses enfants fidèles et zélés qui estiment la Vérité comme étant plus précieuse que [[182]] les perles et qui la recherchent comme l'homme recherche l'argent. De même que pour l'argent, non seulement il faut creuser, pour trouver la Vérité, mais il faut de plus qu'on la raffine, qu'on la sépare des scories avant que sa valeur puisse être appréciée. Les choses exposées ici en peu de mots seront prouvées point par point ; tandis que beaucoup peuvent préférer accepter un récit sans prendre la peine de le vérifier par les Ecritures, cela ne doit pas être le cas pour le vrai chercheur de Vérité. Il doit autant que possible s'approprier chaque point, chaque argument et chaque preuve en puisant directement ses renseignements dans la Parole de Dieu, en relevant tous les rapports qui existent et en s'assurant ainsi lui-même de la vérité du compte rendu présenté.

S'il est vrai que le Seigneur pourvoit à la nourriture au temps convenable pour ses gens et que les serviteurs l'apportent aux croyants, il n'est pas moins vrai que pour être fortifié par ce moyen, chacun doit manger pour soi-même.

Mon œil peut voir l'éclat de la présence du Seigneur ;
Le voici foulant “ la cuve du vin de la fureur ”;
Je vois l'effet de sa prompte épée aiguë en lueur :
Notre Roi est en marche.

Je puis voir ses jugements venant par tout l'univers,
De gémissements et de signes sont remplis les airs ;
Je lis sa sentence dans les trônes branlants pervers ;
Notre Roi est en marche.

“ Les temps des nations ” cessent ; leurs rois ont eu leurs jours ;
Et quant aux pleurs, comme aux douleurs, ils s'en vont pour toujours,
Les saints du Lion de Juda vont régner sans détours :
Notre Roi est en marche.

Au son de la trompette, le Roi marche le premier.
Il va sonder tout cœur à son grand jugement dernier
Réjouis-toi, mon âme ! Sois prompte à le saluer :
Notre Roi est en marche.


 ÉTUDE VI

LE GRAND JUBILE DE LA TERRE

“Les Temps du Rétablissement de toutes choses”, prédits par Moïse. — La date de leur commencement est indiquée. — Ils ne peuvent commencer avant que le Grand Restaurateur soit venu. — Preuves données par la Loi. — Ces preuves sont corroborées par les témoignages  des prophètes. — Conclusions logiques qui en découlent, considérées séparément et ensemble. — Harmonie des indications présentes.

“ En VÉRITÉ, je vous dis : Jusqu'à ce que le ciel et la terre passent, un seul iota ou un seul trait de lettre ne passera de la loi que tout ne soit accompli ”. — Matthieu 5 : 18, Darby.

C'EST seulement lorsque nous reconnaissons le caractère typique des transactions de Dieu avec Israël que nous pouvons bien apprécier la merveilleuse histoire de ce peuple, ou comprendre pourquoi son histoire, de préférence à celle de tous les autres peuples,  fut écrite avec un soin si particulier par les prophètes et les écrivains du Nouveau Testament. Comme nous l'indiquent ces derniers, Dieu avait donné en Israël de  remarquables illustrations de ses plans pour l'Eglise et  pour le monde. Le service de son Tabernacle, si minutieusement prescrit dans la loi divine, avec ses victimes saignantes et toutes ses ordonnances spéciales, ses fêtes et ses jours saints, ses sabbats et toutes ses cérémonies, renvoyaient comme types aux antitypes bien plus grands, plus élevés et plus grandioses que ces ombres.

L'apôtre Paul nous assure que ces antitypes seront chargés de bénédictions pour le genre humain, lorsqu'il dit que la loi est l'ombre des “BONNES CHOSES à venir” (Hébreux 10 : 1 ; 8 : 5 ; Colossiens 2 : 17), tandis que [[184<]] notre Seigneur, dans Sa déclaration citée plus haut” nous assure que toutes les bonnes choses préfigurées auront leur sûr accomplissement.

Cependant en considérant des types, nous devrions éviter les erreurs de nombre de personnes qui, avec de bonnes intentions, lorsqu'elles commencent, à voir qu'il y a des types significatifs dans les Ecritures, vont à l'autre extrême et traitent chaque incident et chaque personnage de la Bible comme étant des types, et sont ainsi induites en erreur par pure curiosité et ingénuité. Nous ne nous plaçons pas sur un terrain si hasardeux, lorsque nous examinons les cérémonies de la loi judaïque qui ont été introduites comme devant servir spécialement de types et déclarées tels par les apôtres.

Nous ne pouvons pas plus passer à côté de ces types sans les considérer convenablement et étudier les leçons qu'ils enseignent, que nous ne pourrions perdre du temps en spéculations pour établir notre foi sur de simples conjectures.

Lorsque notre Seigneur dit que pas un iota ni un trait de la Loi ne passera sans qu'il ait son accomplissement, il ne parle pas seulement de l'accomplissement des obligations d'alliance pour tous ceux qui sont sous l'Alliance de la Loi, obligations qu'il accomplit pleinement lui-même en donnant sa propre vie et en mettant un terme à ses exigences pour eux en les satisfaisant complètement au prix de sa propre vie mais il entendait beaucoup plus que ceci, à savoir que toutes les bénédictions, exprimées en types dans la Loi, auraient leur sûr accomplissement sur une échelle antitype.

Dans toutes les cérémonies judaïques Dieu n'ordonna pas un seul type qui n'ait sa signification, ou qui ne doive s'accomplir ; l'observation de tous les types fut maintenue jusqu'à ce que leur accomplissement eût au moins commencé. Il fallait que tous les types se répètent continuellement jusqu'à ce que leur antitype ait [[185]] paru, vu que l'observation d'un type n'est pas son accomplissement. Celui-ci est atteint quand le type cesse, étant remplacé par la réalité, l'antitype.

Ainsi, par exemple, le sacrifice de l'agneau pascal eut son accomplissement dans la mort de Christ, l'Agneau de Dieu, et là commencèrent les bénédictions spéciales qui parvinrent aux premiers-nés antitypes, les croyants de l'âge de l'Evangile. Les bénédictions préfigurées dans ce type ne sont pas encore complètement accomplies, bien que leur accomplissement ait commencé avec la mort de Christ, notre agneau pascal. De la même manière, chaque cérémonie prescrite dans la Loi avait une signification typique. Le soin tout spécial avec lequel chaque détail des types fut exécuté pendant tout l'âge judaïque, accentue les paroles de notre Seigneur citées ci-dessus, que chaque point particulier, chaque iota et chaque trait, doit avoir son plein accomplissement comme chaque cérémonie de la Loi eut le sien.

Dans ce chapitre, nous nous proposons d'examiner cet aspect typique de la Loi Mosaïque, connu sous le nom de Jubilé et montrer qu'il fut institué pour préfigurer la grande restitution, le Rétablissement de l'humanité de sa chute, lequel doit s'accomplir dans l'âge millénaire ; que, par son essence, il fut une illustration de la restitution qui vient ; et que par la manière dont il est calculé, il fournit des indications de temps, qui, "si elles sont comprises et appliquées, montrent clairement le temps du commencement de l'antitype, “ le Rétablissement de toutes choses. ” — Actes 3 : 19-21.

Puisque le Jubilé était une partie de la Loi, et que la répétition ne s'accomplissait pas ; puisque notre Seigneur déclara que le type ne doit pas passer sans qu'il soit accompli, et que nous savons en outre que ce rétablissement de toutes choses, préfiguré dans ce type mosaïque et prédit par tous les saints prophètes depuis le commencement du monde, n'est pas encore arrivé, nous devons penser qu'il doit s'accomplir dans l'avenir.

[[186]]

L'ANNÉE DU JUBILE D'ISRAËL

L'année du Jubilé d'Israël était un sabbat de repos et de rafraîchissement pour le peuple comme pour la terre que Dieu leur avait donnée. D'une série de sabbats ou repos*, elle en était le principal. Israël avait un jour de sabbat chaque septième jour ; et une fois par an ces jours de sabbats-types atteignaient une gradation, c'est-à-dire un cycle de sept de ces sabbats ; ce cycle marquait donc une période de quarante-neuf jours (7x7= 49), qui étaient suivis d'un jour de Jubilé, le cinquantième jour (Lévitique 23 : 15,16), connu parmi les Juifs comme la Pentecôte. C'était un jour de réjouissances et d'action de grâce.


* Le mot “ sabbat ” signifie repos.

L'année de sabbat arrivait chaque septième année. Pendant cette année-là, la terre était consacrée au repos et rien ne devait être semé. Le point culminant de ces années sabbatiques [de repos] était atteint de la même manière que la Pentecôte, ou sabbat du cinquantième jour. Sept de ces années sabbatiques, embrassant une période de sept fois sept ans ou quarante-neuf ans (7x7= 49), constituaient un cycle d'années sabbatiques ; et l'année suivante, la cinquantième année était l'Année du Jubilé.

Examinons ce qui en est rapporté et remarquons comme ce récit est un type parfait du grand Millénium de Rétablissement.

Lorsque Israël entra en Canaan, le pays fut divisé entre eux par lots, selon leurs tribus et leurs familles. Mais après cela, leurs possessions individuelles pouvaient être accrues par le succès ou diminuées par l'adversité. Si un homme s'enfonçait dans les dettes, il pouvait être obligé de vendre une partie de sa propriété ou toute celle-ci et d'aller avec Sa famille dans la servitude. Mais Dieu avait pris les plus sages précautions pour les infortunés : II fit en sorte que de telles circonstances adverses aient une fin ; [[187]] que tous leurs comptes, crédits et dettes, n'aient de valeur que jusqu'à l'Année du Jubilé, époque où tout devait être affranchi des vieilles hypothèques, etc., pour débuter dans une nouvelle voie pour le terme de 50 années suivantes.*


* Un arrangement quelque peu semblable sous une Loi des faillites a été jugé opportun aux Etats-Unis, endossant ainsi le principe ci-dessus énoncé. Mais il ne s'ensuit pas pour cela qu'une annulation des dettes tous les 50 ans, et la forme juive, nous serviraient mieux que les méthodes d'aujourd'hui, parce que dans leur cas, le temps, les circonstances, etc., n'étaient pas spécialement pour eux-mêmes, pour leurs commodités et leurs circonstances, mais plutôt comme des figures et des leçons prophétiques relativement au plan de Dieu dans son futur développement.

Ainsi chaque cinquantième année, à partir du temps de leur entrée en Canaan, fut pour Israël une année de Jubilé, un temps de réjouissances et de restitutions, pendant lequel les familles brisées étaient réunies et les foyers détruits restaurés. Il n'y a donc rien d'étonnant que cela fut appelé un Jubilé. Si une propriété avait été vendue par suite de dettes, cette vente n'était considérée que comme une concession jusqu'à l'année du Jubilé ; et le prix qu'elle pouvait rapporter si elle était vendue était calculé selon que le Jubilé suivant était plus ou moins éloigné.

Le rapport de cette ordonnance est fait en Lévitique 25 : 10 à 15 comme Suit : “ Vous sanctifierez la cinquantième année, vous publierez la liberté dans le pays pour tous ses habitants ; ce sera pour vous le Jubilé ; chacun de vous retournera dans sa propriété, et chacun de vous retournera dans sa famille... Si vous vendez à votre prochain, ou si vous achetez de votre prochain, qu'aucun de vous ne trompe son frère. Tu  achèteras de ton prochain, en comptant les années depuis le Jubilé ; et il te vendra, en comptant les années de rapport.

[[188]]

Plus il y aura d'années, plus tu élèveras le prix ; et moins il y aura d'années, plus tu le réduiras...” Cet arrangement préparé par Dieu au moyen de leur conducteur et médiateur-type, Moïse, bien qu'étant une faveur bénie par lui-même, en préfigurait une bien plus grande que Dieu avait en vue ; la délivrance pour toute l'humanité de la dette du péché, de ses obligations et de Sa servitude, par Christ, notre Seigneur, !e plus grand Médiateur et Libérateur, que Moïse typifiait (Deutéronome 18 : 15). C'est ainsi que par des types Moïse écrivit de Christ et des bénédictions à venir par son moyen (Jean 5 : 46 et 1 : 46), du grand Rétablissement et du Jubilé à venir pour toute la race qui gémit maintenant sous la servitude de la corruption et l'esclavage du péché.

Si l'ombre apporta la joie au peuple-type, la substance, le vrai rétablissement causera une joie surabondante et sera en effet un grand Jubilé pour tout le peuple — le monde entier, Israël y compris, qui était typifié par ce peuple, de même que son sacerdoce représentait l'Eglise, la sacrificature royale. Si même nous n'étions pas renseignés d'une manière précise, que pourrait-il y avoir de plus raisonnable que de supposer que le même amour infini, qui pourvut au bonheur temporel d'Israël, peuple au cou raide, ne prenne beaucoup plus de dispositions pour le bonheur durable de tous les hommes que Dieu a tellement aimés qu'il les racheta pendant qu'ils étaient encore pécheurs ? Et nous faisons remarquer ici, ce que nous démontrerons plus pleinement ci-après, que si d'un côté Israël fut un type des croyants de l'âge de l'Evangile, d'un autre côté, il représentait tous ceux qui, dans tous les âges, croiront à Dieu et accepteront sa direction et c'est à ce point de vue que nous considérons maintenant les Israélites. Leur alliance, scellée avec le sang des taureaux et des boucs, était un type de la Nouvelle Alliance, scellée avec le précieux sang de Christ, par lequel la réconciliation du monde [[189]] doit être effectuée dans l'âge qui vient. Leur jour de réconciliation et ses offrandes pour le péché, quoique en type pour ce peuple et pour ses  péchés seulement, typifiaient les meilleurs sacrifices, et la propitiation réelle pour les péchés du monde entier. Mais remarquons que le Jubilé ne s'appliquait pas à la sacrificature d'Israël, (type de l'Eglise de l'Evangile), mais aux autres seulement, car il n'avait pas été donné de possession aux "sacrificateurs ; ils ne pouvaient donc en perdre ou en  recevoir en restitution de quelque façon que ce soit. Le Jubilé était pour tout le peuple, excepté pour la tribu des sacrificateurs, et par conséquent le Jubilé typifiait non pas les bénédictions qui doivent parvenir à l'Eglise,  la sacrificature royale, mais les bénédictions du Rétablissement, bénédictions terrestres, qui viendront en leur propre temps pour tous ceux parmi les humains * qui croiront à Dieu et lui obéiront.


* le Médiateur et celui qui ratifie la Nouvelle Alliance.

L'enseignement de ce type est en parfait accord avec ce que nous avons appris par notre examen du Plan Divin des Ages. Il montre clairement les Temps du Rétablissement de toutes choses dont Dieu a parlé anciennement par la bouche de tous ses saints prophètes. Moïse  fut l'un de ces prophètes ; il nous parle ici particulièrement du rétablissement qui doit venir, concernant le premier état de l'homme vendu au péché et sa liberté perdue depuis longtemps. Par la défaillance de nos premiers parents, tout fut perdu ; tous les droits furent confisqués, tous devinrent esclaves du tyran le Péché et furent incapables de se libérer eux-mêmes. Le cercle de famille fut tristement brisé par la servitude de la corruption, la mort. Béni soit Dieu pour le jour de la délivrance promis ! Le Jubilé est à la porte : bientôt les captifs de la Mort et les esclaves du Péché recouvreront leur premier état de virilité parfaite et leur premier héritage, la terre, le don de Dieu par Jésus-Christ, [[190]] Si dans l'Année-type du Jubilé de nombreuses libertés et bénédictions pouvaient être récupérées immédiatement, il est cependant fort probable qu'il fallait presque toute l'année pour remettre les affaires à leur place  et procurer à chacun une réinstallation complète dans toutes ses libertés, possessions et droits précédents.

Ainsi en est-il de l'antitype, l'âge millénaire du Rétablissement. Il commencera par des réformes radicales, par la reconnaissance de droits, de libertés et de possessions longtemps perdus de vue, mais l'œuvre de complète restauration, pour les obéissants, de tout ce qui fut perdu à l'origine, exigera tout cet âge de rétablissement, un millier d'années.

Il est certain qu'aucun antitype du Jubilé, répondant aux détails de ce type, n'est encore survenu ; cependant, forts de l'assertion de notre Seigneur, nous sommes également sûrs que le type ne pourrait pas passer sans qu'il soit accompli. Il est plus facile que le ciel et la terre passent, qu'il ne l'est qu'un seul trait de lettre de la loi vienne à tomber (Luc 16 : 17). Mais, visiblement, ce trait de la Loi est tombé. C'est un fait que le type, observé régulièrement chaque cinquantaine d'années aussi longtemps que les Israélites demeurèrent dans leur propre pays, ne le fut plus depuis leur captivité à Babylone. Il est donc évident que ce trait de la loi passa, sans même un commencement d'exécution. Que devons-nous penser en face de cette contradiction apparente des paroles du Seigneur ? Mais, est-ce réellement une contradiction ? Ou, est-ce qu'un antitype quelconque du Jubilé peut être découvert, commençant à l'époque où la dernière observance du jubilé type cessa ? Nous répondons oui ; un antitype clairement défini commença exactement à ce point de jonction, mais sur une plus grande échelle, comme c'est toujours le cas avec les antitypes. Nous voyons par l'accomplissement réel que les cycles, aussi bien que les [[191]] années de Jubilé dans lesquelles ils culminent, étaient compris dans le type; et que la même méthode employée pour indiquer le Jubilé-type (par élévation au carré) doit aussi être observée pour calculer le temps de l'antitype, le grand Jubilé de la terre. Lorsque le dernier Jbilé type fut observé et passa, le grand cycle commença à compter, dont la fin introduira le Jubilé-antitype ou l'âge du Rétablissement.

Nous avons déjà fait allusion à la méthode de compter les cycles : en multipliant les sept jours d'une semaine par sept (7x7= 49) cela indique le cycle conduisant à la Pentecôte, le Jour du Jubilé qui suivait, et en multipliant les sept ans d'une semaine d'année par sept (7x7= 49), on obtient le cycle qui aboutissait à la cinquantième Année de Jubilé. Si nous appliquons encore le même système, nous trouvons que pour atteindre le grand antitype que nous cherchons, il faut de la même manière élever au carré la période jubilaire autrement dit le cycle-antitype doit être calculé par la méthode du carré qui nous est enseignée ici, en multipliant la période du Jubilé-type (cinquante ans) par cinquante, de la même manière que nous l'avons atteinte en multipliant les sept années d'une semaine d'années par sept. — Lévitique 25 : 2-13.

Si nous suivons cette méthode de calcul divinement indiquée, elle découvre devant de merveilleux résultats, lesquels nous assurent que nous possédons la vraie clef et que nous nous en servons de la manière prévue par celui qui a fait cette cassette à trésors. Cinquante fois cinquante ans donnent la longue période de deux mille cinq cents ans (50 x 50 = 2500), comme étant la longueur du grand cycle qui commença à compter lorsque le dernier Jubilé-type d'Israël cessa, et c'est à sa clôture que commence le grand Jubilé-antitype. Nous savons qu'un tel cycle doit avoir commencé où le type cessa, parce qu'alors, si pas un iota ou un trait [[192]] de lettre de la loi ne peut passer sans qu'au moins un accomplissement ait commencé, le jubilé-type, qui était beaucoup plus qu'un iota ou un trait de lettre, qui était en effet un important trait de la loi, n'aurait pu être aboli avant le moment exact du commencement de son antitype. Il est évident que l'antitype du Jubilé ne commença nullement lorsque les Israélites cessèrent de l'observer, il est par conséquent certain que depuis lors un grand cycle commença à compter. C'est à partir de ce moment-là que le nouveau cycle commença, quoiqu'Israël et le monde en général ignorent le fait de la marche d'un grand cycle, aussi bien que celui du grand Jubilé-antitype qui doit le terminer. Il ne faut pas nous attendre à voir le grand Jubilé des Jubilés commencer après ce cycle, mais à le voir prendre, comme antitype, la place du cinquantième ou dernier Jubilé du cycle ; parce qu'un antitype ne succède jamais à son type, mais prend sa place à la même date. Il faut donc que la 2500° année, qui serait le grand 50" Jubilé, soit l'an titype, le vrai Jubilé ou Rétablissement. Mais au lieu de n'être que d'un an, comme dans le type, il durera plus longtemps ; il sera le début du grand Jubilé de mille ans, le Millénium. Il en a été ainsi pour l'accomplissement de chaque type dans lequel le temps était un élément. Ainsi, l'effusion de l'Esprit saint à la Pentecôte vint au jour-type de la Pentecôte, ou cinquantième jour, Christ, notre sacrifice pascal, mourut dans le jour même pendant lequel l'agneau type devait être immolé ; — un jour plus tôt ou un jour plus tard n'aurait pas convenu. De même ici, ce ne serait ni l'année avant, ni l'année après la 2500°, ou la fin du cycle-type, qui serait juste, mais c'est bien cette seule année, partant d'Octobre 1874, que doit avoir commencé l'antitype, ou les Temps du Rétablissement.

L'observance du type ne pouvait cesser jusqu'à ce que le grand cycle (50 x 50) commençât à compter. Le [[193]] point important dont il faut s'assurer est donc de savoir la date exacte où Israël observa pour la dernière fois son Jubilé-type. Une fois cette date définitivement établie, il devient très facile de compter le grand cycle de cinquante fois cinquante, ou deux mille cinq cents ans, et de localiser ainsi avec précision la date du commencement du grand Jubilé de la Terre, les Temps du Rétablissement de toutes choses.

Mais il ne nous faut chercher que les débuts de cette œuvre étonnante du rétablissement de toutes choses. Il ne s'accomplissait comparativement que peu de choses pendant les premiers jours de l'année du Jubilétype ; c'est pourquoi nous ne pouvons attendre que l'accomplissement de bien peu de choses dans les premières années de l'aurore du grand Jubilé Millénaire. Le premier travail de l'Année du Jubilé-type était naturellement de rechercher les possessions et les droits précédents et de s'assurer de ce qui leur manquait présentement. En prenant le parallèle de cela, nous devrions nous attendre à voir dans l'antitype justement ce que nous voyons se passer maintenant autour de nous ; car, comme nous allons le démontrer tout à l'heure, nous sommes déjà entrés dans la période du grand Jubilé-antitype et y sommes depuis Octobre 1874. Que voyons-nous autour de nous ? Nous voyons des recherches de la part des hommes sur leur héritage originel, donné par Dieu, sur ce qui y manque actuellement, sur leurs droits, etc. Beaucoup, dans leur ignorance et dans leur égoïsme, vont jusqu'à réclamer ce qu'ont les autres ; et ceux qui possèdent font d'autre part leur possible pour conserver tout ce qu'ils peuvent, ce qui amène disputes, controverses, grèves, conflits et lock-out, .avec plus ou moins de justice et d'injustice de part et d'autre. Tout cela sera finalement abandonné au verdict de Christ, de même que les disputes sous la Loi étaient réglées par Moïse et après Sa mort par ceux qui étaient assis dans [[194]] la chaire de Moïse (Matthieu 23 : 2). Ces conclusions fixées et ces attentes établies, recherchons la date que Dieu a évidemment cachée pour nous dans ce type, afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce (1 Corinthiens 2 : 12) et qui sont propres à être comprises maintenant.

Nous n'avons pas de récit biblique nous montrant directement l'observance des Jubilés-types par le peuple d'Israël et qui indiquerait lequel fut le dernier qu'il observa. Nous nous basons sur la date du Jubilé  qui précéda immédiatement la captivité de Babylone et les soixante-dix ans de désolation de leur pays, comme étant le dernier, et cela pour deux raisons : Premièrement, le dernier Jubilé ne peut avoir eu lieu après la désolation, parce qu'à ce moment-là le type dut sûrement cesser (disparut ou passa) ; car, le pays étant resté désert pendant soixante-dix ans et le peuple étant en captivité dans une terre étrangère, l'époque d'un jubilé avait dû arriver à un moment quelconque vers le milieu de ces 'soixante-dix années et passer sans être observé. Un coup d'œil suffit pour montrer que les ordres et les dispositions relatifs à l'Année du Jubilé ne pouvaient pas être observés pendant que, comme nation, ils étaient en captivité et que leur pays était désert. C'est pourquoi nous disons que le type disparut alors, ou bien avant cette interruption, mais en aucune façon après la captivité. Et au moment quelconque où l'observance du type cessa, le cycle du grand antitype doit avoir commencé à compter. Un seul arrêt dans l'observance du type indiquerait que le type avait cessé et que le cycle conduisant à l'antitype avait commencé. D'ailleurs Israël ne recouvra jamais le gouvernement absolu de son pays à partir de la captivité à Babylone : Israël et son pays ont été depuis lors continuellement sous la domination des Nations.

[[195]]

Secondement, dans toutes les captivités antérieures à celle-ci, il est évident que Dieu délivra les Israélites de leurs ennemis et les ramena dans leur pays assez à temps pour qu'ils puissent célébrer l'année du Jubilé, et la perpétuer ainsi comme un type jusqu'au temps où le grand cycle (50 x 50) commencerait à compter. Leurs précédentes captivités, bien que fréquentes, ne semblent jamais avoir duré plus de quarante ans, leur permettant ainsi, conformément à l'arrangement du Jubilé, de sortir librement et de faire que chaque homme revienne dans son héritage chaque Année Jubilaire. Au reste, si nous allons démontrer que le grand cycle,compté depuis le commencement des soixante-dix années de désolation sous Babylone, doit se terminer avec l'année 1875, il sera évident pour tous qu'il ne pouvait pas avoir commencé à une date plus ancienne, antérieure à cette captivité de Babylone. Car si nous reculons le cycle même d'un jubilé seulement, cela le ferait finir 50 ans plus tôt que 1875, c'est-à-dire en 1825 ; et sûrement, aucun âge Jubilaire de rétablissement n'a commencé à cette date.

Ainsi convaincus que le dernier Jubilé-type, à partir duquel compte le grand cycle (50 x 50), ne fut pas antérieur à la captivité de Babylone et ne pouvait lui être ultérieur ; que par conséquent celui qui précéda  immédiatement la captivité fut la dernière Année Jubilaire-type, et qu'à ce moment-là commença le grand cycle, nous procédons à l'établissement du temps exact de ce dernier Jubilé-type de la manière suivante :

Le système des, années sabbatiques s'identifiant avec leur pays, et avec leur héritage dans ce pays, le premier cycle de quarante-neuf ans, conduisant au premier Jubilé, doit commencer à compter au moment de  leur entrée en Canaan. Cette conclusion raisonnable est fournie positivement par les paroles de l'Eternel : “ Quand vous serez entrés dans le pays que je vous donne, [[196]] la terre se reposera [observera le système de sabbat] ce sera un sabbat en l'honneur de l'Eternel. Pendant six années tu ensemenceras ton champ, pendant six années tu tailleras ta vigne ; et tu en recueilleras le produit. Mais la septième année [depuis l'entrée dans le pays] sera un sabbat, un temps de repos pour la terre ” (Lévitique 25 : 2-4). Ainsi donc le cycle de sept fois sept ou quarante neuf ans (7x7= 49), commença à compter sur-le-champ et la cinquantième année après l'entrée dans le pays fut le premier Jubilé-type.*


 * Quelques-uns ont suggéré que comme il y avait eu six ans perdus en guerres avant que la division du pays ne fût terminée, le calcul des cycles du Jubilé ne pouvait commencer qu'après ces 6 années. Mais il n'en peut être ainsi, car ils entrèrent dans le pays lorsqu'ils eurent traversé le Jourdain ; la Parole de Dieu, qui fait autorité, dit : “ Quand vous serez entrés dans le pays ”, et non ; Quand vous aurez divisé le pays. Il fut divisé parcelle après parcelle durant les six ans, mais il n'entrèrent pas en possession de tout le pays durant ces six années, pendant un temps indéfini après cela, jusqu'à ce que leurs ennemis en eussent été chassés, ce qui en quelques endroits n'arriva jamais (Jos. 18 : 3 ; 17 : 12,13 ; 23 : 4,7,13,15). C'est pourquoi s'ils avaient attendu d'être en pleine possession de ce pays avant de compter les cycles ils n'auraient jamais commencé.

Nous reportant à la table chronologique nous voyons que 969 ans s'écoulèrent entre l'entrée en Canaan et les soixante dix ans de désolation.

De l'entrée en Canaan à la division du pays ... 6 ans
Période des Juges ... 450 ans
Période des Rois ... 513 ans
Total ... 969 ans

Nous pouvons connaître combien les Israélites observèrent de jubilés jusqu'à ce temps, en divisant 969 ans par 50 ; il y a 19 cinquantaines en 969 ans soit 19 jubilés avec un reste de 19 ans. Ce reste montre que le [[198]] 19ème ou dernier des Jubilés-types eut lieu juste 19 années avant le commencement des soixante-dix ans de désolation du pays, pendant qu'ils étaient en captivité à Babylone et neuf cent cinquante ans après leur entrée dans le pays.

C'est donc, par conséquent, exactement dix-neuf ans avant les soixante-dix ans de désolation de leur pays, à la clôture de leur dernier jubilé (le 19°), que le grand cycle de 2500 ans (50 x 50 = 2500) commença à compter ; on peut d'après cela calculer très facilement où finissent ces 2500 ans et, partant, où le grand Jubilé-antitype commença. Ainsi :

Du 19° ou dernier Jubilé au commencement de la désolation du pays ... 19 ans
Période de la désolation ... 70 ans
Depuis la restauration d'Israël par Cyrus jusqu'à la date connue comme l'an 1 de l'ère chrétienne ... 536 ans
Ce qui donne, du dernier Jubilé à l'an 1 ap. J.-C. ... 625 ans
Le nombre d'années nécessaires depuis l'an 1 pour compléter le cycle de 2500 ans ... 1875 ans
Ce qui donne depuis le dernier Jubilé observé un total de ... 2500 ans

Nous voyons donc que la deux mille cinq centième année commença au début de 1875, d'après le temps civil Juif (Lévitique 25 : 9), c'est-à-dire vers Octobre 1874. Ainsi, si le grand Jubilé n'était que d'une année, comme son type, il aurait commencé en Octobre 1874, à la fin des 2499 ans, et se serait terminé en Octobre 1875. Mais comme nous n'avons pas affaire avec le type, mais avec la réalité, ce ne fut pas une Année [[199]] Jubilaire, mais les mille ans antitypes du Rétablissement de toutes choses, qui commencèrent en Octobre 1874.

Nous voyons donc que non seulement le Jubile d'Israël préfigura clairement et avec force les Temps du Rétablissement de toutes choses, dont Dieu a parlé dès les siècles par la bouche de tous ses saints prophètes, mais que de même le mode de son calcul indique tout aussi clairement la date du commencement du Grand Jubilé de la Terre. Si nous n'acceptions pas ces conclusions, il nous faudrait croire, ce serait la seule alternative, que ce type a disparu sans accomplissement, malgré les assertions les plus positives de notre Seigneur que cela ne se peut, — qu'il serait plus aisé que le ciel et la terre passent qu'un seul iota ou un trait de lettre de la loi ne soit accompli (Matthieu 5 : 18). Nous acceptons les faits tels qu'ils sont ainsi divinement indiqués, quelques stupéfiantes que soient les conclusions que nous devions raisonnablement en tirer.

Mais quelles sont les conclusions raisonnables de ces enseignements de la Bible ? Examinons ce qui doit en résulter, au point de vue de la raison, et voyons si d'autres passages des Ecritures justifient ou contredisent ces conclusions. Premièrement, nous en déduisons que lorsque les Temps de Rétablissement doivent commencer, le grand Restaurateur doit aussi être présent. C'est là une déduction très raisonnable, mais elle devient plus qu'une déduction lorsqu'elle est appuyée par la parole positive et inspirée de l'apôtre qui dit : “ Afin  que viennent des temps [fixés] de rafraîchissement par la face * du Seigneur (Jéhovah), et qu'il envoie [[200]] Jésus-Christ, qui vous a été prêché d'avance, et que le ciel doit retenir jusqu'aux Temps du Rétablissement de toutes les choses dont Dieu a parlé de tout temps par la bouche de tous ses saints prophètes. — Actes 3 : 19-21 — Laus.


*le mot rendu ici dans certaines versions par présence n'est pas parousia, mais prosopon, et apo prosopon, rendu par de la présence, ne signifie pas comme résultat de la présence, mais plutôt hors de la face de. Cette pensée est commune pour nous et était beaucoup plus commune dans les pays orientaux, dans les âges lointains. Montrer la face était une marque de faveur, tandis que détourner sa face était un signe de défaveur. C'est ainsi qu'il fut écrit de notre Seigneur à son premier avènement : II était semblable à celui dont on détourne le visage ; c'est-à-dire : nous en avions honte et nous ne voulions pas le reconnaître. Ainsi, de même, Jéhovah ne peut pas voir le péché et cache sa face aux pécheurs. Maintenant, cependant, depuis que la rançon a été déposée, Jéhovah attend pour faire grâce jusqu'au temps fixé. Alors il ne dédaignera plus les hommes et ne les traitera plus comme pécheurs, détournant son visage d'eux ; mais il leur enverra du rafraîchissement de devant sa face, sa faveur ; il leur enverra Jésus, son agent dans le rétablissement de toutes choses. Nous trouvons la même pensée dans nos cantiques : p. ex. “ Dieu de grâce, que ta face luise en mon chemin ; etc. ”

C'est seulement par la force de cette déclaration inspirée que nous avons une preuve claire du fait que le temps fut convenable pour le second avènement de notre Seigneur lorsque les Temps du Rétablissement furent convenables pour commencer, c'est-à-dire en octobre 1874, comme cela est marqué par l'arrangement du Jubilé. Il semble évident, en effet, que le Jubilé, comme toutes les autres choses de cette dispensation, fut arrangé pour notre instruction à nous, que les fins des. âges ont atteints (1 Corinthiens 10 : 11). Une chose paraît claire : si elles ne sont pas pour notre profit à nous, ces choses ont été jusqu'ici presque sans utilité, car nous savons par les Ecritures que les Juifs n'ont jamais pleinement observé le type, même pendant les dix-neuf premiers Jubilés (Lévitique 26 : 35). Il n'y a pas de doute qu'il leur était presque impossible de restreindre leur amour des richesses. Ce type, comme toutes les prophéties et les types, avait été sans nul doute institué (ou arrangé — Trad.) pour jeter de la [[201]] lumière sur le sentier des justes, au moment où le besoin s'en ferait sentir — pour guider les pieds du corps de Christ.

Rappelez-vous ce qui a été démontré dans le chapitre précédent concernant la manière du retour de notre Seigneur et son apparition, de peur que vous ne vous heurtiez ici, à cause des idées erronées qu'on a sur ce point. Rappelez-vous que tels furent les jours de Noé, telle aussi sera la présence (grec : parousia) du Fils de l'homme. Car, comme aux jours d'avant le déluge..., ils ne connurent rien... telle sera aussi la présence du Fils de l'homme ” (Matthieu 24 : 37-39). Souvenez-vous aussi de ce que nous avons déjà recueilli de l'enseignement inspiré, que ceux seuls qui veilleront fidèlement à la sûre parole de la prophétie, aimant et attendant son apparition, seront capables de discerner sa présence en attendant qu'il la manifeste au monde, en flammes de feu exerçant la vengeance, dans le grand temps de détresse. Le fait que sa présence n'est pas connue et généralement reconnue par le monde, ou même parmi les chrétiens, n'est donc pas un argument contre cette vérité. Le monde ne croit pas aux prophéties et ne peut naturellement rien voir au moyen de leur lumière. Quant aux chrétiens tièdes (et c'est la grande majorité), ils ne prêtent aucune attention à la sûre parole prophétique ; il en est même beaucoup d'entre eux qui se disent veillants, qui lisent les prophéties à travers les lunettes teintées de vieilles erreurs longtemps chéries et avec leurs yeux misérablement obscurcis par les préjugés. Tous ceux-là devraient aller au Grand Médecin pour qu'il mette un peu de collyre d'humilité sur leurs yeux (Apocalypse 3 : 18), afin qu'ils se débarrassent à toujours des lunettes teintées du traditionalisme humain et de toutes les théories venant d'eux et des autres, qui ne s'harmonisent pas avec tous les témoignages de la Parole de Dieu.

[[202]]

Mais ni l'ignorance et l'incrédulité du monde, ni la tiède indifférence et les préjugés des soi-disant chrétiens, ne peuvent devenir des pierres d'achoppement pour les élus de Dieu, pour ceux qui avec la foi simple des enfants acceptent le témoignage de sa Parole bénie. Ceux-là ne peuvent pas trébucher ; il n'est pas non plus possible qu'ils soient trompés. Par leur foi et la direction de Dieu ils seront capables de tout vaincre. Ne craignez pas, précieux joyaux choisis par le Seigneur Lui-même ; levez la tête et réjouissez-vous, sachant que votre délivrance, votre exaltation et votre gloire approchent. Luc 21 : 28 ; 12 : 32.

Si les Temps de Rétablissement ont réellement commencé en octobre 1874, et si la seconde présence de notre Seigneur devait avoir lieu alors, il est raisonnable de s'attendre à ce que ceux qui veillent voient quelques indications distinctes de ce que les Ecritures expliquent devoir être le premier travail de sa présence, c'est-à-dire la moisson des fruits de l'âge de l'Evangile, le rassemblement de ses élus (en association mentale et en communion spirituelle), et au moins quelques pas préparatoires à l'établissement du Royaume de Dieu. Nous avons déjà indiqué brièvement quelques-unes de ces preuves ; mais il y a tellement à dire sur ce point qu'il nous faut réserver cela pour un chapitre suivant. La moisson de l'Eglise a déjà lieu en vérité ; le froment est sépare de l'ivraie et les affaires dans le monde s'adaptent rapidement d'elles-mêmes et se préparent à l'établissement durable du Royaume du Rédempteur.

Les signes prédits, de la façon et dans l'ordre exacts de leur prédiction, sont clairement manifestés à ceux qui veillent ; mais nous ne voulons pas nous arrêter à cela plus longtemps, parce que nous désirons étudier d'abord d'autres témoignages prophétiques. Il suffit de dire ici que, comme dans la moisson judaïque, la faucille de la moisson de cet âge est la vérité, et que les [[203]] messagers qui se servent de la faucille maintenant sont les disciples du Seigneur, quoique beaucoup d'entre eux, à présent comme alors, ne reconnaissent que bien imparfaitement l'importance de l'œuvre dans laquelle ils sont engagés.

PREUVES PROPHÉTIQUES CORROBORATIVÉS

A côté de la preuve forte et claire que nous venons de présenter, nous allons prouver maintenant par le témoignage prophétique que nous avons commencé au temps juste pour calculer le Grand Cycle (50 x 50). Notre Père céleste connaissait la crainte et le tremblement avec lesquels notre foi saisirait ces très grandes et précieuses promesses ; aussi a-t-il doublé la chaîne des preuves de la loi déjà si puissantes en y ajoutant le témoignage du prophète. Et notre cher Rédempteur et Seigneur qui nous tend cette chaîne et dont la présence nous est indiquée par ce témoignage, tout en venant vers nous à l'aurore matinale du Jour Millénaire, semble nous dire, comme il dit autrefois à Pierre (Matthieu 14 : 25-32) : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? Apprends que je suis un être spirituel, que je ne suis plus visible à la vue humaine. Je me révèle ainsi par la lampe de la Parole aux yeux de ton intelligence, afin que tu ne craignes point, mais que tu aies bon courage lorsque dans l'avenir je marcherai sur la mer orageuse des troubles sans pareils du monde. Rappelle-toi que c'est moi et ne "sois pas effrayé.

La corroboration prophétique vraiment merveilleuse que nous allons maintenant considérer est restée cachée dans toute sa simplicité jusqu'à ce que la connaissance et l'application du type du Jubilé dont nous avons parlé plus haut lui aient donné une signification.

Les soixante-dix ans, qu'on appelle habituellement les soixante-dix années de captivité à Babylone, sont appelés dans l'Ecriture les soixante-dix ans de désolation [[204]] du pays. Dieu avait prédit ainsi cette désolation par Jérémie le prophète : “ Tout ce pays sera un désert, une désolation... et servira le roi de Babylone soixante-dix ans ” (Jérémie 25 : 11). “ Car ainsi dit l'Eternel :  Lorsque soixante-dix ans seront accomplis pour Babylone, je vous visiterai, et j'accomplirai envers vous ma bonne parole, pour vous faire revenir en ce lieu ” (Jérémie 29 : 10). Dans 2 Chroniques 36 : 17-21 l'accomplissement de cette prophétie est raconté ; la raison pour laquelle il y avait juste soixante-dix ans et pourquoi le pays avait été complètement désolé est rapporté en ces termes : “ L'Eternel fit monter contre eux: le roi des Chaldéens [Nébucadnetsar, le roi de Babylone...] Il emmena captifs à Babylone ceux qui échappèrent à l'épée ; et ils lui furent assujettis, à lui et à ses fils, jusqu'à la domination du royaume de Perse, afin que s'accomplit la parole de l'Eternel prononcée par la bouche de Jérémie : “ Jusqu'à, ce que le pays eût joui de ses sabbats, il se reposa tout le temps qu'il fut dévasté, jusqu'à l'accomplissement de soixante-dix ans ”.

Nous voyons d'après cela qu'Israël avait manqué à l'observance convenable des années sabbatiques, dont les principales étaient les Jubilés. C'était certainement une épreuve sévère d'obéissance envers le Roi céleste, pour un peuple si adonné à l'avarice, que de lui commander de laisser la terre se reposer, de restituer aux anciens propriétaires la terre acquise et possédée pendant des années et de rendre la liberté aux esclaves, si l'on a égard surtout à ceci : que cette obéissance n'était pas forcée, mais simplement recommandée. Dieu les avait prévenus par Moïse que s'ils étaient désobéissants aux lois envers lesquelles ils s'étaient engagés comme nation, il les punirait pour cela. Dans le même chapitre où il leur parle des sept temps de châtiment sous le gouvernement des nations, il leur dit aussi que s'ils négligeaient d'observer les années de sabbat, ils en [205]] seraient punis par la désolation de leur pays. (Et c'est un fait que les soixante-dix ans de désolation furent aussi le commencement des sept temps des Gentils, [ou nations — Trad.] comme nous l'avons déjà montré). L'Eternel parle ainsi dans sa menace : “ Votre pays sera dévasté et vos villes seront désertes. Alors le pays jouira de ses sabbats, tout le temps qu'il sera dévasté et que vous serez dans le pays de vos ennemis ; ... parce qu'il ne s'était pas reposé dans vos sabbats pendant que vous l'habitiez. — Lévitique 26 : 33-35,43.

Dieu toléra pour un certain temps leur superficielle et demi-obéissance ; mais finalement il les éloigna entièrement de leur pays, le laissant désolé et sans habitants, lui donnant le nombre complet de ses années de Jubilé, non seulement en tenant compte de celles qu'ils avaient imparfaitement observées, mais aussi du nombre entier de celles qui devaient s'écouler selon son arrangement jusqu'au Jubilé antitype, aux Temps du Rétablissement ou l'âge millénaire.

Puisqu'il est prouvé que le nombre entier des Jubilés-types désignés pour précéder l'antitype doit être de soixante-dix, il nous est fourni un autre moyen de calculer le moment où l'antitype doit commencer. Le calcul de cette donnée prophétique, concernant le nombre entier des Jubilés est simple et facile ; et comme nous pouvons nous y attendre, ses résultats s'accordent exactement avec ceux que nous avons déjà obtenus  par la méthode de calcul fournie par la Loi.

Le nombre entier des Jubilés étant soixante-dix, et dix-neuf de ceux-ci n'ayant été observés qu'à moitié par Israël avant la désolation, il s'ensuit que le reste, les cinquante et un, indique la période qui doit s'écouler entre le dernier Jubilé qu'Israël observa imparfaitement et le grand antitype. Mais il y a ici une différence dans la manière de compter. Dans le calcul fait d'après la Loi, nous comptions les cycles à venir, aussi bien que [[206]] les cycles passés, comme étant des cycles de quarante-neuf années en y ajoutant la cinquantième comme Année du Jubilé ; car la loi montre les choses comme elles auraient eu lieu si Israël les avait exécutées convenablement. Mais la prophétie rapporte les choses comme elles se passeront véritablement. Rappelons-nous que nous examinons maintenant les déclarations prophétiques, que par conséquent nous devons calculer ces cycles comme ils ont eu lieu — des cycles de quarante neuf ans, sans jubilés ; parce qu'Israël n'observa point de jubilé depuis le dix-neuvième. Les dix-neuf premiers cycles eurent leur année de jubilé, mais les cinquante et un suivants n'en eurent aucun ; nous devons donc calculer cinquante et un cycles de quarante-neuf ans chacun, ou 2499 ans (49 x 51 = 2499), du dernier Jubilé-type d'Israël à l'antitype. Ce calcul, bien qu'entièrement distinct des autres, finit exactement en octobre 1874 comme par la méthode de calcul fournie par la Loi et examinée tout d'abord.

Présentons cette dernière preuve sous une autre forme, pour le profit de quelques-uns : Le nombre entier de cycles de jubilés que Dieu avait ordonnés était de soixante-dix, ainsi que cela est démontré dans ce qui a été écrit clairement sur la raison des soixante-dix ans de désolation de leur pays. Dans ces soixante-dix Jubilés étaient compris ceux qu'Israël avait observés imparfaitement et que nous avons vu être au nombre de 19, aussi bien que tous les cycles qui devaient suivre jusqu'à l'antitype. Calculons maintenant tous ceux-ci depuis leur début à l'entrée en Canaan et voyons où ils finissent.

19 cycles de 50 ans chacun avec leurs jubilés.... 950 ans
51 cycles de 49 ans chacun sans jubilés.......... 2499 ans
70 cycles couvrent donc une période de.......... 3449 ans

[[207]]

Cette période de 3449 ans, calculée depuis l'entrée en Canaan, finit comme la précédente, en octobre 1874 et se décompose ainsi :

[[208]]

TABLE CHRONOLOGIQUE

De l'entrée en Canaan à la division du pays....     6 ans
Période de Juges jusqu'au roi Saùl........ 450 ans
Période des Rois....... 513 ans
Période de désolation.......   70 ans
De la restauration à (l'an 1 de notre Seigneur   536      
Nombre total d'années avant la date connue comme l'an 1 de notre Seigneur. _______    
1575 ans
Depuis l'an 1, pour compléter la période ci-dessus de 3449 ans,               
il faut 1874 années entières qui se termineront en octobre               
(méthode juive de calcul).............. 1874 ans
La période des 70 cycles, montrée ci-dessus, depuis le commencement du système                
jubilaire dès l'entrée en Canaan, jusqu'au commencement de l'antitype, du Grand                
Jubilé, ou des Temps du Rétablissement, commença en octobre 1874 ap. J. C _______    
3449 ans

Si ces données sont acceptées comme étant d'arrangement divin, la conclusion logique est facile à déduire. Si elles ne furent pas divinement arrangées, d'où vinrent-elles ? Nous ne les mettons pas dans la Parole inspirée ; nous ne faisons simplement que les trouver en elle, dans toute leur simplicité et leur beauté, et comme toute l'autre riche et précieuse nourriture en dépôt et que Dieu nous sert maintenant selon sa promesse (Luc 12 : 37), celle-ci est de la vraie nourriture solide qui n'est pas donnée spécialement pour les enfants en Christ, mais pour ceux qui sont plus développés, pour ceux qui ont les sens exercés (Hébreux 5 : 14) pour discerner et apprécier cette nourriture maintenant “ du temps convenable”. Si ce n'est pas par arrangement divin et pour notre instruction, quels sont le comment et le pourquoi de ces deux preuves qui se mesurent [[209]] et se corroborent si parfaitement l'une l'autre . Pour bien nous convaincre de leur arrangement divin, nous devons remarquer que ces soixante-dix années de sabbat de désolation ne peuvent être placées en aucun autre lieu et d'aucune autre manière pour s'harmoniser avec le cycle (50 x 50) du Grand Jubilé. Essayez-le.

Prouvez-le. Supposez, si vous voulez, une erreur ou un changement d'une unité dans les dix-neuf jubilés observés par Israël. Supposez qu'au lieu de 19, 18 seulement (un de moins), ou 20 (un de plus) se soient écoulés avant que les soixante-dix ans de désolation aient commencé.  Calculez et vous verrez que ces deux lignes de preuves qui s'accordent si parfaitement dans le témoignage que 1875 (commençant en octobre 1874) est la date du commencement des Temps du Rétablissement — comme aussi la date à partir de laquelle nous pouvons savoir que les cieux ne retiennent plus notre Seigneur, le grand Restaurateur — ne peuvent être unies d'aucune autre manière, sans leur faire violence ainsi qu'à la chronologie et à d'autres prophéties qui sont encore à examiner.

Si ces prophéties de temps enseignent quelque chose c'est bien le fait que le Grand Jubilé, le Temps du Rétablissement de toutes choses, est commencé et que nous sommes déjà à l'aurore de l'âge Millénaire, aussi bien que dans la moisson de l'âge de l'Evangile — âges qui se superposent et marchent parallèlement pendant quarante ans * le jour de la colère. Nous nous sommes déjà avancés de quatorze ans [en 1889 - Trad.] dans ce jour de la colère de quarante années ; les préparatifs pour la lutte progressent rapidement. Les vingt-six ans qui sont encore à venir suffiront amplement pour l'accomplissement de “ toutes les choses écrites ”.


* [Quatre-vingts : 40 ans de Parousie + 40 ans d'Epiphanie — Trad.].


[[210]]

Qu'aucun lecteur ne se hâte de conclure qu'il n'y a pas de preuves autour de nous de l'approche du Rétablissement et que le Soleil de justice ne dore pas déjà les tours de garde de Sion et n'illumine le monde. Nous voudrions au contraire qu'il réfléchisse et se rappelle que nous sommes déjà dans le jour où les choses cachées sont rendues manifestes ; qu'il se souvienne que le premier travail de Rétablissement est fort à propos un renversement de l'édifice vieux et ruiné qui occupe la place que le nouveau doit prendre. Rappelons-nous que le premier travail du plus doux des médecins est souvent d'élargir les blessures pour les nettoyer et de faire les amputations nécessitées par l'état du patient, afin d'obtenir une guérison complète.  Il est inutile d'ajouter qu'une telle opération ne peut se faire sans douleurs pour celui qui en est l'objet et qu'il l'apprécie rarement. Il en est de même de l'œuvre du grand Médecin, du Restaurateur, de Celui qui donne la Vie : il blesse pour guérir ; et la détresse, le criblage, par lesquels passent l'Eglise et le monde sont les coups de lancette et de purification nécessaires et un des moyens les plus importants du travail de Rétablissement.

Dans le type, lorsque l'Année du Jubilé commençait, la trompette du jubilé devait sonner d'un bout du pays à l'autre, pour proclamer la liberté à tous ses habitants (Lévitique 25 : 10). L'antitype est introduit par le son de la Septième Trompette (symbolique), la trompette de Dieu, la “ dernière trompette ”. Elle est en effet la grande trompette ; elle annonce la liberté à tous les captifs ; et si tout d'abord elle signifie l'abandon ou la reddition de beaucoup de prétentions et privilèges expirés, et un temps de troubles et de désordres, un déplacement des usages, des habitudes, etc., sa pleine signification, lorsqu'elle est bien comprise, est “ une bonne nouvelle de grande joie qui sera pour tout le peuple.

[[211]]

Au début du tumulte, chacun de ceux qui entendent la Trompette du Jubilé de la nouvelle dispensation est forcément frappé par l'un de ses divers traits et ne fait pas attention aux autres. L'un voit l'utilité d'une réforme gouvernementale et la demande ; l'autre l'abolition des armées permanentes et de leurs taxes lourdes et écrasantes. Un autre demande que les titres de noblesse soient abolis et que chaque homme soit reconnu par ses propres qualités. D'autres encore crient à l'abolition de la propriété, réclament que la propriété foncière soit comme au commencement accordée selon les besoins, la capacité et la bonne volonté de s'en servir. D'autres demandent des réformes de tempérance et par des lois de prohibition et d'autres lois, par des Sociétés de Loi et d'Ordre, cherchent à enchaîner ce grand mal et commencent à restreindre les hommes qui, par amour de l'argent, cherchent à séduire, asservir et détruire leur prochain, en s'engraissant et en vivant dans l'abondance à ses dépens. D'autres établissent des sociétés humanitaires contre la cruauté pour empêcher ceux qui sont habiles de faire tort aux créatures faibles et sans appui. D'autres forment des sociétés pour supprimer le vice et la littérature démoralisante. D'autres forment des sociétés contre la fraude, pour enquêter sur l'altération des denrées et découvrir, poursuivre et punir ceux qui, par amour d'un gain plus élevé, falsifient la nourriture jusqu'à la rendre nuisible à la santé. Des lois sont faites pour protéger la vie et la santé du peuple. Les mineurs, quoiqu'il en puisse coûter, doivent avoir un air pur, ainsi que deux issues pour échapper en cas d'incendie. Des lois publiques prennent soin des ouvriers trop faibles pour s'aider eux-mêmes ou pour choisir leur lieu de travail. Ils ne peuvent plus être payés selon le bon plaisir des patrons, et avec des bons d'épicerie ; mais la loi exige maintenant que le paiement ait lieu au moins toutes les deux semaines et en argent comptant.

[[212]]

Ils ne peuvent plus être entassés dans des bâtiments où en cas d'incendie, ils seraient exposés soit à être brûlés vifs, soit à rester estropiés pour la vie en sautant. Des “ issues de secours ” sont obligatoires ; de sorte que le patron est rendu responsable et peut être puni par des amendes, des indemnités ou l'emprisonnement, si la mort ou des blessures surviennent par le fait de son insouciance. De riches corporations ou associations telles que celles des chemins de fer ou des compagnies de navigation, sont tenues de sauvegarder la vie et les intérêts des gens, du pauvre aussi bien que du riche. Ces réformes sont le résultat du réveil du peuple par la Trompette du Jubilé de la connaissance et de la liberté; il ne faut pas les attribuer simplement à la bienveillance de la part de la classe la plus favorisée. Car si tous ceux de la classe favorisée ou riche qui ont de la bienveillance et ceux qui aiment la justice peuvent se réjouir et se réjouissent de ces commencements de réformes, d'autres — et c'est la majorité — ne cèdent à la nécessité qu'avec regret. Il est vrai que de telles lois et de telles institutions ne sont ni parfaites, ni universelles ; mais ces commencements, que nous remarquons, réjouissent nos cœurs et donnent la preuve de ce qui peut être espéré pour le relèvement des humbles et des petits et pour l'abaissement des orgueilleux, lorsque les dispositions du Jubilé opéreront pleinement. Toutes ces choses sont des parties du mouvement de réformes introduisant le Grand Jubilé de la Terre; s'il a été demandé beaucoup et si graduellement beaucoup de concessions ont été faites, les rois, les empereurs et les reines des systèmes politiques, sociaux, ecclésiastiques et financiers, ne se soumettront cependant pas au grand nivellement de Jubilé, ou Restitution, sans une lutte acharnée; c'est ce que les Ecritures indiquent comme étant imminent ce qui, bien que pénible, est cependant nécessaire et doit finalement servir au bien.

[[213]]

L'esprit de “liberté dans le pays, pour tous” (Lévitique 25 : 10) est quelquefois porté à un point déraisonnable par les ignorants et les fougueux; mais tout cela fait néanmoins partie de la grande fièvre inévitable du Jubilé, occasionnée par l'ignorance et l'oppression du passé. Personne, en dehors du “petit troupeau ”, n'est pleinement et correctement informé de ce qui concerne le grand dessein du Rétablissement. Ces consacrés distinguent les moindres changements, le redressement des plus petites affaires des hommes ; mais ils voient aussi ce qui ne peut être vu que par la Parole de Dieu, que le grand tyran, le Péché, doit être dépouillé de son pouvoir, que la grande prison de la Mort doit être ouverte et qu'un acte de libération sera présenté à chaque prisonnier, —signé avec le précieux sang de l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde, le grand Rédempteur et Restaurateur. Ce sera en effet une bonne nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d'une grande joie, non seulement pour les vivants, mais aussi pour ceux qui sont dans leur sépulcre. Avant la fin de ce Grand Jubilé chaque être humain pourra devenir entièrement libre, — retourner au premier état de l'homme, “ très bon ”, recevant de nouveau par Christ tout ce qui avait été perdu en Adam.

La SEPTIEME TROMPETTE

Trompette, porte au loin
L'annonce solennelle ;
Par le monde, en tout coin,
Qu'on sache la nouvelle :
L'an jubilaire qui commence
Rend aux sauvés leur résidence.
Prêtre Grand, Souverain,
Son œuvre fut complète ;
Chargés, prenez sa main !
Contrits, soyez en fête !
L'an jubilaire qui commence
Rend aux sauvés leur résidence.
Louez l'Agneau de Dieu
Vous qu'il réconcilie
Son sang qui fut l'enjeu
Au monde entier publie :
L'an jubilaire qui commence
Rend aux sauvés leur résidence.
Vous, les vendus pour rien
Et privés d'héritage,
Rentrez dans votre bien,
Jésus en est le gage :
L'an jubilaire qui commence
Rend aux sauvés leur résidence.
Ecoutez tous d'en-haut
La septième trompette ;
Le salut vient bientôt,
Christ soit votre retraite :
L'an jubilaire qui commence
Rend aux sauvés leur résidence.

ÉTUDE VII

LES DISPENSATIONS PARALLELES

L'âge judaïque, type de l'âge évangélique. — Parallélisme ou correspondance remarquable entre les deux dispensations. — Elles sont distinctes. — Supériorité de l'époque chrétienne, l'antitype. — L'Israël charnel et l'Israël spirituel contrastés. — Examen des parallèles les plus remarquables. — Les parallèles de temps spécialement examinés. — Période de faveur de l'Israël charnel. — Epoque du retrait de cette faveur. — La prophétie montre que la période de défaveur est égale à la période de faveur. — Témoignage apostolique montrant que leur temps de défaveur est la période pour le haut-appel de l'Israël spirituel. — La durée de l'âge de l'Evangile est ainsi indiquée indirectement, mais clairement. — L'harmonie de la chronologie de la Bible, du témoignage du Jubilé, des temps des nations et d'autres prophéties, avec les leçons de ces parallèles est irréfutable, décisive et satisfaisante.

DANS les chapitres précédents, nous avons signalé le fait du caractère typique des relations de Dieu avec la nation d'Israël ; bien peu cependant ont une conception exacte de ce fait. Beaucoup ont observé sans doute que les apôtres, et particulièrement Paul, en instruisant l'église chrétienne, faisaient fréquemment certaines allusions à des traits frappants des types et antitypes dans les dispensations juive et chrétienne.

Mais en étudiant attentivement les enseignements de l'apôtre, nous montrerons qu'il ne se sert pas seulement de quelques illustrations de l'économie judaïque, mais que dans sa grande dialectique (laissant de côté les “traditions des anciens” qui n'appartenaient pas à ce système), il évoque le système judaïque tout entier, comme étant d'institution divine et montre que dans [[2l6]] tous ses détails il fut un type de la dispensation chrétienne alors naissante, il trace très clairement la marche de l'église chrétienne pendant l'âge de l'Evangile, en même temps que son œuvre glorieuse durant l'âge millénaire.

Beaucoup présument que l'âge judaïque et l'âge chrétien ne font qu'un et que le Seigneur a commencé l'élection de l'église chrétienne dès le début de l'existence humaine. C'est une sérieuse erreur qui voile plusieurs vérités et empêche d'en avoir une compréhension claire et exacte. Jésus fut la tête et le précurseur de l'Eglise chrétienne qui est son corps (Ephésiens 5 : 23; Colossiens 1 : 24); par conséquent, personne ne l'a précédé comme membre de l'Eglise. Car si quelqu'un l'avait précédé, il ne pourrait pas en être appelé le précurseur. L'appel céleste” pour devenir co-sacrificateurs et cohéritiers avec lui n'avait pas été publié dans les autres âges (Ephésiens 3 : 2,5,6). Les hommes de bien qui ont vécu et sont morts avant le dépôt de notre rançon par le précieux sang ne savaient rien de ce “ haut appel”. Et puisque les dons et les appels de Dieu sont des faveurs imméritées, Il n'a été fait aucune injustice à ceux des âges passés, en ne leur offrant pas la même faveur. L'appel et la faveur pour ceux des âges passés, comme pour ceux de l'âge à venir,  étaient et seront les honneurs et la gloire terrestres, et la vie éternelle comme êtres [humains] terrestres; tandis que l'appel et la faveur de l'âge de l'Evangile sont pour les honneurs et la gloire célestes, pour un changement de nature, de l'humaine à la divine, et pour la puissance, l'honneur et la domination au ciel et sur la terre... comme cohéritiers et co-ouvriers de Christ. Comme l'Eglise ainsi appelée, séparée du monde et développée durant cet âge-ci, sera durant l'âge à venir l'agent de Jéhovah pour l'exécution pleine et entière de son grand plan des âges — lequel ne concerne pas seulement les [[217]] intérêts de l'humanité, mais aussi de toutes les créatures dans les cieux et sur la terre, — les préparations faites dans les âges passés pour son éducation et son instruction ont été merveilleuses. Non moins merveilleux a été le soin avec lequel ces membres, appelés à être héritiers de la gloire divine, ont été durant cet âge  instruits, disciplinés, guidés et protégés à travers le long, étroit et difficile chemin, ouvert premièrement  par leur Seigneur et précurseur, dont ils doivent suivre les traces d'après l'exemple qu'il leur laissa. — 1 Pierre  2 : 21.

Notre Seigneur employa les trois ans et demi de son ministère à rassembler hors d'Israël, à instruire et enseigner le petit nombre de disciples qui devaient former le noyau de l'église chrétienne. Quand il fut sur le point de les laisser seuls dans le monde, il leur promit le saint Esprit qui devait, durant l'âge tout entier, guider l'Eglise dans toute la vérité, lui montrer les choses à venir et lui rappeler à la mémoire ce qu'il leur avait enseigné; cette promesse commença à se réaliser à la Pentecôte. Il est aussi écrit que les anges sont des esprits envoyés pour exercer un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter de ce grand salut  Hébreux 1 ; 14) et pour qui notre Seigneur a un soin tout spécial jusqu'à la fin de cet âge (Matthieu 28 : 20). Tous les écrits des apôtres sont adressés à l'Eglise, non pas au monde, comme beaucoup semblent le croire, et sont remplis d'enseignements spéciaux, d'encouragements et d'exhortations nécessaires seulement aux saints qui, durant cet âge, marchent dans le chemin étroit. Il en est de même pour l'Apocalypse que Dieu donna à notre Seigneur après son entrée dans la gloire et qu'il a envoyée et signifiée [signifiée — annoncée par des signes, des symboles, etc.] à son Eglise par Jean son serviteur (Apocalypse 1:1). Nous sommes aussi informés que les prophéties, données autrefois par les saints [[218]] hommes de Dieu, ne l'étaient pas pour eux-mêmes, ni pour d'autres de leur temps, mais exclusivement pour l'instruction de l'église chrétienne. — 1 Pierre 1 : 12.

Nous nous proposons de montrer, dans ce chapitre, que durant l'âge judaïque entier toute la nation juive fut engagée, sans le savoir, sous la direction de Dieu, pour fournir en vue de notre instruction, une vue typique du plan de salut dans toutes ses opérations; de la même manière que nous venons de voir ses jubilés indiquer la consommation finale de ce plan par la bénédiction de toutes les familles de la terre. C'est en puisant à ces provisions de vérités, dont Dieu a si abondamment et si spécialement pourvu l'Eglise, que nous sommes nourris par l'Esprit de Dieu et conduits graduellement à une compréhension de plus en plus grande de son plan, aussi rapidement que cette connaissance nous devient nécessaire. Dans ce temps de “moisson”, à la consommation de cet âge, Dieu tire abondamment de ces grandes provisions la lumière et la nourriture spéciales qui nous sont nécessaires. Combien cette connaissance doit être importante pour nous aux yeux de Dieu et avec quelle ardeur devrions-nous en profiter en considérant que les soins de Dieu et ses abondantes provisions ont été pour l'église chrétienne avant tout autre peuple des âges passés et à venir!

Nous ne pouvons entrer ici dans un examen détaillé des traits typiques des relations de Dieu avec Israël, tels qu'ils sont renfermés dans le tabernacle, le temple, les ordonnances, les sacrifices, etc., nous voulons maintenant attirer l'attention spéciale sur quelques-unes des premières et principales esquisses de correspondance entre les dispensations judaïque et chrétienne comme type et antitype; car tout ce dont l'église chrétienne fait actuellement l'expérience et ce qu'elle accomplit, l'église judaïque l'a préfiguré. Et beaucoup de ces traits de correspondance sont parallèles [[219]] non seulement dans leur caractère, mais aussi quant au temps pertinent de l'événement. Nous trouvons même des correspondances indiquées par les Ecritures tant dans leur histoire nationale que dans l'histoire particulière de nombreuses personnalités de cette nation. Il y a longtemps que des penseurs chrétiens en ont remarqué quelques-unes, tandis que d'autres ont été entièrement négligées. Un champ magnifique et fertile d'études et de pensées s'ouvre ici devant nous.

Paul appelle l'église judaïque “ Israël selon la chair” et l'église chrétienne l'Israël de Dieu (1 Corinthiens 10 : 18 ; Galates 6 : 16). Nous pouvons donc les désigner en toute justice par les noms d'Israël charnel et d'Israël spirituel. Le plan plus élevé de la maison spirituelle est aussi indiqué par l'apôtre, lorsqu'il parle d'Israël charnel comme d'une maison (famille) de serviteurs et d'Israël spirituel comme d'une maison de fils (Hébreux 3 : 5,6 ; Romains 8 : 14). La maison charnelle fut les serviteurs honorés de la maison spirituelle, de plusieurs manières, mais surtout en ce que, selon l'arrangement de Dieu, ils fournirent inconsciemment par leurs actes des illustrations vivantes des choses spirituelles qui bénissent et éclairent grandement si elles sont étudiées et observées soigneusement.

Il y eut dans les deux cas, aux yeux de Dieu, un Israël nominal et un Israël réel, même s'ils apparaissaient n'être qu'un seul aux yeux des hommes; la distinction entre le nominal et le réel ne put être faite clairement qu'à la fin du temps de moisson de leurs âges respectifs, lorsque la vérité, propre à être mise en évidence, les manifesta et accomplit la séparation de ceux qui sont d'Israël réel d'avec ceux d'Israël nominal. Paul dit en parlant de la maison charnelle: '(TOUS ceux qui sont [nominalement parlant] d'Israël ne sont pas Israël” (Romains 9 : 6) ; notre Seigneur reconnut le même fait, lorsqu'il dit de Nathanaël : “Voici un [[220]] véritable Israélite en qui il n'y a point de fraude”. De même lorsqu'au temps de la moisson il sépara le réel du nominal et appela le premier du blé précieux et l'autre de la simple balle — bien que le blé ne fut qu'une poignée, comparativement à la balle qui comprenait à peu près toute la nation. Les membres nominaux, et les membres réels d'Israël spirituel de l'âge de l'Evangile sont indiqués par une figure semblable et dans une  proportion similaire; et leur séparation aussi se fait au temps de la moisson, à la fin de l'âge évangélique. Alors seulement le blé, en nombre comparativement restreint, un “petit troupeau” — sera séparé des masses d'Israël spirituel, nominal, tandis que la grande majorité étant de l'ivraie et non du blé réel, sera rejetée comme étant indigne de la principale faveur à laquelle elle avait été appelée, et ne sera pas comptée parmi les joyaux du Seigneur — Romains 9 : 27 ; 11 : 5 ; Luc 12 : 32 ; Matthieu 3 : 12 ; 13 : 24-40.

Le chef de la maison charnelle fut Jacob, surnommé Israël, prince de Dieu. Par ses douze fils, il fonda la maison qui porte son nom, la maison de Jacob, la maison d'Israël. La maison spirituelle fut fondée de la même manière; son fondateur Christ l'établit par les douze apôtres, et cette maison porte aussi le nom de son fondateur, — l'Eglise de Christ. Au point de vue du temps ce fut Israël selon la chair qui fut appelé le premier; mais au point de vue de la faveur et du moment de la réalisation, Israël spirituel vient en première ligne. Ainsi les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers (Luc 13 : 30). Les Ecritures indiquent clairement ces deux maisons d'Israël comme étant la semence charnelle d'Abraham et la semence spirituelle de Jéhovah — le Père céleste typifié par Abraham.

Quelques-uns sont aveuglés concernant d'importantes vérités en supposant que l'expression, “les deux [[221]] maisons d'Israël” se rapporte aux parties d'Israël charnel, après le schisme, dans les jours de Roboam, fils de Salomon. Il suffit de rappeler à ceux-là qu'après leur captivité à Babylone jusqu'à leur rétablissement en  Palestine tous les Israélites de toutes les tribus qui étaient captives dans le domaine universel des Médo-Perses, y compris l'Assyrie et Babylone, eurent la liberté de retourner dans leur pays s'ils le désiraient (Esdras 1 : 1-4). Beaucoup d'Israélites fidèles de toutes les tribus, qui avaient foi dans les promesses de Dieu, relatives à la terre sainte et à la ville sainte, retournèrent dans les différentes villes de la Palestine. La tribu de Juda, la principale, à laquelle était dévolu l'office royal et dans le territoire de laquelle se trouvait Jérusalem, la ville principale, prit naturellement la plus grande part à sa reconstruction. Après ce retour de Babylone, Israël ne fut plus une nation divisée, mais les deux portions habitèrent ensemble, formant un seul peuple, comme auparavant, et furent connues sous le nom originel d'Israël. — Voy. Néhémie 11 : 1,20 ; Esdras  2 : 70.

Cet état de choses est encore exprimé avec plus de force dans le Nouveau Testament. Le Seigneur et les apôtres parlent d'Israël selon la chair comme d'un seul peuple. Paul dit que ce qu'Israël recherchait il ne l'a pas obtenu, mais qu'un “ reste ” seulement a été trouvé digne (Romains 10 : 1-3 ; 9 : 27 ; 11 : 5-12,20-25 ; Actes 26 : 7). Notre Seigneur dit qu'il était “ envoyé vers [toutes] les brebis perdues de l'[unique] maison d'Israël ” ; mais alors qu'il ne permettait pas à ses disciples de sortir de la Palestine pour les rechercher (Matthieu 10 : 5,6 ; 15 : 24), il est évident que ceux qui vivaient en Palestine représentaient tout Israël. Pierre aussi parle d'Israël selon la chair comme d'une seule maison et, en s'adressant aux habitants de Jérusalem, il dit : “ Que toute la maison d'Israël sache ”, etc.

[[222]]

Jacques, également, parle des douze tribus comme d'un seul peuple. (Actes 2 : 36 ; Jacq. 1 : 1). Un grand nombre de toutes les tribus habitèrent la Palestine et beaucoup demeurèrent au milieu des autres nations avoisinantes. Ainsi Paul rencontra des Israélites et leur prêcha dans presque toutes les villes qu'il visita en Asie Mineure et en Italie, mais ils étaient toujours reconnus comme une nation, Israël spirituel étant le seul autre Israël. Dieu a fait des alliances ou promesses spéciales à ces deux maisons d'Israël ; les promesses faites à la maison charnelle étaient toutes terrestres, tandis que celles faites à la maison spirituelle étaient toutes célestes. Bien que les promesses à la maison charnelle aient été (et soient toujours) grandes et précieuses, celles qui ont été faites à la maison spirituelle sont caractérisées comme étant de “ meilleures promesses ” et de “ très grandes et précieuses promesses ” (Hébreux 8 : 6. ; 2 Pierre 1 : 4). Il fut dit à la maison charnelle : “ Si vous écoutez attentivement ma voix et si vous gardez mon alliance, vous m'appartiendrez en propre d'entre tous les peuples, car toute la terre est à moi ; et vous, me serez un royaume de sacrificateurs et une nation sainte. ” Et quoique tout Israël ait répondu : “ Tout ce que l'Eternel a dit, nous le ferons ” (Exode 19 : 5-8) et qu'ils n'aient pas gardé leur alliance, cependant les fidèles parmi eux qui s'efforcèrent de la garder dans leur faiblesse, seront “ princes dans toute la terre ” durant l'âge millénaire, comme membres de la partie terrestre du royaume de Dieu. — Voy. vol. I, chapitre XIV. A la maison spirituelle, au contraire, il est dit : “ Vous êtes édifiés une maison spirituelle, une sainte sacrificature, pour offrir des sacrifices agréables à Dieu par Jésus-Christ...* Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, [[223]] une nation sainte, un peuple acquis, afin que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son adorable lumière, vous, qui autrefois n'étiez pas un peuple, et qui maintenant êtes LE PEUPLE DE DIEU. ” — 11 Pierre 2 : 5,9,101


*Le mot spirituels placé après sacrifices dans ce texte (v. 5), est omis dans le plus ancien manuscrit grec, celui du Sinaï. L'exactitude de cette omission est évidente, lorsque nous réfléchissons que ce ne sont pas des choses spirituelles qui sont sacrifiées, mais des droits et privilèges terrestres ou humains.

Israël selon la chair avait par ordre de Dieu un tabernacle fait de main d'homme, qui était un type en lui-même et en tous ses services (Hébreux 9 : 1,2,9,10). Mais Israël spirituel a “ le vrai tabernacle [antitype] que le Seigneur a dressé et non pas l'homme” (Hébreux 8 : 2). Une sacrificature-type, dont Aaron était le chef, avait été organisée pour le service du tabernacle-type ; elle offrait des sacrifices-types pour les péchés d'un peuple-type, accomplissant ainsi une purification ou justification-type chaque année. De même, le tabernacle-antitype a une sacrificature, qui offre de plus excellents sacrifices (Hébreux 9 : 23) qui abolissent réellement et pour toujours les péchés du monde entier. Notre Seigneur Jésus est le souverain sacrificateur de cette sacrificature — le souverain sacrificateur de notre profession [ou ordre] — l'Eglise qui est son corps, étant les sous-sacrificateurs. Ce n'est pas l'église nominale qui est cette sacrificature, mais la vraie Eglise, les fidèles dans le Christ Jésus, ceux qui suivent les traces de notre grand souverain sacrificateur dans le sacrifice.

Un autre trait frappant de cette correspondance entre le type et l'antitype, trait qui est marqué dans les Ecritures, c'est que les deux maisons d'Israël (la charnelle et la spirituelle), ont toutes les deux été emmenées captives à Babylone. Nous le verrons plus clairement dans un des chapitres suivants, lorsque nous montrerons “ Babylone la grande, la mère des prostituées ” [[224]] (Apocalypse 17 : 5,6). Nous ne faisons qu'indiquer ici cette correspondance. Israël charnel fut emmené captif à Babylone littérale, qui était bâtie sur le fleuve littéral, l'Euphrate, tandis que dans l'âge évangélique, Babylone mystique qui emmena en captivité Israël spirituel, est dépeinte comme étant assise sur le mystique Euphrate. Dans le type, les ustensiles d'or du temple furent transportés à Babylone et y furent profanés ; dans l'antitype, les précieuses et divines vérités [que l'or symbolise], appartenant au service du vrai temple, l’Eglise (1 Corinthiens 3 : 16,17 ; Apocalypse 3 : 12, furent transportées loin de leur place, perverties et profanées par Babylone mystique. Babylone littérale étant bâtie sur le fleuve Euphrate qui contribuait matériellement à sa richesse et à ses ressources, son renversement fut amené par le détournement du cours de ses eaux. De même, Babylone mystique est assise sur de  grandes eaux (peuples, nations) et supportée par elles ; et sa chute est prédite par le détournement de ses soutiens et supports, le peuple. — Apocalypse 16 : 12.

TEMPS PARALLELES
qui mesurent
L'OMBRE ET LA SUBSTANCE
LE TYPE ET L'ANTITYPE

Nous en venons maintenant à considérer ce plus merveilleux des traits de cette correspondance typique ; c'est-à-dire l'élément temps qui, dans chaque exemple soutient et corrobore les dates indiquées par les jubilés, la chronologie et la fin prédite des temps des nations.

C'est particulièrement dans cette intention que ce sujet est introduit ici, afin que la force de ce merveilleux parallélisme puisse augmenter et confirmer la foi des enfants de Dieu en l'élément temps de son plan comme celui-ci devait évidemment le faire. — Hébreux 9 : 9,23 ; 10 : 1.

225

Parmi les prophéties et les preuves chronologiques il n'en est pas de plus frappante et de plus convaincante que celle-ci. La leçon qu'elle renferme est étonnante à cause de sa simplicité et apporte la conviction dans le cœur des humbles. Non seulement Israël charnel avec ses cérémonies-types fut un type, mais l'âge judaïque lui-même fut un type de l’âge de l'Evangile. Ils ont la même longueur et correspondent l'un à l'autre ; de sorte qu'en étudiant et en comprenant l'âge judaïque, sa longueur, les particularités de sa moisson ou fin, nous pouvons connaître la longueur exacte de l'âge de l'Evangile, son antitype, et comprendre ce qu'il faut attendre de la moisson de l'âge évangélique et quel en sera le moment. Procédons maintenant à cette démonstration ; car quoique nous puissions en être persuadés "sur la base des principes généraux et dire que comme les différents traits du système judaïque correspondent à ceux de l'âge de l'Evangile, le temps devrait correspondre de la même manière, pourtant Dieu ne nous a pas laissés le supposer, mais il nous a clairement, bien qu'indirectement dit qu'il en était ainsi.

Paul nous dit que Dieu a rejeté la maison charnelle de sa faveur durant le temps de sélection de la maison spirituelle, et que lorsque la maison spirituelle aura été choisie, la faveur divine retournera à la maison charnelle. Il dit : “ Je ne veux pas, frères [de l'Eglise, ou Israël spirituel], que vous ignoriez ce mystère-ci, afin que vous ne soyez pas sages à vos propres yeux, c'est qu'un endurcissement ou aveuglement] partiel est arrivé à Israël [selon la chair] jusqu'à ce que la plénitude des nations soit entrée,* selon qu'il est écrit : “ Le [[226]] Libérateur [le Sauveur promis, le Christ — notre Seigneur, la Tête et le “ reste ” ou résidu, le petit nombre de fidèles des deux maisons nominales d'Israël qui doit composer son corps, l'Eglise] viendra de Sion, et détournera de Jacob les impiétés. Et ainsi tout Israël sera sauvé (et c'est là l'alliance de ma part pour eux),. lorsque j'ôterai leurs péchés. En ce qui concerne l'Evangile [le haut appel], ils sont ennemis [rejetés] à cause de vous [pour que vous puissiez avoir la préférence et que vous héritiez les parties spirituelles de choix des promesses] ; mais quant à l'élection [par laquelle ils furent choisis pour recevoir les faveurs terrestres et spéciales de Dieu, promises au père Abraham et à sa semence légitime], ils sont bien-aimés à cause des pères ; car les dons de grâce et l'appel de Dieu sont sans repentir” (Romains 11 : 25-29). Ce que Dieu a promis aura son sûr accomplissement. Jéhovah connaissant la fin dès le commencement n'a jamais fait une alliance qu'il lui faudrait ou qu'il voudrait rompre.


*Personne ne devrait confondre ces mots : “ plénitude [tirée] des nations ”, avec les “ temps des nations ” déjà mentionnés. Comme nous l'avons montrée les “ temps des nations ” sont la période de temps pendant laquelle Dieu permit aux nations de gouverner le monde, tandis que la “ plénitude des nations ” s'applique au nombre total choisi parmi la gentilité pour compléter l'église de l'Evangile, ce qui avec le “ reste ” choisi parmi les Israélites (dans lesquels sont compris les apôtres), constituera l'Eglise de Christ, la nation sainte, la sacrificature royale, le Royaume de Dieu, auquel sera donné le royaume et la domination de la terre.

Dans cette prophétie, l'apôtre donne une idée de la longueur de l'âge de l'Evangile, en montrant qu'il commença avec le rejet d'Israël charnel et qu'il doit finir au moment de sa rentrée en faveur. Les paroles de Paul et celles de Pierre (Romains 11 : 27 et Actes 3 : 19,20), mises ensemble, nous disent que le temps où la faveur divine retournera à Israël sera au commencement des temps du rétablissement de toutes choses, au second avènement de notre Seigneur. Paul dit que le retour de la faveur à ce peuple aura lieu lorsque Dieu [[227]] ôtera leurs péchés, ce qui arrivera, dit Pierre, dans les temps de rafraîchissement ou de rétablissement, qui viendront lorsque le Seigneur viendra pour la seconde fois, les cieux ne pouvant le retenir plus longtemps.

Nous avons déjà montré que le second avènement de notre Seigneur et l'aurore des temps du rétablissement commencent en 1874 ap. J.-C. Nous devrions donc espérer voir quelques signes du retour des faveurs de Dieu à Israël après cette date de 1874, comme étant un des premiers éléments de l'œuvre du rétablissement. Nous voyons d'une manière assez sûre que les faveurs commencent à leur revenir. Chaque nouvelle évidence de la suppression de l'aveuglement d'Israël et du retour de la faveur divine à ce peuple est, mesurée aux paroles de l'apôtre, une nouvelle preuve que l'âge de l'Evangile se termine et que le “ petit troupeau” est presque au complet. Mais nous avons encore une autre preuve qui nous fournit la date exacte du retour de la faveur divine à Israël. Jusqu'ici nous avons vu simplement que la mesure de la condition de rejet d'Israël charnel est la mesure du temps de faveur spéciale, l'appel d'autres gens, les Gentils, à être cohéritiers de Christ, lequel appel se termine dans le commencement des temps du rétablissement, mais non pas cependant (d'autres prophéties le montrent) tout au commencement de ces temps.

Arrêtons-nous un instant, afin qu'il n'y ait aucun malentendu : Lorsque l'appel pour le haut privilège de devenir membres de l'Eglise, l'épouse de Christ et ses cohéritiers cesse, cela ne signifie nullement que tous ceux qui sont déjà appelés sont sûrs d'être estimés dignes et par conséquent d'être choisis, car “ beaucoup sont appelés, mais peu sont élus ”, vu qu'un petit nombre d'appelés seulement remplissent les conditions de l'appel. Cela n'implique pas non plus qu'il ne sera pas offert d'autres faveurs à ceux qui depuis lors ne sont [[228]] plus appelés à cet “ appel céleste ”*. Le fait est que lorsque “ l'appel céleste ” cesse, c'est que le grand Architecte du plan des âges, a presque terminé cette partie de son plan qui devait s'accomplir durant l'âge de l'évangile, savoir, la sélection de l'église de l'évangile, l'épouse de Christ. Tous ne furent pas appelés à cet honneur suprême. Nous sommes spécialement informés que le dessein de Dieu était de choisir seulement un nombre limité, “ un petit troupeau ”, comparativement à la masse du genre humain. Lorsqu'il y aura assez d'appelés, que le temps pour l'appel sera fini et qu'il n'y aura plus lieu de retendre à d'autres, il sera toujours possible à ceux qui ont été déjà appelés et qui ont accepté l'appel, d'affermir leur appel et leur élection par la fidélité à leur alliance de consécration à Dieu jusqu'à la mort ; de même qu'il leur sera toujours possible de ne pas le faire. Cet appel, qui doit se terminer lorsqu'il y aura eu assez d'invités pour compléter le “ petit troupeau ” favorisé, le corps de Christ, est loin d'être la limite de l'amour de Dieu, de son appel et de ses faveurs. Son achèvement met fin à l'appel céleste ou haut-appel. Car quand cet appel cesse, quand cette porte d'opportunité et de faveur se clôt, une autre porte commence à s'ouvrir, — la porte de l'occasion de prendre le grand chemin de la sainteté et le gravir, non pour atteindre la nature divine, à laquelle l'Eglise a été appelée, mais la vie éternelle et la perfection comme êtres humains. — Voy. vol. I, chap. X et XI.


* Comparer avec vol. 1, p. 240, ligne 14 bas (éd. 1950 et vol. 6, p. 40, col. 2, § 4 et p. 41, col. 1 haut — Trad.

Quant à la date exacte du retour de la faveur divine à Israël qui marque la fin exacte de l'appel céleste (date dès laquelle Israël commencera graduellement à voir et à avoir preuves sur preuves du retour de la faveur divine, et à partir de laquelle l'appel de Dieu pour les honneurs célestes cessera aussi, et ceux-là seule [[229]] ment qui ont déjà été appelés, auront le privilège de remporter ce prix, par la fidélité jusqu'à la fin de leur vie : Israël charnel fut appelé de Dieu, de même que l'Israël spirituel, pour être son peuple particulier, un trésor particulier lui appartenant en propre, au-dessus de tout autre peuple (l'un son trésor terrestre et type de l'autre qui est un trésor céleste). Séparés du monde, les Israélites furent les bénéficiaires de la faveur spéciale de Dieu pendant 1845 ans. Cette période commença au début de leur vie nationale, à la mort de Jacob, le dernier des patriarches, lorsqu'ils furent reconnus pour Sa première fois comme nation et appelés les “ douze tribus d'Israël ”, un nom national (voy. Genèse 49 : 28 ; 46 : 3 ; Deutéronome 26 : 5). Ces 1845 ans de vie et de faveur nationales finirent au moment où ils rejetèrent le Messie, l'an 33 ap. J.-C., quand, cinq jours avant sa crucifixion, il se présenta à eux comme leur roi, et que n'ayant pas été reçu, il leur déclara : “ Votre maison vous est laissée déserte ” (Matthieu 23 : 38).

Cette fin de leur faveur fut le point de départ de leur chute qui se continua pendant 36 ans ½ * jusqu'en 69 ap. J.-C. par la destruction de leur politique nationale, de leur temple, etc. On remarquera cependant qu'après le rejet de la nation, Dieu continua sa faveur aux individus de cette nation, car l'appel fut limité à ceux-ci encore pendant les trois ans et  demi qui suivirent la Pentecôte. — après la mort de Christ — et ne parvint pas à Corneille, le premier Gentil qui ait été ainsi favorisé (Actes 10), avant ce temps-là. Les Soixante-dix semaines de faveur promises par Daniel se terminèrent à ce moment-là, ainsi qu'il est écrit : “ II confirmera l'alliance avec plusieurs pendant [[230]] une semaine ”. Cette soixante-dixième semaine d'années commença au baptême de notre Seigneur ; selon qu'il l'avait prédit, sa croix en marqua le milieu, et la faveur fut réservée à Israël charnel jusqu'à la fin. Durant leur longue période (1845 ans) de faveur nationale, pendant laquelle les autres nations furent laissées de côté, Israël eut des bénédictions et des châtiments combinés. Mais même les châtiments pour leurs péchés étaient des preuves et des éléments de la faveur de Dieu et de ses soins paternels envers eux. Lorsqu'ils l'oubliaient et lui désobéissaient, il leur envoyait l'affliction et permettait qu'ils fussent fréquemment emmenés en captivité ; puis lorsqu'ils se repentaient et criaient à l'Eternel, il les exauçait toujours et les délivrait. L'histoire de ce peuple, telle qu'elle est rapportée dans l'Exode, Josué, les Juges, Samuel et les Chroniques, atteste le fait que jusqu'au jour où leur demeure fut laissée déserte, Dieu ne cacha pas sa face d'eux bien longtemps et que son oreille fut toujours ouverte à leurs cris repentants. Et même en ce jour-là, Dieu leur pardonna plus que jamais, et leur envoya le Messie promis depuis si longtemps, le Libérateur, dans la personne de son Fils, notre Seigneur. L'incapacité de cette nation d'être plus longtemps Son trésor spécial, ou, en quelque mesure de représenter le Royaume de Dieu sur la terre fut manifestée par son rejet du saint, innocent, sans souillure et leur désir d'un meurtrier en échange.


* Voir correction apportée par fr. Russell : Reprints. 3389 (W. T. 1er Juillet 1904) — Trad.

Ainsi, à cause de leur inaptitude, le jour de leur plus grande faveur devint le jour de leur rejet de la faveur. Et cette grande faveur de devenir cohéritiers du Messie, qu'Israël, excepté le fidèle reste, se vit enlever à cause de son aveuglement et de l'endurcissement de son cœur (Esaïe 1 : 9 ; 10 : 22,23 ; Romains 9 : 28,29 ; 11 : 5), fut offerte aux croyants parmi les Gentils : non pas aux nations des Gentils, mais aux [[231]] croyants justifiés de toute nation, bien que tout d'abord la faveur ait été réservée exclusivement pendant trois ans et demi aux croyants de la nation d'Israël. Aveuglés comme peuple par des préjugés nationaux, ils furent jugés indignes ; le grand prix qui leur avait été offert en premier alla à une nation sainte, à un peuple particulier, composé d'un digne reste de leur nation et d'autres appelés d'entre les nations des Gentils, qu'ils avaient autrefois, dans leur orgueil, méprisés comme des “ chiens ”. Et la faveur promise de Dieu ne leur reviendra pas comme peuple, pour enlever leur aveuglement et les conduire comme des “ prémices ” des nations dans les bénédictions terrestres, jusqu'à ce que le nombre total du “ peuple particulier ” ait été appelé d'entre les Gentils, — jusqu'à ce que la plénitude des nations soit entrée dans cette faveur suprême.

Ainsi, comme Paul le déclare (Romains 11 : 7), les Israélites charnels n'obtinrent pas ce qu'ils cherchaient, savoir, la principale faveur. Ils supposaient que les bénédictions terrestres constituaient la principale faveur ; ils prétendaient, dans l'orgueil de leur cœur, que cette bénédiction principale leur revenait par droit d'aînesse et, en plus, par le mérite de leurs œuvres ; leur aveuglement les fit broncher et ils la rejetèrent comme une faveur par Christ. Comme David l'avait dit, leur table, si abondamment pourvue avec les promesses et les bénédictions qui leur avaient été offertes par Christ, leur devint “ un piège, un filet, une occasion de chute, et une rétribution ” à cause de la dureté de leur cœur (Romains 11 : 9,10 ; Psaume 69 : 23-29). Christ, venu pour les racheter et pour les élever à une position de gloire au-dessus de tout ce qu'ils pouvaient désirer ou imaginer, leur fut, à cause de leur orgueil, “ une pierre d'achoppement, un rocher de scandale ”. — Romains 9 : 32,33 ; Esaie 8 : 14.

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Cependant l'aveuglement d'Israël ne fut qu'un “ aveuglement partiel ” et non une perte totale de la vue. Car le témoignage de la loi, des prophètes et des apôtres était ouvert à tous, tant aux Juifs qu'aux Gentils ; et durant l'âge de l'Evangile, tout Juif qui voulut rejeter résolument le voile des préjugés et de l'orgueil et accepter humblement et avec reconnaissance la faveur de Dieu avec son frère gentil, put le faire. Peu cependant en furent capables, et aucune faveur ne sera accordée et aucun effort spécial pour les convaincre de la vérité en tant que nation, ou pour renverser leurs préjugés, ne sera mis en action, jusqu'à ce que la plénitude des Gentils soit entrée, jusqu'à ce qu'Israël spirituel soit au complet.

Depuis leur rejet du Messie, depuis que leur maison leur fut laissée déserte, Israël n'a eu aucune marque de la faveur de Dieu. Les Juifs eux-mêmes sont forcés d'admettre que leurs pleurs, leurs gémissements et leurs prières sont restés sans réponse ; et, comme cela avait été prédit par leurs prophètes, ils ont été un objet d'opprobre et de risée (Ps. 44 : 13 — D.) parmi toutes les nations. Si auparavant Dieu exauça leurs prières, remarqua leurs gémissements et les fit retourner dans leur pays en les favorisant continuellement, depuis lors il ne fait aucune attention à eux et ne leur montre plus aucune faveur. Depuis qu'ils dirent : “ Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ”, ils ont été sous un châtiment continuel : comme cela avait été prédit, ils ont été dispersés et persécutés parmi toutes les nations. Tels sont les faits, comme tous peuvent les lire dans les pages de l'histoire. Tournons-nous maintenant vers les prophètes et voyons comment ces mêmes faits avaient été tout particulièrement prédits et ce qu'ils dirent concernant leur avenir.

Après avoir montré à Israël par le prophète Jérémie (chap. XVI), comment ils l'avaient abandonné, [[233]] Dieu dit : “ [C'est pourquoi] je vous jetterai de ce pays dans un pays que vous n'avez pas connu, ni vous, ni vos pères ; et vous servirez là d'autres dieux, jour et nuit, parce que je ne vous témoignerai aucune faveur ” (vers. 9-13). Ces jours vinrent lorsqu'ils rejetèrent le Messie. Tous peuvent se rendre compte combien ces menaces ont été littéralement accomplies et sont tenus eux-mêmes de l'admettre. Cette prophétie ne peut se rapporter à aucune de leurs précédentes captivités chez les nations avoisinantes — l'Assyrie, Babylone, etc.

Une telle conclusion serait contraire à l'expression : “ dans un pays que vous n'avez pas connu, ni vous, ni vos pères ”. Abraham venait d'Ur des Chaldéens — Babylonie — et Jacob de la Syrie (Deutéronome 26 : 5).

La dispersion d'Israël parmi toutes les nations — et aucune autre de leurs captivités, depuis la clôture de leurs 1845 ans de faveur — s'adapte à cette expression directe: un pays que vous et vos pères n'avez pas connu.

Ce fait donc, joint à celui qu'aucune faveur ne leur fut témoignée, indique positivement que cette prophétie concerne la présente dispersion d'Israël parmi toutes les nations.

Mais bien que Dieu les ait rejetés de toute faveur pour un temps, il ne les rejettera pas pour toujours,  car il dit (Jérémie 16 : 14-15) : “ Voici, des jours viennent, dit l'Eternel, où on ne dira plus : L'Eternel est vivant, qui a fait monter les fils d'Israël du pays d'Egypte ; mais : L'Eternel est vivant, qui a fait monter les fils d'Israël du pays du nord [de la Russie, où près de la moitié de la race des Hébreux résident], et de tous les pays où il les avait chassés. Et je les ramènerai dans leur terre, que j'ai donnée à leurs pères. ” Nous pourrions multiplier les citations des prophètes et des apôtres concernant le retour final de la faveur de Dieu à Jacob, ou Israël selon la chair, après la sélection du nombre total “du corps de Christ” d'entre [[234]] les Gentils; mais le chercheur pourra le faire en se servant d'une concordance ou d'une Bible à renvois. Parmi les plus claires références du Nouveau Testament sur le sujet du retour de la faveur divine à Israël, se trouvent celles données par Jacques, Actes 15 : 14-16, et par Paul, Romains 11 : 26. Mais il faut auparavant qu'ils boivent jusqu'à la dernière lie de leur châtiment; cela est ainsi exprimé dans cette remarquable prophétie (verset 18) : “ Et je rendrai premièrement [avant que la faveur vienne] le double de leur iniquité et de leur péché.” Le mot hébreu rendu ici par “double” est mishneh ; il signifie une seconde portion, une répétition. Ainsi comprise, la déclaration du prophète est que le temps depuis le moment de leur rejet hors de toute faveur jusqu'à celui de leur retour à la faveur sera une repétition, une duplication du temps de leur histoire précédente, pendant lequel ils avaient joui de la faveur divine.

Comme cela est montré dans le diagramme ci-contre, la période de leur faveur, du commencement de leur existence nationale, lors de la mort de Jacob, jusqu'à la fin de cette faveur, lors de la mort de Christ, en l'an 33, fut de 1845 ans et, à cette date commença leur “double” (mishneh) — la répétition ou duplication de la même longueur de temps — 1845 ans, sans faveur. Ces 1845 ans depuis l'an 33 apr. J.-C. nous amènent à 1878 comme fin de leur période de défaveur. — 33+1845 = 1878 ap. J.-C.

Tous ces points prophétiques du passé sont clairement marqués et nous devrions nous attendre à voir quelques preuves du retour de la faveur de Dieu à Israël charnel (“Jacob”), en 1878 ou aux environs de cette date. Nous les trouvons en effet dans le fait que les privilèges qui leur avaient été refusés pendant des siècles sont maintenant accordés aux Juifs en Palestine. Oui, ce fut dans cette année même de 1878, où leur

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“double” fut achevé, et où la faveur de Dieu devait retourner à ce peuple, qu'eut lieu le “Congrès des Nations de Berlin” dont Lord Beaconsfield, un Juif, alors Premier Ministre d'Angleterre, fut le personnage le plus important et auquel il prit une part prépondérante. Ce fut là que l'Angleterre assuma le protectorat général sur les provinces asiatiques de la Turquie, parmi lesquelles se trouve la Palestine et que le gouvernement turc amenda ses lois concernant les étrangers, ce qui améliora la condition des Juifs résidant alors en Palestine et ouvrit en partie la porte pour permettre à d'autres d'y habiter, avec le privilège d'acheter du terrain et d'y devenir propriétaires. Antérieurement, le gouvernement mahométan abusait du Juif, le considérant comme un “chien”, bon tout au plus à être battu; il lui refusait les privilèges les plus élémentaires de l'existence dans la terre qui était sacrée pour lui à cause du passé et des promesses concernant l'avenir.

Dans le même temps où la porte de la Palestine leur était ainsi ouverte, une cruelle persécution s'élevait contre eux en Roumanie, en Galicie et tout spécialement en Russie, où elle continue toujours en s'aggravant. Par différents décrets successifs ils furent dépouillés par ces gouvernements de leurs droits et privilèges et tourmentés par leurs voisins, jusqu'à ce qu'ils aient été contraints de partir en grand nombre. Mais il n'y a pas de doute que cette persécution ait été pour eux aussi une faveur, en ce sens qu'elle les obligera et les a déjà obligés à regarder vers Jérusalem et vers les alliances, et à se rappeler qu'ils sont héritiers de certaines et riches promesses terrestres. Mais nous devons nous rappeler que l'année 1878 fut seulement le point tournant du retour de la faveur à Israël selon la chair. Nous avons déjà appris par notre étude des “ Temps des Nations ” : que jusqu'à ce que les “ temps des nations” soient accomplis”, Jérusalem [[237]] et son peuple continueraient d'être foulés aux pieds — gouvernés et opprimés par les nations; et, par conséquent, bien que la faveur ait dû commencer en 1878 et ait en réalité commencé alors, les Juifs ne pourront rentrer dans la pleine faveur qu'après 1914.

Ainsi donc leur retour à la faveur sera graduel, comme le fut leur chute. Il est remarquable que ces deux périodes de leur chute et de leur élévation soient exactement de la même longueur; la chute fut graduelle, avec une gravité croissante pendant trente-six ans et demi, depuis l'an 33 ap. J.-C., où leur faveur nationale cessa, jusqu'à l'an 69 ap. J.-C., où leur existence, nationale commença à s'éteindre, où le pays fut rendu désert et où Jérusalem fut entièrement détruite. L'histoire nous fait connaître le commencement et la fin de leur chute, tandis que les prophéties indiquent à la fois le commencement et la fin de leur élévation — 1878 et 1914 montrant un parallèle exact de trente-six ans et demi. Ceci est une autre partie de leur mishneh, double, mentionné par le prophète.

Bien que les points tournants des âges judaïque et évangélique soient ainsi clairement indiqués pour 33 et 1878 ap. J.-C. respectivement par le rejet d'Israël et le retour de la faveur sur eux, cependant le travail de chacun de ces Ages se fait un certain temps ensemble en chevauchant sur celui qui lui succède. Ainsi, lorsque le point tournant de l'Age judaïque fut atteint, cet âge fut chevauché par l'Age de l'Evangile qui s'ouvrait, de  même que le retour de la faveur qui est l'un des premiers signes de l'Age millénaire, chevaucha sur la fin ou moisson de l'Age de l'Evangile. Pendant trente-six ans et demi (de l'an 33, fin de leur faveur nationale, à l'an 69, leur renversement), Israël, excepté le reste fidèle, tomba et les croyants des nations s'élevèrent — l'Age Judaïque était fini et l'Age évangélique commençait. Et pendant trente-six ans et demi, (de 1878 à 1914), [[238]] l'âge de l'évangile marche à sa fin, les maux commencent et viennent sur la Chrétienté, excepté sur le reste fidèle, tandis que l'œuvre de rétablissement pour Israël et pour tous les hommes se prépare. C'est-à-dire que les dates 33 et 1878 indiquent le moment où l'œuvre de chacun des nouveaux âges commença, quoique l'œuvre de moissonnage de l'âge précédent et de destruction du rebut doive se continuer dans les deux cas pendant trente-six ans et demi dans le nouvel âge. Ainsi le chevauchement des périodes aussi bien que l'indication de leurs limites, sont clairement définis.

Un double travail appartient à chacune de ces périodes qui chevauchent : la démolition de l'ancien arrangement et l'établissement du nouveau. Et comme l'âge judaïque et les Juifs furent seulement des types ou figures, il nous faut nous attendre à ce que les résultats soient maintenant de bien plus grande étendue qu'alors; et c'est ce que nous trouverons. Ce double travail est montré dans les paroles du prophète Esaïe. (1°) “Car le jour de la vengeance est dans mon cœur et (2°) l'année de mes rachetés est venue.” —- Esaïe 63 : 4.

Ceci n'est pas non plus une correspondance habilement inventée et arrangée pour répondre aux faits, vu que nombre de ces parallèles et d'autres vérités furent vus dans la prophétie et prêches tels qu'ils sont enseignés ici, plusieurs années avant l'an 1878, cette année-là étant annoncée comme celle du retour à la faveur d'Israël avant qu'elle soit arrivée et avant qu'un événement quelconque l'ait indiquée. L'auteur de ce volume avait publié ces conclusions, tirées des Ecritures, sous forme de brochure, au printemps de 1877.

Le témoignage ne pouvait être plus puissant et en même temps être tenu secret jusqu'au propre temps où la connaissance doit augmenter et où le sage [en enseignement céleste] [[239]] doit comprendre. Nous connaissons l'année exacte du rejet d'Israël; nous en connaissons même le jour; le prophète déclare explicitement qu'ils devaient avoir un mishneh ou "double”; et nous pensons avoir clairement démontré que cette période parallèle a une longueur de 1845 ans et qu'elle s'est terminée en 1878; c'est de plus un fait indiscutable que 1878 fut marqué par le retour de la faveur divine. Remarquez aussi que c'est depuis la fin de leur “double” que le prof. Delitzsch a publié sa traduction du Nouveau Testament en hébreu, traduction qui est déjà entre les  mains de milliers de Juifs et suscite beaucoup d'intérêt.

Rappelez-vous en outre que le plus grand mouvement chrétien parmi les Juifs depuis les jours des apôtres, conduit par Rabinowitsch et d'autres, fait des progrès en Russie. Il eut un point de départ après 1878 où finit le double d'Israël, dans un laps de temps à peu près aussi long que celui du réveil parmi les Gentils après le rejet d'Israël en l'an 33 ap. J.-C.

Rappelez maintenant à votre mémoire les paroles de l'apôtre qui montrent clairement qu'ils ne furent rejetés de la faveur divine et des alliances terrestres qui sont toujours leurs que jusqu'à ce que la plénitude ou le nombre complet des Gentils soit entrée — que jusqu'à la fin de l'appel de l'Evangile, et vous verrez alors que 1878 est une date marquante, d'un intérêt profond, tant pour Israël spirituel que pour Israël  charnel.

Toutefois comme personne d'autre que notre Seigneur Jésus ne connaissait l'importance de la fin de l'âge de la loi et du commencement de l'Age de l'Evangile (les apôtres eux-mêmes ne connurent qu'en partie  et virent obscurément jusqu'après la Pentecôte), de même nous pouvons nous attendre maintenant à ce que seul le corps de Christ, oint du même Esprit, voie clairement la consommation de l'Age de l'Evangile et sa [[240]] grande portée. Les pauvres Juifs, et beaucoup de chrétiens professants ne savent encore rien du grand changement de dispensation qui eut lieu au premier avènement, la fin de l'Age Judaïque et l'ouverture de l'Age  evangélique. De même, maintenant, peu connaissent ou arriveront à la connaissance que nous sommes à la fin ou “moisson” de l'Age de l'Evangile et que 1878 marqua un point aussi important, jusqu'à ce que les preuves extérieures l'aient prouvé à leur vue naturelle. Ce n'était d'ailleurs pas prévu qu'en dehors du petit nombre de fidèles d'autres puissent voir et connaître, et qu'ils ne soient pas dans les ténèbres avec le monde, car le Seigneur a dit: “ C'est à vous qu'il est donné de connaître.” Il en est qui pourraient peut-être dire: Bien que Jérémie ait été un prophète de Dieu, et que son témoignage au sujet du “ mishneh ” ou duplication des expériences d'Israël doive être respecté, nous considérerions la preuve comme plus positive si un autre prophète avait mentionné la même chose. A ceux-là nous dirons que le rapport d'un prophète digne de confiance est un fondement bon et suffisant pour la foi et que beaucoup des preuves notables du premier avènement ne furent prédites que par un seul prophète ; néanmoins, Dieu qui est riche en miséricorde et très compatissant, et qui connaissait notre faible foi, a répondu à l'avance à la prière de nos cœurs en pourvoyant à plus d'un témoignage.

Prenez la prophétie de Zacharie (9 : 9-12, D.). En vision prophétique, il marche à côté de Jésus comme celui-ci monte à Jérusalem en l'an 33, cinq jours avant sa crucifixion (Jean 12 : 1-12), et le prophète crie au peuple : “ Réjouis-toi avec transports, fille de Sion ; pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici, ton roi vient à toi ; il est juste et ayant le salut, humble et monté sur un âne ”. Remarquez l'accomplissement de [[241]] ces paroles (Matthieu 21 : 4-9,43 ; Jean 12 : 12-13 ; Luc 19 : 40-42). Chaque trait fut accompli, même jusqu'aux acclamations. Quand le peuple cria: “ Hosanna!” les pharisiens dirent à Jésus de le reprendre, mais il refusa et dit : S'ils se taisent, les pierres vont immédiatement crier. Pourquoi ? Parce qu'il avait été prophétisé que des cris devaient être poussés et que chaque trait de la prophétie doit nécessairement avoir son accomplissement. Que cette particularité de détail dans l'accomplissement prophétique puisse augmenter notre confiance dans les exposés ultérieurs de ces prophètes et d'autres.

Après avoir brièvement indiqué les conséquences néfastes qui suivraient le rejet de leur roi (Zacharie 9 : 10), le prophète, parlant au nom de Jéhovah, s'adresse à eux en ces termes (verset 12) : “ Revenez à  la place forte [Christ] prisonniers de l'espérance ! Aujourd'hui même, je le déclare : Je te rendrai le double ”. Le mot “ double ” est ici le même mot employé par Jérémie — “ mishneh ” — une répétition ou une autre  portion égale. Les Israélites avaient été pendant des années sous le joug des Romains ; mais ils étaient “ prisonniers de l'espérance ”, attendant la venue d'un roi qui les délivrerait et les élèverait à la domination promise de la terre. Maintenant leur roi, leur forte tour, était venu, mais si doux et si humble que dans leur orgueil, ils ne purent le reconnaître comme un libérateur. En plus, ils étaient prisonniers du péché et ce Libérateur voulait également leur apporter cette plus grande délivrance. Notre Seigneur avait été trois ans et demi avec eux, accomplissant au milieu d'eux les Ecritures, et maintenant venait pour eux la dernière et finale épreuve : Le recevraient-ils, lui, l'Oint de l'Eternel, comme leur roi ?

La prescience de Dieu qu'ils rejetteraient le Messie apparaît dans la déclaration du prophète : “ Aujourd'hui même, je le déclare, je te rendrai le double ”.

[[242]]

Non seulement cette prophétie ne laisse aucun doute qu'il y a là un double — une duplication de châtiment ajoutée à l'expérience d'Israël, à cause de son rejet du Messie — mais elle marque aussi le jour exact où il commence et établit d'une manière doublement forte, exacte et claire, les conclusions tirées de la prophétie de Jérémie et fixées par les paroles de notre Seigneur : “Votre maison vous est laissée déserte ”.

Rappelez-vous les paroles de notre Seigneur à ce moment-là et en rapport avec cela : “ Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble les poussins sous ses ailes, et vous ne l'avez pas voulu ! Voici, votre maison vous est laissée déserte ; car je vous le dis, vous ne me verrez plus désormais, jusqu'à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! ” (Matthieu 23 : 37-39). Et, au dernier jour de leur épreuve lorsqu'il fut proche, voyant la ville, il pleura sur elle, et dit : “ Oh ! si du moins en ce jour qui est à toi, tu eusses connu, toi aussi, les choses qui regardent ta paix ! Mais maintenant elles sont cachées à tes yeux ”... (Luc 19 : 41,42 L.). Dieu soit béni maintenant que leur double est complet, de ce que nous puissions voir que leur aveuglement commence à passer. Cela réjouit aussi les saints pour eux-mêmes, parce qu'ils comprennent que la glorification du corps de Christ approche.

Mais notre Père, plein d'amour, qui souhaite évidemment que nos cœurs soient fixés au-delà de tout doute sur un petit point qui détermine et prouve une si grande chose, nous a envoyé par un autre de Ses plus honorés serviteurs — le prophète Esaïe — une parole concernant le “ double ” d'Israël.

Ce prophète se place à notre temps de la fin, en 1978, au moment où le “ double ” (mishneh) a été accompli ; [[243]] et s'adressant à nous, qui vivons maintenant, il nous donne le message de Dieu en disant : “ Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. Parlez au cœur de Jérusalem et criez-lui que son temps marqué est accompli, que son iniquité est acquittée ; qu'elle a reçu de la main de l'Eternel le DOUBLE * pour tous ses péchés ”. Esaïe 40 : 1,2 — Martin).


 * Le mot hébreu ici traduit par “ double ” est kephel ; il signifie double dans le sens de quelque chose qui a été pliée par le milieu.

Celui qui étudie les prophéties devrait remarquer que les prophètes se placent à divers points de vue, parlant quelquefois de choses à venir comme étant futures et quelquefois, se plaçant dans un temps futur,  ils parlent des choses comme ayant lieu au moment où ils vivent ; comme, par exemple, Esaïe parlant de la naissance de Jésus, se place au moment où le petit enfant est couché dans la crèche, lorsqu'il dit : “ Un enfant nous est né, un fils nous est donné et le gouvernement sera sur son épaule ”, etc. (Esaïe 9 : 5). Le livre des Psaumes ne peut être lu intelligemment à moins que ce principe ne soit reconnu. Il ne peut être donné aucune meilleure illustration de ce principe des différents points  de vue prophétiques que les trois prophéties concernant le “ double ” d'Israël, déjà indiquées. Jérémie prédit que les jours viendraient où Dieu les disperserait parmi toutes les nations ; et que lorsqu'ils auraient reçu le “ DOUBLE ”, il les rassemblerait de nouveau par un plus grand déploiement de puissance en leur faveur que lorsqu'ils sortirent de la servitude d'Egypte. Zacharie parle comme s'il vivait au temps où Christ s'offrit lui-même à Israël comme leur roi et il nous dit que là, à ce jour même, leur “ double ” avait commencé à compter. Esaïe se place à côté de nous, en 1878, et attire notre attention sur le fait que Dieu avait un temps fixé ou établi, arrangé d'avance, pour favoriser Israël, [[244]] et que ce temps fixé était un “ double ”, ou la contrepartie de leur faveur précédente ; et il nous dit que nous devrions maintenant donner à Israël le réconfortant message que son double est complet, -— son temps marqué accompli. Il serait en vérité difficile de dire laquelle de ces trois prophéties est la plus forte et la plus importante. Chacune d'elles est importante et chacune serait forte à elle seule ; mais combinées ensemble, elles forment une corde à trois torons d'une force merveilleuse pour l'enfant de Dieu humble, studieux et confiant.

La force de ces paroles prophétiques s'accroît lorsque nous nous souvenons que ces prophètes vivaient et écrivaient ces choses à des centaines d'années de distance, et qu'ils écrivaient des choses tout à fait contraires à l'attente judaïque. Ceux qui ne peuvent voir dans cet harmonieux témoignage le doigt et les procédés de Dieu, sont certainement sans foi et lents de cœur à croire tout ce que Dieu a annoncé par les prophètes.

Si quelqu'un objectait que le Congrès de Berlin et ses actes ne constituèrent pas un début suffisamment marqué du retour de la faveur de Dieu à Israël, nous répondrions qu'ils furent un retour de faveur beaucoup plus marqué que ne fut une marque de défaveur l'acte de notre Seigneur entrant à Jérusalem, monté sur un âne. Ni l'un ni l'autre de ces événements ne fut reconnu comme un accomplissement de la prophétie au moment où ils arrivèrent. Aujourd'hui, il y a des milliers de plus de gens qui ont connaissance de l'accomplissement du double, qu'il n'y en avait avant la Pentecôte ayant connaissance que le double commençait à ce moment-là. Ainsi, nous voyons que l'enfant dont Siméon dit qu'il est mis pour la chute et le relèvement de plusieurs en Israël (Luc 2 : 34), a bien été la chute ou la pierre d'achoppement d'Israël selon la chair comme nation. Nous avons vu comment, en tant que Chef et Prince d'Israël spirituel, il doit être le Libérateur de la maison charnelle, pour la [[245]] relever et pour rétablir toutes choses lorsque le “ temps marqué ”, leur “ double ” sera complet. Nous voyons maintenant ce “ double ” complet et la faveur commencer à Israël. — En remarquant ces accomplissements de la parole de Dieu, nos cœurs peuvent chanter : 

Quel ferme fondement, pour vous, saints du Seigneur,
Est posé pour la foi dans la Sainte Ecriture.

Tout en considérant ainsi la chute d'Israël de la faveur, la perte qui en fut la conséquence et la cause de tout ceci, n'oublions pas qu'en cela aussi, il préfigurait Israël spirituel nominal et que les mêmes prophètes avaient prédit l'achoppement, la chute des deux maisons d'Israël. — “ II sera une pierre d'achoppement et un rocher de scandale pour les deux maisons d'Israël. — Esaïe 8 : 14 .

Il est tout aussi vrai, et pour les mêmes raisons, que comme il y eut un rejet et une chute d'Israël charnel nominal, comme nous l'avons vu, il doit y avoir un rejet, une chute d'Israël spirituel nominal, l'Eglise nominale de l'Evangile. Le rejet et la chute de l'un sont tout aussi vivement dépeints dans les Ecritures que ceux de l'autre. Et de même qu'un reste d'Israël selon la chair fut sauvé de l'aveuglement et de la chute par l'humilité et par la foi, aussi sûrement un reste semblable d'Israël nominal spirituel sera sauvé de l'aveuglement et de la chute de la masse nominale dans la “ moisson ” ou clôture de cet âge. Ainsi, les derniers membres de la véritable Eglise, le corps de Christ, doivent être séparés de l'église nominale pour être joints au Chef glorifié.

Le reste choisi d'Israël charnel à sa chute et le petit nombre de fidèles de l'Age de l'Evangile, y compris le reste vivant à sa clôture constituent seuls le véritable Israël de Dieu. Ceux-ci sont les élus, justifiés par la foi dans l'oeuvre rédemptrice de Christ, appelés à participer au sacrifice, à être cohéritiers de Christ, choisis dans la [[246]] sanctification de l'Esprit et la croyance de la vérité et fidèles jusqu'à la mort. Avec l'achèvement de la sélection de cette classe dans la moisson de cet âge, on peut s'attendre à une véritable commotion parmi le blé et l'ivraie ; car beaucoup de faveurs divines, accordées tout spécialement à cause du petit nombre des fidèles, seront retirées à la masse nominale, lorsque le petit troupeau pour le développement duquel elles avaient été accordées, sera complet.

Nous devrions nous attendre à ce qu'ici, comme lors de la moisson judaïque typique, la règle soit un travail de séparation, accomplissant les paroles du prophète : “ Rassemblez-moi mes fidèles, qui ont fait alliance avec moi par le sacrifice ” (Psaume 50 : 5). De même que l'an 33 ap. J.-C. marqua le moment où la maison nominale judaïque fut livrée à la défaveur, à la dissolution et au renversement comme système, ainsi la date 1878 qui y correspond, marqua aussi le commencement de la défaveur, de la dissolution et du renversement d'Israël spirituel nominal, duquel nous parlerons davantage dans les chapitres suivants.

DÉMONSTRATION MATHÉMATIQUE

En supposant que la preuve précédente est concluante et satisfaisante, nous continuerons maintenant en démontrant chronologiquement : Premièrement, que l'Age judaïque eut une longueur de 1845 ans, à partir de la mort de Jacob jusqu'au moment où leur maison fut laissée déserte, lorsque leur double ou seconde partie commença à compter; et secondement, que le double s'est terminé en 1878 ap. J.-C. et que l'échéance de leur faveur devait commencer — ce qui est en même temps la preuve de la clôture des faveurs de l'âge évangélique.

Le second point n'a besoin d'aucune démonstration ; par le fait que notre Seigneur mourut en l'an 33, il est facile d'ajouter 1845 ans à 33, pour trouver 1878 — [[247]] indiquant l'année où devait commencer la faveur pour Israël, pourvu que nous puissions prouver notre première affirmation, que la période pendant laquelle Israël attendit l'accomplissement des promesses de Dieu sous sa faveur fut de 1845 ans.

La longueur de cette période est exposée dans le chapitre traitant de la chronologie, excepté un seul point, c'est-à-dire la période allant de la mort de Jacob à la sortie d'Egypte. Cette période fut cachée ou gardée secrète, d'une manière assez particulière jusqu'à ces derniers temps ; jusqu'à ce qu'il fût remarqué que la longueur de l'âge judaïque n'était pas connue ; et sans elle son double n'eût pu être mesuré, même si les prophéties concernant ce double avaient été remarquées et comprises. La chronologie est facile à tracer jusqu'à la mort de Jacob, mais de cette date à la sortie d'Egypte, il n'y a pas d'archives complètes. Différents fragments nous ont bien été donnés ça et là, mais aucun fil suivi qui puisse nous fournir une certitude. C'est pour cette raison qu'à ce point-là de la table chronologique nous fûmes obligés de chercher dans le Nouveau Testament Là nous reçûmes l'aide de l'apôtre inspiré qui nous donna le maillon d'assemblage, savoir : que de l'Alliance traitée avec Abraham à la mort de Térach, son père, jusqu'à l'exode d'Israël hors d'Egypte, il y eut quatre cent trente (430) ans.

Nous trouvons la période cachée entre la mort de Jacob et la sortie d'Egypte en calculant tout d'abord la période qui sépare la mort de Térach de celle de Jacob et en retranchant ensuite ce nombre d'années des 430 ans qui forment la période entre la mort de Térach et la sortie d'Egypte.

Abraham avait 75 ans lorsque l'alliance fut traitée avec lui à la mort de Térach (Genèse 12 : 4) ; et Isaac naquit 25 ans après (Genèse 21 : 5). Il y a donc :

[[248]]

De l'Alliance à la naissance d'Isaac ........   25 ans
De la naissance d'Isaac à celle de Jacob (Genèse 25 : 26) ........   60 ans
De la naissance de Jacob à la mort (Genèse 47 : 28) ....... 147 ans
Total des années allant de l'Alliance abrahamique à la mort de Jacob ....... 232 ans
De l'alliance jusqu'au jour où Israël quitta l'Egypte (Exode 12 : 41), lors de la Pâque ....... 430 ans
Si l'on retranche la période entre l'alliance et la mort de Jacob ....... 232 ans
La période entre la mort de Jacob et la sortie d'Egypte fut donc de ....... 198 ans

Ainsi toute difficulté relative à la longueur de l'existence nationale d'Israël est supprimée. Il n'y a aucun doute que la période voilée entre la mort de Jacob et l'Exode ne l'ait été jusqu'à ce que le temps propre vînt pour qu'elle soit découverte. Ajoutons maintenant les périodes présentées dans la table chronologique comme suit :

Période de la mort de Jacob à l'exode ....... 198 ans
Israël dans le désert .......   40 ans
Jusqu'à la division de Canaan .......     6 ans
Période des Juges ....... 450 ans
Période des Rois ....... 513 ans
Période de la désolation .......   70 ans
De la 1re année de Cyrus à l'an 1 ....... 536 ans
Total des années de la mort de Jacob jusqu'à l'an 1 de l'ère chrétienne ....... 1813 ans
De l'an i à la crucifixion, à Pâque, au printemps de l'an 33 ap. J.-C. — années                     
complètes, temps ecclésiastique judaïque * .......   32 ans
Total de la période de l'attente du royaume par Israël sous la faveur divine                     
et la reconnaissance par Dieu ....... 1845 ans

[[249]]

Pour trouver la mesure du double, lorsque la faveur devait échoir et revint à Israël et, par conséquent, lorsqu'elle commença à abandonner l'Israël spirituel nominal, nous comptons 1845 ans à partir du printemps de l'an 33 ap. J.-C. et obtenons la date de ]a Pâque 1878. Leur relèvement, de 1878 à 1914 (année qui termine les temps des nations), sous la faveur du Roi qu'ils rejetèrent, mais qu'ils reconnaîtront à ce moment-là, correspond en longueur avec leurs trente-six ans et demi  de chute, depuis le jour où leur maison leur fut laissée déserte, en l'an 33 ap. J.-C., jusqu'au point de départ de leur renversement comme peuple l'an 69 ap. J.-C.

Nous avons déjà examiné plusieurs parallèles frappants entre l'Age judaïque, figure ou type de l'Age évangélique, substance ou antitype, et voilà que nous venons justement d'en démontrer un autre: La longueur  des deux Ages correspond exactement, l'église évangélique étant appelée durant le ”mishneh” ou double de défaveur d'Israël. Si d'autres correspondances sont frappantes, celles se rapportant aux traits terminant les deux. Ages le sont spécialement, — leurs “ moissons”, leurs moissonneurs, leur travail et le temps qui leur est dévolu, tout sert à nous donner de claires esquisses de l'oeuvre finale qui doit s'accomplir dans la moisson qui .est la fin de cet âge. Notez soigneusement les correspondances de ces deux moissons que nous allons récapituler brièvement:


* L'année ecclésiastique juive commençait au printemps, et la Pâque avait lieu le 15e jour du premier mois de chaque nouvelle année (ecclésiastique).

[[250]]

REVUE DE PARALLÈLES DE LA MOISSON

L'Age judaïque se termina par une “moisson”, dont notre Seigneur et les apôtres récoltèrent le fruit mûr, dont la semence avait été semée par Moïse et les prophètes. “Levez vos yeux (dit Jésus), et regardez les campagnes car elles sont déjà blanchies pour la moisson ”. — “ Je vous ai envoyés moissonner, ce que vous n'avez pas travaillé: d'autres ont travaillé et vous, vous êtes entrés dans leur travail” (Jean 4 : 35-38). La fin de l'Age de l'Evangile est aussi appelée une moisson. — La moisson est la fin du monde ” (âge) — “ Dans le temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Arrachez d'abord l'ivraie et liez-la en gerbes..., mais amassez le blé dans mon grenier ”. — Matthieu 13 : 39.

Jean prédit le travail de la moisson judaïque et son résultat en disant (Matthieu 3 : 12 : “II a son van à la main; il nettoiera entièrement son aire, et il assemblera son froment [les véritables Israélites] dans le grenier [l'église chrétienne], mais il brûlera la balle [le rebut de la nation] au feu inextinguible ” (une détresse qui les consuma comme nation). Durant les trente-six ans et demi qui suivirent leur rejet, il y eut le baptême du saint Esprit et de feu — le saint Esprit qui vint sur les “ vrais Israélites ” à la Pentecôte et le feu de détresse qui vint sur tous les autres (Matthieu 3 : 11). Dans cette détresse, Israël fut détruit comme nation, mais non pas comme individus. L'Auteur de l'Apocalypse parle du moissonnage de cet âge avec la faucille [de vérité], car l'heure de moissonner est venue et il montre qu'un double travail doit se faire, dont une partie concerne la vigne de la terre, pour la distinguer de la vraie vigne plantée par le Père, Christ Jésus et ses membres ou sarments (Jean 15 : 1-6). Il nous est dit que la moisson de cet Age se [[251]] composera de froment et d'ivraie (Matthieu 13 : 24-30,36-39)” tandis que celle de l'Age judaïque était de froment et de balle. Et comme ici la balle y prédomina largement, l'analogie et le parallélisme, si marqués dans tous les autres traits, impliquent que l'ivraie sera aussi beaucoup plus abondante que le froment dans cette moisson-ci.

La moisson judaïque, qui comprit une période de quarante ans, commença au ministère de notre Seigneur et se termina au début du renversement d'Israël nominal et de la destruction de leur ville par les Romains, en l'an 69. La moisson de cet Age-ci commença à la présence de notre Seigneur, au début du grand jubilé de la terre, en 1874, comme cela est montré dans le chap. VI et se termine au [début] du renversement du pouvoir des nations en 1914, période de quarante ans, ce qui constitue un autre merveilleux parallèle des deux Ages.

Mais tandis que la moisson judaïque commença avec le ministère de notre Seigneur, que la faveur de Dieu fut retirée à leur système nominal trois ans et demi après et que cet acte fut suivi par trente-six ans et demi de détresse sur ce système, la faveur continua cependant pour les individus de cette nation, auxquels l'appel pour la haute position de cohéritiers de Christ fut exclusivement réservé pendant trois ans et demi, après que notre Seigneur eut été rejeté par eux et qu'il les eut rejetés — confirmant ainsi la promesse faite à Daniel (Daniel 9 : 27), que la faveur demeurerait sur son peuple jusqu'à la fin de la soixante-dixième semaine, au milieu de laquelle le Messie fut retranché. Cette promesse fut accomplie pour tout le blé, tandis que le système qui contenait ce blé fut condamné et rejeté au milieu de la semaine. La moisson du blé de l'Age Judaïque, qui commença avec le ministère de notre Seigneur, dura plusieurs années, bien que toute la faveur spéciale eût cessé trois ans et [[252]] demi après la mort de Christ. [Le feu de] la détresse commença de bonne heure à s'allumer sur cette nation, mais n'atteignit sa terrible fureur que lorsque tout le blé en eut été rassemblé dans le grenier.

Des périodes identiques sont marquées dans la moisson de l'Age qui se termine maintenant, correspondant aux traits de cette moisson-là. L'automne de 1874, où les cycles du jubilé indiquent que le temps de la présence de notre Seigneur était venu, correspond au temps de son baptême et de son onction par le saint Esprit, lorsqu'il devint le Messie, le prince (Daniel 9 : 25), et qu'il commença son travail de moissonneur de la moisson judaïque. Le printemps de 1878, trois ans et demi après, correspond à la date où notre Seigneur, monté sur un âne, assuma la charge de roi, purifia ! e temple de ses changeurs, pleura sur la ville, et abandonna à la désolation cette église ou royaume nominal. C'est  à cette date de 1878 que le système de l'église nominale fut vomi (rejeté — Apocalypse 3 : 16) date à partir de laquelle il n'est plus le porte-parole de Dieu, ni reconnu par lui à aucun degré. Les trois ans et demi ayant commencé au printemps de 1878 et se terminant en octobre 1881, correspondent aux trois ans et demi durant lesquels la faveur fut continuée aux Juifs individuellement pendant la dernière moitié de leur soixante-dixième semaine de faveur. De même que dans le type, cette date — trois ans et demi après la mort de Christ — marquait la fin de toute faveur spéciale pour les Juifs et le commencement de la faveur pour les nations, nous considérons aussi l'année 1881 comme marquant la clôture de toute faveur spéciale pour les nations — la clôture du haut-appel, ou invitation aux bénédictions particulières à cet âge, pour devenir cohéritiers de Christ et participants de la nature divine. Comme nous l'avons vu, cette date marque un grand mouvement parmi le peuple juif vers le christianisme, connu sous le nom de “mouvement [[253]] Kichinev”. Maintenant la détresse est imminente pour la chrétienté nominale, mais l'orage est retenu jusqu'à ce que le froment soit rassemblé dans le grenier, jusqu'à ce que les messagers de Dieu aient scellé ses serviteurs au front (dans leur intelligence) avec la vérité. — Apocalypse 7 : 3.

Les traits de cette moisson correspondant à ceux de la moisson judaïque ont été aussi très remarquables en ce qui concerne la prédication qui en fut faite. Dans les premiers trois ans et demi de la moisson judaïque, le Seigneur et les disciples eurent pour texte spécial le temps et la présence du Messie. Leur proclamation fut: “Le temps est accompli”, le Libérateur est venu (Marc 1 : 15; Matthieu 10 : 7). Il en fut de même aussi dans cette moisson-ci: jusqu'à 1878, notre message, en substance tel qu'il est présenté ici, quoique moins clairement, fut les prophéties de temps et le fait de la présence du Seigneur. Depuis lors, le travail s'est élargi et la connaissance d'autres vérités est devenue plus lumineuse" et plus claire; mais les mêmes faits et les mêmes passages des Ecritures indiquant le même temps et la même présence demeurent incontestés et incontestables.

De même que la faveur qui se continua pour chaque individu d'Israël, après que toute faveur eut été retirée à leur maison nominale, n'eut pas pour but de convertir et de réformer leur système nominal d'église, ni de leur donner aucune espérance de changement de leur balle en blé, mais simplement de permettre la séparation et la récolte de tout grain de blé mûr; ainsi le but de la faveur abondante et continue de la vérité, dans cette moisson-ci, n'est pas de convertir des sectes entières ou d'opérer des réformes nationales, mais au contraire de séparer complètement la classe du blé de celle de l'ivraie. Ils ont crû ensemble, côte à côte, pendant des siècles, et une secte pure, tout blé ne s'est pas trouvée; mais maintenant, dans la moisson, la séparation doit venir [[254]] inéluctable et l'épreuve sera terrible. Elle exigera en maintes circonstances la suppression d'amitiés terrestres et la rupture des liens les plus tendres ; c'est la vérité qui fera la séparation. La prédiction du Seigneur se réalisera pour la moisson présente comme elle s'est réalisée pour la moisson à son premier avènement (Matthieu 10 : 35-38 ; Luc 12 : 51-53). Comme alors la vérité mit la division entre le père et le fils, la fille et la mère la belle-mère et la belle-fille, etc., ainsi maintenant l'homme a souvent pour ennemis les gens de sa maison. Cela ne peut être évité. Ceux qui aiment la paix plus que la vérité seront éprouvés; ceux qui aiment la vérité au-dessus de tout feront acceptés et approuvés comme vainqueurs comme dans la “moisson” judaïque. Dans la moisson judaïque, les messagers choisis et envoyés comme hérauts du Roi et de son royaume prochain étaient des hommes humbles, sans titres; et ceux qui s'opposaient au message étaient les chefs des prêtres, les scribes, les pharisiens et les docteurs en théologie. Comme nous devions nous y attendre, nous trouvons ici la même chose: les plus aveugles sont les conducteurs d'aveugles qui, semblables à leurs types juifs, ne connaissent pas le temps de leur Visitation. — Luc 19 : 44.

La présence fut l'une de leurs principales épreuves, la croix fut l'autre. Jean-Baptiste leur criait: Au milieu de vous se tient quelqu'un que vous ne connaissez pas.” Cependant les véritables Israélites seuls furent capables de saisir le fait de la présence du Messie; et de ceux-là beaucoup bronchèrent contre la croix; car bien qu'ils fussent disposés à accepter le Messie comme un Libérateur, leur orgueil les empêcha de le recevoir aussi comme Rédempteur. De même, ici, la présence de Christ, la “moisson” qui s'en va progressant et le rejet de la masse nominale des professants en font broncher beaucoup et ceux qui ont prié pour la venue du grand Libérateur [[255]] et le Royaume, à l'exemple des Juifs, ne sont pas préparés pour le reconnaître. Ces paroles : “ Au milieu de vous se tient quelqu'un que vous ne connaissez pas”, sont encore vraies. Et de nouveau la croix de Christ devient une pierre de touche et une pierre d'achoppement ou épreuve comme personne ne l'aurait imaginé ; un grand nombre trébuchent maintenant sur elle, disant : Nous voulons accepter Christ comme notre Libérateur, mais nous le rejetions comme notre Rédempteur ou celui qui a payé notre rançon.

Assurément, tous ceux qui considèrent soigneusement cette question doivent reconnaître que l'évidence de la présence actuelle de notre Seigneur (un être spirituel et par cela invisible) est plus grande et plus claire que celle qu'avaient les Juifs de sa présence dans la chair à son premier avènement. Et non seulement les preuves prophétiques de la présence du Seigneur sont maintenant plus complètes et plus nombreuses, mais partout autour de nous, les signes des temps montrent à ceux dont les yeux sont oints (Apocalypse 3 : 18) les progrès de l'œuvre de la moisson bien plus apparents et convaincants que l'étaient les circonstances au premier avènement, lorsque notre Seigneur Jésus, avec une poignée de disciples, au milieu de beaucoup d'opposition et dans les conditions les plus défavorables, annonçait: le temps est accompli; repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle, le Messie est venu, le Messager du grand Jéhovah pour accomplir pour vous les promesses faites aux pères. Quoi d'étonnant que seuls les humbles d'esprit aient pu accepter l'humble Nazaréen comme le grand Libérateur, ou les hommes humbles et sans titres qui étaient avec lui comme membres de son cabinet, choisi comme ceux qui devaient être des princes sous Lui. Seul le petit nombre put voir dans celui qui était monté sur un âne et qui pleura sur Jérusalem le grand [[256]] Roi, duquel Zacharie avait prophétisé qu'il serait reçu comme Roi par Sion avec des cris de joie.  A son premier avènement, il s'abaissa lui-même pour prendre la forme et la nature de l'homme (Hébreux 2 : 9,14), et par ce moyen accomplir notre rédemption en se donnant lui-même comme prix de notre rançon. Il est maintenant hautement exalté et ne meurt plus; et, à son second avènement, revêtu de tout pouvoir (Philippiens 2 : 9), il exaltera son “corps” et dispensera, alors au monde la bénédiction du rétablissement qu'il acheta pour eux avec son propre précieux sang, à son premier avènement. Souvenons-nous qu'il n'est plus dans la chair, mais qu'il est un être spirituel et que, sous peu, il changera et glorifiera comme ses membres et cohéritiers tous ceux qui l'auront fidèlement suivi.

Jésus se présenta à la maison judaïque sous trois personnages : comme Epoux (Jean 3 : 29), comme Moissonneur (Jean 4 : 35,38) et comme Roi (Matthieu 21 : 3,9,4). Il se présente à la maison chrétienne sous les trois mêmes personnages (2 Corinthiens 11 : 2; Apocalypse 14 : 14,15 ; 17 : 14). Il vint pour la maison judaïque comme Epoux et Moissonneur au commencement de leur moisson (le commencement de son ministère); et juste avant sa crucifixion il se présenta comme leur Roi, exerçant l'autorité royale, en prononçant le jugement sur eux, en laissant leur maison déserte et dans l'acte typique de la purification du temple (Luc 19 : 41-46; Marc 11 : 15-17). Il en a été exactement de même dans cette moisson: La présence de notre Seigneur comme Epoux et Moissonneur fut reconnue dans les premiers trois ans et demi de 1874 à 1878. Depuis ce moment, il a été clairement manifeste que le temps était venu en 1878, où le Jugement royal devait commencer par la maison de Dieu. C'est ici que s'appliquent les paroles d'Apocalypse 14 : 14-20, où notre Seigneur apparaît comme le Moissonneur couronné. L'année 1878 ap. J.-C. étant le [[257]] parallèle de sa  prise de possession du pouvoir et de l'autorité dans le type, marque le temps où le pouvoir comme Roi des rois est réellement assumé par notre Seigneur, spirituel, invisible, mais présent, -— le temps où il prend son grand pouvoir pour régner, ce qui, dans la prophétie, est intimement associé avec la résurrection de ses fidèles et avec le commencement de la détresse et de la colère sur les nations (Apocalypse 11 : 17,18).

Ici, comme dans le type, le jugement commence par l'église nominale en condamnant à la destruction les systèmes, non le peuple, qui représentent extérieurement la véritable Eglise, le corps. Ici aussi se place la purification du vrai temple, l'Eglise, le corps de Christ, la classe consacrée (1 Corinthiens 3 : 16 ; Apocalypse 3 : 12). Cette classe consacrée, ou classe du temple, est apparentée à l'église nominale en bloc, comme le temple au sens littéral l'était avec la ville sainte de Jérusalem, dans son ensemble. Après que la ville fut rejetée, le temple fut purifié. Ainsi, maintenant, la classe du temple doit être purifiée : toute pensée égoïste, charnelle et toute mondanité doivent en être rejetées, afin que le temple puisse être pur, le lieu où habite le saint Esprit de Dieu, le temple du Dieu vivant.  Depuis 1878, le travail spécial a été la proclamation du commandement du Roi: “Sortez du milieu d'elle [de  Babylone], mon peuple, afin que vous ne participiez pas à ses péchés, et que vous ne receviez pas de ses plaies” (Apocalypse 18 : 4). “Partez, partez; sortez de là; ne touchez pas à ce qui est impur! Sortez du milieu d'elle, soyez purs, vous [la sacrificature royale] qui portez les vases de l'Eternel.” — Esaïe 52 : 11

Un autre point de ressemblance entre le premier et le second avènement est le sentiment prédominant du besoin d'un libérateur et l'impression très répandue parmi les nations que d'une façon ou d'une autre il faut qu'une délivrance arrive bientôt: les idées de quelques- [[258]] uns s'approchant même de la vérité de la chose. Dans chaque cas, il n'y a qu'un petit nombre qui soient capables de reconnaître le Libérateur et de s'enrôler sous sa bannière au service de la vérité. Dans la moisson judaïque, beaucoup sortirent au-devant du Seigneur quand tout le peuple était dans l'attente (de lui) (Luc  3 : 15), à l'époque de sa naissance trente ans avant son onction comme Messie au commencement de son ministère. Ainsi, il y eut une attente et un mouvement correspondant de la part de beaucoup (appelés plus tard Adventistes) dirigés par un frère baptiste nommé William Miller, par Mr. Wolf et d'autres en Europe et en Asie. Ceci atteignit son apogée en l'année 1844, juste trente ans avant 1874, l'année dans laquelle Christ, l'Epoux et le Moissonneur vint réellement, comme l'enseignement sur le jubilé l'a démontré. Nous trouvons en cela un autre parallèle de temps frappant entre ces âges ; car ces trente ans correspondent aux trente ans allant de la naissance de l'enfant Jésus jusqu'au Messie, l'Oint baptisé et présenté comme Epoux et Moissonneur à l'âge de trente ans. — Matthieu 3 : 11; Jean 3 : 29

II y eut dans les deux cas un désappointement et une période d'attente de trente ans pendant laquelle tous sommeillèrent; et il n'y eut dans chaque cas qu'un petit nombre qui s'éveillèrent au propre temps à la réalité de la présence du Messie. La grande masse nominale dans les deux maisons manqua de reconnaître le temps de la Visitation, parce qu'elle était surchargée et tiède, négligeant le commandement de faire attention et de veiller. Ainsi sera accomplie la prédiction du prophète : — “ sera une pierre d'achoppement et un rocher de scandale aux deux maisons d'Israël” (Esaïe 8 : 14). La maison charnelle trébucha parce qu'elle avait rendue vaine la loi de Dieu pour suivre les traditions (Marc 7: 9,13) et n'eut par conséquent pas une conception appropriée de la [[259]] manière et du but du premier avènement. C'est pour cette raison qu'elle ne fut pas préparée à le recevoir tel qu'il était lorsqu'il vint et qu'elle trébucha sur lui et son sacrifice. C'est sur le même rocher et pour la même raison que la masse d'Israël spirituel nominal trébuche maintenant. Elle est aveuglée par les traditions des hommes et les préjugés sectaires qui l'empêchent d'être convenablement éclairée par la Parole de Dieu, et n'a pas une conception convenable de la manière ou du but du second avènement du Seigneur. Ici aussi, la croix de Christ, la doctrine de la rançon, devient une épreuve pour tous. Il est bon, également, de  remarquer soigneusement que ni l'une ni l'autre des deux maisons ne pouvait prendre occasion de chute d'un rocher qui n'aurait pas été présent. Le Rocher est maintenant présent, et les systèmes nominaux trébuchent, tombent et sont réduits en pièces, tandis que, comme au premier avènement, les véritables Israélites reconnaissent et acceptent chacun individuellement le Rocher ; et en grimpant sur cette vérité, ils sont élevés fort au-dessus des masses qui y achoppent et la rejettent.

Ceux qui ont les yeux de leur entendement éclairés ne bronchent pas, mais en gravissant le Rocher et de ce point élevé, ils voient beaucoup plus clairement ce qui est passé et ce qui est à venir du plan divin. Ils voient des choses impossibles à exprimer relatives à la gloire future de l'Eglise et du jour de fête de la terre. Ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur ne seront jamais confus.

On ne peut saisir toute la force de ce parallélisme que si l'on a pris soin de noter que les cycles du jubilé et les temps des nations marquent les périodes qui correspondent si exactement avec celles des parallèles Judaïques. Les apôtres et les prophètes témoignant de la correspondance des âges judaïque et chrétien comme [[260]] type et antitype, il n'y a donc là aucune imagination. Nous ne nous basons pas non plus simplement sur les parallèles pour prouver que le travail de la moisson de la dispensation chrétienne est en voie d'exécution : comme nous l'avons déjà montré, le commencement et la fin de cette moisson sont encore indiqués en d'autres manières. Les cycles du Jubilé prouvent que le temps de la présence de notre Seigneur Jésus et le commencement de son œuvre de rétablissement devaient avoir lieu en automne 1874. Et le parallélisme dont nous avons parlé ci-dessus montre que cette date (1874) correspond exactement avec l'onction de Jésus comme Messie, au commencement de la moisson judaïque lors du premier avènement. Les temps des nations prouvent que tous les gouvernements actuels doivent* être renversés vers octobre 1914, et le parallélisme ci-dessus montre que cette période correspond exactement avec l'an 69 qui fut témoin du point de départ de la chute de la politique judaïque. En présence de tout cela, une question raisonnable se pose : Ces correspondances de temps sont-elles simplement accidentelles ou sont-elles du même ordre divin qui, nous l'avons vu, organisa les autres affaires de la maison charnelle, comme des figures des réalités, de cette dispensation-ci?


* [Commencer à] — Edit. 1937.

Non, elles ne sont pas accidentelles. Il est hors de doute que le même Tout Sage qui nous enseigna par la chronologie que six mille ans depuis la création d'Adam finirent en 1872 et que le septième millier d'années, l'âge millénaire, commença alors, qui nous enseigna par les cycles du jubilé que la présence du Seigneur et les temps du rétablissement ont commencé en automne 1874 et qui nous montra aussi, par les temps des nations, qu'il ne faut pas s'attendre à ce que ces choses se fassent tout d'un coup, mais qu'elles se feront d'une manière naturelle dans un espace de quarante ans, nous a [[261]] aussi donné la preuve dans ces dispensations parallèles, marquées par le double d'Israël, que non seulement il enseigne clairement en lui-même la présence du Seigneur, la moisson et le rétablissement commençant avec la faveur envers Israël selon la chair, mais qu'en même temps il nous fournit une preuve de l'exactitude des autres témoignages prophétiques et de la chronologie. Que l'on remarque bien que si une année seulement était changée dans la chronologie ou dans l'une quelconque de ces périodes de temps, la beauté et la force de ce parallélisme "seraient détruites. Si par exemple, la chronologie était altérée d'une année en plus ou en moins, — si nous ajoutions une année à la période des Rois ou des Juges, ou si nous en retranchions une année, nous nuirions au parallélisme. Si nous ajoutions une année, cela donnerait à la première période d'Israël une longueur de 1846 ans et le double, ou l'autre moitié, serait retardé d'une année, tandis qu'au contraire, par un tel changement de la chronologie, les cycles du jubilé se termineraient une année plus tôt, c'est-à-dire en 1873, ce qui ferait finir les 6000 ans en 1871, mais cela n'affecterait aucunement les temps des nations. Comme tous peuvent le voir, l'harmonie ou le parallélisme serait ainsi entièrement détruit. Ou alors, si on retranchait une année à la chronologie, la confusion serait tout aussi grande les changements apportés aux diverses périodes étant dans la direction opposée. Ainsi, chacune de ces diverses prophéties de temps corrobore l'autre, tandis que le parallélisme des deux dispensations resserre leur témoignage.

Ceux qui sont tant soit peu familiers avec les calculs faits généralement par les Seconds Adventistes et par d'autres concernant les périodes prophétiques, etc., ont pu remarquer que cette méthode-ci de traiter ces sujets est très différente des leurs. Ils essaient habituellement de faire terminer toutes les prophéties à une certaine date.

[[262]]

Leurs attentes erronées les y conduisent. Ils s'attendent à voir se dérouler le programme tout entier en peu d'instants, tandis que sa réalisation — la venue du Seigneur, la résurrection et le jugement du monde — exigera en réalité mille ans. Ils croient que ce court laps de temps se terminera par la destruction du monde par le feu. Pour saisir et accepter les prophéties qui indiquent les différentes dates et les diverses étapes du grand plan de Dieu, ils auraient besoin de comprendre premièrement le Plan des Ages et la vraie manière du second avènement du Seigneur. Mais la plupart sont trop aveuglés par leurs théories et leurs préjugés pour le faire. Les essais qu'ils font pour appliquer les prophéties à leurs fausses attentes les ont souvent conduits à les tordre, à les violenter ou à en retrancher pour les faire accorder aux nécessités du cas, avec l'espoir d'arriver à faire que toutes les prophéties se terminent à une date unique quelconque. Ces amis devraient reconnaître leur erreur dans cette direction, car leurs attentes ont failli les unes après les autres ; ils savent aussi bien que nous que quelques-unes des prophéties employées par eux et qu'ils ont abandonnées, ne peuvent plus être étendues au futur, mais qu'elles appartiennent au passé. Elles se sont accomplies, mais d'une manière différente de ce qu'ils attendaient, et ils ne le savent pas.

Au contraire, les prophéties qui sont présentées ici, aussi bien que celles encore à considérer, sont toutes naturelles et n'ont été ni tordues ni détériorées. Nous les présentons simplement comme nous les trouvons dans la Parole de Dieu et il est facile pour ceux qui ont une vue correcte du grand Plan des Ages de Dieu de remarquer comment les différentes chaînes prophétiques s'y adaptent et le mesurent. Ils le remarquent, les uns sur un point important, d'autres sur un autre ; et pour ceux-là, à mesure qu'ils le voient bien, ce parallélisme des dispensations judaïque et évangélique montre et prouve d'une manière incontestable l'exactitude de tous les autres.

L'aperçu des périodes de temps du plan de Dieu, fourni dans les prophéties, est très semblable au devis d'un architecte ; et les parallèles de la dispensation juive ressemblent aux esquisses de ses dessins. Supposons que nous ayons le devis d'un architecte pour la construction d'une maison, mais sans aucun plan et que nous soyons tout d'abord obligés d'en faire nous-mêmes , le dessin d'après les indications du devis ; et qu'ensuite cet architecte nous envoie son propre plan ; — si en le comparant avec l'esquisse que nous avons faite, nous trouvons que tous les angles et toutes les mesures sont rigoureusement semblables, nous serons assurés que nous avons bien compris le devis. Il en est de même ici : le dessin, le type ou plutôt la figure de l'Age de l'Evangile qui nous est fournie par l'Age Judaïque, et la correspondance des prophéties et dès événements avec ces ombres nous donnent, au sujet de l'exactitude de nos conclusions, une assurance aussi forte que nous pourrions la désirer, pendant que nous “marchons [toujours] par la foi et non par la vue ”.

D'autres témoignages prophétiques qui sont encore à examiner seront aussi trouvés en accord parfait avec ces parallèles. L'un d'entre eux, les jours de Daniel, indique une grande bénédiction pour les consacrés qui vivront en 1874 et après — bénédiction qui s'est sûrement accomplie dans le grand développement des vérités de la Parole de Dieu depuis ce moment-là. A Lui qui nous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière en soit toute la gloire !

Rappelons-nous que la moisson judaïque de quarante ans se termina en Octobre 69 ap. J.-C. et fut suivie du complet renversement de cette nation ; que, de même, les quarante années de la moisson de l'Age de l'Evangile finiront en Octobre 1914, suivies immédiatement à leur tour par le renversement de la soi-disant “ chrétienté ”. “ En une seule heure ” le jugement viendra sur elle. — Apocalypse 18 : 10,16,19.

Nous attirons l'attention du lecteur sur la table de correspondances pages 264 et 265 ; il sera amplement récompensé d'en faire une sérieuse étude.

[[264]]

“ LES DEUX MAISONS D'ISRAËL ”

CORRESPONDANCES DES DISPENSATIONS MOSAÏQUE ET CHRETIENNE



De la mort de Jacob jusqu'à la croix, la période de faveur envers la maison nominale des serviteurs fut de 1845 ans, suivie par l'exaltation d'un petit nombre de fidèles et par le rejet, la détresse et les jugements pour les autres.

__________

ISRAËL SELON LA CHAIR

Une maison de serviteurs.
1 Cor. 10 : 18 ; Rom. 9 : 7,8 ;
4 : 16 ; Héb 3 : 5


Fondée dans les douze fils de Jacob.
1 Rois 18 : 31.

Un royaume et sacerdoce, une sainte nation.
Exode 19 : 6

Aaron, grand prêtre selon la chair.
Hébreux 9 : 7

Circoncision de la chair.
Romains 2 : 28,29.

Loi du péché et de la mort.
Romains 8 : 2.

Promesses terrestres.
Genèse 13 : 14—17 ; Actes 7 : 2-5.

En captivité dans la Babylone littérale.
2 Chroniques 36 : 20

Longueur du temps de faveur, 1845 ans, de la mort de Jacob au rejet d'Israël et au commencement de l'Israël spirituel, en l'an 33 apr. J.-C.

Le système nommai rejeté en l'an 33 apr. J.C Matthieu. 23 : 38

36 ans ½ de chute graduelle jusqu'à l'an 69 apr. J.-C.
La fin de l'Age ou moisson de 40 ans.
Luc 10 : 2,16

Présence de Christ dans la chair comme Moissonneur.
Jean 4 : 35,38

La présence de notre Seigneur et le caractère de sa mort en sacrifice sont la pierre d'achoppement.

       

De la mort de Jésus à 1878, la période de faveur de la maison nominale des fils fut de 1845 ans, suivie l'exaltation d'un petit nombre de fidèles et par le rejet, la détresse et les jugements pour les autres.

__________

ISRAËL SELON L'ESPRIT

Une maison de fils
Gal. 4 : 5,6,7,30,31 ; 6 : 15,16 ;
Jean 1 : 12 ; Rom 8 : 15


Fondée dans les douze apôtres de Jésus
Apocalypse 21 : 14.

Une sacriflcature royale, une nation sainte.
2 Pierre 2 : 5,9

Jésus, le grand prêtre spirituel.
Hébreux 9:11.

Circoncision du cœur.
Romains 2 : 28,29.

Loi de l'Esprit de vie en Christ Jésus.
Romains 8 : 2

“ Meilleures promesses ”
Hébreux 9 : 23 ; 11 : 40.

En captivité dans la Babylone mystique
Apocalypse 17 : 5 ; 18 : 4

Longueur du temps de faveur, 1845 ans, de la mort de Jésus au commencement du règne de Christ et au rejet de Babylone, en 1878.

Le système nominal vomi en 1878.
Apocalypse 3 : 16.

36 ans ½ de chute graduelle jusqu'à l'an ,1914.
La fin de l’Age ou moisson de 40 ans
Matthieu 13 : 24-30 ; 36-43

Présence spirituelle de Christ comme Moissonneur.
Apocalypse 14 : 14,15.

La présence de notre Seigneur et le caractère de sa mort en sacrifice sont la pierre d'achoppement.

"Il sera une pierre d'achoppement et un, rocher de scandale pour les DEUX MAISONS (nominales) D'ISRAËL." Esaïe 8 : 14.



ILS NE CONNURENT PAS LE TEMPS DE LEUR VISITATION
Luc 19 : 44 ; Matthieu 24: 38,89.

Notre Seigneur présenté sous trois personnages — comme Epoux, Moissonneur et Roi.
Jean 3 : 29 ; 4 : 35,38 ; Matthieu 21 : 5,9,4 ; 2 Corinthiens 11 : 2, Apocalypse 14 : 14,15 ; 17 : 14.

Un Mouvement Adventiste au temps de la naissance de Jésus, trente ans avant son avènement et son onction comme Messie à son baptême.
Matthieu, 2 : 1—16 ; Actes 10 : 37-38.

Présence réelle du Seigneur comme Époux et Moissonneur en Octobre de l'an 29 apr. J.-C.

Pouvoir et titre de Roi assumés 3 ans ½ plus tard, en l'an 33.

       

Un Mouvement Adventiste en 1844, trente ans avant le temps réel de sa présence pour réveiller et éprouver l'Eglise.
Matthieu. 25 : 1.

Présence réelle du Seigneur comme Epoux et Moissonneur, en octobre 1874.

Pouvoir et titre de Roi assumés 3 ans ½ plus tard, en 1878.



PREMIERE ŒUVRE DU ROI – LE JUGEMENT

Maison nominale judaïque rejetée ; le temple littéral purifié.
Matthieu 20 : 18 ; 21 : 5-15 ; 23 : 37 ; 24 : 1.

La destruction totale de la politique judaïque commence 36 ans ½ après qu'ils ont été rejetées — ou 40 ans après le commencement de la moisson, en l'an 69 ap. J.-C.

       

Maison nominale chrétienne rejetée; le temple spirituel purifié.
1 Pierre 4 : 17 ; Apocalypse 3 : 16 ; Malachie 3 : 2.

La destruction totale de la chrétienté nominale commence 36 ans ½ après qu'elle a été réjetée — ou 40 ans après le commencement de la moisson, en 1914 ap. J.-C.



Levez le front, pèlerins mornes ;
Réconfortez vos cœurs tremblants,
Le Christ avec pouvoirs sans bornes
Vient pour régner pendant mille ans.

Mille ans ! Mille ans ! terrestre gloire !
Ce sont les jours longtemps prédits ;
C'est pour Sion, pleine victoire,
Pour les humains, le paradis.

Dites partout le grand message,
Les temps prédits si consolants,
Du repos fin de tout servage,
D'un âge d'or durant mille ans1

Qu'importe qu'un nuage sombre
Voile l'aurore en ses pas lents ;
L'astre divin dissipant l'ombre,
Va, radieux, briller mille ans.

BONAR.

[[267]]

ÉTUDE VIII

ELIE DOIT VENIR PREMIEREMENT

Comment cette importante prophétie se rapporte au second avènement. — Un accomplissement partiel et typique en Jean-Baptiste. — L'accomplissement réel. —  La vision sur la montagne sainte. — Ressemblances  remarquables entre Elie le type et Elie l'antitype. —  Le temps est proche. — Les perspectives. — Elisée, successeur d'Elie.

 “Voici, je vais vous envoyer Elie le prophète avant que le jour grand et redoutable de l'Eternel vienne. Il convertira le cœur des pères envers les enfants et le cœur des enfants envers leurs pères ; de peur que je ne vienne et que je ne frappe la terre à la façon de l'interdit. “ — Malachie 4 : 5,6, Ost.

EN considérant les preuves que le temps de l'établissement du royaume du Messie sur la terre est venu, cette prophétie montrant qu'Elie doit venir premièrement ne doit pas être négligée.

C'est une expression toute particulière que celle de notre texte. La pensée semble être que l'oeuvre d'Elie consistera à ramener [convertir] les parents à l'humble condition d'enfants ; qu'après les avoir rendus dociles comme de petits enfants, il détournera leurs cœurs de l'erreur, du péché et de l'incrédulité et les ramènera en harmonie avec leurs “ pères ” — nom donné par les Hébreux à leurs fidèles patriarches et prophètes.

La prophétie de Malachie, le dernier message envoyé par Jéhovah à Israël, paraît les avoir profondément impressionnés, spécialement les deux derniers chapitres qui parlent particulièrement de la venue du Messie et des épreuves spéciales que le jour de la présence du Seigneur apportera avec lui (voy. Malachie 3 : 1-3,13-18 ; 4 : 1-6).

[[268]]

Déduisant de cela que l'épreuve serait particulière, ils tirèrent une consolation des derniers versets mentionnés ci-dessus qui promirent qu'Elie, le prophète, qui autrefois convertit la nation entière du culte de Baal au culte de Dieu, reviendrait auparavant pour les préparer avant ce sévère temps d'épreuves que la venue du Messie apportera. Cette prophétie ne s'accomplit pas lors du premier avènement de notre Seigneur ; pas plus la partie qui concerne le Messie que celle qui parle de la venue d'Elie. La prophétie concerne évidemment le second avènement, la venue du “ Messager de l'Alliance ” en gloire et puissance, ainsi que l'épreuve et la grande détresse du jour de l'Eternel dans ce temps-là. Toutefois, la présentation de Christ à Israël type et la grande détresse qui fondit sur ce peuple, comme nation, quand il le rejeta, furent, ainsi que Dieu l'avait prévu et projeté, une autre figure pour illustrer plus fortement dans nombre de détails les choses présentées dans cette prophétie. Jean-Baptiste fit, dans l'esprit d'Elie et pour Israël, une œuvre semblable à celle de l'Elie promis mais il ne réussit pas ; et le résultat qui suivit fut des troubles (une malédiction) sur cette nation. L'Elie réel dont parle le prophète devra faire un grand travail sur la “ terre ” entière pour préparer toute l'humanité au second avènement ; il échouera aussi pour un temps et le résultat qui suivra sera un grand temps de détresse, la malédiction, qui frappera le monde entier. La venue d'Elie est mentionnée par le prophète comme devant avoir lieu “ avant ” ce grand et terrible  jour de Jéhovah.* Puisque, comme nous l'avons montré, le grand jour de Jéhovah commença en 1874, continuera pendant quarante ans et finira à l'expiration des temps des nations par le renversement complet de la  domination mondaine et satanique de la terre et par [[269]] l'investiture complète d'Emmanuel — Christ Jésus et  ses saints — avec toute puissance et domination, il est important pour nous de démontrer ici qu'Elie est venu.  Il échoua dans Sa mission de convertir le cœur des hommes à la condition d'enfants et à la sagesse des justes ; aussi le grand temps de détresse vient-il comme Dieu l'avait prévu et prédit. Dans ce temps Dieu instruira l'humanité par de sévères et amères expériences des leçons qu'elle aura à bien apprendre, pour préparer les hommes à accepter avec reconnaissance le Christ, le Messager de Jéhovah de la Nouvelle Alliance  avec tous les justes arrangements, lois, etc., de cette alliance.


* Voir volume I, chapitre XV.

Comme nous l'avons vu, beaucoup des promesses et des projets de Dieu s'accomplirent sur une petite échelle chez une nation, Israël, lors du premier avènement, comme une illustration des réalités supérieures, plus grandioses, qui s'accompliraient à la seconde venue de Christ. De même que les miracles, les guérisons, etc., typifiaient les plus grandes œuvres de l'Age millénaire ; que l'entrée de notre Seigneur comme Roi monté sur un âne représentait Jésus assumant une plus grande puissance, une majesté et un honneur plus grands à son second avènement comme Roi des rois et Seigneur des seigneurs ; ainsi, “ l'homme Christ Jésus ” et sa petite troupe de disciples représentaient le Seigneur de gloire hautement exalté, associé avec les saints, son épouse et ses cohéritiers à son Second avènement. Ainsi Jean-Baptiste et ses disciples, engagés dans la même œuvre avec lui et sous sa direction en essayant de convertir Israël et de le préparer à recevoir le Messie, représentaient l'Elie réel (l'Eglise chrétienne) dont le travail a été d'essayer de convertir le monde avant la venue du Messie, le Seigneur Spirituel de gloire, et Roi des rois. Jean-Baptiste, dans l'esprit et le pouvoir d'Elie, ne réussit pas à réformer Israël [[270]] et, comme conséquence (Matthieu 17 : 12), celui-ci rejeta Jésus dans la chair et attira sur lui-même un grand “ jour de vengeance ”, de détresse et de colère (Luc 21 : 22). De même, seulement sur une plus vaste échelle, le réel et plus grand Elie ne réussit pas à convertir le monde et à le préparer à recevoir le Roi de gloire ; et maintenant, en conséquence, il faut que le grand Jour de colère vienne sur le monde pour fondre, amollir, humilier et préparer tous les hommes à crier du fond de leur cœur : “ Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !”

Nous voyons ainsi que l'Eglise dans la chair (le Christ dans la chair, tête et corps) est l'Elie ou le précurseur de l'Eglise dans la gloire, l'Oint de Jéhovah. Non pas l'église nominale, mais la véritable Eglise consacrée qui, de l'autre côté de la tombe, sera le grand Libérateur, oint c'est elle qui constitue l'Elie. Sa mission est de réprouver l'erreur et le péché et de montrer le royaume de gloire qui vient. Jésus et les apôtres et après eux tous les fidèles en Christ Jésus font partie, de ce grand Elie antitype, prophète ou instructeur, la même classe (tête et corps) qui sous peu composera le Roi de gloire. Le travail, dans lequel l'Eglise est engagée maintenant, est préliminaire à son travail futur, aussi loin que cela concerne la réformation du monde. Dans ses fonctions royales, l'Eglise accomplira pour le monde ce qu'elle ne réussit pas à faire en tant qu'Elie instructeur.  Qu'on nous comprenne bien : nous avons jusqu'ici montré que le plan de Dieu ne s'étend pas à la conversion du monde pendant l'âge de l'Evangile; Dieu ne s'était pas proposé cela, mais il voulut, pour cet âge-ci, simplement l'élection et l'épreuve de l'Eglise, réservant la, bénédiction du monde par l'Eglise, le Christ, pour un âge après celui-ci. Nous ne contredisons pas cela lorsque nous disons que l'Elie, Christ dans la chair, a essayé de convertir le monde et n'a réussi qu'à apporter des réformes peu importantes et partielles, car bien que Dieu prédit que notre mission envers le monde n'aboutirait qu'en partie et ne servirait qu'à la sélection d'un petit troupeau de choix, mais sachant que l'effort réagirait favorablement sur nous-mêmes, il nous donna mission par le moyen de notre Seigneur d'essayer de convertir le monde lorsqu'il dit : Allez par tout le monde et prêchez la bonne nouvelle à toute créature ”. Voyant que Dieu avait prédit notre échec présent, comme aussi notre succès futur lorsqu'il nous aura glorifiés et revêtus de puissance divine, nous pouvons alors nous réjouir, considérant l'insuccès des dix-huit siècles passés, en nous rendant compte que le travail de la classe du véritable Elie n'a pas été vain, mais a servi le dessein divin en préparant la véritable Eglise, tout en rendant témoignage devant le monde, lequel en profitera au temps convenable.

Jean-Baptiste n'était pas réellement Elie revenu sur la terre ; l'Eglise ne l'est pas davantage. Mais comme il fut vrai de Jean qu'il fit un travail d'Elie en Israël (Luc 1 : 17) pour le préparer et introduire le Seigneur dans la chair, ainsi cela est-il vrai de l'Eglise : elle fait pour le monde le travail prédit d'Elie, dans l'esprit et la puissance d'Elie, et annonce le second avènement de notre Seigneur, se servant à peu près des mêmes paroles dont Jean se servit au premier avènement : “ Au milieu de vous, il y en a un que vous ne connaissez pas; c'est celui qui vient après moi, qui m'est préféré [est au-dessus de moi ou m'est supérieur]. — Jean 1 : 26,27. Ost.

Tous ne reçurent pas le témoignage de Jean et ne comprirent pas qu'il était le précurseur de Jésus dans la chair. S'ils avaient reconnu cela, ils auraient été préparés à recevoir Jésus comme leur Messie. Pour tous ceux d'entre eux qui purent accepter et acceptèrent ce: [[272]] message de Jean et reçurent Christ, Jean fit le travail d'Elie. Comme le Seigneur le leur dit en parlant de Jean (Matthieu 11 : 14) : “ Si vous voulez recevoir ceci  [ce message], celui-ci est [typifié] l'Elie qui devait venir” et quoique Jean et son œuvre n'aient pas complété, il s'en faut de beaucoup, la prédiction concernant Elie, de même notre Seigneur dans la chair n'accomplit pas tout ce qui était prédit du Messie. Il fut pour tous ceux qui purent le recevoir l'Oint de Jéhovah, même avant d'avoir terminé son sacrifice, d'avoir été glorifié ou d'être revenu dans l'exercice de la charge de Messie ou Libérateur. Lors du premier avènement, Jean avait comme achevé dans une certaine mesure le type commencé dans la personne et le travail d'Elie ; et cette œuvre de Jean au premier avènement préfigurait l'oeuvre finale de l'Eglise au second avènement. Les membres de celle-ci, les pieds de Christ dans la chair — les pieds d'Elie, — annoncent le royaume (Esaïe 52 : 7). A tous ceux qui “ peuvent le recevoir ”, nous annonçons le règne de Christ glorifié comme étant tout proche, de même que nous avons indiqué à ceux qui peuvent le recevoir qui est l'Elie-antitype prédit. Plusieurs, sans doute, ne le recevront pas, mais seront toujours dans l'attente d'un certain homme qui accomplira les prédictions de Malachie ; ils ne reconnaîtront pas le temps de leur visitation jusqu'au jour où le grand temps de détresse brûlera comme un four. On verra alors que la non-réussite à convertir et restaurer le monde par Elie, le Christ dans la chair, fut tout aussi bien un résultat prévu que le fut l'échec de Jean à convertir Israël ! Néanmoins, ce sera la même classe d'Elie, mais glorifiée et remplie de puissance qui, pendant l'âge millénaire, bénira et enseignera le  monde et restaurera toutes choses comme cela a été promis par la bouche de tous les saints prophètes (Actes 3 : 19-21). Ce n'est que de nom et comme ressemblance [[273]] que l'Elie-type cesse avec notre carrière terrestre. En harmonie avec cela, nous avons la réponse  que fit le Seigneur à l'interrogation de ses disciples : “ Pourquoi donc les scribes disent-ils qu'il faut qu'Elie vienne premièrement ? ” Notre Seigneur, en leur répondant, n'entreprend pas de leur expliquer pleinement comment Elie était un type, ni comment Jean en était la continuation, en même temps que l'accomplissement  au sens figuré, etc., choses que les disciples n'étaient pas alors préparés à comprendre et qui d'ailleurs n'étaient pas propres à être comprises à ce moment-là ; aussi, tout en indiquant l'insuccès de Jean comme un accomplissement partiel de la prophétie, notre Seigneur ajoute : “ Oui, Elie doit venir * et rétablir toutes choses ” (Matth. 17 : 11). Il pensait évidemment à sa propre œuvre glorieuse de l'âge à venir, lorsqu'il serait associé avec son corps glorifié que l'âge de l'évangile devait rassembler et éprouver. Il regardait au delà du voile dans l'âge millénaire et voyait ceux de la classe d'Elie ravis dans les chariots de feu en puissance et grande gloire — dans l'exaltation spirituelle. La figure qui est employée lorsqu'il est question de l'Eglise seule, séparée de son Seigneur et chef est celle d'une femme ; séparée et distincte de son Seigneur, l'Epoux, elle est une vierge fiancée. Mais dans le cas qui nous occupe, c'est la figure d'un homme, Elie, qui est employée, parce que l'œuvre préfigurée n'est pas l'œuvre de l'Eglise séparée de Jésus, mais le travail de tous deux ensemble. Notre Seigneur était le chef et précurseur de l'Eglise dans la chair (l'Elie), tout domine il est le chef de l'Eglise triomphante, le Christ. Il y a d'autres exemples dans lesquels un homme est employé comme figure pour symboliser l'œuvre commune de Christ Jésus et de son corps, l'Eglise. Par

[[274]] exemple, Aaron et tous ses successeurs dans la charge de souverain sacrificateur représentaient le Seigneur, et les sous-prêtres, les membres de Son corps ; Melchisédek représentait d'une manière semblable de corps entier en gloire ; il en est ainsi de Moïse, de David et de Salomon. Ainsi l'emploi d'Elie comme une figure pour représenter une œuvre unie de Christ et de l'Eglise est en harmonie avec les usages de l'Ecriture.  En raison de la classe représentée par Elie, combien puissamment éloquente fut la a vision ” que le Seigneur montra aux trois disciples sur la montagne de la transfiguration (Matthieu 17 : 1-9) ! Pierre nous dit que ce fut une vision du royaume à venir (2 Pierre 1 : 16-18). Jésus transfiguré apparut rayonnant de clarté à leurs yeux, tandis qu'une figure de Moïse représentait la dispensation mosaïque ou de la loi, et une figure d'Elie, la dispensation chrétienne ou de l'évangile. Ces deux dispensations attendent et indiquent les souffrances de Christ et la gloire qui doit suivre et en parlent.


* Les plus anciens manuscrits omettent “ premièrement ”. Voy. les traductions Stapfer, Segond et Crampon.

Avant de quitter ce sujet, nous voulons . indiquer certains traits et incidents de la vie du prophète Elie, le type, les comparant avec l'histoire de l'Eglise, l'Elie antitype. Ces comparaisons étonneront certainement tous ceux qui ne les ont pas déjà remarquées ; et pour qu'elles puissent être vues plus facilement, nous les plaçons en colonnes parallèles (voyez page suivante).

Ces coïncidences sont remarquables et ne sont pas accidentelles. Le fait qu'Elie devait venir avant le grand jour et que maintenant nous trouvons que l'Eglise est l'Elie-antitype prédit par Malachie le prophète et typifié en outre par Jean-Baptiste, devrait être regardé comme une autre épreuve que le temps est proche, que le grand jour de l'Eternel est proche. Mais il y a en outre dans ce type des suggestions appuyées par d'autres passages et qui sont destinées à guider, à fortifier et préparer les saints, pour bien accomplir leur part dans le jour orageux qui est devant nous.

[[275]]

ELIE

Elie fut persécuté à cause de sa fidélité à la vérité et à la justice.

Son principal persécuteur fut Jésabel, la méchante reine d'Israël, qui est mentionnée par son nom, comme type de l'ennemi des saints. — Apocalypse 2 : 20.

La puissance persécutrice de Jésabel s'exerça par le moyen de son mari, le roi Achab

Elie s'enfuit de devant Jésabel et Achab dans le désert, en un lieu préparé par Dieu, où il fut miraculeusement nourri. — 1 Rois 17 : 3-9.

Elie fut “trois ans et six mois” dans le désert ; il ne plut pas pendant ce temps et une grande famine régna dans le pays. — Jacques 5 : 17 ; 1 Rois 17 : 7 ; 18 : 2.

Après les 3 ans ½, ou 1260 jours, quand Elie revint du désert, les erreurs des prêtres de Jésabel furent manifestes, le vrai Dieu fut honoré et il y eut une forte pluie. — 1 Rois 18 : 41-45.

Tout d'abord le roi et le peuple se réjouirent et Elie et son Dieu furent honorés; mais l'esprit de Jésabel ne changea pas; elle chercha encore à ôter la vie à Elie, qui fut de nouveau obligé de se retirer dans le désert. — 1 Rois 18 : 40,45,46 ; 19 : 1-4.

La carrière d'Elie se termina par son enlèvement.

       

L'EGLISE

L'Eglise fut persécutée à cause de sa fidélité à la vérité et à la justice.

Son principal persécuteur fut l'Eglise apostate de Rome, qui prétend gouverner “ en reine ” sur l'Israël spirituel. — Apocalypse 18 : 7.

La puissance persécutrice de la papauté s'exerça par le moyen de l'empire romain  avec qui elle s'était alliée.

La vraie Eglise s'enfuit dans le désert symbolique (dans la solitude), en son lieu préparé par Dieu où elle fut soutenue. Apocalypse 12 : 6,16.

L'Eglise fut 3 ans ½ symboliques (un jour pour un an — 1260 ans littéraux) dans la condition de l'isolement ; pendant ce temps une famine spirituelle sévit à cause du manque de la vérité, l'eau vivifiante. — Comp. Apocalypse 12 : 6 ; 11 : 3 ; Amos 8 : 11.

A la fin des 1260 ans (en 1799) la puissance de la vérité et de ses témoins fut manifestée; depuis lors, la Vérité .s'est répandue sous forme de millions de Bibles qui chaque année vont rafraîchir le monde et porter des fruits.

La Bible a apporté de telles bénédictions que les gouvernements terrestres y reconnaissent la main de l'Eternel. Mais les principes de la papauté — Jésabel — se retrouvent dans les soi-disant sectes protestantes, ce qui oblige les saints à se retirer à nouveau dans la condition de l'isolement.

Les saints seront changés de la condition terrestre à la condition céleste.



[[276]]

Nous ne désirons pas dresser devant l'esprit un sombre tableau : nous préférerions penser à la gloire qui doit suivre le grand jour de la colère et aux joies du jour millénaire qui s'introduit, plutôt qu'aux afflictions et aux découragements de l'avenir très prochain,  précédant le lever complet du soleil. Mais il est nécessaire que les saints soient, au moins dans une certaine mesure, avertis des événements imminents, afin que lorsqu'ils se produiront, ils ne soient pas alarmés ou découragés ; mais qu'étant prémunis, ils sachent comment y faire face et puissent aussi apprécier d'autant mieux les bénédictions du présent, pour travailler diligemment pendant qu'il est jour ; la nuit [un temps beaucoup plus sombre en comparaison du temps présent appelé jour] vient, où personne ne PEUT TRAVAILLER.

Le court temps actuel, avant que les nuées de tempêtes éclatent sur le monde, est un temps des plus favorables pour le travail de la classe d'Elie ; il correspond aux jours heureux d'Elie et de Jean. Il est favorable pour que, personnellement, chacun puisse croître en grâce et en connaissance, et aussi pour propager la vérité — le temps le plus favorable qu'on ait jamais connu. Combien se seraient réjouis ceux qui les premiers, ont cherché à sonder la vérité, ceux de Béree, par exemple, s'ils avaient eu les moyens d étude que nous possédons aujourd'hui ! - Bibles imprimées complètes avec renvois; concordances, histoires; encyclopédies dictionnaires et différents autres précieux ouvrages de références dont les prix sont accessibles à tous et qu'on peut même consulter gratuitement dans les bibliothèques publiques jusque dans les villes de moyenne Importance. Ajoutez à tout cela l'accroissement de la  lumière de l'aurore du jour millénaire ainsi que la [[277]] faculté qu'ont toutes les classes de lire et de penser intelligemment pour elles-mêmes. Avec de tels aides, on peut apprendre plus de la Parole de Dieu et de son plan en un jour que ne l'auraient pu faire en une année ceux des temps moins favorisés. Il n'y a même jamais  eu un temps aussi favorable pour l'effort des chrétiens, ou qui ait poussé davantage à l'action et au zèle que ce temps du message de la moisson de la présence du Seigneur et de la bonne nouvelle du royaume qui approche.

Si nous voulons voyager d'un lieu à un autre pour nous rencontrer avec d'autres frères en la foi, nous pouvons faire autant et plus de route en une semaine que Paul ne pouvait en faire en un mois ou plus  et avec beaucoup plus de confort. Si nous voulons parler en public, nous pouvons le faire sans être molestés ou terrorisés par qui que ce soit. Nous vivons dans un temps où les masses du peuple savent lire et écrire, ce qui n'était le partage que d'un très petit nombre dans les temps passés ; nous vivons à une époque où on peut se procurer facilement et à bas prix l'Evangile imprimé, qui a souvent plus d'effet que des sermons oraux. Les cœurs de bonne volonté peuvent faire beaucoup plus maintenant qu'Aquilas et Priscille ne le purent de leurs jours avec la même somme d'efforts. Nous pouvons prêcher par le moyen des imprimés et des journaux, nous servant du système merveilleux des postes établi de nos jours pour les faire parvenir presque sans frais à nos amis et aux étrangers dans le monde entier.

Mais l'apôtre, parlant de l'église nominale dans les derniers jours, assure qu'il viendra un temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine ” (2 Timothée 4 : 3). Si cette parole est vraie maintenant, dans le même sens que pendant des siècles, elle aura dans l'avenir un accomplissement plus clair et plus puissant.

[[278]]

Il est certain que l'église nominale ne supportera pas maintenant ceux qui, ignorant ses credo, “ prêchent la Parole ”, — “ tout le conseil [le plan] de Dieu " ; ils ont par contre des oreilles qui leur démangent, ils aiment les spéculations sur l'évolution et les philosophies faussement ainsi nommées, plutôt que la Parole de Dieu. Cependant, comme ils ne peuvent pas l'empêcher, ils supportent jusqu'à un certain point la saine doctrine ; plus que Rome dans ses jours de gloire ne la supportait. Immédiatement avant les paroles que nous venons de citer, l'apôtre parle directement des temps difficiles des derniers jours de cet âge (2 Timothée 3 : 1-13) ” en indiquant que l'esprit hautain, l'amour des plaisirs,  la haine du bien, seront les caractéristiques de l'époque, avec son formalisme, sa convoitise, son orgueil et son ingratitude. Il déclare que dans l'Eglise des hommes méchants et des imposteurs iront en empirant, séduisant les autres et étant séduits eux-mêmes par leurs propres sophismes. Du moment que l'apôtre a pensé et écrit pour ce qui regarde spécialement les derniers jours, et non concernant le moyen âge, nous sommes mûrement  en plein droit de nous demander si nous ne sommes pas au seuil de cette saison, dans ces derniers jours où la saine doctrine ne sera plus supportée ni permise en aucune manière.

Quoiqu'il soit vrai que, d'une manière générale, il n'est plus permis maintenant à personne d'acheter ou de vendre [trafiquer de la vérité] dans les marchés ou synagogues ordinaires, sinon à ceux qui ont la marque de la bête ou le nombre de son nom (Apocalypse 13 : 17), ceux pourtant qui sont pleinement consacrés ont appris que les magnifiques temples modernes, appelés églises, ne sont pas plus nécessaires maintenant qu'ils ne l'étaient du temps des apôtres et que les grandes orgues et les chœurs bien organisés ne sont pas des accompagnements indispensables pour attirer l'attention [[279]] du peuple ; car aujourd'hui, comme aux premiers jours, le peuple écoute l'Evangile avec plaisir aux coins des rues et dans les places publiques, par la voie de la poste, par les journaux et par les livres. Une question se pose à nous : Cette déclaration de l'Apocalypse ne  pourrait-elle signifier davantage que ce que nous avons vu jusqu'à présent ? La déclaration de Paul ne pourrait-elle impliquer qu'un temps viendrait, dans les derniers jours, où la saine doctrine ne serait plus du tout supportée ? Notre cas ne pourrait-il à cet égard, être en  quelque manière semblable à l'expérience que fit Jean Baptiste le type, lorsqu'il fut mis en prison ? En d'autres termes, que pouvons-nous espérer entre le temps présent, relativement favorable, quoiqu'il ne soit pas sans ses difficultés, et le temps béni à venir où rien n'entravera la Justice ? Continuera-t-il à être un temps aussi favorable que le présent pour travailler dans !a vigne ? Le sera-t-il davantage ou le sera-t-il moins ?  Etudions ce que ces types indiquent ; car puisque le Seigneur a dirigé notre attention sur eux, tout ce que nous trouvons dans la vie et dans les expériences d'Elie ou de Jean qui semble se rapporter de façon appropriée aux expériences de l'Eglise et au témoignage concernant sa course terrestre future, nous sommes justifiés à le reconnaître comme typique.

Elie fut séparé de la scène terrestre par un chariot de feu, figure de la gloire spirituelle et de l'exaltation qui attendent, à la fin de la course terrestre, ceux de l'Eglise qui vivent et restent dans les derniers jours. Mais nous devrions aussi nous rappeler que ce fut dans un tourbillon ou une tempête qu'il fut enlevé ; une tempête est le symbole de détresse, aussi bien que le chariot de feu est une figure de victoire et d'échappement glorieux hors de ce trouble.

La fin des expériences de Jean-Baptiste fut marquée bien plus clairement encore par des traits d'affliction.

[[280]]

Quoique le peuple ne l'eût pas suivi (Matthieu17:12) Il le reconnut pendant un espace de temps très court comme un serviteur de Dieu et un prophète (Jean 5 : 35) cependant lorsqu'il annonça la présence du Messie son influence commença bientôt à diminuer ainsi qu'il l'avait déclaré en disant de Christ : “ II faut qu'il croisse et que je diminue ”. Il doit en être de même à la fin de cet âge-ci ; le travail de la classe de Jean (la classe d'Elie), se termine par l’annonce que le royaume des cieux est proche et que le Roi est présent C'est ce qui a lieu maintenant ; et les paroles du témoignage de Jean s'appliquent avec une égale force à ce temps du second avènement du Seigneur : “ Au milieu de vous se tient [est présent] quelqu'un que vous ne connaissez pas ” ; “ II a son van à la main et il nettoiera parfaitement son aire ; il amassera son blé dans le grenier, mais brûlera la paille au feu inextinguible ”,  le grand temps de détresse (Jean 1 : 26 ; Matthieu 3 : 12).

De la même manière que Jean est allé en décroissant son œuvre spéciale étant accomplie lorsque son message fut délivré - ainsi l'Eglise dans la chair doit décroître lorsque son message sera donné, jusqu’à ce que le dernier membre ait déposé sa vie consacrée et soit passé de l'autre côté du voile dans la gloire pour être désormais un membre du glorieux Christ régnant. De même que Jean dit que Jésus devait croître, ainsi, maintenant que le royaume réel est sur le point d'être établi, nous pouvons avec confiance dire que le Roi est présent et que son royaume doit croître  jusqu'à ce qu'il remplisse toute la terre. Ce que Jean annonçait de l’œuvre de la “ moisson ” - le rassemblement du froment et la détresse venant sur la balle, trouve aussi son parallèle dans le temps présent.

La liberté de Jean fut restreinte peu après qu'il eut délivré son message annonçant celui qui était présent et l'œuvre qu'il allait faire ; il fut Jeté en prison parce [[281]] qu'il avait réprouvé le roi dans son union impropre avec une femme (Matthieu 14 : 4). Bien que les fidèles enfants de Dieu aient souvent indiqué que l'union entre l'Eglise et le pouvoir civil est illicite et appelée dans les Ecritures une prostitution (Apocalypse 17 : 5), et bien que le monde se soit en grande partie retiré des églises, l'union existe toujours et les Ecritures semblent indiquer que dans le temps de détresse qui approche, les églises nominales, les soi-disant vierges de Christ, seront du côté des rois de la terre et unies à ceux-ci, tandis que la véritable Eglise, comme son type Jean-Baptiste, sera impopulaire et se verra privée de sa liberté à cause de sa fidélité à s'opposer à l'erreur et à la condamner.

Dans le cas de Jean, aussi bien que dans celui d'Elie, ce fut une femme qui persécuta, un roi agissant comme son agent et son instrument. Pour la vraie Eglise il en était ainsi dans le passé et il en sera sans doute ainsi dans l'avenir, l'église nominale représentée par une femme et le gouvernement civil par un roi. Non seulement la prophétie indique une union plus intime entre ceux-ci que celle qui existe maintenant, mais tout observateur sérieux peut voir que le levier principal par 'lequel l'aristocratie royale gouverne les masses est la croyance superstitieuse que Dieu a nommé ces grands hommes souvent faibles et vicieux pour régner sur eux; et que se rebeller contre la tyrannie et l'injustice pour réclamer la justice, la liberté et l'égalité des droits, c'est s'opposer à la volonté de Dieu. Ainsi la tendance des gouvernements et des églises est vers une union ouverte ou secrète en vue de leur bien être commun dans l'orage qui vient.

Non seulement cela, mais le conflit qui s'approche entre l'aristocratie et les masses de chaque pays civilisé sera si particulier et si différent de toutes les expériences précédentes que les gens modérés et conservateurs, de tendance religieuse, craignant le naufrage total de la [[282]] société dans le chaos et l'anarchie, préféreront naturellement la monarchie, l'oppression et la servitude à toute autre chose qui sera certainement pire. Voilà pourquoi ceux-là s'associeront avec l'église et l'état, avec l'opulence et l'aristocratie dans l'effort général pour réprimer et prévenir ce conflit irrépressible, “ la bataille du grand jour du Dieu Tout-Puissant”.

Eventuellement peut-être les seules exceptions à cette alternative, parmi ceux qui aiment la paix et la vraie religion, seront ceux auxquels le Roi des rois daigne révéler ses plans au moyen de sa Parole (Jean 16 : 13) et qui ont une entière confiance en sa sagesse, son amour, aussi bien qu'en sa puissance de faire que toutes choses s'exécutent selon ses promesses. Parmi le peuple conservateur, aimant l'ordre, ceux qui voient la part que la révolution sociale à venir doit jouer dans  le plan de Dieu, en déplaçant les systèmes stériles dont le temps est passé et en préparant le monde par un processus de nivellement pour le règne millénaire de justice, seront capables de comprendre la situation et d'agir en conséquence. Mais ceux-là ne seront pas compris, leurs efforts pour indiquer le véritable état des choses et le réel et seul remède, seront probablement contrariés et empêchés par ceux qui n'en voient pas le grand résultat et qui, n'aimant pas abandonner leur propre volonté, leurs idées et leurs plans, sont incapables de voir les plans de Dieu. Quand des mesures répressives, restrictives et coercitives seront jugées nécessaires, elles comprendront non seulement les organisations ouvrières et les publications qui soutiendront leurs droits et leurs torts, mais aussi ceux qui enseigneront le plan de Dieu, la cause réelle de la grande détresse des nations et le seul remède à y apporter. Oui, le temps est très rapproché où des mesures répressives seront peut-être employées contre tous les efforts des Saints pour propager la bonne nouvelle du royaume qui vient, avec l'allégation que les intérêts généraux et le bien-être public exigent un tel procédé.

C'est de cette manière que s'accompliraient les prédictions du Psaume 2, même avec plus de violence peut-être à la fin que nous ne pouvons l'imaginer maintenant, bien qu'elles aient été déjà accomplies partiellement sur la Tête du corps. — Actes 4 : 25-29.

La même nécessité de restreindre la liberté sur les questions politiques et sociales sera probablement encore étendue à la libre expression sur des questions religieuses qui sont en réalité à la base de toute liberté. Il ne serait donc pas surprenant si, un beau jour, un “gouvernement fort” ou une monarchie, remplaçait la grande république de l'Amérique du Nord. Une chose est en tout cas tout à fait probable, c'est qu'une confession de foi commune sera jugée utile et sera promulguée. Enseigner quelque chose en dehors de ce dogme général sera traité et puni comme une offense politique. Une telle persécution ne fournirait pas seulement à la fin, ou à la moisson de cet âge, un autre parallèle à la moisson de l'âge judaïque (Actes 4 : 10-13,23-30 ; 5 : 29-41 ; 11 : 19)” mais donnerait aussi une signification plus large et plus profonde aux paroles des apôtres Paul et Jean (2 Timothée 4 : 3 ; Apocalypse 13 : 17) et aux illustrations types se rapportant à la fin de la carrière terrestre de la véritable Eglise, représentée par le départ d'Elie dans un tourbillon et par l'emprisonnement et la décapitation de Jean-Baptiste.

Les futurs développements prouveront si nous avons déchiffré correctement ou incorrectement le témoignage prophétique. Au moins pouvons-nous en tirer pour notre profit deux leçons : Premièrement, nous devrions être préparés, armés et si parfaitement équipés de l'invincible vérité que les persécutions ne feraient qu'augmenter notre zèle plutôt que de nous faire abaisser ou abandonner notre étendard par surprise où par crainte, lorsque [[284]] les rois de la terre se lèveront et qu'avec les dirigeants religieux du peuple ils seront ligués contre nous et contre les vérités desquelles Dieu nous a accordé le privilège de rendre témoignage, comme ses serviteurs et ambassadeurs (1 Jean 3 : 11). Deuxièmement de telles réflexions concernant l'avenir, contrastant avec les privilèges du présent, devraient stimuler chaque enfant de Dieu consacré pour qu'il use diligemment des privilèges et des facilités qui sont à sa portée, se souvenant que “celui qui moissonne reçoit un salaire”, aussi bien que celui qui a planté et arrosé ; et que c'est maintenant un temps comme jamais d'amasser du fruit pour la vie éternelle. La tranquillité relative dont nous jouissons actuellement, avec ses plus grandes libertés  et ses avantages dans tous les domaines, est voulue de Dieu et est destinée à sceller au front (intellectuellement par la vérité) les vrais serviteurs de Dieu. — Voy. Apocalypse 7 : 3.

“ Que le “ peu de temps ” intermédiaire
“ soit vu par tous dans toute sa lumière ”

. Le Maître a dit : “ Travaillez pendant qu'il est jour, la nuit vient où personne ne peut travailler ”. “ Travaillez, non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui subsiste pour la vie éternelle ”. Nous voyons dans le propre temps présent qu'Elie, le prophète, vint comme il avait été prédit, avant le grand et remarquable jour de l'Eternel. Nous entendons son dernier témoignage, semblable à celui de Jean, disant : “ Au milieu de vous se tient quelqu'un que vous ne connaissez pas ” ; il a son van à la main, il nettoiera parfaitement son aire et il amassera son blé dans le grenier, mais il brûlera l'ivraie [comme ivraie, non pas comme hommes] au feu inextinguible dans le temps de détresse, de malédiction qui doit nécessairement venir pour préparer le chemin du Roi des rois. Il faut qu'il croisse et qu'Elie diminue, jusqu'à ce qu'il soit [[285]] complètement arrêté dans son travail. Non seulement nous entendons maintenant ce témoignage de la bouche de quelques-uns de la classe d'Elie, mais avant longtemps ce message sera proclamé par tous ceux qui sont de cette classe et qui seront ainsi engagés dans le travail d'Elie. Ceux seuls qui seront ainsi fidèles, feront partie de l'Elie glorifié et pourront participer à l'œuvre du rétablissement de toutes choses qui, durant le Millenium, aura un grand succès. Une profonde signification se trouve dans le nom d'Elie ; il signifie Dieu [le puissant] de Jéhovah [ou mon Dieu est Jéhovah ]< C'est un nom très approprié pour l'Oint de l'Eternel dont  l'œuvre sera de rétablir toutes choses desquelles Dieu a parlé par la bouche de tous ses saints prophètes dès le commencement du monde.

En terminant ce sujet, nous remarquerons encore brièvement le fait que le prophète Elie, à la fin de sa carrière appela Elisée qui, après avoir offert un sacrifice, quitta tout, le suivit et devint son successeur comme prophète, lorsqu'Elie fut emporté dans un tourbillon — recevant son manteau d'autorité et une part de son esprit et de son pouvoir (1 Rois 19 : 16). Puisque Elie représentait le corps de Christ dans la chair, l'Eglise victorieuse, une troupe, un certain nombre, nous devrions en conclure, cela n'est que raisonnable, qu'Elisée représentait aussi une classe ; une classe qui éprouvera une profonde sympathie pour la classe d'Elie et suivra les procédés du Seigneur à son égard, sans s'attendre cependant à être glorifiée. Elle sera séparée de la classe d'Elie par le “ tourbillon ” de troubles. Elle conservera néanmoins un intérêt et recevra une bénédiction. Après qu'Elie fut parti, Elisée devint courageux et puissant de .telle sorte que les théologiens de cette époque (“ les fils des prophètes ”) purent dire : L'esprit d'Elie repose maintenant sur Elisée !

La signification du nom d'Elisée est : “ Puissant [[286]] libérateur ”, [ou, mon Dieu Sauve] et la carrière d'Elisée fut un travail de rétablissement. Cela préfigure sans doute le travail d'une classe dont les membres seront dans l'avenir les agents actifs parmi les hommes pour exécuter l'œuvre de rétablissement dans la puissance de l'Eglise alors glorifiée. Parmi d'autres œuvres merveilleuses d'Elisée nous remarquons qu'il rendit les eaux saines, de sorte qu'après cela elles ne causèrent plus la mort, ou ne rendirent plus la terre stérile ; il augmenta l'huile de la pauvre veuve pour qu'elle pût payer ses dettes ; il ressuscita le fils de la Sunamite et lorsqu'il y eut une famine dans le pays et qu'il fut reconnu que la marmite de potage des théologiens, les fils des prophètes, était empoisonnée à tel point que personne ne pouvait en manger, Elisée rendit ce potage sain et propre à la consommation. Il multiplia le pain de sorte qu'il y en eut une quantité plus que suffisante pour un plus grand nombre. Il guérit Naaman le lépreux. Il fut l'agent de Dieu pour oindre Jéhu au moyen duquel, selon la parole de l'Eternel donnée à Elle, la famille royale d'Achab,  y compris Jésabel et tous ses prêtres, fut entièrement exterminée. — 2 Rois 2 : 19-22 ; 4 : 1-7,18-44 ; 5 : 1-10 ; 9 : 1-37 ; 10 : 28

II n'est pas difficile de trouver dans ces œuvres d'Elisée une ressemblance frappante avec le travail de rétablissement qui peut être attendu avant qu'il soit longtemps. Alors, les eaux de vérité ne seront plus saumâtres par l'erreur, étant purifiées à la source même, par une plus claire compréhension de la Parole de Dieu; alors le pauvre sera aidé pour recevoir l'huile de joie en échange d'un esprit abattu ; alors les morts seront restaurés ; au milieu de la famine, la nourriture (vérité) sera rendue saine et abondante ; et les pouvoirs et les  systèmes représentés par Achab et Jésabel, avec tous ceux qui sont unis à eux contre l'Eternel, seront totalement et définitivement renversés.

ETUDE IX

L'HOMME DU PECHE — L'ANTICHRIST

L'Antichrist doit être développé, manifesté et détruit avant le jour du Seigneur. — Considération d'une vue opposée à celle-ci sur ce sujet. — Esquisse prophétique. — La naissance de l'Antichrist. — Son développement rapide. — Le tableau qu'en donne l'histoire et sa description par la Bible s'accordent. — Son royaume est une contre-  façon. — Sa tête et sa bouche remarquables. — Ses grandes et arrogantes paroles de blasphème. — Ses enseignements blasphématoires. — II extermine les saints du Très-Haut. — Son règne millénaire. — L'antichrist frappé par l'épée de l'Esprit. — Sa lutte finale et sa fin.

“ Que personne ne vous séduise en aucune manière, car ce jour-là ne viendra pas que l'apostasie ne soit arrivée auparavant et que l'homme de péché n'ait été révélé, le fils de perdition ”. — 2 Thessaloniciens 2 : 3.

"E N regard de ces paroles de l'apôtre Paul montrant qu'un personnage qu'il appelle “ l'homme du péché ” doit précéder la venue du jour du Seigneur — qui, comme nous l'avons démontré, a déjà commencé à poindre, il est important que nous regardions autour de nous pour voir si un tel personnage est réellement apparu. Paul et les autres apôtres l'ont si soigneusement décrit que s'il n'est pas encore venu, les paroles ci-dessus devraient être comprises comme un veto de Paul à tous les autres témoignages concernant la présence du Seigneur et l'établissement de son royaume maintenant. Ce veto doit subsister comme un argument irréfutable jusqu'à ce que cet homme du péché soit [[288]] reconnu et qu'il corresponde par chaque détail à la description prophétique. Il est clairement déclaré que, non seulement cet homme du péché doit premièrement se lever, mais qu'il doit se développer et prospérer avant que le Jour du Seigneur vienne. Avant le jour de Christ, la prospérité et l'influence de cette puissance auront atteint leur point culminant et seront sur leur déclin ; c'est par la lueur éclatante de la présence du Seigneur à son second avènement que cet homme du péché sera entièrement détruit. Il nous faut observer ces circonstances prédites, .afin de savoir si cet avertissement à l'Eglise dans les jours de Paul sont encore applicables de nos jours. Aujourd'hui, après dix-huit siècles, nous prétendons de nouveau que le jour de Christ est venu ; et cette importante question se présente : Y a-t-il quelque chose dans ce que Paul a dit pour corriger l'erreur des Thessaloniciens qui soit maintenant une objection à cette prétention ?

L'apôtre exhorte l'église à veiller pour le retour du Seigneur et à prêter attention à la ferme parole prophétique. Par le soin avec lequel il indique les lignes de la présence de Christ et le caractère de son œuvre dans ce temps-là, etc., il est évident qu'il était tout aussi soucieux que l'église sache reconnaître la présence du Seigneur lorsqu'il sera venu, que de ce qu'elle ne soit jamais déçue par l'erreur qui consistait à croire qu'il serait venu avant le temps de sa présence. Ceux qui, au commencement de cet âge, tombèrent dans cette dernière erreur, furent exposés aux tromperies du principe de l'Antichrist qui agissait déjà à ce moment-là, de même que ceux qui manquent de reconnaître le jour du Seigneur et sa présence au bon moment sont exposés à de continuelles séductions, aux fausses doctrines de l'Antichrist, et sont rendus aveugles quant aux grandes  vérités et aux privilèges spéciaux de ce jour. Voilà pourquoi [[289]] l'apôtre est si soucieux pour l'église du commencement comme pour celle de la fin de cet âge ; de là son avertissement : “ Que personne ne vous séduise d'aucune manière ". De là aussi la description exacte de l'homme du péché, afin qu'il puisse être reconnu dans son temps.

Tandis que les chrétiens à la fin de cet âge sont portés à oublier même la promesse du retour du Seigneur, ou n'y pensent que pour l'envisager avec terreur et sous de mauvais présages, l'église primitive l'attendait avec un ardent désir et avec une joyeuse anticipation, comme la réalisation de toutes ses espérances, la récompense de toute sa fidélité et la fin de toutes ses afflictions. C'est pour cela que les premiers croyants étaient disposés à écouter diligemment tout enseignement qui prétendait que le Jour du Seigneur était ou très proche ou présent. Ils étaient par conséquent en danger d'être séduits sur ce point s'ils n'étudiaient pas avec soin les enseignements des apôtres sur ce sujet. L'église de Thessalonique, influencée par les enseignements erronés de quelques-uns que le Seigneur était de retour et qu'ils vivaient dans son jour supposait évidemment que l'idée était en harmonie avec les enseignements de Paul dans la première épître qu'il leur avait écrite et dans laquelle il dit (1 Thessaloniciens 5 : 1-5) que le jour du Seigneur viendrait à la dérobée, tranquillement et inaperçu, comme un voleur dans la nuit ; qu'eux, les saints, en auraient la pleine intelligence tandis que les autres s'y trouveraient sans le savoir. Apprenant l'erreur sérieuse dans laquelle ils étaient tombés, de croire que le Seigneur était déjà là, présent, Paul leur écrivit une seconde épître dont la pensée centrale fut de corriger cette erreur. Il dit : “ Pour ce qui concerne la présence de notre Seigneur Jésus-Christ et notre réunion avec lui, nous vous prions, frères, de ne pas vous laisser facilement ébranler [[290]] dans votre bon sens, et de ne pas vous laisser troubler, soit par quelque inspiration, soit par quelque parole, ou par quelque lettre qu'on dirait venir de nous, comme si le jour du Seigneur était déjà là [enistemi, est présent]. Que personne ne vous séduise d'aucune manière, parce [qu'il ne viendra pas] que l'apostasie ne soit venue auparavant et que ne soit révélé l'homme du péché, le fils de la perdition, celui qui s'oppose et qui.s'élève au-dessus de tout ce qu'on appelle dieu [ou puissant gouverneur] ou de ce qu'on adore, jusqu'à s'asseoir dans le Temple de Dieu, se proclamant lui-même un dieu. Ne vous souvenez-vous pas que je vous disais ces choses lorsque j'étais encore avec vous ?" Et maintenant, vous savez ce qui le retient, afin qu'il [Christ] soit révélé en son propre temps. Car le mystère de l'iniquité [l'insubordination à Christ] agit déjà; il faut seulement que celui qui le retient encore ait disparu. Et alors paraîtra l'impie que le Seigneur Jésus détruira par le souffle de sa bouche, et qu'il anéantira. par l'éclat de sa [parousia] présence ”. Paul pouvait écrire ainsi positivement du développement de l'homme du péché avant le jour du Seigneur, à cause de son étude de la prophétie de Daniel, de laquelle aussi notre Seigneur parle (Matthieu 24 : 15) ; et probablement aussi parce qu'à Paul lui-même, dans ses “ visions et révélations ”, avait été montrée la grande dévastation que ce Système devait faire dans l'Eglise.

Il faut remarquer que Paul n'usa pas d'arguments tels que certains aujourd'hui sont enclins à employer contre la prétention que le jour du Seigneur est commencé. Il ne dit pas : 0 ! Thessaloniciens insensés, ne savez-vous pas que lorsque Christ viendra, vos yeux le contempleront et vos oreilles entendront le terrible son de la trompette de Dieu; que vous en aurez en outre la preuve dans l'ébranlement des tombes et dans la sortie des saints de celles-ci. N'est-il pas évident que [[291]] si un semblable raisonnement avait été approprié, Paul se serait empressé de se servir d'un argument aussi simple et facile à saisir? Le fait qu'il ne s'en servit pas ne prouve-t-il pas que cet argument n'est pas et ne  peut pas être fondé sur la vérité ?

Le fait que dans ses efforts énergiques à corriger leur erreur, Paul n'offrait que cette seule objection à leur prétention, est en lui-même une preuve évidente qu'il regardait leur idée générale sur le jour du Seigneur comme correcte, que ce jour pouvait venir sans être signalé par des démonstrations extérieures et qu'il pouvait être commencé tandis que beaucoup l'ignoreraient. Paul n'avait que cette raison pour son objection, c'est que premièrement l'apostasie devait venir et, comme suite à celle-ci, le développement de l'homme du péché, — quel qu'il fût (un simple individu ou un grand système anti-chrétien qu'il personnifierait de la sorte) — qu'il devait apparaître, fleurir et commencer ensuite à décliner, avant le jour de la présence du  Seigneur. Ainsi donc, si cette seule objection faite par Paul n'est plus un obstacle, si nous constatons clairement et actuellement l'existence de cet homme du péché, dont l'histoire corresponde dans chacune de ses particularités à la description prophétique, depuis le commencement de son existence jusqu'au temps présent, — alors l'objection de. Paul qui, elle seule, était à sa place en son temps, n'est plus aujourd'hui une objection valable contre la prétention actuelle que nous vivons dans le jour du Seigneur, le jour de sa présence. De plus, si l'homme du péché peut être facilement distingué, si son apparition, son développement et son déclin peuvent être clairement vus, ce fait devient alors une autre preuve corroborative des enseignements des chapitres précédents, qui montrent que nous sommes maintenant dans le Jour du Seigneur.

[[292]]

ESQUISSE PROPHETIQUE DE L'HOMME DU PECHE

Celui qui étudie la prophétie y trouvera que l'homme du péché est distinctement indiqué dans les saintes Ecritures, qui non seulement décrivent clairement son caractère, mais montrent aussi les temps et les lieux de son commencement, de sa prospérité et de son déclin.

C'est justement par les noms que lui appliquent les écrivains inspirés que son caractère est dépeint avec beaucoup de vigueur. Paul l'appelle: “Ce méchant ou cet impie”, “l'homme du péché”, le mystère de l'iniquité”, l'antichrist” et “le fils de perdition”. Le prophète Daniel l'appelle: L'abomination qui cause la désolation ” (Daniel 11 : 31 ; 12 : 11) ; notre Seigneur parle de ce même caractère comme de “l'abomination de la désolation”, dont a parlé le prophète Daniel (Matthieu 24 : 15) et de nouveau comme d'une “bête” (Apocalypse 13 : 1-8). Ce même caractère fut aussi préfiguré par une petite corne, ou pouvoir, sortant d'une terrible bête que Daniel vit dans sa vision prophétique, avec des yeux, et une bouche qui proférait de grandes choses; elle prospérait, faisait la guerre contre les saints et elle les  vainquit (Daniel 7 : 8,21). Jean vit aussi ce caractère et il en avertit l'église en disant: “Vous avez entendu dire que l'antichrist vient” ; il leur montre alors comment ils peuvent échapper à son influence (1 Jean 2 : 18-27). Le livre de l'Apocalypse, également, est dans une large mesure une prophétie symbolique détaillée sur ce même antichrist; mais nous ne pouvons que l'effleurer ici, réservant son examen plus particulier pour un volume suivant.

Ces diverses appellations et brèves descriptions montrent un caractère subtil, trompeur, hypocrite, tyrannique et cruel qui s'est développé au sein de l'église [[293]] chrétienne. C'est un caractère s'insinuant d'abord d'une manière graduelle et s'élevant ensuite rapidement en puissance et en influence pour en arriver à l'apogée de la puissance, de la richesse et de la gloire terrestres, tout en exerçant son influence contre la vérité, contre les saints et pour son propre agrandissement, prétendant jusqu'au bout avoir reçu la sainteté, l'autorité et la puissance de Dieu.

Nous nous proposons de démontrer dans ce chapitre que l'homme du péché est un système et non un simple individu, comme beaucoup semblent le croire; de même que le Christ consiste dans le vrai Seigneur et dans la vraie Eglise, ainsi l'antichrist est un système de contrefaçon, consistant en un faux seigneur et en une église apostate, à qui il fut permis pour un temps de dénaturer la vérité, de pratiquer la tromperie, de contrefaire l'autorité et le règne futurs du vrai Seigneur et de son Eglise, et d'enivrer les nations par de fausses et présomptueuses prétentions.

Nous espérons prouver à la satisfaction de tout lecteur consciencieux que cette grande apostasie ou chute mentionnée par Paul, est venue, et que cet homme du péché a été développé, qu'il s'est “assis dans le temple de Dieu” (le temple réel, non le typique); qu'il a accompli toutes les prédictions des apôtres et des prophètes concernant son caractère, son œuvre, etc. qu'il a été révélé et que maintenant, depuis 1799, il se consume par l'esprit de la bouche du Seigneur [la vérité]; et qu'il sera entièrement anéanti durant ce jour de la colère de l'Eternel, jour qui a déjà commencé à se révéler par le feu de flammes de la rétribution.

Sans vouloir traiter à la légère les opinions des autres, nous croyons néanmoins nécessaire d'indiquer au lecteur quelques-unes des absurdités en rapport avec ce qui est généralement cru sur l'antichrist, afin que la dignité et le caractère raisonnable de la vérité sur ce [[294]] sujet puissent être estimés .convenablement par contraste avec cette affirmation étroite que tout ce que les Ecritures ont prédit concernant ce caractère s'accomplirait par un seul homme au sens propre. Cet homme, prétend-on, exercera une telle influence sur le monde entier  qu'en peu d'années il accaparera les hommages et l'adoration de tous les hommes ; qu'il saura si bien s'imposer aux hommes et les tromper qu'ils le prendraient pour Dieu et l'adoreraient comme le Tout-Puissant Jéhovah, dans un temple juif rebâti. Tout cela se passerait, disent-ils, avec une rapidité foudroyante, — en trois ans et demi, — interprétant aussi mal le temps symbolique que “l'homme” symbolique lui-même.

Les fables, les légendes absurdes et les contes d'enfants les plus imaginaires ne fournissent rien de semblable à ces vues extrêmes de quelques chers enfants de Dieu qui trébuchent et tombent sur une interprétation littérale du langage de Paul. En agissant ainsi, ils  s'aveuglent eux-mêmes et en aveuglent d'autres relativement à de nombreuses et précieuses vérités, lesquelles à cause de l'erreur sur ce sujet, ils ne sont pas préparés a voir clairement et sans préjugés. Peu importe jusqu'à quel point nous pouvons sympathiser avec eux, leur foi aveugle fait forcément sourire lorsqu'ils parlent d'un ton sérieux des différents symboles de l'Apocalypse qu'ils ne comprennent pas, en les attribuant littéralement à leur homme merveilleux. Ne veulent-ils pas nous faire croire que dans ce siècle, le plus sceptique que le monde ait jamais connu, il aurait dans ces courts trois ans et demi tout le monde à ses pieds, l'adorant comme  un Dieu, tandis que les César, les Alexandre, les Napoléon, les Mahomet et d'autres durent traverser les mers de sang et employer plusieurs fois trois ans et demi sans avoir accompli la millième partie de ce que ferait cet homme.

[[295]]

Cependant ces conquérants avaient tous les avantages de l'ignorance et de la superstition profondes pour les aider, tandis qu'aujourd'hui nous vivons dans des conditions bien plus défavorables à un semblable développement de tromperie et de fraude; dans un temps où les choses cachées sont manifestées comme jamais auparavant; dans un temps où une fraude de cette sorte serait pas trop absurde et ridicule pour être prise en considération. La tendance de nos jours est en effet plutôt dans la direction d'un manque de respect pour les hommes, quels que soient leurs talents, leur bonté, leurs capacités, les postes de confiance et d'autorité qu'ils peuvent occuper. Cela est tellement vrai qu'on verrait plus vite le monde entier nier qu'il y ait un Dieu quelconque que de le voir adorer un de ses semblables comme le Dieu Tout-Puissant.

Un grand obstacle pour beaucoup lorsqu'ils considèrent ce sujet, est la fausse idée qu'on se fait généralement sur le terme dieu ; on ne voit pas que le mot theos (dieu) ne s'applique pas uniquement à Jéhovah.

Ce mot signifie un puissant, un gouverneur, et plus spécialement un gouverneur religieux ou ecclésiastique. Dans le Nouveau Testament le mot theos est rarement employé, excepté lorsqu'il est question de Jéhovah, parce que les apôtres, dans leurs discours, parlaient rarement et peu des faux systèmes de religion et rarement s'arrêtaient sur leurs dieux ou dirigeants sacrés.

Dans les textes suivants, le mot dieu (theos) est cependant employé pour être appliqué à d'autres qu'à l'Etre suprême: Jéhovah. — Jean 10 : 34,35 ; Actes 7 : 40,4317 : 23 ; 1 Corinthiens 8 : 5.

Reconnaissant l'ampleur du mot grec theos, on verra de suite que la déclaration de l'apôtre concernant l'antichrist — qu'il s'assiéra dans le temple de Dieu, voulant passer pour un dieu — n'implique pas nécessairement l'idée que l'antichrist doit s'élever lui-même au- [[296]] dessus de Jéhovah, ni même qu'il veut essayer de se mettre à la place de Jéhovah. Elle veut simplement dire que ce personnage se présentera lui-même .comme un gouverneur religieux, prétendant à l'autorité et l'exerçant sur et au-dessus de tout autre gouvernement religieux, allant même jusqu'à s'élever dans l'Eglise qui est le vrai temple de Dieu, où il prétend exercer et où il exerce une autorité seigneuriale comme son chef ou gouverneur autorisé. Partout où la signification du mot theos, dans le  grec, pourrait prêter à l'équivoque, il est précédé par l'article grec quand il se rapporte à Jéhovah; c'est comme si en français on disait le Dieu. Dans les textes ci-dessus qui parlent d'autres dieux et dans celui-ci (2 Thessaloniciens 2 : 4) qui parle de l'antichrist, il n'y a pas une telle accentuation.

Si cela est bien compris, une grande pierre d'achoppement sera éloignée; l'esprit sera préparé à chercher les choses appropriées comme accomplissement de cette prédiction : non pas un Antichrist prétendant être Jéhovah et demandant à être adoré comme tel, mais quelqu'un qui prétend être le principal et suprême maître ou docteur religieux dans l'Eglise, et qui par cela même tente d'usurper l'autorité de Christ, le Chef, Seigneur et Maître divinement désigné.

Il est aussi assez étrange que ceux qui ont cette vue littérale concernant l'homme du péché sont généralement ceux qui croient à la venue prémillénaire du Seigneur, qui cherchent et attendent que le Seigneur vienne à “ tout moment maintenant ”. Pourquoi tous ne peuvent-ils pas saisir la pensée de l'apôtre lorsqu'il déclare positivement que le Jour du Seigneur (le Jour de sa présence) ne peut venir et ne doit pas être attendu avant que l'homme du péché ait été révélé? Il avait fallu plus de quarante ans pour bâtir le premier temple juif et il faudrait sûrement dix à vingt ans pour construire le nouveau temple à Jérusalem avec une magnificence [[297]] plus grande que la précédente où ils attendent qu'un homme du péché au sens propre s'installe et soit adoré comme Dieu. Comment donc ceux qui croient de cette manière peuvent-ils attendre la venue du Seigneur à un moment quelconque maintenant? Une telle manière de voir est en désaccord avec la raison, aussi bien qu'avec la prophétie de l'apôtre. Ou bien ils devraient, logiquement, cesser de croire à une venue du Seigneur à un moment quelconque ou bien abandonner leur attente d'un futur homme du péché; car le Jour de la présence du Seigneur ne peut venir avant que l'apostasie soit arrivée et que l'homme du péché se soit développé et ait été révélé par cette apostasie.

Mais lorsque nous comprenons correctement les paroles de l'apôtre et avons en même temps des idées exactes sur la manière dont doit se faire la venue du Seigneur, nous ne trouvons pas d'absurdités et de contradictions de ce genre, mais un parfait accord  et une harmonie convaincante. Aussi, c'est une telle vue que nous désirons présenter maintenant; le lecteur lui-même se convaincra qu'elle est scripturale.

Les différents titres appliqués à ce système sont évidemment symboliques; ils ne désignent pas les noms d'un simple individu, mais bien les traits caractéristiques d'une combinaison religieuse et civile corrompue qui s'est développée dans l'église chrétienne nominale et qui, par son opposition subtile à Christ, le chef, et à sa véritable Eglise, son corps, mérite bien le nom d'Antichrist. Un tel système pouvait accomplir toutes les prédictions faites concernant l'antichrist, ou l'homme du péché, ce qu'un seul homme ne pouvait faire. Il est en outre évident que ce système antichrist n'est pas un des systèmes païens de religion, tels que le mahométisme ou le brahmanisme, parce que l'église chrétienne n'a jamais été sous l'autorité d'aucun système semblable et aucun de ces systèmes n'a son origine dans l'église [[298]] chrétienne. Ils sont et ont toujours été indépendants de celle-ci.

Le système qui répond pleinement à la description donnée par inspiration doit être un système professant le christianisme et doit contenir une grande majorité de ceux qui prétendent être chrétiens. Il doit de même avoir débuté par une apostasie, c'est-à-dire par une désertion de la vraie foi chrétienne —- une apostasie secrète et furtive jusqu'à ce que les circonstances aient favorisé son élévation au pouvoir; il faut chercher son commencement clandestin dans les jours des apôtres — dans le désir de quelques docteurs d'occuper une  place prépondérante.

Il n'est pas nécessaire de chercher longuement pour trouver un caractère s'adaptant parfaitement à toutes ces exigences; un caractère qui, décrit par les historiens profanes ainsi que par ses propres serviteurs abusés, s'accorde exactement avec les esquisses prophétiques concernant l'Antichrist. Mais lorsque nous déclarons que le seul et unique système dont l'histoire s'adapte à ces prophéties est la Papauté, que l'on ne nous l’nterprète pas comme voulant dire que chaque catholique romain est un homme du péché, ou que les prêtres ou même les papes de l'église de Rome sont ou ont été l'Antichrist. Aucun homme n'est l'Antichrist, “ l'homme du péché”, décrit dans les prophéties. Papes, évêques et autres, sont tout au plus des parties ou des membres du système de l'Antichrist, de même que tous ceux de la sacrificature royale ne sont que des membres du vrai Christ, sous Jésus leur tête, et de la même manière que ceux-ci, dans leur condition présente, sont dans leur ensemble l'Elie-antitype, bien qu'aucun d'eux ne soit l'Elie ou le Christ prédit. Remarquons en outre que l'église de Rome, considérée seulement comme système ecclésiastique, n'est pas l'homme du péché ” et n'est jamais représenté par un homme dans aucune figure. Au [[299]] contraire, le symbole employé pour indiquer une église considérée indépendamment de son Seigneur et Chef, est toujours une femme. La véritable Eglise est symbolisée par une “vierge chaste”, tandis que l'église apostate qui est déchue de sa chasteté et de sa fidélité primitives au Seigneur est symboliquement appelée “une prostituée”. De même que la vraie Eglise “vierge” continue a être telle jusqu'à la fin de l'âge, moment où elle sera unie à son Seigneur et prendra son nom, — Christ — ainsi l'église apostate ne fut pas l'Antichrist ou l'homme du péché avant qu'elle fût unie à son seigneur et chef, le pape, et qu'elle soit devenue un empire religieux, faussement appelé chrétienté — c'est-à-dire royaume de Christ.

Papauté, tel est le nom de ce faux royaume; il fut établi sur une vérité faussement appliquée — sur cette vérité que les membres de l'église sont appelés à être des rois et des prêtres de Dieu et à régner sur la terre. Mais le temps de ce règne n'était pas encore venu; l'âge de l'Evangile n'avait pas été fixé dans ce but, mais pour la sélection, le développement, la discipline, l'humiliation et le sacrifice de l'Eglise qui doit suivre l'empreinte des pieds de son Seigneur en veillant et souffrant patiemment jusqu'au temps déterminé pour l'exaltation et  le glorieux règne promis — l'âge millénaire. Le Seigneur avait vu à l'avance que le christianisme nominal s'étendrait sur le monde et qu'en devenant populaire, il serait embrassé par un grand nombre qui en adopteraient la forme extérieure sans pénétrer l'esprit de son organisation. - Il avait vu par avance qu'au fur et à mesure que les masses de ces gens s'identifieraient avec l'Eglise, l'esprit mondain — lequel est l'opposé de l'esprit d'abnégation et de sacrifice de soi-même — y entrerait avec elles; que l'égoïsme et le désir d'être grand et de dominer, s'introduisant ainsi, n'auraient pas à attendre longtemps une occasion favorable; que [[300]] c'est ainsi que l'Eglise chercherait à dominer le monde avant le temps — ou plutôt que l'élément mondain qui entrerait dans l'église ferait sentir son influence et, au nom de la véritable Eglise, saisirait le pouvoir civil de la terre que Dieu avait donné aux nations et qui ne peut pas passer pleinement entre les mains de la véritable Eglise avant la fin des “ temps des nations ” en 1914.

C'est ainsi que les choses se passèrent réellement: l'église nominale commença à déchoir, à mesure qu'elle croissait en nombre sous les enseignements et l'exemple d'hommes ambitieux dont les idées s'inclinaient de plus en plus en faveur de l'influence et du pouvoir mondains que le nombre et la richesse apportaient avec eux. L'esprit de l'église devint graduellement mondain et les choses du monde furent convoitées. La suggestion ambitieuse était celle-ci: “Si le grand Empire Romain, avec tout son pouvoir et son influence, ses armées et ses richesses, devenait seulement le soutien de l'église, combien il serait honorable et noble alors d'être un chrétien!  Combien alors les persécutions païennes cesseraient vite! Non seulement nous pourrions alors leur en imposer, mais nous pourrions aussi les contraindre à adhérer à l'église, à la croix et au nom de Christ. Il est évident que ce n'était pas l'intention de Dieu que l'Eglise soit à tout jamais assujettie au monde et persécutée par lui; les paroles de l'apôtre: “Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde?” aussi bien que les promesses de notre Seigneur que nous régnerons avec lui et toutes ces prophéties qui parlent du règne de l'Eglise indiquent clairement que tel est le plan de Dieu. Il est vrai que l'apôtre écrivit que notre Seigneur reviendrait premièrement et exalterait l'Eglise, et qu'il nous exhorte à l'attendre; mais plusieurs siècles sont maintenant passés et nous ne voyons aucun signe de la venue du Seigneur. Il  nous faut en conclure que les apôtres ont été quelque [[301]] peu dans l'erreur. Pour nous, il semble clair que nous pouvons et devons employer tous les moyens pour obtenir le pouvoir sur le gouvernement civil et conquérir le monde pour le Seigneur. Il faudrait aussi que l'église ait un chef, quelqu'un qui représentât le Seigneur absent et l'église devant le monde — quelqu'un qui pût recevoir l'hommage du monde, exercer l'autorité de Christ et gouverner le monde avec une verge de fer, comme le prophète David l'a prédit.” C'est ainsi que graduellement, par un lent processus de raisonnements qui dura des siècles, l'attente réelle de l'église dans la seconde venue du Seigneur, en vue de son exaltation et de la bénédiction du monde, fut perdue de vue et qu'une nouvelle attente prit place — l'attente du succès sans le Seigneur, sous la suprématie et la direction d'une lignée de papes. Et c'est ainsi que par des connivences, des intrigues et des échanges de faveurs avec le monde, l'attente de l'église devint une fausse attente, un piège  trompeur par lequel Satan la conduisit d'erreurs en erreurs et de maux en maux, tant par la doctrine que par la pratique.

Le moment où l'apostasie se développa comme “l'homme du péché” fut celui où la hiérarchie papale s'exalta elle-même sous la suprématie d'une lignée de papes, et où elle usurpa le gouvernement de la terre et commença à régner au nom du Royaume Millénaire de Christ et prétendit être ce Royaume. C'était un royaume frauduleux et contrefait quelle que fût la sincérité à le croire de certains de ses partisans. C'était un royaume frauduleusement imité, quelle qu'ait été la sincérité de certains de ses organisateurs et soutiens. Ce royaume était celui de l'Antichrist, peu importe la prétention de ses partisans à croire qu'il était le règne, la puissance et la gloire du vrai Christ sur la terre. C'est une erreur ;de croire qu'être consciencieux veut toujours dire avoir raison. Il n'y a pas de doute que tous les systèmes d'erreur [[302]] ont autant et même plus de disciples consciencieux, quoique égarés, que d'hypocrites. Etre consciencieux, c'est posséder l'honnêteté morale et cela n'a rien à faire avec la connaissance. Les païens mal informés adorent les idoles et leur sacrifient consciencieusement. Saul, renseigné faussement, persécutait les saints en toute bonne conscience; de même aussi, beaucoup de papistes, mal enseignés, firent consciencieusement violence aux prophéties, persécutèrent les vrais saints et organisèrent le grand système de l'Antichrist. Pendant des centaines d'années, la papauté a non seulement trompé les rois de la terre, quant à son pouvoir, à sa prétention à les gouverner par droit divin et régné sur eux, mais elle s'est assise dans l'église, le temple de Dieu, où Christ seul doit être reconnu comme Chef et Maître, prétendant être le seul maître et législateur; et avec cela, elle a trompe tout le monde, excepté un petit nombre de fidèles, par son succès phénoménal et par son arrogante prétention. “Toute la terre était dans l'admiration” — étonnée, égarée, confondue, — “tous ceux dont les noms n'ont pas été écrits dans le livre de vie de l'Agneau”; et beaucoup de ceux dont les noms sont écrits comme saints de Dieu ont été sérieusement ébranlés et dans la perplexité. Cette tromperie fut d'autant plus forte que ces desseins ambitieux ne se montrèrent que petit à petit et qu'ils se réalisèrent d'une manière encore plus graduelle. Cette séduction dura des siècles; elle existait déjà secrètement sous forme d'ambition aux jours de Paul. Ce fut un lent processus au cours duquel une erreur suivit une autre erreur, — les déclarations d'un homme ambitieux s'ajoutant aux déclarations d'un autre et ainsi de suite dans le cours des temps. Ainsi, insidieusement, Satan sema et arrosa les semences de l'erreur et développa le système le plus grand et le plus influent que le monde ait jamais connu — l'Antichrist.

Le mot Antichrist a une double signification: premièrement il veut dire contre (c'est-à-dire opposé à) Christ; secondement il signifie à la place, ou une contrefaçon de Christ. Dans le premier sens, c'est une expression générale qui peut s'appliquer à tout ennemi s'opposant à Christ. Dans ce sens, Saul, plus tard appelé Paul, tous les Juifs, tous les Mahométans, tous les empereurs païens et tout le peuple de Rome furent des antichrists — adversaires de Christ (Actes 9 : 4). Mais ce n'est pas dans ce sens que les Ecritures emploient le nom Antichrist; elles négligent de semblables ennemis. et appliquent le terme Antichrist dans le sens donné ci-dessus à la seconde signification, c'est-à-dire contre, dans le sens de dénaturer, de contrefaire, de prendre la place du vrai Christ. Ainsi Jean remarque : “Vous avez entendu que l’Antichrist vient; — même maintenant il y a plusieurs antichrists” (1 Jean 2 : 18,19). [Le grec fait la distinction entre l'Antichrist spécial et les autres en grand nombre qui sont moindres]. Et les remarques suivantes de Jean montrent qu'il ne parle pas de tous ceux qui sont opposés à Christ et à l'Eglise, mais d'une  certaine classe de ceux qui tout en professant être du corps de Christ, l'Eglise, ont abandonné les principes fondamentaux de la vérité, et par cela même, non seulement la dénaturèrent, mais prirent aux yeux du monde la place et le nom de la véritable Eglise — contrefaisant ainsi réellement les vrais saints. Jean dit, en parlant d'eux: “Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n'étaient pas des nôtres”; ils ne nous représentent pas, quand même ils peuvent se tromper eux-mêmes et le monde sur ce sujet. Jean déclare dans la même épître que ceux qu'il mentionne comme plusieurs antichrists ont l'esprit de lAntichrist.

Nous trouvons donc ici ce à quoi nous pouvions nous attendre, et nous le trouvons dans la papauté: Non une opposition au nom de Christ, mais un ennemi ou [[304]] adversaire de Christ, en ce qu'il porte faussement son nom, contrefait son royaume et son autorité et dénature son caractère, ses plans et ses doctrines devant le monde — un adversaire et un ennemi en vérité plus pernicieux qu'un ennemi déclaré — tout ce qu'il y a de pire en fait d'ennemi. Cela est vrai, on ne peut trop le répéter, alors même que quelques-uns de ceux qui sont rattachés à ce système sont consciencieusement égarés, “séduisant et étant séduits”.

Après ces indications sur l'identité et les caractéristiques de l'homme du péché, et sachant dans quel lieu et dans quelles circonstances nous pouvons le chercher, nous allons procéder à l'examen de quelques preuves historiques, prouvant, au-delà, de tout doute, que toutes les prédictions concernant l'Antichrist ont été accomplies dans le système papal d'une manière et à un degré tels qu'à la lumière de nos jours, tous doivent admettre que cela ne saurait se répéter. L'espace dont nous disposons nous oblige à ne donner qu'une simple esquisse de la grande masse du témoignage historique. Nous nous sommes bornés aux historiens reconnus les plus dignes de foi et nous avons cité en plusieurs cas les témoignages et les faits admis par des écrivains catholiques romains.

LES CIRCONSTANCES AYANT DONNE NAISSANCE A L'HOMME DU PECHE UNE GRANDE APOSTASIE.

Nous demandons d'abord : L'histoire nous parle-t-elle d'un accomplissement de la prophétie de Paul touchant une grande déchéance de la simplicité et de la pureté originelles des doctrines et de la vie de l'Eglise chrétienne et les agissements mystérieux d'une influence inique et ambitieuse dans l'Eglise avant le développement de la papauté, l'homme du péché — c'est-à-dire avant que le pape fût reconnu comme le chef de l'église?

[[305]]

Oui, et cela bien clairement; la hiérarchie papale ne naquit que plusieurs siècles après que le Seigneur et les apôtres eurent fondé l'Eglise. Au sujet de cet intervalle, nous lisons:*  “ Comme l'église croissait en nombre et en richesse, de magnifiques édifices furent construits pour le culte ; les services furent rendus plus somptueux et, dans le but d'aider à la dévotion, des sculptures et des peintures furent employées. Des reliques de saints et de martyrs furent chéries comme des possessions sacrées ; Tes observances religieuses furent multipliées, et l'église sous les empereurs chrétiens [au IVe siècle] avec la pompe de son clergé et ses cérémonies imposantes, prit beaucoup 'de la grandeur et de la splendeur visible du système païen qu'elle avait supplanté. ”

Nous lisons encore:**  “ Simultanément avec cet établissement [du christianisme comme religion de l'empire au IVe siècle] progressa une grande et générale corruption qui avait commencé deux siècles auparavant. La superstition et l'ignorance revêtaient les ecclésiastiques d'un pouvoir dont ils se servaient pour leur propre agrandissement. ”


* Fisher. — Histoire universelle, page 193.

** White. — Histoire universelle, page 156.

Rapin fait observer que: “ Au cinquième siècle, le christianisme fut corrompu par un grand nombre d'inventions humaines ; la simplicité de son gouvernement et de sa discipline furent réduits à un système de pouvoir clérical ; son culte fut profané par des cérémonies empruntées au paganisme. ” Dans son “ Histoire du Christianisme ”, Mosheim suit l'Eglise dans la déchéance de sa pureté et de sa simplicité primitives; comment elle descendit degré par degré dans sa profonde dégradation qui culmina dans le développement de “l'homme du péché”. Il ne ressort pas de cet ouvrage si son auteur a reconnu ou non l'Antichrist, mais il a tracé d’une façon magistrale les [[306]] agissements du “mystère de l'iniquité” dans l’Eglise jusqu'au commencement du IVème siècle, — lorsque son travail fut soudainement arrêté par la mort. La place dont nous disposons ne nous permet pas de faire d'autres citations de son excellent et volumineux ouvrage mais nous en recommandons la lecture comme grandement instructive par ce qu'elle nous apprend sur ce sujet.

Nous citons une brève et frappante esquisse tirée de “L'Ancien Monde Romain” de Lord, sur l'histoire de l'église pendant les quatre premiers siècles, laquelle montre d'une manière claire et concise son déclin graduel et sa rapide dégénérescence après que l'obstacle dont parle saint Paul eut été éloigné. Il dit:

“ Au premier siècle peu de sages et de nobles furent appelés ; aucun grand nom ne nous est rapporte : ni philosophes, ni hommes d'état, ni nobles, ni généraux, ni gouverneurs, ni juges, ni magistrats. Les chrétiens n’étaient pas assez importants au premier siècle pour être généralement persécutés par le gouvernement. Ils n’avaient pas même retenu l'attention publique. Personne n'a écrit contre eux, pas même les philosophes grecs. Nous  ne lisons aucune protestation, ni apologie faite par les chrétiens eux-mêmes. Ils n'avaient pas, dans leurs rangs de grands hommes en fait de science, de talents, de richesse ou qui aient occupé une position sociale. Il n'y a rien de plus stérile, dans l'histoire, que les annales de l’église dans le premier siècle pour autant qu'il est question de grands noms. Cependant, dans ce siècle, les convertis se multiplièrent dans chaque ville et les traditions indiquent le martyre de ceux qui étaient le plus en vue, y compris  à peu près tous les apôtres. ”

 “ Au second siècle, il n'y eut pas d'autres noms plus grands que ceux de Polycarpe, Ignace, Justin Martyr, Clément, Mélito et Appolonius, évêques paisibles ou intrépides martyrs, qui enseignaient leurs troupeaux dans les chambres hautes et n'occupaient aucun rang dans le monde. Renommés seulement pour leur sainteté et leur [[307]] simplicité de caractère, ils ne furent cités qu'à cause de leur foi et de leurs souffrances. En fait de martyrs, parmi lesquels quelques-uns ont écrit des apologies et des traités de valeur, nous ne trouvons parmi eux personne d'un rang élevé. C'était une disgrâce, aux yeux des grands et des puissants, que d'être chrétien. La première littérature chrétienne est principalement apologétique ; le caractère doctrinal en est simple et pratique. Il y eut des controverses dans l'Eglise, une vie religieuse intense, de grandes activités, de grandes vertus, mais pas de conflits extérieurs, ni d'histoire séculière. Elle n'avait pas encore attaqué le gouvernement ou les grandes institutions sociales de l'empire. Elle n'était qu'une petite troupe d'hommes purs et irréprochables qui n'aspiraient pas à diriger la société. Mais ils avaient attiré l'attention du gouvernement et étaient maintenant d'une importance suffisante pour être persécutés. Ils étaient regardés comme des fanatiques qui cherchaient à détruire le respect dû aux institutions existantes.

[L'ÉGLISE S'ORGANISE POUR GOUVERNER]

“ Dans ce siècle, la politique de l'église s'organisa tranquillement. Il y eut une association organisée entre ses membres ; les évêques étaient devenus influents, non dans la société, mais parmi les chrétiens ; des diocèses et des paroisses furent établis ; il y eut une distinction entre les évêques des villes et ceux de la campagne ; des  délégués des églises s'assemblèrent pour discuter des articles de foi ou supprimer des hérésies naissantes ; le système diocésain fut développé et la centralisation ecclésiastique commença ; on se mit à considérer les diacres comme faisant partie du haut clergé ; les armes d'excommunication furent forgées ; des efforts missionnaires furent poursuivis ; les fêtes de l'église turent créées ; le gnosticisme fut embrassé par nombre des principaux esprits ; des écoles de catéchistes enseignèrent systématiquement la foi ; les formules du baptême et les sacrements prirent une grande importance et le monachisme devint populaire. L'église posait ainsi le fondement de sa future politique et de sa puissance.

[[308]]

Le troisième siècle vit l'Eglise comme une institution plus puissante. Des synodes réguliers furent tenus dans les grandes villes de l'empire ; le système métropolitain était mûr ; les canons de l'Eglise furent définitivement fixés ; de grandes écoles de théologie attirèrent les esprits chercheurs ; les doctrines furent systématisées [définies, limitées et formulées dans les credo et confessions de foi]. Le Christianisme s'était tellement étendu qu'il ne pouvait être que persécuté ou légalement reconnu. De grands évêques gouvernaient l'église croissante ; de grands docteurs [en théologie] discutaient sur les questions [de philosophie et de science faussement ainsi nommées] qui avaient agité les écoles grecques ; les édifices des églises furent agrandis et des banquets institués en l'honneur des martyrs. L'Eglise s'avançait rapidement vers une position qui attirait sur elle l'attention de l'humanité.

 “ Ce ne fut qu'au quatrième siècle — lorsque la persécution impériale eut cessé, que [l'Empereur Romain] Constantin fut converti ; que l'église se fut alliée avec, l'Etat ; lorsque la foi primitive fut corrompue ; que la superstition et la vaine philosophie eurent pénétré dans les rangs des fidèles ; que les évêques furent devenus courtisans et les églises riches et splendides ; lorsque les synodes furent amenés sous l'influence politique ; que les monachistes [moines] eurent établi de faux principes de vertu ; que les politiciens et les dogmaticiens eurent marché la main dans la main, que les empereurs eurent renforcé les décrets des conciles ecclésiastiques, que les hommes haut placés y entrèrent. Lorsque le Christianisme fut devenu la religion de la cour et des classes aristocratiques, il servit à soutenir les maux mêmes contre lesquels il protestait à l'origine. L'église fut non seulement imprégnée par les erreurs de la philosophie païenne, mais elle adopta beaucoup des cérémonies compliquées et magnifiques du culte oriental. Les églises devinrent, au IVe siècle, aussi imposantes que les anciens temples des idoles. Les fêtes devinrent fréquentes et imposantes. Le peuple y adhéra parce qu'il y trouvait de l'émotion et la suspension du travail. La vénération des martyrs aboutit à l'introduction de statues, future [[309]] source de l'idolâtrie populaire. Le christianisme fut rehaussé par de pompeuses cérémonies. La vénération des saints se rapprocha de leur déification et la superstition exalta la mère de notre Seigneur comme un objet de culte absolu. Les tables de communion devinrent d'imposants autels dans le genre des autels des sacrifices judaïques, et les reliques des martyrs furent conservées comme des amulettes sacrées. La vie monastique mûrit en un grand système de pénitence et de rites expiatoires. Des armées de moines se retirèrent dans des lieux tristes et solitaires et s'adonnèrent à des rapsodies, à des jeûnes et à des pénitences. Ils formaient une triste et fanatique catégorie d'hommes qui méconnaissaient le but pratique de la vie.

“ Le clergé, ambitieux et mondain, recherchait le rang et la distinction. Il assiégeait même les cours des princes et aspirait aux honneurs temporels. Il ne fut plus soutenu par les contributions volontaires des fidèles, mais par des revenus fournis par le gouvernement et par des propriétés héritées des anciens temples païens. De gros legs furent faits à l'église par des riches et l'administration en fut confiée au clergé. Ces dons devinrent la source de la plus grande opulence. Comme ces richesses allaient croissant et furent confiées aux prêtres, ceux-ci devinrent indifférents aux besoins du peuple qui ne les soutenait plus. Ils devinrent paresseux, arrogants et indépendants. Le peuple fut exclu du gouvernement de l'église. L'évêque devint un grand personnage qui nommait son clergé et le dirigeait. L'église s'allia avec l'Etat et les dogmes religieux furent renforcés par l'épée du magistrat. ”

UNE IMPOSANTE HIERARCHIE AVEC DES GRADES VARIES FUT ETABLIE, AYANT A SA TETE L'ÉVÊQUE DE ROME

“ L'empereur tranchait les points de la foi et le clergé fut exempté des charges de l'Etat. Lorsque le clergé eut obtenu un si grand pouvoir et fut devenu si riche, il y eut une grande affluence pour l'office de prêtre ; les hommes furent élevés à de grands sièges [évêchés], non à cause de leur piété ou de leurs talents, mais par suite [[310]] de leur influence chez les grands. La mission de l'Eglise fut perdue de vue dans une alliance dégradante avec l'état. Le christianisme fut une parade, un ritualisme, un bras de l'état, une vaine philosophie, une superstition, une formule. ”

Ainsi la grande apostasie, prédite par l'apôtre Paul, est un fait établi par l'histoire. Tous les historiens en témoignent, même ceux qui approuvent l'élévation au pouvoir et louent les principaux acteurs du système. Nous regrettons que l'espace dont nous disposons limite  nos citations à quelques-unes des expressions les plus significatives. L'apostasie, couvrant une période de siècles, fut si graduelle qu'elle fut beaucoup moins remarquable pour ceux qui vivaient de son temps que pour nous qui la voyons dans son ensemble; elle fut d'autant  plus séduisante que chaque pas fait en avant vers l'organisation et vers l'influence et la puissance sur l'Eglise et sur le monde, fut fait au nom de Christ et, comme on le prétendait, pour le glorifier et accomplir ses plans décrits dans les Ecritures. C'est ainsi que se développa le grand Antichrist, — le plus dangereux, le plus subtil et le plus persistant adversaire du vrai Christianisme et le persécuteur le. plus âpre des vrais saints.

L'OBSTACLE ENLEVE

L'apôtre Paul prédit que ce principe d'iniquité travaillerait secrètement pendant un temps, tandis que quelque chose s'opposant à lui serait sur son chemin, jusqu'à ce que, l'obstacle enlevé, il puisse avoir libre cours et progresser rapidement jusqu'au développement  de l'Antichrist. Il dit: “II faut seulement que celui qui le retient encore ait disparu” (2 Thessaloniciens 2 : 7). Que dit l'histoire pour montrer l'accomplissement de cette prédiction? Nous y trouvons que ce qui empêchait le développement rapide de l'Antichrist était le fait que  la place à laquelle il aspirait était déjà occupée par un autre. L'empire romain avait non seulement conquis le [[311]] monde et lui avait donné sa politique et ses lois, mais ayant reconnu que les superstitions religieuses étaient les plus fortes chaînes par lesquelles on peut tenir et diriger un peuple, il adopta un plan qui avait son origine à. Babylone dans le temps de sa grandeur, lorsqu'elle dominait sur le monde entier. Ce plan consistait en ce que l'empereur devait être considéré comme dirigeant et gouvernant les affaires religieuses aussi bien que les affaires civiles. Pour appuyer cela, il fut prétendu que l'empereur était un demi-dieu, descendant en quelque sorte de leurs divinités païennes. C'est comme tel qu'on lui rendait un culte et que ses statues étaient adorées; et c'est comme tel qu'il fut appelé Pontifex Maximus, chef des prêtres ou le plus grand gouverneur en matière de religion. Et c'est là le titre même qui a été donné aux pontifes ou papes de la hiérarchie romaine, depuis que l'Antichrist a obtenu “ la puissance, le trône et la grande autorité ” des anciens gouverneurs de Rome. — Apocalypse 13 : 2.

Mais l'ancienne Rome païenne et Babylone n'avaient qu'un simple squelette de pouvoir sacerdotal, comparé à l'organisation complexe et minutieuse, aux inventions de doctrines et de pratiques de la Rome papale, le successeur triomphant de leur système qui, maintenant, après des siècles de ruse et d'habileté, est si puissamment retranché que même aujourd'hui, où son pouvoir est extérieurement brisé et où il est dépouillé de toute domination civile, il régit le monde et dirige les royaumes secrètement, d'une manière déguisée, bien plus complètement que les empereurs romains ne surent gouverner les rois qui leur étaient subordonnés.

Qu'il soit rapporté à leur honneur que pas un des empereurs romains n'a exercé, comme Pontifex Maximus, ou principal gouverneur religieux, la tyrannie de quelques-uns de leurs successeurs sur le trône papal. Sur ce point, Gibbon dit (Vol. II, p. 85)

[[312]]

“On doit admettre que le nombre de protestants. qui furent exécutés dans une seule province et pendant un seul règne, excéda de beaucoup celui des premiers martyrs pendant trois siècles sous l'empire romain tout entier.” Selon la coutume de leur temps, ils favorisèrent les dieux les plus populaires; mais partout où leurs armées pénétrèrent, les dieux et le culte des peuples conquis étaient généralement respectés. On en vit la preuve en Palestine; ce pays, quoique gouverné par les Romains, avait la liberté religieuse et la liberté de conscience généralement respectées par le Pontifex Maximus impérial qui montrait ainsi, comme gouverneur religieux, sa clémence envers le peuple et son harmonie avec tous les dieux populaires.

Nous voyons donc ainsi que ce qui empêchait le hâtif développement de l'Antichrist était le fait que le siège convoité de la suprématie spirituelle était occupé par les représentants de l'empire le plus solide que le monde ait jamais connu, et que tous ceux qui auraient essayé de déployer ouvertement de l'ambition dans cette direction se seraient exposés à la colère des maîtres du monde- Ainsi, cette inique ambition agit premièrement en secret, prétendant n'avoir aucune ambition de se saisir du pouvoir ou de l'autorité,— jusqu'à ce qu'une occasion favorable se présentât, — lorsque l'église nominale se fut agrandie et eut pris de l'influence et que le pouvoir impérial divisé par les dissensions politiques eût commencé à décroître.

Le pouvoir de Rome déclina rapidement et sa force et son unité furent divisées entre les six prétendants aux honneurs impériaux quand Constantin devint empereur. Qu'il ait adopté le christianisme, en partie du moins, dans le but de fortifier et d'unifier son empire, il est raisonnable de le supposer. Sur ce point, l'histoire dit: “ Quant à savoir si Constantin a embrassé le christianisme par conviction de sa vérité ou par politique, il [[313]] y, a la matière à discussion. Il est certain que cette religion, quoique méprisée secrètement, ou même persécutée activement par le pouvoir romain, s'était répandue parmi le peuple de sorte que constantin s'affermit lui-même dans l’affection de ses soldats en l'adoptant... C'est par ambition mondaine que Constantin se déclara chrétien  et non par l'esprit de Christ qui dit : “Mon royaume n’est pas de ce monde”. Constantin fit du christianisme la religion de l'empire et c'est de ce moment  que nous  trouvons son influence souillée par les choses terrestres . Aucun évêque particulier n'était regardé comme le chef de l’église entière, tandis que l'empereur l'était. C'est en cette qualité qu'il convoqua le Concile de Nicée ; et ayant pris parti contre Arius dans la controverse que celui-ci eut avec Athanase le concile se mit du côté de l'empereur"

“Quels qu’aient été les avantages résultant de l'acquisition d’un prosélite impérial, celui-ci se distingua entre les milliers de ses sujets qui avaient embrassé le christianisme plutôt par la splendeur de la pourpre que par la supériorité de sa sagesse ou de ses vertus... La  même année de son règne où il convoqua le concile de Nicée fut flétrie par l'exécution de son fils aîné. La gratitude de l'église a exalté les vertus et excusé les fautes d’un patron généreux, qui avait assis le christianisme sur le trône du monde romain.”**


*  Willard: Histoire universelle, page 163.

** Gibbon, volume II, page 269.

Ainsi donc, sous le règne de Constantin l'opposition de l’empire au christianisme fut favorable à ce dernier et l’impérial pontifex Maximus devint le Patron de celle qui professait être l’Eglise de christ- maïs qui était en réalité l’église apostate; il la pris par la main et  l’aida à prendre une place de popularité et de splendeur de laquelle elle fut capable plus tard, lorsque le pouvoir impérial se fut affaibli, d'élever ses propres représentants sur le trône religieux du monde comme principal gouverneur religieux - Pontifex Maximus.

[[314]]

Mais c'est une erreur de supposer, comme le font beaucoup de personnes, que l'église était dans ce temps-là une église pure (vierge), soudainement élevée à une dignité et à un pouvoir qui devinrent son occasion de chute. C'est tout à fait le contraire. Comme nous l'avons déjà dit, une grande apostasie avait, eu lieu et l'église avait déchu de sa pureté primitive, de sa simplicité et de sa liberté, et était tombée dans l'esclavage des credo et dans les factions ambitieuses. Ses erreurs et ses cérémonies ressemblant à celles de philosophies païennes, ornées de quelques vérités et renforcées et reliées avec la doctrine du tourment éternel, amenèrent dans l'église de grandes multitudes dont le nombre et l'influence devinrent de précieux auxiliaires pour Constantin, et qui furent par conséquent respectés et employés par lui. Il n'est aucun de ces hommes mondains qui ait jamais pensé sérieusement à épouser la cause de l'humble “petit troupeau” ressemblant à Christ — de l'Eglise vraiment consacrée, dont les noms sont écrits dans les cieux. La popularité qu'il avait parmi ses soldats, mentionnée par les historiens, est tout à fait différente de la popularité qui doit exister entre les vrais soldats de la croix.

Comme preuve de cela, nous citons ici quelques mots de l'histoire concernant l'état de la société religieuse sous Dioclétien, le prédécesseur de Constantin, qui, vers la fin de son règne, croyant que les chrétiens avaient essayé de lui ôter la vie, devint leur ennemi, les persécuta en ordonnant la destruction des Bibles, le bannissement des évêques, et finalement en décrétant la mort de tous ceux qui s'opposaient à ses ordonnances. Gibbon * dit de cette époque:


* Gibbon, volume II, pages 53 et 57.

“ Dioclétien et ses collègues conféraient souvent les charges les plus importantes aux personnes qui avouaient abhorrer le culte des dieux, mais qui déployaient de [[315]] l'habileté pour le service de l'Etat. Les évêques occupaient un rang honorable dans leurs provinces respectives et ils étaient traités avec distinction et respect, non seulement par le peuple, mais par les magistrats eux-mêmes. Dans chaque ville, les anciennes églises furent jugées insuffisantes pour contenir le nombre croissant des prosélytes et on érigea à leur place des édifices plus imposants et plus spacieux pour le culte public des fidèles. La corruption des mœurs et des principes, dont Eusèbe se plaignit si fortement, peut être considérée non seulement comma une conséquence, mais comme une preuve de la liberté dont les chrétiens jouirent sous le règne de Dioclétien et dont ils abusèrent. La prospérité avait relâché les règles de la discipline. La tromperie, l'envie et la malice prévalaient dans chaque assemblée. Les prosélytes aspiraient aux charges épiscopales qui devenaient de jour en jour un objet plus digne de leur ambition. Les évêques qui luttaient les uns contre les autres pour la prééminence ecclésiastique, paraissaient par leur conduite prétendre à un pouvoir séculier et tyrannique dans l'église; et la foi vivante qui distinguait encore les chrétiens des Gentils, se montrait beaucoup moins dans leur vie que dans leurs écrits de controverse.

“ L'histoire de Paul de Samosate qui occupa le siège métropolitain [l'évêché] d'Antioche, tandis que l'Orient était entre les mains d'Odénath et de Zénobie, peut servir à illustrer les conditions et le caractère de ces temps (270 Ap. J.C.). Paul considérait le service de l'église comme une profession très lucrative. Sa juridiction ecclésiastique était vénale et rapace ; il arrachait de fréquentes contributions aux plus opulents des fidèles et employait pour son usage personnel une considérable partie des revenus publics. [La critique a prétendu, dit Gibbon, que Paul remplissait l'office de Ducenarius ou procurateur, avec un salaire annuel de 200 sesterces, — environ 77.000$] (27 millions de frs 1953 — Trad.) Par l'orgueil et le luxe de Paul, la religion chrétienne devint odieuse aux yeux des Gentils. Sa salle de conseil, son trône, la splendeur avec laquelle il paraissait en public, la foule suppliante qui sollicitait son attention : la quantité de lettres et de suppliques pour lesquelles il dictait ses [[316]] réponses, la hâte perpétuelle des affaires dans lesquelles il était engagé, étaient des conditions qui auraient mieux convenu aux fonctions d'un magistrat qu'à l'humilité d'un évêque primitif. Lorsqu'il haranguait son peuple du haut de la chaire, Paul affectait le style figuré et les gestes théâtraux des sophistes de l'Asie, tandis que la cathédrale résonnait des acclamations les plus extravagantes à la louange de son éloquence divine. Le prélat d'Antioche était arrogant, raide et inexorable vis-à-vis de ceux qui résistaient à son pouvoir et qui refusaient de flatter sa vanité ; mais il se relâchait de sa discipline et il était prodigue des trésors de l'Eglise pour le clergé qu'il protégeait. ”

Ainsi, Sous le règne de Constantin, tout obstacle fut finalement enlevé et, comme nous allons le voir, l'organisation de la Papauté—l'église nominale sous la suprématie de l'évêque de Rome comme pape — s'effectua bien vite.

DEVELOPPEMENT RAPIDE DE L'ANTICHRIST

Le développement rapide de la hiérarchie papale après l'adhésion de Constantin est un trait vraiment remarquable de son histoire. “ Le prince de ce monde” tint sa promesse de donner comme récompense le pouvoir et la domination à ceux qui l'adoreraient et lui obéiraient (Matthieu 4 : 8, 9). Par l'édit de Milan, Constantin donna une sécurité légale aux possessions de l'église et les chrétiens rentrèrent en possession des terres qui leur avaient été enlevées tout d'abord. Un second édit, en l'an 321, autorisa de faire à l'église des legs de propriétés, tandis que Constantin donnait lui-même un exemple de libéralité en prodiguant sans mesure les biens et les richesses au clergé chrétien. Cet exemple, donné par l'empereur, fut suivi par des milliers de ses sujets, dont les offrandes pendant la vie et les legs à l'heure de la mort affluaient dans les trésors ecclésiastiques. White dit:*


* White : Histoire universelle, page 155.

[[317]]

“ L'église de Rome, en raison de sa position dans la ville capitale, comme aussi du nombre et de la richesse de ses convertis, commença de bonne heure par s'assurer l'autorité sur les autres [sur les églises des autres villes et pays]. De nombreuses circonstances concoururent à augmenter l'influence de son évêque, bien que son ambition et son usurpation fussent pour un temps vigoureusement repoussées. Le transfert, [par Constantin, du siège du pouvoir de Rome à Constantinople en 334], accrut le pouvoir de l'église d'occident, en conférant à l'évêque la principale magistrature. De plus, il faut y ajouter la sanction, donnée par Gratien et Valentinien, à la coutume d'en appeler à Rome, et les pèlerinages fréquents aux tombes de saint Pierre, de saint Paul et d'autres martyrs.”

Après la mort de Constantin, les chances variées de l'empire romain paraissent avoir coopéré à l'avancement de l'église apostate et au développement de l'Antichrist; car l'église n'avait pas encore été unifiée sous un chef ou pape, regardé comme le représentant ou vice-gérant de Christ. Les empereurs qui succédèrent à Constantin jusqu'à Théodose continuèrent à se considérer comme les chefs de l'Eglise, en qui se concentrait l'autorité divine. Bien qu'aucun des 1800 évêques de l'empire ne fût encore préparé pour demander à être reconnu comme le chef ou pape, plusieurs avaient jeté les yeux sur cette bonne fortune et montraient aux empereurs le peu de fondement de leurs prétentions au titre de Pontifex Maximus, en se servant de cet argument que puisqu'ils adoraient les saints morts, ils ne devaient pas avoir moins de respect pour leurs représentants vivants — les évêques. Néanmoins dans leurs édits, les empereurs firent fréquemment allusion à l'empire comme à une hiérarchie divine et à eux-mêmes comme à des personnages divins.*


* Voy. Gibbon, volume II, page 108.

[[318]]

La puissance et la suprématie de l'évêque de Rome augmentèrent à vue d'œil : cinquante ans après que le christianisme eut été légalement établi, son opulence et sa dignité comme évêque de la ville capitale du monde étaient vraiment grandes. Ammianus, historien contemporain, décrivant son opulence et son ostentation, dit : “ II surpassait les rois en splendeur et en magnificence, se faisant traîner dans de majestueux chariots; parés de fins atours, il se distinguait par son luxe et son orgueil.” Le transfert à Constantinople du siège de l'empire, la menace pour la ville de Rome de l'invasion des barbares du nord, le changement continuel des généraux et des gouverneurs dans l'empire en décadence, faisaient de l'évêque de Rome l'être officiel le plus honoré, comme y étant le plus stable; son prestige croissant graduellement s'augmenta encore, aussi bien par le transfert des splendeurs rivales de la cour impériale à Constantinople que par la vénération attachée au nom de Rome par tous les peuples du monde.

Pour illustrer cela, nous faisons remarquer que, en l'an 455, lorsque la ville de Rome fut envahie et pillée par les vandales et que tous les environs étaient dans la détresse et la désolation, Léon, l'évêque de Rome, crut le moment opportun de proclamer le pouvoir spirituel pour impressionner les barbares et les Romains. Il se montra aux grossiers et superstitieux barbares, déjà fortement impressionnés par ce qu'ils voyaient autour d'eux de la grandeur de Rome et de ses richesses, revêtu de ses vêtements pontificaux en s'écriant : “Méfiez-vous, je suis le Successeur de saint Pierre, celui à qui Dieu a donné les clefs du royaume des cieux et contre qui les portes de l'enfer ne peuvent prévaloir; je suis le représentant vivant du pouvoir divin sur la terre; je suis César, un César chrétien, gouvernant dans l'amour et à qui tous les chrétiens doivent obéissance; Je tiens en mes mains et les malédictions de l'enfer et les bénédictions du ciel; [[319]] je relève tous les sujets de l'obéissance aux rois; je donne et j'enlève, par droit divin, tous les trônes et toutes les principautés de la chrétienté. Prenez garde maintenant de profaner le patrimoine qui m'est donné par votre invisible roi; pliez devant moi vôtre cou et priez pour que la colère de Dieu soit écartée.”

L'évêque de Rome se hâta de profiter des avantages que lui donnait la vénération du nom et de la place; il prétendit bientôt à la supériorité sur tous les autres. évêques, gouverneurs et maîtres. Il prétendit non seulement à la domination ecclésiastique du monde, mais aussi à la domination civile. Dieu, disait-il, ayant investi l'église de Rome de la domination de la terre, par droit d'héritage avec le droit de couronner et de découronner, d'élever et d'abaisser tous les gouverneurs du vieil empire romain. Ces prétentions furent si souvent émises et si souvent repoussées par des évêques concurrents qu'il est presque impossible de fixer la date exacte où elle commencèrent. La Papauté, elle, prétend qu'elle fut organisée dans les jours des apôtres et que Pierre fut le premier pape; mais cela est non seulement sans preuve, mais très positivement contredit par l'histoire tout entière. Cette dernière montre que quoique l'iniquité de l'ambition travaillât secrètement pendant un temps, assez long, elle fut empêchée de se développer en Antichrist jusqu'à ce que l'empire romain ait commencé à se désagréger.

Dès maintenant nous avons affaire avec l'Antichrist dont le développement graduel et l'organisation provenant d'une ambition agissant secrètement ont été un prélude frappant du terrible caractère qui s'est déployé après que le pouvoir convoité eut été saisi — de l'an 539 à l'an 1799, soit pendant 1260 ans. De cette période, les 300 premières années marquent l'augmentation de son pouvoir temporel; les 300 dernières marquent son déclin sous l'influence de la Réformation et [[320]] de la civilisation; la période intermédiaire de sept siècles embrasse le temps de la gloire de la Papauté et les “ âges de ténèbres ” du monde, pleins d'impostures et de tromperies faites au nom de Christ et de la vraie religion.

Un écrivain catholique romain appuie pleinement nos conclurions sur ce sujet et nous présentons ses paroles, sans nous occuper autrement de leur apprêt, comme étant un témoignage corroboratif. Il donne, avec un enthousiasme ardent, une description du développement de la Papauté et la décrit comme une plante d'origine céleste et, par suite, de croissance rapide et de haute exaltation dans le monde, disant: “ L'accroissement du pouvoir temporel des papes présente à l'esprit un des phénomènes les plus extraordinaires que les annales de la race humaine aient offert a notre stupéfaction et à notre admiration. Par une singulière combinaison de concours de circonstances, un nouveau pouvoir, une nouvelle domination s'éleva silencieusement et de façon continue sur les ruines de cet empire romain qui avait établi son influence sur presque toutes les nations et races qui vivaient pendant la période de sa force et de sa gloire et s'était fait respecter par elles.

Cette nouvelle puissance exerça bientôt une plus grande autorité que l'empire dont elle vit les ruines gigantesques se briser en fragments et tomber en poussière. Dans Rome même, le pouvoir du successeur de Pierre crût côte à côte avec celui de l'empereur et sous son ombre protectrice ; l'influence croissante des papes fut telle que la  majesté du souverain pontife semblait vouloir bien vite éclipser la splendeur de la pourpre.

“Le transfert, par Constantin, du siège de l'empire de l'occident en orient, des rives historiques du Tibre aux merveilleuses côtes du Bosphore, posa la base d'une souveraineté qui commença en réalité lors de cet important changement. En effet, c'est presque de ce jour que Rome, qui avait été témoin de la naissance, de la jeunesse, de  la splendeur et du déclin de la puissante race qui avait transporté son nom avec ses aigles dans les régions lointaines du monde connu alors, fut graduellement abandonnée par les héritiers de son renom, et ce peuple romain, déserté par les empereurs, en proie facile aux ravages des barbares auxquels ils n'avaient plus le courage de résister, mit sa confiance dans l'évêque de Rome, son gardien, son protecteur, son père. D'année en année, l'autorité temporelle des papes prit plus de forme et augmenta en force, sans violence, sans effusion de sang, sans fraude, par la force de circonstances irrésistibles, amenées visiblement comme par la main de Dieu. ”

Tandis que les catholiques romains représentent ainsi l'élévation de la Papauté sur les ruines de la Rome païenne, comme un triomphe du christianisme, ceux qui connaissent le véritable esprit de ce dernier cherchent en vain quelque trace de cet esprit dans la prostitution de l'église et dans son alliance impure avec le monde. Le vrai chrétien ne peut voir, dans les avantages fournis par l'ignorance, la superstition, les calamités et les différentes circonstances des temps dont l'église de Rome tira parti, aucune évidence d'une intervention divine en sa faveur. Il n'est pas non plus possible de découvrir dans l'exaltation de l'église de Rome au pouvoir et à la gloire terrestres, aucune preuve des promesses du Seigneur à la véritable Eglise, quant à son exaltation dans le propre temps — après que l'Antichrist serait venu et s'en serait allé ; car l'exaltation de la véritable Eglise ne sera pas sur un trône taché de sang et souillé de crimes comme le trône de la Papauté l'a été depuis son commencement ; et le vrai Christ n'aura  jamais besoin d'en appeler aux rois de la terre pour établir son pouvoir ou le défendre. Les signes qui distinguent la contrefaçon du vrai royaume de Christ sont facilement reconnaissables pour ceux qui sont instruits par les Ecritures, de ce qu'est le vrai Christ et son corps, la véritable Eglise, les principes sur lesquels son royaume sera établi et le but de son établissement.

[[322]]

Mais personne ne doit supposer que, même en ces temps corrompus, l'Eglise réelle de Christ se soit jamais éteinte ou ait été perdue de vue. “ Le Seigneur connaît ceux qui sont siens ” dans tous les âges et dans n'importe quelle condition. Dieu permit que, comme blé, ils crussent au milieu d'un champ rempli d'ivraie ; que, comme or, ils fussent dans la fournaise, pour être purifiés et éprouvés et rendus “ propres pour l'héritage des saints dans la lumière ”. Il est vrai que la course de la multitude de ceux qui s'appelaient chrétiens occupe la place la plus proéminente dans les pages de l'histoire, mais il n'y a aucun doute que, au milieu de toutes les séductions du mystère de l'iniquité et malgré toutes les persécutions, il ne soit resté un petit nombre de fidèles qui ont marché dignes de leur haut appel : il leur fut donné de se reposer, inscrits par Dieu comme héritiers de la couronne qui ne se flétrit pas et qui est réservée pour eux dans les cieux.

Ainsi, le fait est clairement indiqué dans les pages de l'histoire que cet homme du péché, l'Antichrist, est né à Rome ; que malgré l'opposition qu'on lui fit au commencement, il s'éleva graduellement au pouvoir ; ou, ainsi que cela est exprimé dans la prophétie de Daniel, comme “ une petite corne ” il s'éleva, sortant de la tête de cette vieille bête romaine, cette “grande et terrible bête ” pour laquelle Daniel ne trouva aucun nom, qui eut un tel pouvoir pour blesser et détruire. Et, par la suite, nous trouvons que l'histoire de l'Antichrist correspond exactement, non seulement avec la prophétie de Daniel, mais avec toutes les prophéties qui le concernent.

LE CARACTERE DE L'ANTICHRIST DANS L'HISTOIRE

Ayant identifié l'Antichrist, nous voulons tout d'abord comparer les caractères de la Papauté avec les [[323]] prophéties qui en parlent et qui décrivent le caractère et les agissements de l'Antichrist, ou l'homme du péché. Quelques-uns pourraient demander s'il est juste de laisser de côté les empereurs de Rome (qui prétendaient au suprême gouvernement religieux), en n'appelant pas leur système l'Antichrist, mais en appliquant complètement et entièrement ce titre à l'organisation du système papal. Nous répondons que cela est certainement juste, et nous renvoyons de nouveau le lecteur à la définition que nous avons déjà donnée de l'Antichrist, telle qu'elle est employée dans les Ecritures, c'est-à-dire :  “ a la place de ”, “ au lieu de ”. Pour répondre à cette définition, il doit prétendre être un empire spirituel, prétendre gouverner les royaumes de la terre par cette autorité spirituelle ; il doit, non seulement être un antagoniste, mais une contrefaçon, une fausse représentation, une prétention d'être le royaume de Christ et  exerçant ce qui, au temps marqué par Dieu, sera l'autorité du vrai Christ, l'Eglise glorifiée et complète sous le vrai Chef et Seigneur — le réel Pontifex Maximus.

Non seulement la Papauté prétend être le royaume glorifié de Christ, promis par le Seigneur, par les apôtres et par les prophètes, mais elle applique à elle-même et à ses chefs successifs (les papes qui prétendent prendre la place de Christ comme pontifes, chefs ou rois de ce royaume) tous les passages des prophètes qui décrivent la gloire millénaire du Christ. “ Séduisant les autres et étant séduits ” eux-mêmes par leurs fausses théories, développées lentement pendant des siècles par une ambition coupable des grandeurs, les papes ont arrangé les uns après les autres les titres de tous ceux qui sont associés dans cette hiérarchie, leurs vêtements splendides, leurs imposantes cérémonies, leurs grandes cathédrales avec des services solennels inspirant la crainte, cela sur une échelle qui correspondait autant “qu'il était possible avec leurs prétentions — entourages [[324]] splendides, vêtements et cérémonies, assortis dans la mesure du possible avec les gloires et la grandeur décrites par les prophètes.

Nous lisons par exemple dans le Psaume 2 : 10-12 : “ 0 rois de la terre !... baisez le Fils, de peur qu'il ne s'irrite et que vous ne périssiez dans votre voie ; car bientôt s'embrasera sa colère,” II n'est pas commandé ici de baiser littéralement, mais de se rendre volontairement à notre Seigneur, par une soumission joyeuse. Cela s'applique à l'heure présente, à notre époque préparatoire du grand et véritable règne millénaire du vrai Christ, où les rois et les grands de la terre, au point de vue politique, social, financier et ecclésiastique, seront jugés d'après leur bonne ou mauvaise volonté à s'incliner devant les justes règlements qui doivent entrer en œuvre maintenant. Ceux qui résistent à la justice, résistent au sceptre de ce Roi de gloire, et tous ceux-là seront renversés dans le grand temps de détresse qui introduira le règne millénaire du nouveau Roi. Tous ceux qui ne voudront pas de lui pour régner sur eux seront détruits (Luc 19 : 27). “ Ses ennemis mordront la poussière ”, seront vaincus.

En appliquant à tort cette prophétie à son imitation du royaume, le chef représentant de l'Antichrist, le pape, a, dans les glorieux jours de sa prospérité, amené les rois et les empereurs à s'incliner devant lui comme devant Christ et à baiser son gros orteil, appliquant cela à l'accomplissement de cette prophétie.

De semblables prétentions sont généralement considérées à la légère par ceux qui étudient les prophéties et par les écrivains, alors qu'ils recherchent et notent avec soin les immoralités; en cela ils errent grandement, parce que les crimes ont été assez abondants dans tous les âges, pour que de telles descriptions prophétiques spéciales, comme celles qui ont été données de l'Antichrist soient nécessaires. Quand bien même il [[325]] serait prouvé que ceux qui se rattachaient au grand système papal ont été de vrais modèles de moralité, ce système ne serait pas moins identique au caractère indiqué dans les Ecritures comme étant celui du grand Antichrist : le contrefacteur qui s'est arrogé les titres, les privilèges, les pouvoirs et la révérence appartenant à l'Oint de l'Eternel. Comme contrefacteur, il a aussi mal représenté le. plan de Dieu quant à la sélection d'un “ petit troupeau ” ou Eglise, dans le temps présent, et il a entièrement mis de côté la réelle espérance de l'Eglise et les provisions du Seigneur pour les bénédictions du monde durant le règne millénaire de Christ — qu'il présente comme accompli par son propre règne.

Il est presque impossible d'évaluer les mauvais effets d'une telle altération et défiguration du plan de Dieu. Ils ont été la source directe d'où jaillirent toutes les doctrines corrompues qui furent introduites les unes après les autres pour aider aux prétentions et ajouter à la dignité de l'Antichrist. Bien que la Réformation ait introduit, il y a trois siècles, une ère d'étude de la Bible et de liberté de pensée et qu'elle ait conduit au rejet de beaucoup de maux et d'erreurs, la contrefaçon avait été élaborée et perfectionnée à un tel degré dans toutes ses parties et dans ses institutions, elle avait si pleinement trompé le monde entier que, même après que la Papauté eut été reconnue par Luther et beaucoup d'autres comme le résultat inévitable de la grande apostasie — l'Antichrist de la prophétie —, tandis qu'ils le dénonçaient comme système, ils tenaient fermement à la fausse théorie qui conduisit aux erreurs particulières, soit de doctrine soit de pratique, de la  Papauté. Jusqu'à nos jours, la grande majorité des protestants acceptent la théorie de l'Antichrist : que le royaume de Christ a été établi. Quelques-uns se sont efforcés de faire comme la Papauté, d'organiser leur église avec une personne à leur tête, tandis que d'autres [[326]] remplacent la tête par un concile ou un synode ; mais tous sont sous l'illusion imposée par la fausse et trompeuse interprétation des doctrines des Ecritures lancée par l'Antichrist que le règne du royaume de Christ a lieu maintenant et non pas dans un temps à venir ; et niant l'âge à venir, comme le fait l'Antichrist, ils sont indifférents, comme ce système l'a été, au plein développement de la sainteté parmi les croyants et sont plutôt zélés pour accomplir maintenant le travail qui doit se faire dans l'âge prochain, la conversion du monde ; ce faisant, ils dénaturent souvent volontairement le plan de Dieu et sa Parole. Ils inventent des théories pour effrayer le monde et le pousser à faire profession de piété ; et volontairement aussi ils ont retours à des méthodes mondaines et contestables qui s'ajoutent à leurs moyens d'attraction pour rendre le plus séduisants possible leurs divers systèmes aux inconvertis ; et, comme l'Antichrist, ils sont soucieux d'avoir ces inconvertis et de les enregistrer dans leurs rangs pour en augmenter le nombre, et cela par orgueil afin d'en faire parade.

Ceux-là trouvent difficile de voir que la Papauté est l'Antichrist. Comment le pourraient-ils, tant que leur foi n'est pas libérée du poison et que leur raison est toujours fortement aveuglée par l'essence même des erreurs de l'Antichrist. La magnificence, la grandeur et la nécessité du royaume millénaire de Christ et de son œuvre de bénir toutes les familles de la terre, doivent être vues avant que l'énormité de la contrefaçon de l'Antichrist puisse être reconnue, ou avant que le dégât qu'il a causé à la vérité et que son influence de souillure et de désolation dans l'église nominale, ou temple de Dieu, puissent être justement estimés.


L'EGLISE DE DIEU
LA SACRIFICATURE ROYALE

LE VRAI TYPE

Aaron,
et ses successeurs — le Souverain Sacrificateur ou grand prêtre, chef, représentant et porte-parole.

Les sous-prêtres recevant leur dignité officielle, leurs droits et privilèges de service par le moyen d'Aaron, dont ils représentaient le corps, lequel typifiait l'Eglise de Christ.

       

LA REALITE
Pendant le millénium
Christ-Jésus,
notre Seigneur, Chef et représentant ; le Souverain Sacriflcateur de notre profession ou ordre.

L'Eglise glorifiée, le corps de Christ, participe à sa gloire, à sa majesté et à sa charge de gouverneur ; la position de chaque membre différera comme une étoile diffère en éclat d'une autre.

       

LA CONTREFAÇON

Les Papes,
chacun à son tour, souverain pontife de la hiérarchie Papale; son seigneur, chef et porte-parole.

L'église de Rome se compose d'évêques et de prélats qui participent aux dignités de la hiérarchie, mais chacun selon son grade d'honneur : cardinal, évêque, etc.

SOUS CES HIERARCHIES SONT DES ASSISTANTS INFERIEURS, SAVOIR:

Les Lévites
qui faisaient le service du tabernacle typique — qui enseignaient, etc., etc. Un ordre inférieur de prêtres qui ne devaient pas entrer ni regarder dans le Saint des saints (lequel servait de type à la nature spirituelle).

Tout Israël était enseigné et dirigé par la hiérarchie sus-mentionnée. Dans Moïse qui fut un type du Christ complet, ils avaient réuni en un seul, le prophète, le prêtre et le roi, type de l'autorité millénaire du Christ. — Actes 3 : 22.

       

La phase terrestre
du royaume de Dieu qui sera l'intermédiaire de l'Eglise glorifiée pour gouverner et instruire le monde, etc., et sera en communion intime avec l'Eglise spirituelle en gloire.

Le monde sera instruit, conduit, gouverné et aidé par le Royaume de Dieu, ci-dessus mentionné et ses représentants terrestres. Tout pouvoir leur sera donné et les hommes devront leur a obéir ; celui qui ne les écoutera pas “sera exterminé”. — Actes 3 : 23.

       

Les Prêtres
de la papauté qui ne font pas partie et ne sont pas des membres de l'église ou de la hiérarchie, mais sont appelés “ frères ” et “ sœurs ”. Parmi eux sont recrutés le corps enseignant, les infirmières, etc. Ils sont en contact direct avec le peuple, aussi bien qu'avec la hiérarchie.

La papauté exige que le monde obéisse et se conforme à ses prescriptions et à ses enseignements comme étant le Royaume de Dieu sur la terre. Le bas clergé est son agent. Pendant qu'elle avait la puissance, elle s'efforçait de faire valoir ses ordonnances et d'exterminer ceux qui ne lui obéissaient pas.




[[328]]

Il n'y a pas lieu d'être surpris de la perfection de cette contrefaçon, lorsque nous réfléchissons qu'elle est l'oeuvre de Satan et qu'elle a été copiée sur les types et les illustrations de la gloire à venir présentés dans les Ecritures. Lorsque le grand adversaire vit que le temps pour la sélection de l'Eglise était venu et que les vérités implantées par notre Seigneur et par les apôtres gagnaient rapidement du terrain sur les religions païennes, cherchant les humbles partout où il y en avait, il essaya de détruire la pureté de l'Eglise et de conduire dans de fausses voies ce qu'il ne pouvait plus arrêter. Ainsi, le triomphe de l'Antichrist, aussi bien que sa puissance actuelle, a été réellement un succès de Satan. Mais nous admirons ici la sagesse de Dieu ; car, tandis. que le succès de l'Antichrist, ainsi que son pouvoir présent, semblait le présage de la défaite du plan de Dieu, il coopérait réellement, bien qu'à son insu, à en assurer le succès ; parce que les vrais consacrés n'auraient pu être en aucune autre façon si complètement éprouvés, ni leur fidélité à la Parole de Dieu si pleinement mise à l'épreuve que par la permission de cette grande contrefaçon.

Le tableau précédent servira à montrer combien la contrefaçon du royaume de Christ à venir, par la Papauté, a été complète et comment elle a été tirée du type sacerdotal Juif.

Mosheim, expliquant la naissance du système hiérarchique, dans l'Eglise, montre très clairement cette contrefaçon en disant, au volume I, page 337 :  “ Tant qu'il resta quelque probabilité que Jérusalem pourrait prochainement à un moment ou l'autre relever la tête de la poussière, les docteurs chrétiens et les anciens ne se donnèrent aucun titre ou distinction. Mais lorsque le sort de cette ville eut été décidé par Adrien (en l'an 135) et que les Juifs ne purent plus garder le plus faible espoir de voir leur ancien gouvernement rétabli, ces mêmes pasteurs et ministres conçurent l'idée de faire croire à leur troupeau qu'ils avaient succédé aux droits de la sacrificature juive. C'est pourquoi les évêques s'ingénièrent à inculquer la notion qu'ils étaient investis d'un [[329]] caractère ressemblant à celui du Grand Prêtre des Juifs et étaient, par conséquent, revêtus de tous les droits qui avaient été reconnus comme appartenant au Pontife Juif. Les fonctions des prêtres juifs ordinaires furent transmis de la même manière, mais sous une forme plus parfaite, aux anciens de l'Eglise Chrétienne, et finalement les diacres furent placés sur le même pied que les Lévites ou ministres inférieurs ”.

LA TETE ET LA BOUCHE DE L'ANTICHRIST LES GRANDES CHOSES QU'IL PROFERAIT

Le pape (chaque pape à son tour) est la tête de la fausse église, qui est son corps, de même que Christ Jésus est la tête de la véritable Eglise, qui est son corps. Puisque la tête est le représentant du corps et que sa bouche parle pour le corps, nous trouvons, ainsi que nous devions nous y attendre, ce trait de l'Antichrist exprimé dans les Ecritures d'une façon marquante. Dans Daniel 7 : 8,11,25et dans Apocalypse 13 : 5,6, la bouche de l'Antichrist nous est montrée d'une façon particulière comme une de ses principales caractéristiques. Daniel dit que cette corne “ avait des yeux comme des yeux d'homme ”, symbole de l'intelligence et d'une politique clairvoyante. Cette “ corne ” devait être différente de tous les autres pouvoirs ; elle devait être plus sage, plus habile que les autres empires qui essayèrent de gouverner le monde ; mais sa puissance résidait plutôt dans sa bouche (ses expressions), guidée par ses yeux (sa connaissance), que dans sa force physique. Il n'est personne d'initié avec l'histoire de la Papauté qui puisse nier que les figures employées pour illustrer son pouvoir et ses méthodes ne soient remarquablement justes.

“ Et il lui fut donné une bouche qui proférait de grandes choses... Elle ouvrit sa bouche en blasphèmes contre Dieu, pour blasphémer son nom et son habitation, et ceux qui habitent dans le ciel”. “Et il proférera [[330]] des paroles contre le Très-Haut. ” – Apocalypse 13 : 5,6 ; Daniel 7 : 8,25, D.

Il ne faut pas oublier que ces expressions sont figuratives et descriptives du caractère et des prétentions d'une “bête” symbolique (gouvernement) et d’une  “corne ” (pouvoir) qui sort de l'ancienne bête ou empire Romain. A certains égards la Papauté fut un nouveau gouvernement (“ bête ”) distinct de l'ancien empire romain, et à d'autres égards, elle fut une corne ou puissance parmi d'autres sorties de cet empire, et qui, pour un temps, exerça une autorité supérieure sur les autres cornes ou pouvoirs. C'est pour la désigner plus exactement et pour la localiser qu'elle est présentée en symbole sous ces deux apparences.

Les grandes paroles orgueilleuses, ou blasphématoires, de l'Antichrist couvrent la période tout entière de sa longue carrière. L'expression “blasphème” est habituellement employée de nos jours dans le sens le plus commun et est appliquée seulement aux formes les plus vulgaires de malédiction et de profanation. Mais le mot ”blasphème ” dans sa vraie signification s’applique à toute indignité vis-à-vis de Dieu. Bouvier le définit ainsi : " Blasphémer ”, c'est attribuer à Dieu ce qui est contraire à Sa nature, ce qui ne lui appartient pas, et nier ce qui lui appartient ”. - Voyez le dictionnaire de Webster aux mots blasphème et blasphématoire (i) C'est là le sens dans lequel le mot blasphème est employé dans les Ecritures, comme nous le montre la manière dont notre Seigneur et les pharisiens employaient ce mot. Les Juifs répondirent : “ Ce n est pas pour une bonne œuvre que nous te lapidons, mais c’est  pour un blasphème, et parce qu'étant un homme tu te fais Dieu Jésus leur répondit : Dites-vous, tu blasphèmes, à moi que le Père a sanctifié et qu'il a envoyé [[331]] dans le monde, parce que j'ai dit : Je suis le Fils de Dieu? ” — Jean 10 : 33,36; voy. aussi Marc 14 : 61-64.


' (i) Larousse. — Parole ou discours impie qui outrage la divinité, la religion.

Ayant ainsi devant nous la définition convenable du mot “blasphème ”, il devient évident, même pour les plus simples, que les paroles orgueilleuses et arrogantes et les prétentions vantardes de la Papauté ont toutes été des blasphèmes. L'établissement d'une contrefaçon du royaume de Dieu fut une diffamation contre le gouvernement de Dieu, un grossier blasphème et une représentation mensongère de son caractère, de son plan et de sa Parole. Le caractère de Dieu, c'est-à-dire son ” nom ”, fut blasphémé par les milliers d'édits monstrueux, de bulles et de décrets donnés en son nom, par la longue lignée de ceux qui, en tant que vice-gérants (vicaires), ont prétendu représenter son Fils ; le tabernacle de Dieu, la véritable Eglise, fut blasphémé par le faux système qui prétendit prendre sa place, disant que ses fidèles étaient le vrai et seul tabernacle ou Eglise de Dieu. Mais nous devons laisser l'histoire nous parler de ces grandes paroles orgueilleuses, de ces présomptions blasphématoires que les différents papes ont émises et approuvées comme chefs de l'Antichrist.

Dans un travail intitulé : “ Le Pape, Vicaire de Christ, Chef de l'Eglise ”, par un célèbre catholique romain, Mgr Capel, se trouve une liste ne comprenant pas moins de soixante-deux titres blasphématoires appliqués au pape ; et, comme on peut le remarquer, ce ne sont pas des titres morts du passé, vu qu'ils ont été fixés par un de leurs plus grands écrivains, vivant encore.

Nous citons de cette liste les vingt-sept titres suivants :

“ Le plus Divin de tous les Chefs.
Saint Père des Pères.
Pontife Suprême au-dessus de tous les Prélats.
Administrateur de la Religion Chrétienne.
Souverain Pasteur, —
le Pasteur des pasteurs.
Christ par Onction.
Abraham par Patriarcat.
Melchisédec selon l'Ordre.
Moïse en Autorité.
Samuel dans l'Office de Juge. 
Souverain Sacrificateur,
Suprême Evêque. 
Prince des Evêques,
Héritier des Apôtres, —
Pierre en Puissance. 
Porteur des Clefs du Royaume des Cieux. 
Ayant la charge de Pontife avec Pleins Pouvoirs.
Vicaire de Christ. 
Souverain-Sacrificateur.
Tête de toutes les Saintes Eglises.
Chef de l'Eglise Universelle.
Souverain Pontife, qui est l'Evêque des évêques.
Gouverneur de la Maison du Seigneur.
Seigneur Apostolique et Père des pères.
Principal Pasteur et Docteur.
Médecin des Ames.
Rocher contre lequel les portes orgueilleuses de l'enfer ne prévalent pas. 
Pape Infaillible.
Chef de tous les Saints Prêtres de Dieu. ”

L'auteur ajoute à la longue liste des titres, dont ceux ci-dessus ne sont que des exemples, les citations suivantes d'une lettre que saint Bernard, Abbé de Clairvaux, écrivait au pape Eugène III, en l'an 1150 “ Qui es-tu ? — Le Grand Prêtre, le Suprême Evêque. Tu es le prince des Evêques, l'Héritier des Apôtres. Tu es Abel en primauté, Noé en domination, Abraham par rang patriarcal, Melchisédec selon l'ordre,  Aaron en dignité, Moïse en autorité ; Samuel dans l'office de juge ; Pierre en puissance ; et CHRIST EN [[333]] ONCTION. Tu es celui à qui ont été données les clefs du royaume des cieux ; à qui ont été confiées les brebis. Il y a en vérité d'autres portiers du ciel et d'autres bergers des troupeaux, mais tu es le plus glorieux, comme ce que tu as de différentes façons hérité de ces deux noms avant tous les autres... La puissance des autres a des limites bien établies ; la tienne s'étend même sur ceux qui ont reçu autorité sur les autres. Ne peux-tu pas, lorsqu'une juste raison se présente,  fermer les cieux à un évêque, le déposer de sa charge épiscopale et le livrer à Satan ? Ainsi, ton privilège est immuable, aussi bien pour les clefs qui t'ont été remises que pour les brebis confiées à tes soins.

Tous ces titres flatteurs et blasphématoires furent appliqués aux pontifes Romains et reçus par eux avec complaisance et une satisfaction marquée, comme leur appartenant légitimement.

Nous avons du pape Boniface VIII le décret suivant qui existe encore dans la loi commune : “ Nous déclarons, disons, Jugeons et prononçons qu'il est nécessaire au salut, pour toute créature humaine, d'être assujettie au pontife romain ”. Le pape Grégoire VII qui, dans l'année 1063, ordonna que le pape serait appelé le " père des pères ”, tire ce qui suit de Genèse 1 : 16 pour appuyer ses prétentions papales : “ Dieu fit deux grandes luminaires dans l'étendue du ciel ; le plus grand pour dominer sur le jour, le moindre pour dominer sur la nuit ; grands tous deux, mais l'un est le plus grand. Dans le firmament des deux qui est l'Eglise universelle, Dieu fit deux grands luminaires,  c’est-à-dire qu'il institua deux dignités, qui sont l'autorité pontificale et le pouvoir royal ; mais c'est celui qui préside sur le jour, le spirituel, qui est le plus grand ,; celui qui préside sur les choses charnelles est le moindre ; car comme le soleil diffère de la lune, ainsi les papes: diffèrent des rois. ” D'autres papes ont également [[334]] adopté cette interprétation qui n'a fait que renforcer l'idée de la suprématie papale.

Saint Antoine, archevêque de Florence, après avoir cité le Psaume 8 : 4-8 : “ Tu l'as fait un peu moindre que les anges ” ,etc., et l'avoir appliqué à Christ, le transfère au pape par les paroles suivantes : “ Parce qu'il nous a quittés corporellement, il a laissé son vicaire (substitut) sur la terre... le pape. Car le pape, d'après Hostiensis, est plus grand qu'un homme et moindre qu'un ange, étant mortel ; cependant il est plus grand en autorité et en puissance. Car un ange ne peut consacrer le corps et le sang de Christ, ni absoudre ou lier, pouvoir que les papes possèdent au plus haut degré. Un ange ne peut pas non plus ordonner ou accorder des indulgences. Il est couronné de gloire et d'honneur ; la gloire des éloges, parce que non seulement il est appelé saint, mais très-saint. Qui pourrait hésiter  à l'appeler saint, lui que l'expression suprême d'une telle haute dignité a exalté ? Il est couronné de l'honneur de la vénération, au point que le fidèle peut baiser ses pieds. Nulle plus grande vénération ne peut exister. “ Prosternez-vous devant son marchepied!” (Psaume 99: 5). Il est couronné de la magnificence de l'autorité, parce qu'il peut juger tout le monde et ne peut être jugé par personne ; à moins qu'il ne soit prouvé qu'il ait dévié de la foi [de l'Antichrist, naturellement]. En conséquence, il est couronné d'une triple couronne d'or, et est établi sur toute l'œuvre de ses mains pour disposer de tous ses inférieurs. Il ouvre les cieux, envoie les coupables en enfer, confirme les empires et régit le clergé tout entier ”. Le Concile de Latran, dans sa première session, appela le pape le “ Prince de l'Univers ” ; dans sa seconde session, “ Prêtre et Roi qui doit être adoré par tout le peuple et qui est vraiment semblable à Dieu ” ; et dans sa cinquième session, il attribue à Léon X les prophéties, qui se rapportent au glorieux règne de Christ, en ces termes : “ Ne pleure point, fille de Sion, [[335]] car voici le Lion de la tribu de Juda, la racine de David: voici, Dieu t'a suscité un Sauveur. ”

Du Dictionnaire Ecclésiastique de Ferrari, ouvrage Classique de l'autorité catholique romaine, nous citons le rapport condensé suivant sur le pouvoir papal, sous le mot papa (article 2) :

“Le pape est d'une telle dignité et grandeur, qu'il n'est pas simplement un homme, mais pour ainsi dire comme Dieu et le vicaire [représentant] de Dieu... Ainsi le papa  est couronné de la triple couronne comme roi des cieux, de la terre, et de l'enfer. Non, que disons-nous, l'excellence et la puissance du pape s'étendent non seulement  aux choses célestes, terrestres et infernales, mais il est au-dessus des anges et est leur supérieur ; de sorte que s’il était possible que les anges se détournassent de la foi, ou entretinssent des sentiments qui lui fussent opposés, ils pourraient être jugés et excommuniés par le pape... Il a une telle dignité et un tel pouvoir qu'il occupe un seul et même tribunal avec Christ, et que tout ce qu’il fait semble sortir de la bouche de Dieu Le pape est en quelque sorte Dieu sur la terre, le seul prince des fidèles de Christ, le plus grand roi de tous les rois, possédant la plénitude du pouvoir, auquel le gouvernement du royaume terrestre et céleste a été confié ”. Il ajoute plus loin : “ Le pape a si grande puissance et autorité qu'il peut modifier, révéler ou interpréter la loi divine ” “ Le pape peut parfois contrecarrer la loi divine, en la limitait et en l’expliquant, etc.”

Ainsi, non seulement l'Antichrist s'efforça d'établir l'église en puissance avant le temps du Seigneur, mais il fut assez audacieux pour essayer de “ contrecarrer ” et “ modifier ” les lois divines afin de faciliter ses propres plans. Il a de cette manière accompli la prophétie qui, plus d'un millier d'années auparavant, avait déclaré : “ II pensera changer les temps et la loi ”. — Daniel 7 : 25.

Dans une bulle ou édit, Sixte V déclare :

[[336]]

“ L'autorité donnée à saint Pierre et à ses successeurs par l'immense puissance de l'éternel Roi, est au-dessus de tous les pouvoirs des rois et princes terrestres ; elle prononce des décisions définitives sur eux tous. Et si quelqu'un d'entre eux résiste aux ordres de Dieu, cette autorité se venge sur eux plus sévèrement, en les faisant tomber de leurs trônes, quelque puissants qu'ils puissent être et en les jetant dans les parties les plus basses de la terre, comme ministres de l'ambitieux Lucifer. ”

Une bulle du pape Pie V, ayant pour titre : “ La damnation et l'excommunication d'Elisabeth, reine d'Angleterre et de ses adhérents — avec addition d'autres châtiments ”, dit ce qui suit :  “ Celui qui règne en haut, à qui tout pouvoir a été donné dans les cieux et sur la terre, a institué une sainte église catholique, apostolique (hors de laquelle il n'y a pas de salut) et il a donné plénitude de pouvoir pour la gouverner à un seul, savoir Pierre, le prince des apôtres et au successeur de Pierre, l'évêque de Rome. Lui seul est fait prince sur tout le peuple et sur tous les royaumes pour arracher, détruire, disperser, consumer, planter et bâtir.”

Saint Bernard affirme que “ personne, si ce n'est Dieu, n'est semblable au pape, ni dans les cieux, ni sur la terre ". . .

Le pape Nicolas 1 dit de l'empereur Constantin qu’il conféra l'appellation de Dieu au pape, lequel étant Dieu, ne peut en conséquence être Jugé par l'homme. Le pape Innocent III dit : “ Le pape occupe la place du vrai Dieu ” ; et la loi canon, dans le commentaire, appelle le pape. : “ notre Seigneur Dieu ”. Innocent et Jacobatius rapportent que “ le. pape peut faire à peu près tout ce que Dieu peut faire ”, tandis que Décius rejette le mot “ à peu près ” comme n'étant pas nécessaire. Jacobatius et Durand assurent “ qu'on n'ose pas lui dire, pas plus qu'à Dieu : Eternel, que fais-tu ? Et Antonin écrit :

[[337]]

“ C'est à lui [au pape] qu'il appartient d'ordonner les choses qui favorisent le bien public et d'éloigner celles qui l'entravent, tels que les vices et les abus qui éloignent l'homme de Dieu... Et cela d'après Jérémie 1 : 10 [Ici encore une prophétie qui appartient au règne millénaire de Christ est attribuée à l'Antichrist]. “ Regarde, je t'ai  “établi ce jour-ci sur les nations et sur les royaumes pour arracher et pour démolir, pour détruire et pour renverser ” quant à ce qui regarde les vices, “ pour bâtir et pour planter ” en ce qui concerne les vertus. Pour ce qui est du pouvoir des papes sur ceux qui sont en enfer, désignés par les poissons de la mer (Psaume 8), parce que de la même manière que les poissons sont continuellement agités par les vagues de la mer, ainsi ceux qui sont dans le purgatoire sont continuellement maintenus en mouvement par les afflictions du châtiment. Dieu a aussi assujetti au pape les poissons de la mer, c'est-à-dire ceux qui “ont dans le purgatoire pour les soulager par des  indulgences.

“ Les païens sont assujettis au pape qui préside dans le monde à la place de Christ, Christ ayant plein pouvoir sur toute créature. Le pape est le vicaire de Christ et personne ne peut légitimement se soustraire à son obéissance, comme personne ne peut se soustraire légitimement à l'obéissance à Dieu... Le pape peut punir les païens et  les nations barbares. ...Si les païens ne peuvent être punis par le châtiment spirituel de l'excommunication et d'autres semblables, ils peuvent toutefois être punis par l'Eglise au moyen de châtiments pécuniaires, et de peines corporelles par les princes... L'Eglise peut punir indirectement les Juifs par des châtiments spirituels, en excommuniant les princes chrétiens auxquels tous les Juifs sont assujettis, s'ils négligent de les châtier par des peines corporelles, lorsqu'ils font quelque chose contre les chrétiens...

Si l'on désire la conversion de certains, on peut les y contraindre par la terreur et les coups, non en vérité pour qu'ils reçoivent la foi, mais parce qu'ils ne doivent opposer aucun obstacle à la foi par une obstination volontaire ; car le jugement de Dieu devrait être imité pour la conversion des incrédules.”

[[338]]

Ceci illustre très bien comment les erreurs de doctrine produisent l'injustice. Les hommes peuvent être rapidement amenés à toutes les formes de cruauté et d'oppression, si, premièrement, ils peuvent se convaincre eux-mêmes que dans l'exercice de telles dépravations ils sont le plus semblables à Dieu — des imitateurs de Dieu. Il est vraiment étonnant qu'avec toutes les fausses idées et les terribles doctrines concernant le plan de Dieu envers les hommes, par lesquelles Satan les a aveuglés et trompés au moyen de la source papale de l'erreur, leur enseignant une ligne de conduite en rapport avec leur nature déchue, les hommes soient demeurés si doux et si modérés. Le même auteur continue ainsi : “ Le pouvoir du pape s'exerce sur les hérétiques et les schismatiques, désignés aussi par les bœufs, parce qu'ils résistent à la vérité avec les cornes de l'orgueil. Dieu les a aussi assujettis sous les pieds du pape pour être punis au quadruple, c'est-à-dire par l'excommunication, la déposition, la privation de leurs biens temporels et la persécution militaire. Mais ils ne doivent être pris pour hérétiques que lorsqu'ils refusent de renoncer à leurs doctrines pestilentielles et s'entêtent réellement à les défendre.... Le pape peut choisir ou élire l'empereur. L'empereur est le ministre [serviteur] du pape, dans ce sens qu'il est le ministre de Dieu dont la place est remplie par le pape ; car Dieu a député l'empereur comme ministre du pape... Je suppose qu'on peut dire en vérité que le pape, le vicaire de Christ, a une juridiction universelle des. choses spirituelles et temporelles dans le monde entier, à la place du Dieu vivant.”

Les proclamations suivantes des papes, glanées dans les “ Actes et Monuments ” de Fox, par H. G. Guinness, un écrivain anglais connu, méritent une place marquante, et nous pouvons sympathiser de cœur avec ses commentaires sur le Système dont la bouche prononce de telles choses, lorsqu'il dit : “ Si celui qui s'élève sera abaissé, quelle dégradation pourra être proportionnée à une exaltation de soi-même telle que celle-ci ? ”

[[339]]

“ C'est pourquoi, vu qu'un tel pouvoir est donné à Pierre, et à moi par Pierre, comme son successeur, qui est celui dans le monde entier qui ne doive pas être assujetti à mes décrets, qui ont tel pouvoir dans le ciel, dans l'enfer et sur la terre, sur les vivants et les morts ?... la plénitude de mon pouvoir est si grande par la juridiction de la clef qui m'a été donnée que tandis que tous me sont assujettis, oui, et les empereurs eux-mêmes devraient me soumettre leurs arrêts, moi seul ne suis assujetti aucune créature, ni à moi-même...; tous doivent me suivre, m'obéir ; personne ne doit me juger ou m'accuser d'aucun crime ; et nul ne peut me déposer, si ce n'est moi-même. Personne ne peut m'excommunier, lors même que j'aurais des rapports avec les excommuniés ; car aucun canon ne me lie. Personne n'oserait me mentir, car si quelqu'un me mentait, il ne serait qu'un hérétique et un excommunié. Nous voyons donc ainsi que la grandeur de la sacriflcature commença en Melchisédec, fut solennisée en Aaron, perfectionnée en Christ, représentée en Pierre, exaltée dans la juridiction universelle et manifestée dans le pape. Ainsi, par la prééminence de ma sacrificature, toutes choses m'étant assujetties, ce qui fut dit de Christ : Tu as assujetti toutes choses sous ses pieds, semble se trouver bien vérifié en moi.

“ Et de même, il faut admettre que l'évêque de cette "Eglise est toujours bon et saint. S'il tombe dans l'homicide ou dans l'adultère, il peut pécher, mais il ne peut cependant être accusé mais plutôt excusé par les meurtres de Samson et les vols des Hébreux, etc. Toute la terre est mon diocèse et je suis l'Ordinaire (juge - trad.) de tous les hommes, ayant l'autorité du Roi de tous les rois sur ses sujets. Je suis tout en tous et au-dessus de tous à ce point, que Dieu lui-même et moi, le vicaire de Dieu, avons un seul consistoire ; je suis capable de faire à peu près  tout ce que Dieu peut faire. Dans tout ce que je désire, ma volonté tient lieu de raison, parce que je puis par la loi dispenser au-dessus de la loi et faire sortir la justice de [[340]] l'injustice, en corrigeant les lois et en les changeant. Si donc on dit que les choses que je fais viennent non de l'homme, mais de Dieu, que pouvez-vous faire de moi,  sinon me faire Dieu ?.., Il est en mon pouvoir de changer les temps et les saisons, d'altérer ou d'abroger les  lois et de dispenser de toutes choses, même les préceptes de Christ ; car si Christ ordonne à Pierre de remettre son épée dans le fourreau, et s'il engage ses disciples à n'user d'aucune force extérieure pour se venger eux-mêmes” n'écris-je pas, moi, pape Nicolas, aux évêques de France pour les exhorter à tirer leurs épées matérielles ?... Si Christ lui-même a été présent aux noces de Cana en Galilée, ne défends-je pas, moi, pape Martin, au clergé spirituel d'assister aux repas de mariage et aussi de se marier? De plus, lorsque Christ ordonne de prêter sans espoir de gain, ne puis-je pas, moi, pape Martin, en donner la dispense ? Que dirais-je des meurtres, lorsque je fais passer comme n'étant pas un meurtre ou homicide, la mise à mort des excommuniés ? De même contre la loi naturelle, contre les apôtres et aussi contre le canon des apôtres, je peux faire et je fais des dispenses, car, bien que dans leur canon, ils commandent de déposer un prêtre pour fornication, j'altère la rigueur de cette constitution, par l'autorité de Sylvestre, considérant que les esprits et aussi les corps des hommes sont plus faibles qu'ils étaient alors... Si vous désirez écouter brièvement tous les cas qui appartiennent en propre à ma dispensation papale, il y a cent cinquante points pour lesquels aucun homme ne peut s'entremettre, si ce n'est moi seul. Je veux les réciter.

(Ici en suit la liste).

“ Après avoir ainsi suffisamment démontré combien mon pouvoir est grand sur la terre, au ciel et dans le purgatoire, je parlerai maintenant un peu de mes richesses et de mes grandes possessions, afin que chacun puisse voir mon opulence et l'abondance que j'ai de toutes choses —  rentes, dîmes et tributs, mes soieries, mes mitres de pourpre, couronnes, or, argent, perles et diamants, terres  et seigneuries. Premièrement, la ville impériale de Rome m'appartient ; le palais de Latran ; le royaume de Sicile est à moi en propre ; l'Apulie et Capoue sont à moi.

[[341]]

De même les royaumes d'Angleterre et d'Irlande ne me sont-ils pas ou ne devraient-ils pas m'être tributaires? Joignez à cela, à côté d'autres contrées et provinces en Orient et en Occident, ces provinces du nord au midi qui se nomment [Ici suit une longue liste de noms]. Que dirai-je de mes revenus journaliers, de mes prémices, annates, palliums, indulgences, bulles, confessions, faveurs et rescrits, testaments, dispenses, privilèges, élections, prébendes, maisons religieuses et tant d'autres choses qui ne me rapportent. pas mal d'argent ?... par quoi on peut se faire une petite idée du gain qui rentre dans mes coffres... Mais que dois-je dire de l'Allemagne, puisque le monde entier est mon diocèse, comme le dit mon droit canon que tous les hommes doivent croire. C'est pourquoi je conclus comme j'ai débuté et je commande, déclare et prononce qu'il est nécessaire pour le salut de tous les hommes de m'être assujetti.”

Beaucoup de personnes, de nos jours, semblent croire que ces jactances de la papauté appartiennent seulement au passé lointain, et qu'un grand changement s'est produit dans ce système ces derniers temps. Mais un peu de réflexion et d'observation démontrera que ces sentiments de la papauté sont toujours les mêmes. Nous devrions aussi nous rappeler que. la prétention constante de la papauté est que ses doctrines sont immuables ; que les décrets de ses papes et de ses conciles sont infaillibles ; et que ces décrets, qui respirent le blasphème contre Dieu et la persécution contre les saints, sont toujours tenus comme sacrés par l'église catholique romaine d'aujourd'hui. Le seul changement survenu dans la papauté est la perte de pouvoir, amenée par le réveil de la Réformation. La volonté y  est toujours, mais le pouvoir d'exécution est restreint par l'accroissement de connaissance et de liberté, pour lequel la Bible a été le principal facteur. L'Antichrist  est “ rendu graduellement impuissant ” par le vrai Christ, par l'esprit de sa bouche, sa Parole. Bientôt la lumière brillante de la présence d'Emmanuel détruira entièrement la vaine gloire de la contrefaçon, et libérera [[342]] complètement le monde des chaînes de ses prétentions illusoires et de ses erreurs.

Pour illustrer les présomptions des derniers temps, notez le fait que le dernier pape, en montant sur le trône prit le titre de Léon XIII, et peu après, y ajouta lui-même Léo de tribus ]uda, c'est-à-dire " Le Lion de la tribu de Juda ”, un des titres du vrai Chef. Par ces prétentions présomptueuses, il n'est sûrement pas en retard sur ceux qui occupèrent le même office durant les sombres siècles passés.

Ce qui suit, appelé L'Adoration, est encore une partie de la cérémonie en rapport avec l'installation d'un nouveau pape. Celui-ci, habillé de blanc, paré de nombreux diamants brillants, et revêtu de souliers rouges, garnis de grandes croix d'or en guise de boucles, est conduit à l'autel où il s'agenouille. Ensuite “ le pape se lève et, ayant revêtu sa mitre, il est levé par les cardinaux et placé par eux sur le trône-autel pour s'y asseoir. Un des évêques s'agenouille, et le chant du Te deum (ô Dieu, nous te louons) commence. Pendant ce temps les cardinaux baisent les pieds, les mains et le visage du pape ”. Une monnaie, représentant cette cérémonie et frappée à l'hôtel des monnaies du pape, porte les mots :“ Ils adorent celui qu'ils ont créé ”.

Le cardinal Manning, le représentant en chef de la Papauté en Angleterre, attire l'attention du public sur la clause suivante de la foi catholique, tout en la confirmant :

“ Nous déclarons, affirmons, définissons et prononçons qu'il est nécessaire au salut de toute créature humaine qu'elle soit assujettie au Pontife Romain.” Dans un discours qui a été publié, il fait dire ce qui suit au pape : “ Je prétends être le Juge Suprême et le Directeur des consciences des hommes ; du paysan qui laboure la terre au prince qui est assis sur le trône ; de la famille qui vit retirée au législateur qui donne des lois au royaume. Je suis le seul, dernier et Suprême Juge de ce qui est juste et injuste. ”

Nous ne devrions pas oublier, en observant ces exemples modernes “ de discours enflés de vanité ” de ia Papauté, le remarquable décret du Concile Œcuménique, tenu à Rome en 1870, qui proclama l'infaillibilité du pape. Il est vrai que de tout temps les papes présomptueux avaient prétendu à l'infaillibilité et que des évêques et des princes, désireux de flatter leur orgueil, les avaient virtuellement appelés ainsi dans cette déclaration: “Tu es un autre dieu sur la. terre”; mais il restait à un concile papal, dans ce XIXme siècle de lumière, de faire connaître au monde, froidement et  délibérément, la grandeur de ce “ dieu sur la terre “.et de proclamer qu'il est presque aussi parfait que l'autre Dieu dans les cieux; qu'il ne peut pas plus se tromper que l'autre; que lorsqu'il parle ex-catheïra, le pape est Infaillible — qu'il ne se trompe pas.

Le vote du concile fut émis le 13 juillet 1870, et le 18, le décret fut formellement promulgué avec cérémonie dans la grande cathédrale de St-Pierre à Rome. On lira avec intérêt la description suivante de cet événement, donnée par le Dr. J. Cummings de Londres. Il dit: “Le pape avait un grand trône, érigé devant les fenêtres de la façade est de St-Pierre; il s'enveloppa dans un véritable scintillement de pierres précieuses et s'environna de cardinaux, de patriarches et d'évêques en vêtements splendides, pour une représentation théâtrale des plus grandioses. Il avait choisi une heure matinale et les fenêtres à l'orient, afin que le soleil levant pût lancer ses pleins rayons sur sa magnificence et que, par ce fait, ses diamants, ses rubis et ses émeraudes les reflétassent et produisissent une telle réfraction qu'il devait apparaître, non un homme, mais ce que le décret le proclamait, un être ayant toute la gloire de Dieu... Le pape se plaça de bonne heure à la [[344]] fenêtre à l'orient... mais le soleil refusa... de luire. L'aurore pâle et triste s'assombrit rapidement jusqu'à une très profonde obscurité. Le glorieux éblouissement ne put être produit. Les yeux usés de celui qui se prétendait Dieu ne pouvaient voir assez pour lire à la lumière du jour et il fallut apporter des chandelles. Cette lumière ayant encore plus fatigué ses nerfs visuels, le pape demanda à l'un des cardinaux de faire la lecture. Celui-ci commença à lire au milieu d'une obscurité croissante ; mais à peine avait-il lu quelques lignes que jaillirent du ciel d'un noir d'encre une lueur livide et un craquement étourdissant tels que jamais encore pareille chose n'avait été vue à Rome. Une grande terreur saisit toute l'assistance et le lecteur s'arrêta.

Un cardinal sauta tout tremblant de sa chaise en s'écriant : “ C'est la voix de Dieu qui parle, les tonnerres du Sinaï”.

Parmi les prétentions blasphématoires de l'Antichrist, il est plusieurs de ses doctrines qui devraient être rappelées, particulièrement celle de la messe, dont nous parlerons dans un autre volume. Passant sur le culte rendu aux saints et à la vierge Marie, nous voulons indiquer quelques-unes des erreurs encore plus graves.

L'infaillibilité de l'Eglise fut l'une des premières et elle prépara la voie aux autres. Proclamée avant que le pape fût reconnu comme tel, elle fut une erreur des plus sérieuses et barra le chemin à la rectification d'erreurs qui furent découvertes dans la suite. Elle plaça les décrets des conciles de l'église au-dessus de toute contradiction ou discussion, soit par la raison, soit par l'Ecriture, et fit de. l'ignorance, de la faiblesse et des fausses conceptions humaines la mesure ou règle de la foi à la place de la Parole de Dieu, la Bible; car lorsqu'il fut établi que la voix des conciles de l'église était infaillible, toutes choses durent s'arranger pour s'y [[345]] conformer; et chaque concile se sentit lie de ne rendre aucune décision qui fût contraire à celle des conciles précédents; ceux qui auraient fait autrement se seraient exposés à être répudiés. Ainsi lorsqu'une erreur avait été une fois affirmée, elle ne pouvait plus être niée, ni même abandonnée. La Bible et la raison durent être interprétées et tordues de manière à s'accorder avec les décrets infaillibles d'hommes faillibles. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'il ait été nécessaire de requérir de véritables experts en théologie pour interpréter les Ecritures et les faire concorder avec leurs soi-disant décrets Infaillibles. Proscription de la Bible. L'histoire de la Papauté montre clairement que, tout en professant vénérer la Bible comme étant la Parole de Dieu, elle la plaçait à l'arrière-plan et mettait au premier rang ses propres paroles infaillibles. Non seulement cela, mais le pape proscrivit entièrement la Parole de Dieu, comme étant  peu propre à être lue, et dangereuse pour le peuple, afin que sa propre parole infaillible pût avoir une pleine autorité. Il savait très bien que la Bible était dangereuse pour son pouvoir et une dénonciation constante de ses prétentions blasphématoires.

Dans les jours de la puissance papale, la possession ou la lecture de la Bible par le peuple étaient traitées comme une offense criminelle. L'art de l'imprimerie vers le XVIème siècle et la renaissance générale de l'instruction qui en fut le résultat, assurèrent la résurrection de la Bible hors du sépulcre des langues mortes, où l'Antichrist l'avait si longtemps tenue cachée en en interdisant la traduction sous peine de sévères châtiments. Lorsqu'un réveil de l'esprit d'indépendance commença à la répandre parmi le peuple par les langues vivantes, les Bibles furent souvent brûlées, et longues et terribles furent les malédictions impitoyables [[346]] qui sortirent du Vatican contre les pécheurs audacieux qui osaient traduire, publier ou lire la Parole de Dieu.

Lorsque Wiclef publia sa traduction, le pape Grégoire envoya une bulle à l'université d'Oxford, condamnant le traducteur comme “étant tombé dans un genre de crime détestable.” La traduction de Tyndale fut aussi condamnée; et lorsque Luther publia sa traduction allemande, le pape Léon X lança une bulle contre lui. Mais l'œuvre n'en progressa pas moins avec rapidité; la Bible devait avoir une résurrection complète et était destinée à déverser sa lumière sur les hommes de toute nation et de toute langue. L'église de Rome s'en aperçut lentement et résolut pour cela de permettre la traduction des Ecritures en langue moderne par des traducteurs catholiques, en y ajoutant des commentaires catholiques. Ce n'était pas cependant pour les donner au peuple, excepté dans le cas où il y avait danger que celui-ci ne reçût des traductions protestantes. La traduction de Reims le déclare.

Ce qui suit montre le caractère de certaines des Notes de cette traduction de Reims - Douai (1578 — trad.), qui a été remplacée plus tard (1610 — trad.) par la version de Douai, très ressemblante, mais avec moins de notes remarquables. Sur Matthieu 3, il est dit dans une de ces notes “Les hérétiques peuvent être punis et supprimés; ils peuvent et doivent être châtiés ou exécutés par l'autorité publique.” Une autre note sur Galates 1:8 se lit: “Les catholiques ne devraient pas épargner leurs propres parents s'ils sont hérétiques.” Sur Hébreux 5 : 7la note dit: “Les traducteurs de la Bible protestante devraient être envoyés dans les profondeur* de l'enfer ”. Et sur Apocalypse 17 : 6 le commentaire dit: “Mais le sang des protestants n'est pas appelé le sang des saints, pas plus que celui des [[347]] voleurs, des meurtriers ou d'autres malfaiteurs répandu par ordre de la justice, et pour le meurtre desquels, aucun gouvernement n'a à répondre.”

Nous donnons ici quelques-unes des restrictions qui furent imposées lorsqu'il fut reconnu que la lecture de la Bible ne pouvait pas être entièrement empêchée. L'article 4 de l'Index Expurgatoris dit:  “ Si quelqu'un a la témérité de lire ou de posséder la Bible sans autorisation écrite, il ne doit pas recevoir l'absolution avant d'avoir remis cette Bible au préposé.  — Les libraires qui auront vendu ou disposé de quelque autre façon de Bibles en langues vulgaires à quelqu'un non pourvu d'une telle permission, perdront la valeur des livres... et seront soumis par l'évêque à tels autres châtiments que celui-ci jugera convenable, d'après la gravité de l'offense. ”

Le concile de Trente dit dans sa session de 1546: “ Afin de restreindre les esprits pétulants, le concile décrète que, en matière de foi et de morale et de quoi que ce soit concernant le maintien de la doctrine chrétienne, personne ne devra, se confiant en son propre jugement, oser tordre ou fausser les Ecritures sacrées à son propre sens, contrairement à celui qui a été attaché et est encore maintenu par la sainte église-mère, qualifiée pour juger du sens véritable. ”

Ce qui suit est extrait de la bulle de Pie VII au Primat de Pologne, le 29 juin 1816, contre les Sociétés Bibliques:  “ Nous avons été vraiment affligé de cette invention pernicieuse par laquelle les fondements mêmes de la religion sont minés, et vu la grande importance du sujet, en ayant conféré en concile avec nos vénérables frères, les cardinaux de la sainte Eglise Romaine, nous avons, avec le plus grand soin et une attention extrême, délibéré sur les mesures propres à être adoptées par notre autorité pontificale afin de remédier autant que possible à cette peste et de l'abolir. Vous avez déjà montré, de votre plein gré, un ardent désir de découvrir et de renverser les [[348]] machinations impies de ces innovateurs, cependant, nous conformant à notre office, nous vous exhortons de plus en plus que tout ce que vous pouvez accomplir par votre pouvoir, préparer par conseil, ou effectuer par autorité, vous l'exécutiez journellement avec la plus grande ardeur La Bible imprimée par les hérétiques doit être mise au rang des autres livres prohibés, conformément aux règles de l'Index. ”

Le même pape, dans l'année 1819, lança une bulle contre ceux qui se servaient des Ecritures dans les écoles d'Irlande; nous en citons ce qui suit: “ La congrégation du Saint-Office a été informée que des écoles de la Bible, soutenues par les fonds des hétérodoxes, ont été établies dans presque toutes les parties de l'Irlande, par lesquelles les personnes sans expérience des deux sexes ont été infectées du poison fatal de doctrines dépravées... C'est pourquoi tous les efforts possibles doivent être faits pour éloigner la jeunesse de ces écoles funestes... Travaillez de tout votre pouvoir pour éviter à la jeunesse orthodoxe d'être corrompue par eux; ce qui pourra, je l'espère, être facilement obtenu par l'établissement d'écoles catholiques dans tout votre diocèse. ”

Nous avons ici l'aveu candide du but réel de l'établissement des écoles paroissiales catholiques en Angleterre et en Amérique du Nord, c'est-à-dire la protection du système catholique même. L'Antichrist n'a pas d'autre but en offrant l'instruction au peuple. L'ignorance et la superstition sont les remparts de la papauté, et les siècles de sa puissance, y compris ceux qui sont connus sous le nom d'âge des ténèbres, le prouvent.  L'instruction du clergé ne fut pas négligée, bien que sous certaines restrictions. Mais qu'aucun effort ne fut fait pour l'instruction du peuple, l'ignorance profonde de tous les vieux pays catholiques romains en est une forte preuve. Les écoles et la Bible ont toujours été les ennemis insupportables de l'Antichrist et ne furent [[349]] tolérées que lorsqu'elles devinrent des nécessités ; - une fausse lumière dut encore être jetée sur ces écoles .pour préserver l'existence de l'Antichrist. Nous citons ce qui suit d'une bulle de Léon XII, lancée en 1825 au clergé catholique d'Irlande:  “ Ce n'est pas un secret pour vous, vénérables frères, qu'une certaine société, vulgairement appelée la Société Biblique, se répand audacieusement dans le monde entier. Au mépris des traditions des saints pères, et en opposition au décret bien connu du Concile de Trente, cette Société a concentré toutes ses forces et dirige tous ses moyens vers un but : la traduction ou plutôt la perversion de la Bible dans la langue maternelle de toutes les nations. ”

Même le pape Pie IX exprima l'angoisse de son cœur de voir de tous côtés le triomphe de ce grand ennemi de l'Antichrist — la Bible, disant :  “ Maudites soient ces sociétés pleines de ruses et de tromperies, appelées Sociétés Bibliques, qui placent la Bible entre les mains de la jeunesse inexpérimentée ”

II est vrai qu'en 1886, le Concile Plénier Catholique Romain de Baltimore décréta qu'une Bible approuvée serait permise dans les écoles catholiques des Etats-Unis. Cela ne signifie toutefois aucun changement dans les sentiments réels de l'Antichrist; mais c'est  simplement un autre coup de sa politique clairvoyante, par déférence pour l'esprit de liberté régnant dans ce pays et qui déteste de telles restrictions. Ce concile savait très bien que c'était la liberté qui était demandée et non la Bible; une enquête montre d'ailleurs que  maintenant, plusieurs années après, la Bible ne se trouve pas du tout dans les écoles catholiques de ce  Pays.

La doctrine de l'immortalité naturelle et inhérente de l'homme (qu'une existence humaine qui a une fois commencé ne peut jamais cesser), fut une autre fertile erreur empruntée aux philosophes grecs. Une fois admise, elle conduisit naturellement à cette conclusion, [[350]] que s'il faut que l'existence continue à toujours, les expressions de la Bible concernant la destruction finale des pécheurs volontaires, la seconde mort, etc., doivent être expliquées de manière à signifier juste le contraire de ce qu'elles disent, c'est-à-dire une vie éternelle en un état quelconque. Il fut facile après cela de décréter que pour le; méchant cette existence serait une vie de souffrance; et les tourments furent souvent peints sur les murs des églises aussi bien qu'ils étaient dépeints. par les paroles de prêtres et de moines zélés. Cette erreur s'imprima d'autant plus facilement chez les nouveaux convertis que les philosophes grecs (alors les maîtres du monde en matière de science, de religion et de philosophie, — dont les idées, comme le montre Josèphe, avaient même commencé à colorer le judaïsme) avaient depuis longtemps soutenu et enseigné un châtiment pour les méchants après la mort. Il faut toutefois dire à leur décharge qu'ils ne sont jamais descendus jusqu'aux horribles blasphèmes contre Ie caractère de Dieu et son gouvernement, enseigné au monde par l'Antichrist. Il était tout indiqué, après cela, de fixer un lieu pour ce tourment, de l'appeler l'enfer et de chercher les passages de l'Ecriture parlant du shéol, du hadès et de la géhenne, qui dépeignent le salaire réel du péché, la première et la seconde morts, et de les appliquer adroitement, ainsi que les paraboles de notre Seigneur et les symboles de l'Apocalypse, pour se tromper eux-mêmes sur ce sujet et le monde entier avec eux; et, chose plus grave, pour diffamer et blasphémer le caractère et le plan de Dieu, notre tout sage et miséricordieux Père Céleste.

Le purgatoire fut introduit pour adoucir ces affreuses doctrines, les rendre plus supportables et en même temps pour donner à l'Antichrist un moyen de mieux tenir le peuple sous sa dépendance. Il prétendit tenir les clefs du ciel et de l'enfer et avoir le pouvoir de [[351]] remettre les peines du purgatoire : non seulement la peine adamique et les infirmités qui en découlèrent, mais aussi le châtiment pour les péchés volontaires et commis de propos délibéré. On peut facilement concevoir quel levier puissant ce fut sur un peuple ignorant — spécialement lorsque les empereurs et les princes de la terre acceptèrent le trompeur et s'inclinèrent devant lui.

Les messes pour les morts suivirent; et pour les avoir, riches et pauvres se firent un devoir de payer libéralement. L'efficacité des messes pour le soulagement des souffrances du purgatoire est reconnue omnipotente, — à tel point que ni même Jéhovah, ni Christ ne peuvent intervenir contre elles. Cela devint une source de grands revenus pour l'Antichrist ; parce que si le mourant était riche, les prêtres ne manquaient pas de lui rappeler qu'avant son départ il devait laisser des legs pour faire dire des messes pour lui-même, de peur que quelqu'un des héritiers de ses richesses ne négligeât  de le faire. En effet, nous trouvons cette même pensée exprimée dans des journaux catholiques romains, où il est recommandé de dépenser moins d'argent en fleurs pour les funérailles et un peu plus en messes pour les morts.

Les indulgences s'introduisirent quelque temps avant les “croisades”. Nous savons que des indulgences furent offertes comme prime d'encouragement, afin de s'assurer des volontaires pour ces “ croisades” ou “ guerres saintes ”. Par un édit papal, quiconque voulait  s'engager dans ces guerres saintes recevait non seulement la rémission de ses péchés passés, mais méritait aussi que ses péchés futurs fussent effacés et qu'il fût ainsi garanti contre certaines souffrances du purgatoire. Les catholiques romains nous disent que ces indulgences ne sont pas données comme une licence pour faciliter le péché, mais en récompense du mérite [[352]] qui rachète ou annule un certain nombre de jours ou d'années d'angoisse dans le purgatoire ; de sorte que si les péchés d'un homme lui avaient valu mille ans de souffrance et si cet homme s'était, en une ou plusieurs fois, assuré des indulgences pour mille ans, soit avec de l'argent, soit par des services rendus à la papauté, ou encore en faisant des pénitences, il s'en irait libre ; et s'il avait à son crédit des indulgences pour neuf cents ans, il n'aurait que cent ans de souffrances à endurer.

Et il est probable que si le nombre de ses indulgences dépassait de beaucoup les peines qui lui étaient dues, il serait considéré comme un saint, possédant assez d'influence au ciel pour être prié et adoré. Nous en avons un exemple dans le croisé Louis, roi de France. Il fut canonisé et est maintenant prié et adoré sous le nom de saint Louis.

S'il y a en effet une différence entre cette manière de comprendre les indulgences et celle qui estime qu'elles sont une licence pour commettre le péché, elle est cependant bien petite ; car la papauté fixa pour les différents péchés ordinaires un certain temps de souffrances. Non seulement les péchés passés pouvaient ainsi être anéantis et effacés, mais les personnes qui avaient des raisons de penser qu'elles pourraient commettre certains péchés dans l'avenir, pouvaient ainsi pourvoir par avance à leur annulation en faisant des œuvres méritoires. En outre, il y a certaines de ces indulgences appelées  “ plénières ” [complètes, entières] qui sont certainement comprises comme couvrant tous les péchés passés ou à venir.

Il est presque incroyable que ces indulgences soient encore en vogue aujourd'hui même. Les catholiques romains ont certaines prières dont la répétition leur assure un droit d'indulgences pour une période limitée ; ils prétendent qu'en multipliant ces prières, cela les  protégera pour longtemps de la colère. Ainsi, à ceux [[353]] qui disent le “ Salut Sainte Reine! ”, il est accordé 40 jours d'indulgence ; tandis qu'il est accordé une indulgence de 200 jours à celui qui récite “ Les Litanies de la Bienheureuse Vierge ; et ceux qui disent le :  “ Béni soit la sainte, immaculée et très pure conception dis la Vierge Marie ” ont une garantie de 100 années d'indulgences, etc., etc. On peut facilement se faire une idée à quel degré de corruption conduisit cette doctrine blasphématoire, lorsque, dans l'âge des ténèbres, les indulgences étaient libéralement accordées pour de  l'argent ou pour les services rendus en persécutant les incrédules et les hérétiques.

D'énormes peines étaient fixées pour les crimes commis généralement par les riches, qui pouvaient payer libéralement, tandis que les plus basses violations de la justice, plus communes parmi les classes plus pauvres, étaient facilement excusées. C'est ainsi que le mariage avec un cousin germain coûtait jusqu'à 1.500.000 francs d'aujourd'hui, tandis que le meurtre d'une femme ou d'un père coûtait seulement 45.000 francs. Spanheim dit : “ L'institution des indulgences fut pour l'église romaine l'hôtel à frapper la monnaie, la mine d'or pour les neveux libertins et les enfants naturels des papes, le nerf des guerres papales, le moyen de liquider les dettes et l'intarissable fontaine de luxe des papes ”.

Pour régulariser ce trafic, une échelle graduée des peines fut établie pour les différents péchés — soit plusieurs jours ou des années de purgatoire pour chacun; et une échelle de prix fut aussi arrangée pour y correspondre, afin que ceux qui obtenaient des indulgences pour un meurtre, un vol, un adultère, un parjure, ou autres péchés, pussent être taxés suivant le cas. Par ce moyen, les peines étaient rachetées et les tourments du purgatoire mitigés ou annulés selon le bon plaisir de la volonté de l'Antichrist. Nous ne pouvons donc pas nous [[354]] étonner que le peuple comprit promptement que beaucoup d'argent payait beaucoup de péchés. Les crimes s'accrurent tellement par ces indulgences que les meilleures classes de la société s'indignèrent jusqu'à se rebeller contre l'église. Les yeux des hommes commencèrent à s'ouvrir et à voir que le clergé, depuis les plus hauts dignitaires de l'église jusqu'aux sous-prêtres et officiants, trempaient dans l'iniquité. De même qu'une heure sombre précède la tempête, ainsi l'heure des plus grandes ténèbres morales du règne ténébreux de l'Antichrist eut lieu juste avant que commençât le grand mouvement de la Réformation. Ce fut le trafic public et honteux des indulgences qui produisit des nausées et conduisit Luther et d'autres papistes zélés à discuter et à examiner le système tout entier, d'abord sous son aspect moral, puis sous son aspect doctrinal. Finalement, Luther conçut la pensée exacte, c'est-à-dire que la papauté était en vérité l'Antichrist. Une fois qu'il eut découvert cela, il indiqua sans crainte quelques-uns des symboles de l'Apocalypse et montra leur application et leur accomplissement, partiel dans la hiérarchie papale.

A ce sujet nous citons ce qui suit de la plume de l'ecclésiastique bien connu, Lyman Abbott :  “ L'apport d'argent pour l'église était une des conditions pour lesquelles les indulgences étaient accordées autrefois plus que maintenant. Ce trafic atteignit son apogée au début du XVIe siècle sous Léon X qui publia que des indulgences seraient accordées à tous ceux qui contribueraient à l'érection de la cathédrale de St. Pierre à Rome. Son principal agent pour la vente des indulgences en Allemagne tut un nommé Jean Tetzel. Les vices notoires de ce Tetzel n'empêchèrent pas le choix qui fut fait de lui pour être le dispensateur de ces pardons accordés à d'autres âmes plus pieuses ; rien ne lui semblait trop extravagant pour remplir ses coffres d'argent. Il déclara que la croix rouge qui l'accompagnait partout où il allait [[355]] avait une efficacité aussi grande que la croix de Christ — qu'il n'y avait pas de péché si grand qu'il ne pût le remettre ; que les indulgences ne sauvaient pas seulement les vivants, mais aussi les morts ; qu'au moment même où l'argent tintait au fond des caisses, les âmes quittaient le purgatoire pour s'envoler au ciel. Telles étaient quelques-unes de ses déclarations blasphématoires. Une échelle régulière de prix fut établie : La polygamie coûtait six ducats ; le sacrilège et le parjure, neuf ; le meurtre, huit ; la sorcellerie, deux. Ce fut ce trafic sans vergogne et à la vue de tous qui, plus que toute autre chose, conduisit à la Réformation. Les indulgences continuèrent à être accordées, non seulement pour des actes de culte, mais aussi pour des contributions en argent faites à l'église ; mais la vente publique et ouverte est maintenant pour la plus grande partie bannie de l'église de  Borne. ”

Un autre écrivain relate ainsi d'autres paroles de Tetzel : “

Approchez-vous et je vous donnerai des lettres dûment scellées, par lesquelles même les péchés que vous désireriez commettre à l'avenir vous seront tous pardonnés. Il n'y a pas de péchés si grands que les indulgences ne puissent les remettre. Payez, mais payez largement, et vous serez pardonnes. Vous prêtres, vous nobles, vous négociants, vous femmes, vous jeunes filles, vous jeunes gens, écoutez la voix de vos parents et amis qui s'en sont allés et qui s'adressent à vous de l'abîme sans fond :  Nous endurons l'horrible tourment ; une petite aumône peut nous délivrer ; vous pouvez la donner, ne lèverez-vous pas ? Avec dix sous allemands vous pouvez délivrer votre père du purgatoire. Notre Seigneur Dieu ne s'occupe plus de nous comme Dieu ; il a donné tout pouvoir au pape. ”

Ce qui suit est la copie d'une des formules employées par Tetzel, contenant le nom de l'acheteur, la nature de ses péchés, etc.:

“ Que notre Seigneur Jésus-Christ te fasse miséricorde... et t'absolve par les mérites de ses plus saintes souffrances. En vertu du pouvoir apostolique qui m'a été [[356]] conféré, je t'absous de tous les... excès, péchés et crimes que tu pourrais avoir commis, quelque grands qu'ils puissent être et de quelque nature qu'ils soient... Je te fais remise des peines que tu aurais à endurer au purgatoire,... je te restaure à l'innocence et la pureté de ton baptême, afin qu'au moment de la mort, les portes du lieu de tourment te soient fermées et que celles du paradis te soient ouvertes. Et si tu dois vivre longtemps, cette grâce demeure inaltérable jusqu'au moment de ta fin. Au nom du Père, du Fils et du St Esprit, Amen. Le frère Jean Tetzel, commissaire, a signé ceci de sa propre main.—” Quant au présent immédiat, nous ne pouvons rien dire, mais nous savons qu'il y a seulement quelques années, des indulgences imprimées avec les prix fixés étaient en vente, sur des tables, dans certaines grandes églises catholiques romaines du Mexique et de Cuba.

“ IL, LUI FUT DONNÉ DE FAIRE LA GUERRE AUX SAINTS ET DE LES VAINCRE ” — “ DE  CONSUMER LES SAINTS DU TRÈS-HAUT ”

La contrefaçon papale du royaume a-t-elle détenu et exercé le pouvoir sur les vrais enfants de Dieu consacrés, les a-t-elle vaincus, “ réduits à l'extrémité ” (Laus.) ou écrasés, comme le texte hébreu l'implique, par une longue période d'oppression ? Nous répondons : Oui. Tous les moyens qui purent être imaginés furent employés pour écraser et éteindre l'esprit ou l'essence du vrai christianisme (Jean 8 : 36 ; Galates 5 : 1 ; 2 Corinthiens 3 : 17) ; et y substituer l'esprit, les doctrines et les formes de l'Antichrist. Tout d'abord ce fut moins une attaque ouverte contre les fidèles qu'une lente, persistante et écrasante oppression, procédant spécialement contre les docteurs opposés, mettant à bout la patience et détruisant la foi chez beaucoup. Ce harcèlement persistant est bien illustré par l'institution du confessionnal, par lequel l'Antichrist prenait non seulement connaissance de toutes les critiques et de toutes les” objections faites contre ce système et dites à l'oreille [[357]] d'un confesseur, mais sous la menace de peines à venir, il contraignait à confesser toutes les pensées ou actes qui lui étaient opposés et à s'en repentir. Cela aussi fut bientôt si soutenu par le pouvoir civil que toute protestation contre l'église put être envisagée comme une trahison contre le pouvoir civil qui était soutenu par l'autorité papale.

Pendant le premier éclat de l'exaltation papale, le peuple, dans son ensemble, était reconnu nominalement comme membre de l'église, ou sans cela il était païen ; et tous ceux qui professaient Christ étaient tenus de se conformer aux usages et aux règlements de la hiérarchie qui s'élevait graduellement. L'erreur, toujours plus populaire que la vérité quand elle est à l'influence et au pouvoir, la chassait, la proscrivait et la discréditait et persécutait ceux qui y étaient attachés. Ce fut le temps où, comme cela est dépeint dans l'Apocalypse, la véritable Eglise (la femme) s'enfuit dans le désert — dans la solitude (Apocalypse 12 : 6),— proscrite à cause de sa fidélité à la vérité et au vrai Seigneur et Chef de l'Eglise. Dans ce temps, où les apostats furent exaltés comme princes, les saints vraiment humbles firent l'expérience  de ce dont le Seigneur les avait avertis : que tous ceux qui (durant l'ère de l'Evangile) veulent vivre pieusement doivent s'attendre à être persécutés. La belle-mère s'élèvera contre la belle-fille, le père contre le fils, le frère contre le frère et l'homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Pouvait-il être conçu quelque chose de plus propre à épuiser ou écraser les saints que de tels moyens, employés pendant des siècles ?

Pour avoir une idée de l'implacable férocité de cette persécution, il nous faut encore retourner aux pages de l'histoire.

Les persécutions des chrétiens sous la Rome païenne ne peuvent être comparées à celles de la Rome papale, ayant été moins fréquentes, plus limitées en étendue et [[358]] beaucoup moins sévères. Il a été constaté, sur la parole digne de foi des premiers chrétiens, que la majorité des magistrats romains qui exerçaient l'autorité de l'empereur ou du sénat dans les provinces, qui possédaient le pouvoir de vie et de mort, se conduisaient en hommes polis, d'éducation libérale et respectaient les règles de la justice. Ils déclinaient fréquemment les devoirs Odieux de la persécution, repoussaient avec mépris les accusations contre les chrétiens (comme Hérode et Pilate essayèrent de le faire dans le cas de notre Seigneur : Luc 23 : 14-16,20,22 ; Matthieu 27 : 24), ou Suggéraient aux chrétiens un moyen légal d'évasion. Ils employaient plus souvent leur pouvoir, lorsque cela était possible, pour délivrer les chrétiens plutôt que pour les opprimer. Les tribunaux païens furent souvent pour eux le plus sûr refuge, contre leurs accusateurs juifs*. La  cruelle persécution qui sévit sous l'exécrable tyran Néron, qui fit brûler des chrétiens pour éloigner les suspicions que le peuple avait contre lui-même, forme une des pages les plus obscures de l'histoire de la Rome païenne ; mais elle fit relativement peu de victimes. Ce ne sont pas généralement ceux du commun peuple qui furent victimes des persécutions païennes, mais plutôt des individualités en vue. Mais même ces persécutions des principaux représentants n'étaient pas  tant une opposition fixe et persistante de la part du gouvernement que le résultat d'une clameur populaire irrésistible, éveillée par la superstition et qui semblait nécessaire aux gouvernants pour assurer l'ordre et la paix. Nous en trouvons plusieurs exemples dans la carrière de Paul et des autres apôtres. — Voy. Actes 19 : 35-41 ; 25 : 24-27 ; 26 : 2,3,28.


* Gibbon, Vol. II, pages 31-33.

Les persécutions les plus générales, sous les empereurs romains, ne furent même que de courte durée, excepté celle qui eut lieu sous Dioclétien et qui se continua avec plus ou moins de [[359]] sévérité pendant dix ans. Entre ces persécutions il y eut souvent de longues périodes de paix et de tranquillité. Sous les empereurs, la chrétienté, bien que fortement oppressée, ne fut pas réduite à l'extrémité, mais, comme nous l'avons vu, elle prospéra grandement.

Combien furent différentes les persécutions de la papauté, qui non seulement s'attaqua aux personnages en vue, mais à tous ; et ses persécutions ne duraient pas quelques mois seulement, mais ne cessèrent pas. Ce qui, sous les empereurs païens n'était qu'une rage ou frénésie passagère devint sous les papes un système organisé, animé par le fanatisme religieux, par des plans ambitieux, et inspiré par un zèle satanique avec une énergie et une cruauté sans parallèle dans les annales de l'histoire. L'église apostate mit de côté l'épée de l'Esprit, et, saisissant le bras de l'empire, tourna ses armes charnelles avec une fureur "sans pitié contre tous les faibles opposants qui se trouvaient sur le chemin de son ambition, tandis qu'elle courtisait, nattait et trompait ceux qui détenaient l'autorité, jusqu'à ce qu'elle eût capté leur confiance et usurpé leur place et leur pouvoir.

Le paganisme et l'hérésie devinrent alors des motifs de persécutions, — tout spécialement cette dernière. Le clergé soi-disant chrétien, dit Edgar, “ appliquait les lois de la théocratie juive et les transactions des annales judaïques dans le but vil et profane de réveiller le démon de la persécution contre les restes poussiéreux de la superstition [païenne] des Grecs et des Romains... Ils dissolvaient l'ancienne fabrique du polythéisme et faisaient bénéficier l'église, l'état et l'armée de leurs revenus...” Le paganisme fut chassé du territoire romain... On substitua la contrainte à la conviction et la terreur à l'Evangile. On rougit de honte en lisant qu'un Symmaque et un Libanius, deux orateurs païens, plaidaient pour la raison et la persuasion dans la propagation de la religion, tandis qu'un Théodose et un Ambroise, un [[360]] empereur chrétien et un évêque chrétien poussaient à la violence et à la contrainte.

Quand Constantin eut été élevé à la souveraineté de Rome, il était disposé à tolérer toutes les religions, comme nous le montre le célèbre édit de Milan qui accordait la liberté religieuse à tout individu dans l'empire romain. Une telle mesure aurait dû être reçue avec joie par l'église chrétienne qui avait tant soupiré après la liberté au cours des persécutions précédentes ; mais tel ne fut pas le cas. Le véritable esprit du christianisme avait disparu et l'ambition de l'église était alors de s'exalter elle-même le plus rapidement possible en écrasant toute étincelle de liberté, et en soumettant toutes choses à sa volonté. D'accord avec cela, Gibbon dit : * “ Les ministres ecclésiastiques de Constantin en vinrent bientôt à réduire l'impartialité du magistrat et à éveiller le zèle du prosélyte.. ; tout espoir de paix et de tolérance fut détruit dès le moment où il rassembla trois cents évêques à l'intérieur de son palais ”. Là on persuada à l'empereur de déclarer que ceux qui résisteraient au jugement de ce corps clérical en matière de foi, se prépareraient à l'exil immédiat ; et leurs décisions furent déclarées être d'autorité divine. Cet esprit d'intolérance se développa bientôt en d'arriérés et implacables  persécutions. Constantin promulgua deux lois pénales contre l'hérésie, et son exemple fut suivi par les empereurs qui lui succédèrent — Valentinien, Gratien, Théodose, Arcadius, et Honorius. Théodose publia quinze Arcadius douze et Honorius pas moins de dix-huit de ces statuts. Ils sont rapportés dans les codes de Théodose et de Justinien à la honte de leurs auteurs, prêtres et empereurs.


* Vol. II, page 236.

Ce qu'il plaisait à l'Antichrist d'appeler hérésie (le glus souvent c'était la vérité et la justice s'efforçant de prendre pied) était classé comme, pire que l'incrédulité ; [[361]] les rois, les empereurs et les théologiens s'y opposèrent; l'hérésie et l'incrédulité, spécialement la première, furent persécutées par l'Inquisition. Lorsque vers le commencement du treizième siècle il y eut une renaissance de l'instruction et que les hommes commencèrent à se réveiller de leur sommeil et des mauvais songes de l'âge des ténèbres, ceux chez qui le sentiment de la vérité n'était pas entièrement extirpé furent stimulés et l'étendard de la vérité fut levé en opposition aux erreurs grossières de l'Antichrist. C'est alors que l'esprit de persécution de l'Antichrist s'excita et commit des actes furieux afin d'écraser l'opposition. Les rois et les princes qui en quelque mesure pouvaient avoir encouru le déplaisir du pape, tremblaient pour la sécurité de leurs couronnes ; leurs royaumes pouvaient être mis au terrible ban de l'église, si eux ou leurs sujets refusaient une obéissance absolue aux commandements du pape qui les adjurait d'exterminer l'hérésie et les exhortait à purifier leurs provinces de la perversité hérétique, sous peine de se voir retirer leur gouvernement. Ceux d'entre les nobles qui négligeaient d'aider à la persécution perdaient leurs droits et possessions. C'est pourquoi rois et princes s'empressèrent d'exécuter les mandats qu'ils avaient reçus de la papauté ; et les barons et leurs partisans furent à leur service dans cette œuvre de destruction. Même avant ce réveil, déjà en l'an 630, le Concile de Tolède força le roi d'Espagne, lors de son avènement au trône, de jurer qu'il ne tolérerait pas l'hérésie parmi ses sujets et dans toutes les possessions espagnoles ; et il fut spécifié que le souverain qui violerait un tel serment “ serait maudit loin de la face du Dieu éternel et deviendrait le combustible du feu éternel ”. Mais la terrible importance de telles exigences fut beaucoup plus complètement comprise lorsque le réveil commença et que l'Antichrist eut obtenu son maximum de puissance.

[[362]]

Le Concile d'Oxford en 1160 livra au bras séculier comme châtiment, une compagnie de Vaudois du Piémont qui avaient émigré de Gascogne en Angleterre. En conséquence, le roi Henri II ordonna que les hommes et les femmes fussent fouettés publiquement, marqués à la Joue par un fer rougi au feu et chassés demi nus hors de la ville, en plein hiver ; et il ne fut permis à personne de leur montrer de la pitié ou de leur accorder la moindre faveur.

L'empereur d'Allemagne, Frédéric, en 1224, condamna les hérétiques à divers châtiments : à être brûlés vifs, à voir leurs propriétés confisquées et leur postérité vouée à l'infamie à moins qu'ils ne devinssent eux-mêmes persécuteurs. Louis, roi de France, publia en 1228 des lois pour extirper l'hérésie et les mit en vigueur. Il força Raymond, comte de Toulouse, à se charger de l'extermination de l'hérésie dans son domaine, sans épargner ami ou vassal.

Il y eut dès le début une certaine résistance contre l'usurpation du pouvoir qui se développa peu à peu en système papal, mais cette résistance fut faite seulement par un petit nombre de fidèles ; et elle fit peu d'impression sur le flot écrasant de mondanité qui entra dans  l'église et la submergea. Quelques-uns, au fur et à mesure qu'ils discernaient l'erreur, se retirèrent tranquillement de la grande apostasie pour adorer Dieu selon ce que leur conscience leur dictait, malgré les risques de la persécution. Les plus notables furent les  Vaudois, les Albigeois, les Wicléfistes et les Huguenots. Tous, bien que connus sous des noms différents, ont eu, autant que nous pouvons en juger, une origine et une foi communes. “ La doctrine des Vaudois ”, dit Rainerous (3, 4), le célèbre Inquisiteur du 13° siècle, “ est la plus ancienne hérésie ; elle existait, d'après quelques-uns, depuis le temps du pape Sylvestre et, suivant d'autres, depuis les jours des apôtres ”.

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Sylvestre était pape lorsque l'empereur Constantin embrassa le christianisme ; nous voyons donc par cela que dès le début la vérité ne demeura pas sans adhérents qui, quoique humbles et sans popularité, résistèrent résolument, à la Papauté et aux doctrines papales du purgatoire, de l'adoration des statues, de l'invocation des saints, de l'adoration de la vierge Marie, des prières en faveur des morts, de la transsubstantiation, du célibat du clergé, des indulgences, de la messe, etc., et désapprouvèrent les pèlerinages, les fêtes, l'encens brûlé, les enterrements religieux, l'emploi de l'eau bénite, les vêtements sacerdotaux, les monastères, etc. Ils avaient compris que l'enseignement de l'Ecriture sainte devait être maintenu en opposition aux traditions et prétentions de l'église de Rome Ils regardaient le pape, comme le chef de toutes les erreurs et prétendaient que la rémission des péchés était obtenue seulement par les" mérites du Seigneur Jésus. Par leur foi et leurs oeuvres, ces gens formèrent la base d une réformation et protestèrent contre l'erreur bien longtemps avant Luther. Eux et d'autres adversaires du romanisme furent chassés, détestés et persécutés avec une furie impitoyable par les émissaires du pape. Les Vaudois et les Albigeois furent les partis les plus nombreux qui protestèrent contre la Papauté et lors du réveil littéraire du 13“ siècle, ce furent eux surtout qui firent briller ,la vérité que Wyclef, Huss Luther et d'autres reflétèrent et accentuèrent avec plus de puissance. Leurs doctrines, qu'ils soutinrent avec simplicité et moralité, brillèrent d'un lustre plus grand encore par contraste avec l'orgueil pompeux et l'immoralité flagrante de la Papauté alors dans l'exaltation. C'est alors que les papes, les conciles, les théologiens, les rois, les croisés et les inquisiteurs combinèrent leur puissance diabolique pour exterminer tous les opposants et éteindre le moindre rayon de lumière [[364]] qui se levait. Le pape Innocent III envoya tout d'abord des missionnaires dans les districts où les doctrines des Albigeois avaient pris pied, pour prêcher le romanisme, opérer des miracles, etc.; mais trouvant ces efforts insuffisants, il proclama une croisade contre eux et offrit à tous ceux qui s'y engageraient le pardon de tous leurs péchés et un passeport immédiat pour le ciel, sans passer par le purgatoire. Un demi-million d'hommes, — des Français, des Allemands, et des Italiens, pleins de confiance dans le pouvoir du pape de donner la récompense promise, se rallièrent sous l'étendard de la croix pour défendre le catholicisme et exterminer l'hérésie. Une série de batailles et de sièges se succédèrent alors durant 20 ans. La ville de Béziers fut prise et saccagée en 1209, et les bourgeois, sans distinction d'âge ou de sexe, périrent par l'épée au nombre de 60.000, comme plusieurs historiens le rapportent. Le sang de ceux qui se réfugièrent dans les églises et qui furent tués par les saints Croisés abreuva les autels et coula dans les rues.

Lavaur fut assiégée en 1211. Le gouverneur fut pendu à un gibet, et sa femme, ayant été jetée dans un puits, y fut lapidée. Les citoyens furent mis à mort sans distinction, 400 furent brûlés vifs. La florissante contrée du Languedoc fut dévastée, ses villes brûlées et ses habitants balayés par le feu et l'épée. On estime que 100.000 Albigeois tombèrent en un seul jour ; leurs corps furent mis en tas et brûlés.

Tous ces massacres et ces vilenies furent faits au nom de la religion, soi-disant pour la gloire de Dieu et l'honneur de l'église, mais en réalité pour soutenir l'Antichrist, assis dans le temple de Dieu [l'église] se donnant lui-même comme étant un dieu, c'est-à-dire un  puissant, capable de conquérir et de détruire ses ennemis. Le clergé remercia Dieu pour cette œuvre de destruction, et un hymne de louange à Dieu fut composé [[365]] et chanté pour la glorieuse victoire de Lavaur. L'épouvantable carnage de Béziers fut considéré comme le jugement visible du ciel contre l'hérésie des Albigeois. Les croisés participèrent à la messe le matin, et le reste du jour ils dévastèrent la contrée du Languedoc et assassinèrent ses habitants.

Qu'on se souvienne toutefois que ces croisades ouvertes contre les Vaudois et les Albigeois ne furent entreprises que parce que l'hérésie avait pris une extension considérable dans la plus grande partie de ces communautés. Ce serait une grande erreur de supposer que ces croisades furent les seules persécutions : le lent et constant écrasement des individus dont la masse se compta par milliers se poursuivit dans le vaste empire de la Papauté, — consumant ainsi sans interruption les saints du Très-Haut.

Charles-Quint, empereur d'Allemagne, roi d'Espagne et des Pays-Bas, persécuta les amis de la Réforme dans toute l'immense étendue de son gouvernement. Soutenu par la diète de Worms, il proscrivit Luther, ses disciples et ses écrits, condamna tous ceux qui aideraient Luther ou liraient ses livres à la confiscation de leurs biens, à être mis au ban de l'empire et à la peine de haute trahison. Dans les Pays-Bas, les hommes qui suivirent Luther furent décapités et les femmes enterrées vives ou, si elles s'obstinaient, livrées aux flammes. Quoique cette loi fût en grande partie suspendue, l’œuvre de mort n'en continua pas moins sous toutes ses formes horribles. Le duc d'Albe se glorifia de l'exécution de 18.000 protestants en six semaines. Paolo estime à 50.000 le nombre de ceux qui furent exécutés dans les Pays-Bas à cause de leur religion ; et Grotius donne une liste des martyrs de la Belgique s'élevant à 100.000. Charles exhorta jusqu'à son dernier souffle son fils, Philippe II, à achever l'œuvre de persécution et d'extermination de l'hérésie qu'il avait commencée. [[366]] Philippe ne tarda pas à suivre ces conseils ; il stimula avec furie l'esprit de persécution et condamna les protestants aux flammes, sans distinction ni pitié.

François et Henri, rois de France, suivirent l'exemple de Charles et de Philippe dans leur zèle pour le catholicisme et l'extermination de l'hérésie. Les massacres de Mérindol, d'Orange et de Paris sont de frappantes illustrations de leur zèle pour la cause de l'Antichrist. Le massacre de Mérindol, projeté par le roi de France et approuvé par le parlement, fut confié au président Oppède pour être exécuté. Le président fut chargé de massacrer la population, de brûler les villes et de démolir les châteaux des Vaudois qui résidaient en grand nombre dans cette contrée. Les historiens catholiques romains estiment que l'exécution de cette commission causa la mort de milliers de personnes, tant hommes que femmes et enfants ; 24 villes furent mises en ruines et le pays fut dévasté et désole. Hommes, femmes et enfants cherchèrent à se sauver dans les bois et les montagnes ; ils y furent poursuivis et tués par l'épée. Beaucoup de ceux qui restèrent dans les villes y subirent un même ou pire sort. Cinq cents femmes furent jetées dans une grange à laquelle on mit le feu, et lorsque quelques-unes sautèrent par les fenêtres, elles furent reçues sur la pointe des lances. Les femmes furent violées, et les enfants égorgés sous les yeux de leurs parents, impuissants à les protéger. Quelques-unes furent jetées dans des précipices et d'autres traînées nues dans les rues.

Le massacre d'Orange, en 1562, eut un caractère semblable à celui de Mérindol et il a été décrit avec précision par des écrivains catholiques. L'armée italienne, envoyée par le pape Pie IV, avait reçu l'ordre de massacrer les hommes, les femmes et les enfants ; et cet ordre fut exécuté avec une terrible cruauté. Les hérétiques sans défense furent tués par l'épée, précipités du haut des rochers, lancés sur des tranchants de  haches ou des pointes de poignards, pendus, rôtis à feu lent et exposés à la honte et à des tortures défiant toute description.

Le massacre de Paris, le jour de la Saint-Barthélémy (24 Août 1572), égala en cruauté, mais dépassa en extension ceux de Mérindol et d'Orange. Il a aussi été décrit en détail par des historiens catholiques; l'un d'eux, Thuanus, le stigmatise comme une “ féroce cruauté, n'ayant pas de parallèle dans toute l'antiquité ”. Le 23 Août à minuit, le son du tocsin donna le signal de la destruction, et les épouvantables scènes de Mérindol et d'Orange éclatèrent à nouveau contre les huguenots détestés. Le carnaval de mort dura sept jours : des ruisseaux de sang humain coulèrent dansées rues ; le roi et la reine regardaient avec une extrême satisfaction les morts dont la cour du palais était remplie. Le corps de l'amiral Coligny fut traîné par les  rues et la Seine fut couverte de corps morts flottants.

Le nombre évalué de ceux qui furent ainsi massacrés varie entre cinq et dix mille. L'œuvre de destruction ne se concentra pas seulement dans Paris, mais s'étendit très loin à travers toute la France. La veille, des messagers spéciaux avaient été dépêchés dans toutes les directions portant un ordre pour le massacre général de tous les huguenots. Les mêmes scènes eurent lieu à peu près dans toutes les provinces et l'estimation du nombre des morts varie entre 25 et 70.000. L'Antichrist éprouvait une extrême satisfaction à ces épouvantables scènes de carnage. Le pape et sa cour exultaient à cause de la victoire du catholicisme sur les Vaudois à Mérindol et l'impie Oppède reçut le titre de “ défenseur de la foi et héros du christianisme ”.

Le roi de France s'en alla à la messe et rendit de solennelles actions de grâces à Dieu pour la victoire sur les huguenots de Paris et leur massacre. Ce carnage, sanctionné [[368]] par le roi de France, son parlement et ses sujets catholiques romains, eut probablement lieu sous l'instigation directe du pape et de la hiérarchie papale. Le fait que la nouvelle en fut reçue à la cour papale avec de grandes réjouissances prouve qu'il fut du moins hautement approuvé. Le pape Grégoire XIII se rendit en grande procession à l'église de Saint-Louis afin de rendre grâces à Dieu pour cette victoire remarquable. Il proclama aussitôt un jubilé et envoya à la cour de France un nonce, qui, au nom du pape, loua “ l'exploit si longuement médité et si habilement exécuté pour le bien de la religion. ” Une médaille fut frappée par le roi, en mémoire du massacre, avec cette inscription : “ Pietas exitavit justitiam ” — La piété excita la justice.

Des médailles commémoratives de l'événement "furent aussi frappées à l'hôtel papal des monnaies, par ordre du pape. Une de celles-ci est exposée à l'Hôtel du Souvenir de Philadelphie, Pie. L'avers présente une figure sublime du pape, avec cette inscription abrégée : Gregorius XIII, Pontifex Maximus, anno I, la première année de son pontificat, 1572. Au revers de cette médaille est une représentation d'un ange destructeur portant dans la main gauche une croix et dans la main droite une épée; au-dessous de lui, prosternés et fuyants, une bande de huguenots, hommes, femmes et enfants sont représentés avec des visages et des traits empreints d'horreur et de désespoir. Sous cette scène se trouvent les mots : Ugonottorum Strages 1572, ce qui signifie : “ Le massacre dès Huguenots en 1572.”

Une peinture du massacre de la St. Barthélémy fut suspendue dans le Vatican, avec cette inscription en latin : Le pontife approuve le meurtre de Coligny. Coligny était chef des huguenots et un des premiers qui devaient tomber. Après qu'il eut été assassiné, sa tête fut séparée de son corps et portée à la reine, qui [[369]] après l'avoir fait embaumer, l'envoya à Rome comme un trophée, tandis que son corps fut traîné dans les rues de Paris par la populace. Le roi fut bientôt saisi par les horreurs des remords et il ne s'en remit jamais. Son médecin particulier rapporte qu'il disait : “ Je ne sais pas ce qui m'est arrivé, mais je suis agité dans mon corps et dans mon esprit comme par la fièvre, que je dorme ou que je sois éveillé, il me semble à tout moment voir des corps mutilés se présenter à moi, avec des faces hideuses et couvertes de sang. ” II mourut dans une grande agonie, couvert d'une sueur de sang. 

En 1641, l'Antichrist proclama une guerre de religion en Irlande et fit appel au peuple pour le massacre des protestants, par tous les moyens qui étaient en leur  pouvoir. Le peuple trompé écouta ce commandement comme émanant de Dieu et s'empressa d'exécuter cette charge. Le sang des protestants coula à flots dans toute l'Irlande ; des maisons furent réduites en cendres, des villes et des villages furent presque détruits. Quelques-uns furent forcés de tuer les membres de leur parente et ensuite de s'ôter la vie. Les derniers mots que ces prêtres faisaient retentir à leurs oreilles étaient que leur agonie n'était que le commencement du tourment éternel. Des milliers moururent de froid et de faim, en cherchant à émigrer dans d'autres pays. A Cavan, le chemin était taché sur une longueur de près de 15 kilomètres du sang des fugitifs traqués ; 60 enfants furent abandonnés par leurs parents dans leur fuite, et il fut déclaré que quiconque leur viendrait en aide serait enterré à côté d'eux. 70 adultes furent enterrés vivants à Fermaugh et 72 à Kilkenny. Dans la seule province d'Ulster plus de 154.000 protestants furent massacrés ou expulsés de l'Irlande.

O'Niel, prélat d'Irlande, appela cela une guerre pieuse et légale, et le pape (Urbain VIII) lança une tulle datée de Mai 1643, accordant pleine et absolue [[370]] rémission de leurs péchés à ceux qui y avaient pris part en faisant bravement leur devoir d'extirper et de déraciner entièrement le levain pestilentiel de la contagion hérétique. ”

L'INQUISITION OU “ SAINT OFFICE ”

C'est à Dominique, l'esprit principal de cette croisade, qu'est attribué l'honneur d'avoir inventé l'infernale Inquisition ; toutefois Benoît, dans son zèle à attribuer à Dominique l'honneur d'être le premier Inquisiteur Général, est très incertain quant à la question de savoir si l'idée en vint au pape Innocent lui-même ou à St. Dominique. Elle fut établie premièrement par le pape Innocent III en 1204.

St. Dominique était un monstre dépourvu de tout sentiment de compassion, qui semblait trouver ses principales délices dans les scènes de torture et de souffrances. Durant la croisade contre les Albigeois, il dirigea et encouragea, un crucifix à la main, les saints guerriers dans leurs exploits de mort et de destruction. L'Inquisition ou St. Office est aujourd'hui un tribunal de l'église catholique romaine pour découvrir, réprimer et punir l'hérésie et les autres offenses contre l'église de Rome*. Mais aux jours de Dominique cette Inquisition n'avait pas de tribunal légal et les instruments de torture n'étaient pas perfectionnés comme ils le furent plus tard. Néanmoins, Dominique, bien qu'il ne possédât point de système semblable, sut trouver de nombreux moyens de torture, en disloquant les jointures, en arrachant les nerfs et en lacérant les membres de ses victimes ; ou encore en brûlant sur un bûcher ceux dont les convictions restaient inébranlables par les autres procédés et qui ne voulaient pas renoncer à leur foi et à leurs libertés.


* La Chaire de St. Pierre, p. 589.

[[371]]

Avec le mandat qu'il avait reçu du pape Innocent III de punir de la confiscation, du bannissement et de la mort les hérétiques qui ne voudraient pas recevoir son évangile, Dominique stimula le zèle de la magistrature civile et de la populace au massacre des Vaudois hérétiques ; il livra d'un seul coup 180 Albigeois aux flammes. C'est pour une telle fidélité au service de l’Antichrist qu'il fut canonisé comme un saint, et qu’il est adoré et prié aujourd'hui par les catholiques romains.

Le bréviaire romain (une sorte de livre de prières) parlant de St. Dominique, loue “ ses mérites et ses doctrines qui illuminèrent l'église, son génie et son courage qui détruisirent les hérétiques toulousains, et ses nombreux miracles qui allèrent même jusqu'à ressusciter les morts ”. Le missel romain (qui comprend le service en rapport avec la célébration du souper du Seigneur) fait l'éloge de ses mérites et indique les prières à faire pour être aidé temporairement par le moyen de son intercession. C'est ainsi que l'Antichrist continue à soutenir et honorer ses fidèles héros.

Il serait impossible d'exprimer brièvement une conception exacte des horreurs de l'Inquisition, ou de la peur terrible qu'elle inspirait au peuple. Ceux qui ne louaient pas hautement l'Antichrist, ou qui osaient s'aventurer à critiquer ses méthodes, étaient aussitôt  suspectés d'hérésie ; et, sans avertissement, sans occasion de se justifier, ils étaient liés et emprisonnés dans un donjon pour un temps indéfini, jusqu’à ce que le moment parût convenable pour les juger ; — l’accusateur et l'accusation leur étant souvent inconnus. On procédait secrètement à ces jugements et la torture était souvent employée pour extorquer des confessions. Les tortures infligées étaient généralement si épouvantables qu'on peut à peine y croire aujourd'hui dans nos pays de liberté ; cependant leur réalité est confirmée par une évidence que les historiens catholiques romains eux - [[372]] mêmes ne peuvent nier et les vaines tentatives qu'ils font pour les excuser ne font qu'affirmer la chose. Les instruments de torture, des reliques de l'Inquisition, existent toujours et rendent tout reniement sans valeur. Le “ Saint Office ” employa même des médecins pour surveiller la marche de la torture et l'arrêter lorsque la mort semblait prête à délivrer la victime ; il lui était alors permis de guérir en partie, pour que la torture puisse lui être appliquée une deuxième et même une troisième fois. Ces tortures n'étaient pas toujours infligées comme châtiment pour punir l'hérésie ; elles.avaient généralement pour but de forcer l'accusé à se confesser, à se rétracter ou à dénoncer d'autres personnes, suivant le cas.

L'Inquisition, tout en ayant perdu la plus grande partie de ses horreurs, était encore terrible durant nôtre présent siècle. L'historien des guerres de Napoléon, décrivant la prise de Tolède par son armée, mentionne incidemment l'ouverture des prisons de l'Inquisition et dit : “ Des tombeaux semblaient s'ouvrir et de pâles figures semblables à des fantômes sortaient des donjons qui exhalaient une odeur sépulcrale. Des barbes touffues retombant sur la poitrine et de longs ongles crochus semblables à des griffes d'oiseaux défiguraient ces squelettes dont la poitrine haletante respirait l'air frais pour la première fois depuis de longues années. Beaucoup d'entre eux étaient devenus estropiés, la tête inclinée en avant, les bras et les mains tombant, pendant raides et inertes. Ils avaient été enfermés dans des casemates si basses qu'ils ne pouvaient pas s'y tenir debout ; et en dépit des soins des chirurgiens (de l'armée), beaucoup d'entre eux moururent le même jour. Le jour suivant, le général Lasalle,  accompagné par plusieurs officiers de son état-major, inspecta minutieusement les lieux. Le nombre des instruments de torture faisait tressaillir même ces hommes habitués aux horreurs des champs de bataille.

[[373]]

Dans le renfoncement d'une voûte souterraine, contiguë à la salle privée des interrogatoires, se trouvait une statue en bois faite par des moines et représentant la vierge Marie. Une auréole dorée entourait sa tête et elle tenait dans sa main droite une bannière. Tous furent à première vue frappés de suspicion, en ce que, malgré la robe de soie qui descendait depuis les épaules de chaque coté en larges plis, elle était revêtue d'une sorte de cuirasse. Un examen plus attentif montra que le devant du corps était garni de petites lames de couteaux étroites et de clous très effilés, avec leurs pointes et tranchants tournés vers le spectateur, les bras et les mains avaient des jointures, et un mécanisme derrière la cloison mettait la statue en mouvement. Un des serviteurs de l'Inquisition fut appelé par ordre du général pour qu'il fît manœuvrer la machine, comme il la nomma. Lorsque la statue étendit les bras comme pour presser tendrement quelqu'un sur son cœur, on y plaça le havresac bien garni d'un grenadier polonais pour remplacer la victime vivante La  statue l'embrassa et l'étreignit de plus en plus, et lorsque, sur commande, le serviteur fit ouvrir les bras de la  statue et la fit retourner à sa position précédente le havresac était perforé à une profondeur de cinq à huit centimètres et restait suspendu aux pointes des clous et des lames de couteaux. ”

Des “ roues ” de différentes sortes furent inventées et appliquées comme moyens de torture ; une des méthodes les plus simples est ainsi expliquée : La victime, dépouillée de tous ses vêtements, avait les bras attachés derrière le dos avec une forte corde par laquelle, au moyen d'une poulie, elle était relevée sur ses pieds, auxquels des poids étaient attachés. On laissait ainsi retomber le malheureux plusieurs fois et on le relevait par des secousses qui disloquaient des jointures des bras et des jambes, tandis que la corde pénétrait jusqu'aux os dans la chair frémissante.

Quelque chose qui rappelle de tels outrages faits. au nom de Christ vient d'être récemment exposée au [[374]] grand jour. L'imprimerie d'une Société biblique installée à Rome et manquant de place, avait loué une grande maison près du Vatican. Au plafond, un anneau énorme et étrange attira l'attention et après examen on acquit la certitude que l'endroit dans lequel était maintenant imprimée la Bible, “ l'Epée de l'Esprit, qui est la Parole de Dieu, ” par laquelle l'Antichrist a été déjà rendu “ impuissant ” à opprimer et à exterminer les saints, était justement une chambre de torture au temps de l'Inquisition, la boucle de la poulie ayant probablement été usée à rouer de nombreuses pauvres victimes bâillonnées.

Ceux qui étaient convaincus d'hérésie étaient quelquefois condamnés à ce qu'on appelait un autodafé, ou “acte de foi”. L'autorité ecclésiastique renvoyait le condamné au pouvoir séculier, tandis que le clergé, sous prétexte de miséricorde, implorait les magistrats de montrer de la compassion pour le condamné, et, élevant la croix, il invitait la victime à se rétracter et sauver sa vie présente et à venir. Les magistrats savaient ce qu'ils avaient à faire, ils ne montraient de miséricorde que pour ceux qui se rétractaient et gagnaient ainsi le titre de Défenseurs de la Foi et d'exterminateurs de l'hérésie. L'hérétique condamné, revêtu d'un habit jaune bariolé de dessins de chiens, de serpents, de flammes et de démons était conduit au lieu de l'exécution, attaché sur le bûcher et livré aux flammes.

Torquemada, un autre fameux Inquisiteur Général, fournit une illustration marquante de l'esprit de l'Antichrist. Des écrivains catholiques romains admettent qu'il fit mourir, brûlées vives, 10.220 personnes, hommes et femmes. Liorente, qui fut secrétaire général  de l'Inquisition pendant trois ans, et avait en mains toutes les preuves documentaires, montre, dans ses rapports (en 4 volumes) publiés en 1817, que de 1481 à 1808, il n'y eut pas moins de 31.912 personnes brûlées [[375]] vives et environ 300.000 condamnées à la torture et à diverses autres peines, par ordre de ce seul St. Office. Chaque pays catholique en Europe, en Asie et en Amérique a eu son Inquisition.

Nous ne pouvons retracer ici les persécutions de l'Antichrist contre tout ce qui sentait les réformes, la liberté de conscience ou la liberté politique. Il suffit de dire que ces persécutions s'étendirent sur toutes les contrées où la Papauté avait pris pied : en Allemagne, Hollande, Pologne, Italie, Angleterre, Irlande, Ecosse, France, Espagne, Portugal, Abyssinie, aux Indes, à Cuba, au Mexique et dans quelques états de l'Amérique du Sud. Faute de place nous ne pouvons raconter tous les cas individuels qui pourraient servir à montrer que beaucoup de martyrs étaient de vrais saints et des héros, qui, par une grâce spéciale, furent rendus capables tout en mourant lentement dans les plus horribles souffrances, de chanter des hymnes de louange et d'actions de grâces au vrai Chef de la véritable Eglise et qui, semblables à Lui, prièrent pour leurs ennemis, lesquels, comme cela leur avait été prédit, les persécutaient à cause de Lui.*


* Nous renvoyons les lecteurs français qui désireraient des détails plus complets sur ces temps terribles et les scènes qui s'y rapportent, à l'Histoire de l’Angleterre par Macaulay ; à l'Histoire de la Réformation par Merle d’Aubigné ; à l'ouvrage du prof. Gaussen : Le Souverain Pontife et l'Eglise de Rome ”, ainsi qu'à la brochure de François Délilez : “ Christ et l'Antichrist ,”, etc.

Il nous est impossible aussi, pour les mêmes raisons, d'insister sur les terribles, navrantes et épouvantables tortures infligées à quelques-uns des joyaux du Seigneur à cause de leur fidélité à leurs convictions. Ceux qui ont fait des recherches assez minutieuses sur ce sujet estiment que dans l'espace de 1300 ans la Papauté, directement ou indirectement, causa la mort de cinquante millions de personnes. Et l'on peut dire en [[376]] toute certitude que le génie humain et satanique s'éleva au plus haut degré dans l'invention de nouvelles et horribles tortures contre les adversaires religieux et politiques de l'Antichrist ; les hérétiques, surtout, furent poursuivis avec une fureur décuplée. En plus des formes ordinaires de la persécution et de la mort, qui déchiraient, brûlaient, noyaient, transperçaient ou tuaient avec des flèches ou des fusils, des gens diaboliques recherchaient quelles étaient les parties du corps humain les plus sensibles et les plus délicates, qui pouvaient le plus faire souffrir leurs victimes. Ils faisaient couler du métal fondu dans les oreilles ; la langue était arrachée et à sa place on coulait du plomb fondu dans la bouche ; des lames de couteaux étaient fixées à des roues de manière à ce que les victimes pussent être peu à peu hachées en morceaux ; des pinces et des tenailles rougies au feu étaient appliquées sur les parties les plus sensibles du corps ; les yeux étaient arrachés, ainsi que les ongles, avec des fers rouges. Les victimes étaient pendues par des trous percés au travers de leurs talons. Des martyrs furent contraints à sauter depuis des éminences sur de longues piques placées au-dessous, où ils mouraient lentement dans d'atroces souffrances. D'autres eurent la bouche remplie de poudre à canon qui, allumée, faisait sauter la tête en pièces ; d'autres encore furent battus en pièces sur des enclumes ; il y en eut d'autres qui furent gonflés d'air avec des soufflets jusqu'à ce qu'ils éclatent, ou étouffés avec des pièces arrachées de leur propre corps, ou avec de l'urine, des excréments, etc, etc.

Il serait impossible de croire à certaines de ces atrocités diaboliques, si elles n'étaient si bien prouvées.

Elles servent à montrer la profondeur de dépravation dans laquelle le cœur humain peut descendre et ce que peut devenir la droiture du cœur de l'homme et ses bons instincts sous l'influence d'une religion fausse et [[377]] contrefaite. L'esprit de l'Antichrist dégrada et rabaissa le monde autant que l'esprit du vrai Christ et le pouvoir et l'influence du vrai royaume de Dieu auraient élevé et ennobli et qu'ils, élèveront et ennobliront durant le Millénium les cœurs des hommes et leurs actions. Cela est représenté, bien que dans une faible mesure, par les progrès de la civilisation et l'accroissement de la justice et de la miséricorde depuis que le pouvoir de l'Antichrist a commencé à décliner et que la Parole de Dieu commence à être entendue et écoutée, quoique encore superficiellement.

Nous ne pouvons pas concevoir de stratagème mieux combiné pour tromper et opprimer l'humanité. On tirait avantageusement parti de toute disposition dépravée et des faiblesses des hommes déchus ; on fit appel à toute vile passion et chacune fut stimulée et récompensée. Les vicieux furent ainsi attirés et enrôlés comme dévots, tandis que les gens de race plus noble furent engagés par d'autres moyens — par un semblant de piété hypocrite et extérieure, — une sorte de renoncement à soi-même et de charité manifestés dans ses institutions monastiques, mais qui ne servaient réellement qu'à en faire dévier beaucoup bien loin du sentier de la vertu. Les. gens viveurs et frivoles trouvèrent d'amples satisfactions dans le faste, le décor, la pompe et les cérémonies. Les gens audacieux et chevaleresques les trouvèrent dans ses missions et ses croisades, de même que les scélérats dans ses indulgences et les bigots fanatiques et cruels dans ses entreprises d'oppression de ceux qui s'opposaient à l'Antichrist.

Remplis d'horreur et d'étonnement, nous nous demandons comment il se fait que les rois et les princes, les empereurs et le peuple tout entier aient permis de telles atrocités? Comment ne se sont-ils pas levés depuis longtemps et n'ont-ils pas abattu l'Antichrist ? La réponse est donnée dans les Ecritures (Apocalypse 18 : 3) : [[378]] “ Les nations ont été “ enivrées ” (stupéfiées) ; elles ont perdu leurs sens en buvant le vin mêlé (le mélange de fausses et vraies doctrines) qui leur avait été donné par l'église apostate. Elles ont été trompées par les prétentions de la Papauté. Et pour dire la vérité, elles ne sont encore qu'en partie réveillées de leur stupeur ; car si les ambassadeurs des rois, en fléchissant le genou devant le pape, ne s'adressent plus à lui comme ils le faisaient autrefois, en lui disant : “ Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde ” et ne le regardent plus comme un “ Dieu ayant toute puissance au ciel et sur la terre ”, ils sont cependant encore bien loin de reconnaître la vérité, c'est-à-dire que la Papauté a été et qu'elle est encore la contrefaçon satanique du vrai royaume.

Tandis que les rois et les soldats se lassaient de cette œuvre inhumaine, il n'en était pas ainsi de la sainte (?) hiérarchie ; et nous trouvons le Concile Général de Sienne déclarant en 1423 que la propagation de l'hérésie dans diverses parties du monde, due à la négligence des Inquisiteurs, était une offense à Dieu, une injure au catholicisme et la perdition des âmes. Les princes furent conjurés, par la miséricorde de Dieu, d'exterminer l'hérésie, s'ils voulaient échapper à la vengeance divine ; et des indulgences plénières furent accordées à tous ceux qui s'engageraient dans l'œuvre de destruction ou procureraient des armes dans ce but. Ces arrêtés furent publiés chaque dimanche dans les églises. Beaucoup de théologiens et d'historiens catholiques romains mirent leur plume au service de cette cause injuste, justifiant, recommandant et louant la persécution de l'hérésie. Le cardinal Bellarmin, par exemple, déclara que “ si les apôtres ne firent pas appel au bras séculier, c'est parce que de leurs jours il n'y avait pas de princes chrétiens ”. Le docteur Dens, un célèbre théologien catholique romain, publia en 1578 un ouvrage [[379]] de théologie qui est considéré par les papistes de nos jours comme une autorité classique, principalement dans leurs universités, où elle occupe le même rang que Blackstone occupe dans la loi civile anglaise. Ce travail respire d'un bout à l'autre l'esprit de persécution. Il condamne les chefs de l'hérésie à la confiscation de leurs biens, au bannissement, à l'emprisonnement et à la peine de mort avec privation du droit de sépulture chrétienne.

Une des malédictions autorisées, employée contre les protestants et publiée dans le " Pontifical romain ” est ainsi conçue :

“ Puisse le Dieu tout-puissant et tous ses saints les maudire de la malédiction dont le diable et ses anges sont maudits ! Qu'il les retranche de la terre des vivants. Que la mort la plus abjecte les surprenne et qu'ils descendent vivants dans l'abîme. Que leur semence soit détruite de dessus de la terre ; qu'ils périssent par la faim et la soif, par la nudité ou toute autre détresse ! Que toutes les misères, les pestes et les tourments soient sur eux. Que tout ce qu'ils ont soit maudit ; qu'ils soient maudits partout et toujours. Qu'ils soient maudits parlant et se taisant. Qu'ils soient maudits au dedans et au dehors .qu'ils soient maudits du sommet de la tête à la plante des pieds ; que leurs yeux deviennent aveugles et leurs oreilles sourdes ; que leur bouche devienne muette et que leur langue se colle à leur gosier. Que leurs mains ne touchent plus et que leurs pieds ne marchent plus ; que tous les membres de leurs corps soient maudits. Que la malédiction reste sur eux, debouts ou couchés, dès maintenant et à toujours, et qu'ainsi leur lampe soit éteinte en la présence de Dieu, au jour du jugement. Que leur sépulture soit avec les chiens et les ânes. Que les loups affamés dévorent leurs cadavres. Que le diable et ses anges soient leurs compagnons à toujours ! Amen, Amen ; qu'il en soit ainsi, ainsi soit-il '. ”

Tel est l'esprit de la Papauté et tous ceux qui ont l'esprit du vrai Christ devraient facilement reconnaître une contrefaçon si basse.

[[380]]

Puisque la véritable cause de ces erreurs de conduite réside dans les erreurs de doctrine, il n'y a pas de doute que si les circonstances étaient de nouveau favorables, les doctrines étant les mêmes, leur mauvais esprit et leurs mauvais fruits apparaîtraient certainement sous peu, par les mêmes actes d'injustice, d'oppression, de superstition, d'ignorance et de persécution et on aurait recours à toutes sortes de moyens pour restaurer, soutenir et étendre le royaume contrefait de Dieu. Nous citons comme preuve quelques incidents tout récents, venus à notre connaissance :

“ Le 7 Août 1887, à Ahuehuetitlan, état de Guererro, Mexique, un missionnaire protestant, indigène, nommé Abraham Gomez, fut mis à mort en même temps que deux de ses aides, par des indigènes, sur l'instigation d'un prêtre catholique romain, le Père Vergara, qui, la veille, en célébrant la messe, avait recommandé à ses ouailles de faire un exemple du ministre de Satan qui était arrivé au milieu d'eux ; il avait ajouté qu'ils pouvaient le tuer en toute sécurité, comptant sur la protection du chef de la police aussi bien que du prêtre. La parole du prêtre fit loi pour ce peuple enténébré, aussi bien que pour les autorités civiles. Le corps mutilé du pauvre missionnaire fut traîné par les rues et soumis à toute sorte d'indignités, comme un avertissement pour d'autres. Il ne put être obtenu aucun recours pour ce meurtre.”

L'Indépendant de New-York ayant attiré l'attention sur ce massacre sanglant, la riposte suivante fut faite par le Freeman (L'homme libre), un influent journal catholique romain de New-York :

“ Lorsqu'ils [les missionnaires protestants] voient d'honnêtes gens s'agenouiller au son de l'angélus en l'honneur de l'Annonciation et de l'Incarnation, ils disent que la Bible abolira bientôt de telles superstitions. Si une lumière brûle devant une statue de la mère de Dieu : Ah I crie le missionnaire, nous instruirons bientôt ce peuple plongé dans les ténèbres à mettre en pièces ces symboles ! [[381]] et ainsi de suite. Si le massacre de quelques missionnaires de cette sorte faisait rester chez eux ceux qui leur ressemblant nous aimerions presque dire – nous sommes les méchants, nous autre papistes  -: Que la danse continue et que la joie déborde!”

Un ministre du nom de C. G. Moule raconte une .douloureuse histoire qui a fait le tour de a presse sur la persécution qui eut lieu à Madère contre Robert Kelley et les personnes qui avaient été converties par son moyen environ un millier de gens, y compris les  enfants; ils furent frappés de l'exil pour avoir reçu une parcelle de la vérité.

Dans la soi-disant  “ Prusse protestante ”, le pasteur Thummel fut arrêté pour “ insultes faites a l’église catholique romaine ”. Dans une brochure qu’il publia critiquait la Papauté et l'une de ses remarques “”insultantes ” était que la Papauté est une apostasie “ édifiée sur la superstition et l'idolâtrie ”.

Récemment il y eut un différend entre la Prusse et l’Espagne au sujet des îles Carolines et le pape fut choisi comme arbitre ou juge pour trancher le différend (cela nous rappelle un peu sa puissance précédente et sa politique comme arbitre ou juge suprême des nations). Il décida en faveur de l'Espagne. Un vaisseau de guerre, cinquante soldats et six prêtres furent aussitôt envoyés par l'Espagne ; dès leur arrivée, un missionnaire américain, Mr Doane, fut fait prisonnier et fut séparé de ses convertis sans autre cause que son refus d’abandonner sa mission, son œuvre et ses propriétés aux prêtres et parce que les îles appartiennent maintenant à l’Espagne et l’Espagne au Pape, aucune autre religion que celle du pape ne pouvait y être tolérée.

Un ami de l'auteur, ex-catholique romain dit que voyageant récemment en Amérique du Sud, il fut assailli à coups de pierres et obligé de fuir pour sauver sa vie parce  qu'il n'avait pas voulu se découvrir et [[382]] s'agenouiller avec la foule sur le passage du prêtre romain portant le crucifix et l'hostie. Un cas semblable, dans lequel trois Américains furent battus par les prêtres, attaqués par le peuple et arrêtés par la police dans la ville de Madrid, en Espagne, pour une offense du même genre, est encore sans doute dans l'esprit de beaucoup de ceux qui lisent les journaux. Le “ Catholique converti ” extrait ce qui suit du  “ Watchman ”, journal catholique romain publié à St. Louis (Mo) :

“ Le protestantisme ! Nous voudrions l'abattre et le dépecer ! Nous voudrions l'empaler et le pendre pour les nids de corbeaux. Nous voudrions le déchirer avec des pinces et le brûler avec des fers rougis au feu! Nous voudrions le remplir de plomb fondu et l'enfoncer dans le feu de l'enfer à 200 mètres de profondeur.”

Il est absolument probable, si nous regardons aux temps passés, que si le Rédacteur du Watchman, ayant un tel esprit, en avait le pouvoir, il aurait bientôt étendu ses menaces, non seulement au protestantisme, mais à tous les protestants.

Tout dernièrement, à Barcelone, Espagne, par ordre du gouvernement, un grand nombre d'exemplaires de la Bible furent brûlés, — naturellement à l'instigation de l'église de Rome. Ce qui suit, traduit de la “ Bannière Catholique ”, l'organe de la papauté en cette ville, montre que la papauté approuva et reconnut cet acte.Il dit :

“ Béni soit Dieu de ce que nous revenons enfin aux temps où ceux qui propageaient l'hérésie étaient punis d'un châtiment exemplaire. Le tribunal de la Ste Inquisition doit bientôt être rétabli ; son règne sera plus glorieux et portera plus de fruits que dans le passé. Notre cœur catholique déborde de foi et d'enthousiasme ; et l'immense joie qui nous inonde, en commençant de recueillir les fruits de notre campagne actuelle, dépasse tout ce que [[383]] nous pouvions imaginer. Quel jour de plaisir ce sera pour nous, lorsque nous verrons les anti-cléricaux se tordre dans les flammes de l'Inquisition !”

Pour encourager une autre croisade, le même journal dit :

“ Nous croyons devoir publier les noms des saints hommes entre les mains desquels tant de pécheurs ont souffert, afin que les bons catholiques puissent vénérer leur mémoire :

Par Torquemada
Hommes et femmes brûlés vifs. ..... 10.220
Brûlés en effigie .................... 6.840
Condamnés à d'autres châtiments ...... 97.371

Par Diego Desa
Hommes et femmes brûlés vifs............ 2.592
Brûlés en effigie.......................... 829
Condamnés à d'autres châtiments ..... 32.952

Par le cardinal Jiminez de Cisneros
Hommes et femmes brûlés vifs............ 3.564
Brûlés en effigie .......................... 2.232
Condamnés à d'autres châtiments ....... 48.059

Par Adrien de Florence
Hommes et femmes brûlés vifs. ........... 1.620
Brûlés en effigie .......................... 560
Condamnés à d'autres châtiments ..... 21.835

Nombre total des hommes et des femmes
brûlés vifs sous le ministère de 45 saints
Inquisiteurs Généraux .......... 35.534
Total des brûlés en effigie ................ 18.637
Total des condamnés à d'autres châtiments ..... 293.533
Total général ..... 347.704

[[384]]

LE MILLENIUM PAPAL

De même que le véritable royaume du vrai Christ doit avoir une durée de mille ans, ainsi l'imitation papale de ce royaume considéré au temps de sa plus grande prospérité, dura de 800 à 1800, comme accomplissement du règne millénaire prédit en Apocalypse 20. Les catholiques regardent la période depuis 1800, pendant laquelle la Papauté a graduellement perdu tout son pouvoir temporel, où elle a subi de nombreux affronts de la part des nations qui la soutenaient autrefois, et ou elle a été grandement dépouillée des territoires, revenus et privilèges si longtemps revendiqués et possédés, comme étant le “ peu de temps ” d'Apocalypse 20 : 3,7,8, durant lequel Satan doit être délié, à la clôture du Millénium.

Les dates qui marquent le commencement et la fin du millénium papal d'ignorance, de superstition et de fraude, sont clairement indiquées dans l'histoire. Un écrivain catholique romain * parle ainsi du commencement de cet empire religieux : “ Le couronnement de  Charlemagne comme empereur d'Occident par le pape "Léon III en l'an 800 fut réellement le commencement du Saint Empire Romain **”.


* La Chaire de St-Pierre.

** “ Le St-Empire Romain ” fut le titre de l'institution politique du moyen âge. Il eut son point de départ en  Charlemagne. Fisher, dans son Histoire universelle, page 262 le décrit ainsi : “ Théoriquement, ce fut l'union entre le monde état et le monde-église ; une communauté  indivisée sous l'Empereur, et le Pape, ses chefs séculiers et spirituels, ordonnes du ciel (?) ”. Puisque les papes donnaient l'onction aux empereurs, comme remplaçant du Christ, ils en étaient par conséquent les véritables chefs.

Bien que la papauté eût été organisée longtemps auparavant, comme système religieux, et qu'elle eût [[385]] été “ élevée ” au pouvoir en 539, ce fut cependant Charlemagne qui le premier établit réellement et reconnut formellement le pouvoir temporel du pape. De même que Charlemagne fut le premier empereur du 'Saint Empire Romain en 800, François II en fut le dernier. Il abandonna volontairement ce titre en 1806.* De même qu'avant l'an 800 la papauté s'éleva, aidée par la bête romaine [le peuple] et par ses “ cornes ” [puissances] ainsi, depuis l'an 1800, elle a perdu son autorité temporelle sur les rois et les peuples, et elle a été déchirée et pillée par ceux qui la soutenaient autrefois (Apocalypse 17 : 16,17). Aujourd'hui, bien qu'elle reçoive toujours des honneurs et possède encore une grande influence sur les consciences du peuple, la Papauté se lamente sur la perte de tout ce qui ressemble à une domination temporelle.


* Par la bataille de Marengo, en 1800, et celle d'Austerlitz, en 1805, l'Allemagne se trouva deux fois aux pieds de Napoléon. Le principal résultat de cette dernière défaite fut l'établissement de la Confédération du Rhin sous le protectorat du souverain français. Cet événement mit fin au vieil Empire Germanique ou Saint-Empire, après une durée d'un minier d'années ”. — Histoire Universelle de White, page 508.

Celui qui étudie attentivement ce sujet remarquera qu'il existe quatre périodes plus ou moins distinctement marquées du développement et de l'exaltation de l'Antichrist, et un nombre égal qui indiquent clairement sa chute.

Les quatre dates de son développement sont :

1. — Dans les jours de Paul, vers l'an 50 : Le commencement du travail secret de l'ambition inique apparut.

2. — De l'an 300 à 494**, la Papauté, l'homme du péché s'organisa en hiérarchie, c.-à-d., l'église s'organisa graduellement et les papes furent reconnus comme étant ses chefs, représentant Christ, régnant dans l'église et sur les nations.


** L'écrivain catholique de “La Chaire de St Pierre” montre clairement (page 128) que la juridiction pontifiale lutta longtemps pour la possession de la place de chef de l'église et qu'elle n'en obtint que graduellement la reconnaissance et l'autorité ; cette domination fut généralement reconnue dès l'année 494. Après avoir donné en détail les actes des différents conciles, évêques, empereurs, etc, qui avaient reconnu l'évêque de Rome comme Souverain pontife, l'écrivain conclut ainsi :

 “ Ces paroles furent écrites à une date fort éloignée déjà en 494. ...A tout prendre, il ressort donc clairement de ce témoignage authentique précédent, que la primatie de la chaire de St. Pierre (l'évéché de Rome) s'était déjà tellement développée au 5e siècle, que le pape fut alors universellement regardé comme le centre de l'unité chrétienne, — le Gouverneur Suprême et l'Instructeur de l'Eglise de Dieu, le Prince des évêques, l'Arbitre définitif de tous les appels pour les causes ecclésiastiques dans. toutes les parties du monde, et le Juge et Modérateur des Conciles Généraux qu'il présida par ses légats ”.

[[386]]

3. — L'an 539 fut, ainsi que cela sera montré plus loin (Vol. III, chapitre 3), la période dans laquelle les papes commencèrent a exercer l'autorité et le pouvoir civils.

4. — La période d'exaltation commença en l'an 800, lorsque, comme nous l'avons déjà démontré, le Saint Empire Romain fut formé et que le pape, couronnant Charlemagne empereur, fut reconnu lui-même comme Roi des rois, Empereur des empereurs, “ un autre Dieu sur la terre ” .

Les quatre périodes de la chute de l'influence papale sont les suivantes :

1 . — La période de la Réformation qui commença aux environs *** de l'an 1400 par les écrits de Wyclef, suivi par Huss, Luther, etc.


 *** “... de l'an 1309 par les écrits de Marsile suivi par Wyclef, Huss, Luther, etc. ” (éd. 1937).

[[387]]

2. — La période des succès de Napoléon, la dégradation des papes et l'abrogation finale du titre d'Empereur du Saint Empire Romain par François II de  1800 à 1806.

3. — Le rejet final du pape comme gouverneur de Rome et de ce qu'on appelait les Etats pontificaux par ses sujets et par le roi d'Italie, en 1870 ; de ce fait l'Antichri'st demeura sans la moindre autorité temporelle.

4. — L'extinction finale de cette hiérarchie contrefaite, près de la fin du “ jour de la colère ” et du jugement déjà commencé, qui se terminera, comme nous l'avons montré, par les “ temps des nations ”, avec l'année 1914.

PEUT-ON ENCORE EN DOUTER ?

Nous avons retracé la naissance de l'Antichnst, comme provenant d'une “ apostasie ” dans l'église chrétienne ; nous avons entendu sa prétention blasphématoire d'être le Royaume de Christ, et son pape, le Vicaire de Christ “ un autre Dieu sur la terre ” ; nous avons entendu ses discours enflés de vanité et pleins de blasphèmes, s'arrogeant les titres et les pouvoirs appartenant au vrai Seigneur des seigneurs et Roi des rois ; nous avons vu combien terriblement il a accompli la prédiction : “ II consumera les saints ”, nous avons vu que la vérité, écrasée et déformée, aurait été entièrement ensevelie sous l'erreur, la superstition et la politique cléricale [priestecraft), si le Seigneur, au moment convenable, n'était intervenu en suscitant des  réformateurs, aidant ainsi ses saints, comme il est écrit: “ Les sages du peuple enseigneront la multitude ; et ils tomberont par l'épée et par la flamme, par la captivité et par le pillage, plusieurs jours. Et quand ils tomberont, ils seront secourus avec un peu de secours!”  — Daniel 11 : 33,34 D.

[[388]]

En présence de tous ces témoignages, est-il permis; de douter que ce que les prophètes et les apôtres furent inspirés à écrire minutieusement ne soient les principaux traits caractéristiques de la Papauté ? Nous pensons qu'il ne devrait subsister aucun doute dans les esprits non prévenus que la Papauté est l'Antichrist, l'homme du péché, et qu'il est impossible à un homme d'accomplir ces prédictions. Le succès sans pareil de la Papauté comme contrefaçon du Christ, en trompant le monde entier, a accompli pleinement la prédiction de notre Maître, lorsque, après avoir parlé de son propre rejet il dit : “ Si un autre vient en son propre nom, celui-là vous le recevrez ”. — Jean 5 : 43.

On aura remarqué, sans doute avec surprise, qu'en traitant ce sujet, nous avons généralement omis de parler des vilenies et des grossières immoralités des papes et d'autres dignitaires, comme aussi de l'œuvre ténébreuse de l’expédient pratiqué par les Jésuites et autres ordres secrets qui font toute espèce d'œuvres de police secrète pour la Papauté. C'est avec intention que nous avons procédé de cette manière, non parce que ces faits ne seraient pas vrais, puisque des écrivains catholiques romains même les reconnaissent en partie, mais parce que nous n'avions pas besoin de telles preuves pour étayer nos arguments. Nous avons montré que la hiérarchie papale (même si elle avait été composée des hommes les plus moraux et les plus justes, ce qui n'est pas le cas, toute l'histoire est là pour en témoigner) est “ l'homme du péché ”, l'Antichrist, la contre-façon et la fausse représentation du Royaume Millénaire de Christ, habilement arrangée pour tromper. Les paroles de Macaulay, historien anglais, servent à montrer que quelques-uns, sans avoir de lumière prophétique spéciale, ont pu reconnaître dans l'étonnant  système de la Papauté la contrefaçon du plus merveilleux de tous les systèmes, le Royaume de Dieu, encore à venir. Il dit :

[[389]]

“ II est impossible de nier que la constitution de l'église de Rome ne soit le chef-d'œuvre de la sagesse humaine [nous dirions satanique]. Il n'y a vraiment rien qui aurait pu soutenir une telle doctrine contre de pareils assauts, si ce n'est une constitution de ce genre. L'expérience de 1.200 années mouvementées, l'habileté ingénieuse et les soins inlassables de quarante générations d'hommes d'état, ont amené cette institution à un degré de perfection tel que parmi les inventions de l'habileté politique elle occupe la place la plus élevée. ”

FIN DÉFINITIVE DE L'ANTICHRIST

Nous avons suivi la marche de la Papauté jusqu'au temps présent, au jour de l'Eternel — le temps de la présence d'Emmanuel. Cet homme du péché s'est développé, a fait son terrible travail et a été frappé par l'épée de l'Esprit — la Parole de Dieu. L'esprit de la bouche de Christ l'a rendu impuissant, en dépit de son ardent désir de persécuter ouvertement et d'une manière générale les saints. Nous nous demandons. maintenant : “ Que devons-nous attendre ? Que dit l'apôtre concernant la fin de l'Antichrist ?

Dans 2 Thessaloniciens 2 : 8-12, l'apôtre Paul déclare concernant l'Antichrist : “ Que le Seigneur consumera par le Souffle de sa bouche et qu'il anéantira par l'éclat de sa présence ”. La lumière de la vérité pénétrera chaque sujet. En mettant en relief le bien et le mal, elle conduira à la grande lutte entre ces deux principes et entre les partisans humains de l'un et de l'autre et causera le grand temps de détresse et de colère. Dans cette lutte, l'injustice et le mal tomberont  et le bien et la vérité triompheront. Parmi les maux qui existent maintenant et qui seront finalement et complètement détruits, se trouve l'Antichrist avec lequel [[390]] presque toute espèce de théorie et de pratique du mal est plus ou moins en rapport direct. Ce sera cet éclat resplendissant, cette brillante lumière du soleil de la présence du Seigneur qui produira ce jour de détresse, par lequel et dans lequel l'Antichrist et tous les autres systèmes du mal seront détruits. “ Dont la présence est selon [accompagnée par, ou durant] l'efficace de Satan [une énergie et une action sataniques], en toute puissance, et signes et miracles de mensonge, et en toute séduction d'injustice chez ceux qui périssent, parce  qu'ils n'ont pas reçu l'amour de la vérité pour être sauvés ou en être préservés. Et à cause de cela,  Dieu leur envoie une énergie d'erreur [une puissance d'égarement, Seg.] pour qu'ils croient le mensonge, afin que tous ceux qui n'ont point cru la vérité, mais qui ont  pris plaisir dans l'injustice soient jugés ” indignes de participer au Royaume Millénaire, comme co-héritiers avec Christ.

D'après nous, ces paroles impliquent que dans le temps de la présence du Seigneur (le temps actuel — depuis 1874), par ce système de l'Antichrist (un des principaux agents de Satan pour tromper et maîtriser  le monde) aussi bien que par tous ses autres agents, le diable opposera une résistance désespérée au nouvel ordre de choses qui est sur le point d'être établi. Il tirera parti de chaque petite circonstance, de toutes les faiblesses innées à la famille humaine et de son égoïsme, pour enrôler leurs cœurs, leurs mains et leur plume dans cette lutte finale contre la liberté et l'entière élucidation de la vérité. Des préjugés seront éveillés là où il n'en existerait aucun si la vérité était clairement vue. Un zèle passionné sera évoqué et des unions de partisans se formeront qui en tromperont et égareront beaucoup. Il en sera ainsi, non parce que Dieu n'a pas fait la vérité assez claire pour guider tous les vrais consacrés, mais parce que ceux qui feront trompés le seront pour ne pas s'être suffisamment empressés à rechercher la vérité et à en user comme de la nourriture au temps convenable. Il sera ainsi manifeste que la classe égarée ne reçut pas la vérité dans l'amour pour elle, mais plutôt par formalisme ou par crainte. L apôtre semble assurer que dans cette lutte à mort finale de l'Antichrist, même s'il semble gagner un pouvoir croissant dans le monde par de nouveaux stratagèmes, par des tromperies et des combinaisons, le vrai Seigneur de la terre, le Roi des rois, prévaudra cependant au temps de sa présence ; et finalement, durant le grand  temps de détresse, il anéantira complètement l’Antichrist et détruira pour toujours sa puissance et ses tromperies.

Quant à la forme exacte que prendra cette lutte finale, nous ne pouvons faire que des suppositions, appuyées principalement sur les tableaux symboliques donnés dans l'Apocalypse sur cette lutte. Nous prévoyons la constitution graduelle de deux grands partis  dans le monde, desquels les saints fidèles et vainqueurs se tiendront séparés. Ces deux grands partis seront composés : d'un côté, par les socialistes, les libres-penseurs, les incrédules, les mécontents, et les vrais amis de la liberté dont les yeux commencent à s’ouvrir sur l’état de choses amené par le despotisme et le mauvais  gouvernement religieux et politique. De l’autre côté s'associeront peu à peu ceux qui sont opposés aux libertés humaines et à l'égalité : les empereurs, les rois, les aristocrates ; et la contrefaçon du Royaume de Dieu, l'Antichrist, se trouvera en parfaite harmonie avec eux et les soutiendra, tout en étant soutenu lui-même par les despotes civils de la terre. Nous nous attendons aussi à ce que la politique de l'Antichrist sera quelque peu modifiée et adoucie pour chercher à s'attirer même  la sympathie et la coopération pratique (non l’union réelle) des extrémistes de toutes les dénominations protestantes [[392]] qui justement maintenant recherchent une union nominale les unes avec les autres et avec Rome, oubliant que la seule et véritable union est celle qui est produite et maintenue par la vérité, et non par les credo, les conventions et les lois. Cette coopération entre protestants et catholiques peut sembler improbable à quelques-uns ; mais nous voyons des signes évidents de son approche rapide. Elle est hâtée par les agissements secrets de la Papauté parmi ses adeptes, laquelle fera élire, pour occuper des places en vue dans les affaires gouvernementales, les hommes politiques désireux de coopérer avec elle.

On peut s'attendre à voir bientôt surgir des lois par lesquelles la liberté personnelle sera peu à peu restreinte en alléguant la nécessité et le bien-être public jusqu'à ce que degré par degré il devienne finalement nécessaire de formuler quelque “ simple loi de religion ” et qu'ainsi l'Eglise et l'état pourront être jusqu'à un certain point unis pour gouverner les Etats-Unis d'Amérique. Ces lois, aussi simples qu'elles puissent être faites, pour convenir à toutes les vues religieuses soi-disant orthodoxes (ou populaires), seront calculées pour réprimer et prévenir un accroissement subséquent en grâce et en connaissance de ce qui est maintenant la nourriture au temps convenable. Le prétexte en sera probablement pour prévenir le socialisme, l'incrédulité et l'éruption politique des classes inférieures et des classes indépendantes.

Il est évident que dans un avenir très prochain, même avant que la gravité de la grande détresse de ce jour de la colère ait éclaté sur le monde et ruiné l'ordre social tout entier sur la terre (préparant la terre nouvelle et meilleure promise sous le vrai Christ), il y aura une heure sévère de tentation et d'épreuve pour l'Eglise vraiment consacrée, comme ce fut le cas dans les jours de triomphe de la Papauté ; [[393]] avec cette différence qu'aux jours actuels les méthodes de persécution seront plus raffinées et mieux en rapport avec les méthodes plus civilisées de notre époque. Les piques, les pinces et les roues auront plutôt la forme de sarcasmes, de dénonciations, de restrictions des libertés et de boycottages sociaux, financiers et politiques. Mais concernant cela et les nouvelles combinaisons que l'Antichrist pourra former dans cette lutte finale contre l'établissement du vrai royaume millénaire, nous en parlerons plus loin.

En terminant ce chapitre, nous aimerions encore une fois pénétrer le lecteur de ce fait que la Papauté est l'Antichrist ; non à cause de la perversité de sa morale, mais parce qu'elle est la contrefaçon du vrai Christ et du vrai Royaume. C'est parce que beaucoup de protestants manquent de reconnaître ce fait qu'ils seront trompés et amenés à coopérer avec la Papauté en opposition au vrai Roi de gloire.

[[394]]

AURORE MILLÉNAIRE

Tout se meut en avant ! L'ère heureuse commence,
L'astre de ce qui fut disparaît au couchant,
La cloche d'or résonne et la parade avance ;
Bataillon qui se hâte au rythme d'un beau chant '.

La théorie obscure est fondement qui croule,
Le sommet s'illumine et la .Vérité luit,
Les forces d'aujourd'hui, des frontières en foule
Font des fantômes vains qui s'effacent sans bruit.

Frère, pourquoi tarder ? Ma sœur, pourquoi te taire ?
Sors au soleil levant, veille pour les fruits mûrs.
Poète, assez de pleurs, barde, échappe au mystère,
Peintre, enfin, dans le ciel prends des feux pour nos murs.

Sors au soleil levant, sors avec l'alouette,
N'attends pas le midi, sans trêve, à l'œuvre encore,
Car tout se meut, rapide, et l'ère heureuse est prête,
Ce qui fut disparaît, et voici l'âge d'or.

Sur l'ordre du grand Roi la céleste lumière
Se répand dans sa gloire, et s'étend, et s'accroît.
Les vieux credo s'en vont, ils tombent en poussière,
Mais un chemin meilleur aux feux du jour se voit.

Oh ! soyons donc tous prêts pour l'œuvre sans égale,
Travaillons nuit et jour, nous sommes peu, luttons,
Moissonnons, puisqu'il faut, à l'aube aux tons d'opale,
Moissonnons dans le champ — pour le droit, combattons.

Tout se meut en avant ! Le Jubilé du monde
Enfin va remplacer les siècles de chagrins,
II vient, mon œil le voit, plein d'extase profonde,
Le sommet resplendit, — Christ est avec les siens !

ETUDE X
LE TEMPS EST PROCHE

Rien ne s'interpose plus. - Le travail de l'établissement du Royaume de Christ progresse actuellement – Le témoignage des prophètes concorde. — Les .âges de ce monde voient beaucoup de choses. — Les saints veillants voient plus distinctement. — II est important pour tous d'ouvrir les yeux dans la bonne direction.

LE temps de l'établissement du Royaume du Rédempteur est venu. Tel est le témoignage unanime des chapitres qui précèdent. Rien ne s'y oppose. Nous vivons déjà dans le septième millénium depuis octobre 1872 Le bail de pouvoir des royaumes des nations doit  prendre fin avec l'année 1914- Le grand jubilé-antitype le temps du rétablissement de toutes choses, eut son commencement en 1874, lorsqu'arriva le moment ou la présence du grand Restaurateur devait avoir lieu. La manière dont Il revient, comme la nature de son  œuvre jusqu'aux temps présents correspondent exactement avec les détails donnés par les prophéties qui y ont trait. Les derniers traits de cette dispensation, visibles maintenant, sont en parfait accord avec ceux  de son type judaïque. L'Elie est venu et fut reçu comme il avait été annoncé à l'avance ; et la malédiction prédite,' le temps de détresse et à la porte. L'homme du péché a été révélé dans toute sa laideur et a presque achevé sa carrière prédite. L'établissement du Royaume du Messie, promis depuis si longtemps, est par conséquent le grand événement imminent. Non seulement cela, mais il est déjà en train de s'établir. Les coups de sape et le renversement nécessaire des royaumes de [[396]] ce monde qui sont sous le prince des ténèbres, le prince de ce monde, sont maintenant visibles dans une certaine mesure, même aux yeux naturels des enfants de ce monde ; combien plus clairement le sont-ils aux yeux qui considèrent les événements arrivant avec les lunettes d'approche des Ecritures, lesquelles, bien ajustées, rapprochent les choses éloignées et rendent les enfants de Dieu capables de reconnaître les plus petits détails que les yeux naturels ne peuvent discerner, comme aussi les principaux traits que les hommes d'Etat et les philosophes n'entrevoient que vaguement. Les sages de ce monde eux-mêmes peuvent discerner les troubles Sociaux qui se fomentent parce que l'ignorance cède la place à une plus grande connaissance générale et à une indépendance personnelle. S'ils espèrent vainement un retour favorable, inconnu et inattendu des affaires, ils n'en sont pas moins, comme il est écrit, “ rendant l'âme de terreur dans l'attente de ce qui surviendra sur la terre ”, parce qu'ils voient les cieux symboliques fortement ébranlés et qu'ils s'aperçoivent qu'avec un semblable ébranlement, un tel renversement de la puissance de l'erreur et des contraintes religieuses, des superstitions, avec lesquelles les masses du peuple étaient jusqu'ici enchaînées, il ne peut résulter que la violence et l'anarchie.

Mais pour les veillants de la famille de la foi qui ont le privilège de considérer les choses au point de vue de Dieu, non seulement la sévérité de la détresse est plus distincte, mais aussi les résultats bénis qu'elle apportera, grâce à la Providence, par l'introduction du Royaume Millénaire. Cela est une grande consolation et compensera bien au-delà toutes les tribulations que nous ou nos bien-aimés pourront avoir à goûter.

Ces prophéties de temps ont été données, d'une part, pour notre consolation et pour que nous ne restions pas dans la crainte et le doute ; mais aussi, d'autre [[397]] part, pour que, en tant que représentants de ce royaume parmi les hommes, nous soyons instruits du grand changement de dispensation qui a lieu et que nous soyons capables de donner le témoignage au monde de tout ce qui concerne le plan de Dieu, etc., qui, quoiqu'il ne soit pas écouté maintenant, lui profitera grandement petit à petit et l'aidera à reconnaître d'autant plus vite la présence du Seigneur dans le grand jour de. la colère qui s'approche. Un autre but de ces prophéties est que les fidèles ainsi équipés et fortifiés par la Parole de Dieu puissent demeurer fermes quand beaucoup tomberont dans l'incrédulité et dans diverses autres erreurs décevantes qui bientôt submergeront la chrétienté. Une autre raison est encore celle de donner plus de force au Plan des Ages et de mieux l'indiquer; car c'est une expérience générale que, tandis que le premier coup d'œil dans le bon et sublime plan de Dieu de bénir le monde entier par l'Eglise durant l'âge millénaire, remplit et fait exulter les cœurs de ses fidèles enfants et les engage à montrer beaucoup de zèle,  cependant lorsque leurs efforts pour éclairer les autres sont froidement reçus et qu'ils trouvent qu'à la fin il y en aura comparativement bien peu qui auront eu des “oreilles pour entendre ”, ils auraient la tendance à se mettre à leur aise et à jouir tranquillement des précieuses connaissances acquises, de façon à subir le moins possible d'opprobre et d'opposition. Voyant cela, qui est une faiblesse innée de l'homme le Seigneur a voulu par ces temps prophétiques nous  donner un stimulant pour nous réveiller pleinement et nous garder actifs à son service. Comme nous sommes déjà dans le “ temps de la moisson ”, les serviteurs du Seigneur doivent, à l'exemple des disciples an premier avènement, faire l'oeuvre de moissonneurs et sont appelés à donner leur temps, leur Service et leurs pensées au travail de la moisson (Jean 4 : 35-38). Cherchons, [[398]] chacun de nous, à faire tout ce que nos mains trouvent à faire, en obéissant aux instructions du grand Moissonneur en chef. Mais pour ce qui concerne plus particulièrement les temps et l'ordre des événements dans cette “ moisson ” nous renvoyons le lecteur au volume suivant de cette série, dans lequel les conclusions de ce qui précède et d'autres temps prophétiques sont définitivement éclairés, où les différents signes prédits et les témoignages qui affirment la présence du Maître et la marche de son travail sont indiqués. Ce Volume III prouve que le “ Temps de la Fin ” est venu ; que les Jours d'Attente du Royaume sont accomplis; que la purification du sanctuaire est achevée ; que le grand travail de la moisson est en voie d'exécution ; que le rassemblement d'Israël est apparent ; que la Bataille du Grand jour du Dieu Tout-Puissant est imminente ; et que l'établissement complet du glorieux Royaume de Dieu, au temps fixé de la fin des nations, est une certitude incontestable. Il montre aussi l'oeuvre des saints durant la moisson, indique la clôture du " haut appel ” et le changement des saints qui sont vivants et qui restent. Il montre encore que la grande Pyramide d'Egypte est un des témoins de Dieu (Esaïe 19 : 19,20) dont le merveilleux message corrobore pleinement et complètement le grand plan des âges de Dieu avec ses temps et ses saisons.